Église du Christ Chalkitès
L’église du Christ Chalkitès, connue à partir de la période ottomane sous le nom d'Arslan Hane (en turc, « refuge des lions », également orthographié Arslanhane) est une ancienne église byzantine de rite orthodoxe, transformée en bâtiment à usage profane sous l'Empire ottoman, à Istanbul, en Turquie. L'église est dédiée au Christ de la Chalcé ou Chalkè (en grec : Χριστὸς τῆς Χαλκῆς), en référence à l'image du Sauveur, appelée « Christ Chalkitès », qui surmonte l'entrée principale de la Chalcé, située à proximité. Ce portail monumental constitue le vestibule du Grand Palais de Constantinople. Son nom pourrait provenir de ses portes ou de ses tuiles de bronze, désignées par le terme grec chalkéos (« de bronze »). L'ancienne église, déjà gravement endommagée par plusieurs incendies, est démolie en 1804.
Localisation
modifierL'édifice se trouve à Istanbul, dans le district de Fatih, au sein du quartier de Sultanahmet, à environ 200 mètres au sud de Sainte-Sophie. Il s'élève non loin de la colonne de Justinien et à gauche de la porte de la Chalcé du Grand Palais, deux monuments aujourd'hui disparus[1].
Histoire
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Époque byzantine
modifierAu Xe siècle, l'empereur Romain Ier Lécapène fait construire, à proximité de la Chalcé, une chapelle dédiée au Christ Chalkitès, du nom de l'image du Christ qui orne l'entrée principale de cette porte monumentale. Cette image, l'un des principaux symboles religieux de Constantinople, joue un rôle particulièrement important pendant la querelle des Images, bien que son existence avant la période iconoclaste soit discutée par les historiens[2],[3]. Le sanctuaire est de dimensions très modestes, puisqu'il ne peut accueillir plus de quinze personnes[2].
En 971, l'empereur Jean Ier Tzimiskès agrandit la chapelle en faisant construire une église à deux niveaux pour célébrer sa victoire contre la Rus' de Kiev. Il la dote d'un clergé de cinquante membres[2]. Le nouvel édifice, construit en partie avec des matériaux provenant des bains du palais dits tou Oikonomiou, déjà en ruine, reçoit une décoration particulièrement somptueuse[1]. Jean Ier est inhumé dans sa crypte en 976[2],[1].
En 1183, Andronic Ier Comnène y est proclamé empereur aux côtés du jeune Alexis II Comnène, qui est exécuté peu après[2].
Selon le témoignage d'un pèlerin russe, l'église est encore en activité au cours du deuxième quart du XVe siècle[2].
Époque ottomane
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Après la chute de Constantinople en 1453, un établissement destiné aux ingénieurs militaires ottomans (Cebehane) est installé à proximité de l'église, qui est alors abandonnée[1]. Par la suite, comme l'église voisine de Saint-Jean du Dihippion, le rez-de-chaussée du bâtiment sert à abriter des animaux sauvages destinés à la cour du sultan, notamment des lions, des tigres et des éléphants, en lien avec le palais de Topkapı voisin. C'est de cette utilisation que provient son nom turc d'Arslan Hane, « refuge des lions »[4],[5].
Dans le même temps, les fenêtres de l'étage supérieur sont murées et cet espace est affecté aux peintres de fresques et aux miniaturistes travaillant pour le palais du sultan. Il est alors désigné sous le nom de Nakkaş Hane[1]. En 1741, un incendie survenu dans le quartier de Sainte-Sophie endommage le bâtiment, ainsi que les bains de Haseki Hürrem Sultan voisins[1],[6],[7].
En 1802, l'étage supérieur est à son tour ravagé par un incendie. L'édifice est finalement démoli en 1804[1]. Les bâtiments construits ultérieurement sur son emplacement subissent plusieurs nouveaux incendies, jusqu'à ce que l'architecte italo-suisse Gaspare Fossati y édifie, entre 1846 et 1848, le siège principal de la nouvelle université d'Istanbul[1].
Description
modifierDe la première chapelle, on sait seulement que deux colonnes de marbre utilisées pour sa construction proviennent de Thessalonique[8].
Trois représentations de l'église sont conservées : une vue de Constantinople figurant dans la Chronique de Nuremberg de 1493, une représentation réalisée en 1532 par Nasûh al-Matrakçî et une gravure publiée dans un ouvrage de géographie à Venise en 1804. Sur cette dernière, l'édifice apparaît déjà en ruine[9],[1],[10].
L'église semble construite en pierre de taille et en brique. Elle présente un plan centré, s'élève sur deux niveaux et est surmontée d'une coupole. L'étage supérieur est flanqué de deux demi-coupoles et précédé d'une terrasse. Les deux niveaux sont percés de fenêtres[1].
L'intérieur est orné de vases précieux et d'icônes, parmi lesquelles figure la célèbre icône du Christ provenant de Beyrouth[11]. Il possède également une riche décoration de peintures et de mosaïques. Des vestiges de ces décors, ainsi que des inscriptions grecques, sont encore visibles à l'intérieur jusqu'au XVIIIe siècle[2],[1].
Jean Ier Tzimiskès enrichit l'église de plusieurs reliques, notamment les sandales supposées de Jésus et des cheveux de Jean le Baptiste[2]. Il fait également aménager dans la crypte son tombeau, réalisé en or et en émail[8].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 Müller-Wiener 1977, p. 81.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 Janin 1953, p. 544.
- ↑ Brubaker et Haldon 2011.
- ↑ Grèlois 2006, p. 369-372.
- ↑ Ronchey et Braccini 2010, p. 299.
- ↑ Müller-Wiener 1977, p. 329.
- ↑ Mamboury 1953, p. 329.
- 1 2 Janin 1964, p. 111.
- ↑ Müller-Wiener 1977, p. 71.
- ↑ Balbi 1824, p. 4.
- ↑ Talbot et Sullivan 2005, p. 209.
Bibliographie
modifier- Raymond Janin, La Géographie ecclésiastique de l'Empire byzantin, vol. 3 : Les Églises et les Monastères, Paris, Institut français d'études byzantines,
- Raymond Janin, Constantinople byzantine, Paris, Institut français d'études byzantines,
- (de) Wolfgang Müller-Wiener, Bildlexikon zur Topographie Istanbuls : Byzantion, Konstantinupolis, Istanbul bis zum Beginn des 17. Jahrhunderts, Tübingen, Wasmuth, (ISBN 978-3-8030-1022-3)
- (it) Silvia Ronchey et Tommaso Braccini, Il romanzo di Costantinopoli : Guida letteraria alla Roma d'Oriente, Turin, Einaudi, (ISBN 978-88-06-18921-1)
- (en) Leslie Brubaker et John Haldon, Byzantium in the Iconoclast Era (ca 680–850), Cambridge, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-43093-7)
- (en) Ernest Mamboury, The Tourists' Istanbul, Istanbul, Çituri Biraderler Basımevi,
- Jean-Pierre Grèlois, « Note sur la disparition de Saint-Jean au Dihippion », Revue des études byzantines, vol. 64, , p. 369-372 (DOI 10.3406/rebyz.2006.2399)
- (en) Alice-Mary Talbot et Denis F. Sullivan, The History of Leo the Deacon, Washington, Dumbarton Oaks,
- (it) Adriano Balbi, Compendio di geografia universale, Venise, Glauco Masi,