Émeute de Shinjuku
L'émeute de Shinjuku (新宿騒乱, Shinjuku sōran) fait référence à de violents affrontements entre la police et des manifestants opposés à la Guerre du Vietnam qui occupèrent la gare de Shinjuku à Tokyo le . Ces émeutes eurent lieu dans le cadre de la Journée Internationale contre la guerre. Au total, plus de 800 000 militants de gauche prirent part aux manifestations et actions de ce jour dans le pays, dont des membres de Beheiren, des syndicats et des étudiants participant aux manifestations étudiantes également en cours sur les campus. En occupant la gare de Shinjuku et en perturbant le trafic ferroviaire, un important groupe de manifestants espérait exprimer son désaccord avec le soutien du gouvernement japonais à la Guerre du Vietnam menée par les États-Unis. Les émeutes furent en grande partie dispersées le matin du grâce à l'application de la loi anti-émeute par la police, une mesure largement approuvée par la presse et qui renforça la confiance des forces de l'ordre[1].
| Émeute de Shinjuku | |
| Pays | |
|---|---|
| Localisation | Shinjuku, Tokyo |
| Coordonnées | 35° 41′ 28″ nord, 139° 42′ 01″ est |
| Date | |
| Nombre de participants | Environ 20 000 manifestants et 12 000 policiers |
| Revendications | Opposition à la participation du Japon dans la Guerre du Vietnam |
| Bilan | |
| Blessés | 1 157 |
| Répression | |
| Arrestations | 743 |
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Contexte
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Le , un train de marchandises transportant du carburant pour avions à réaction à destination des bases aériennes américaines de Tachikawa et de Yokota est entré en collision avec un autre train de marchandises et a pris feu en gare de Shinjuku[2]. Cet accident spectaculaire a mis en lumière le fait que les trains japonais étaient utilisés pour transporter du matériel de guerre américain au Vietnam et a fait de la gare de Shinjuku, en particulier, une cible de protestations. Durant l'été 1968, divers groupes ont préparé les événements d'octobre, En juin, des membres de Beheiren ont organisé un sit-in rassemblant 11 000 personnes près de Ginza. Le , des étudiants du Zengakuren sont entrés dans le quartier de Kanda et tenté d'en faire une zone à défendre sous le nom de Quartier Latin[3],[4]. Le , 4 000 militants de Sanpa Zengakuren[5] manifestèrent dans la gare de Shinjuku[6]. Le 8 octobre, un groupe de 6000 à 8000 militants a occupé la gare, tentant d'empêcher le passage de cargaisons de kérosène. Ils ont été repoussés par la police à l'aide de canons à eau et de gaz lacrymogène, méthodes que la police a instrumentalisées pour dramatiser sa retenue et créer une opinion publique négative à l'égard des militants[7].
Le 21 octobre (Journée internationale contre la guerre), anniversaire de la manifestation du Pentagone, des rassemblements ont été organisés dans tout le Japon par de nombreuses organisations malgré les consignes interdisant les manifestations ce jour-là[8]. Les manifestants souhaitaient exprimer leur désapprobation face au soutien du gouvernement japonais à la guerre du Vietnam menée par les États-Unis[6]. Craignant des violences étudiantes, 66 universités avaient suspendu leurs activités pour la journée[6]. À Tokyo, la journée a commencé par d'importants rassemblements pacifiques à Meiji-jingū et au parc Hibiya, organisés par Sōhyō, Beheiren, le Parti Communiste Japonais et le Parti Socialiste Japonais, avec une participation estimée entre 35 000 et 55 000 personnes dans toute la ville[7]. Le groupe étudiant Minsei (en), lié au Parti Communiste, a également organisé un sit-in pacifique de 12 000 étudiants. Ailleurs dans le pays, 6 000 étudiants et 8 000 autres militants se sont rassemblés dans 18 préfectures, et 600 villes ont vu des rassemblements de plus de 800 000 syndicalistes affiliés à Sōhyō[9].
Émeute
modifierÀ Tokyo, un important cortège de manifestants, comprenant entre 6000 et 7000 membres du Chūkaku-ha, de la faction Marxiste-Léniniste, de la Quatrième Internationale, de Kakumaru-ha et d'autres factions radicales des sections étudiantes de la Nouvelle Gauche, rejoints par environ 12000 et 14000 étudiants et travailleurs locaux, a tenté de transformer le quartier de Shinjuku, autour de la gare, en un « quartier libéré » contrôlé par les manifestants[6],[7],[10]. À partir de 17h, la gare elle-même est occupée et l'entrée ouest incendiée[9]. Des manifestants occupèrent les voies ferrées, perturbant le trafic ferroviaire et lancère des pierres du ballast sur la police[1],[11]. Une large foule de 60000 personnes s'est rassemblée pour assister aux affrontements entre la police et les 20000 manifestants à l'intérieur même de la gare[6]. Un premier détachement de 3200 policier anti-émeutes déployé dans la gare est complètement débordé, certains ayant déclaré s'être fait dérobé leurs armes de service par les émeutiers[12]. L'historien Eiji Oguma a noté que la plupart des violences et des destructions étaient en réalité le fait de travailleurs ordinaires, tandis que les activistes étudiants s'abstenaient de toute violence excessive[13]. Pour mettre fin à l'émeute, la police a invoqué la loi anti-émeute (article 106 du code pénal japonais)[8] contre les émeutiers, pour la première fois depuis 1952 et l'Incident du Premier mai. Cela a permis de mobiliser jusqu'à 25000 policiers dans toute la ville dont la moitié déployée dans la zone de la gare de Shinjuku[6]. La gare a finalement été dégagée aux premières heures du 22 octobre[12].
Conséquences
modifierDe par les émeutes, les grands magasins situés à proximité de la gare ont dû fermer leurs portes et 700 trains ont été annulés, affectant ainsi 350 000 passagers et occasionnant des pertes financières estimées à 18 millions de dollars. 1 157 policiers ont été blessés[6] et 743 manifestants arrêtés à Tokyo[12], et plus d'un millier dans le reste du Japon[8]. Le recours à la loi anti-émeutes a été fortement décrié dans la presse, le journal de centre gauche Asahi Shimbun décrivant les émeutiers comme une « foule insouciante »[6]. Bien que de nombreux habitants et « citoyens ordinaires » aient publiquement encouragé les émeutiers le jour même, l'opinion publique s'est rapidement retournée contre les activistes et en faveur de la police[8]. Cela a renforcé la légitimité de la police à utiliser la force pour réprimer les manifestations, augmentant sa confiance dans l'utilisation de mesures plus sévères contre les activistes, notamment des arrestations massives et des agressions sur les campus occupés, comme à l'Université Sophia, qui est tombée aux mains de la police en décembre 1968[7].
Notes et références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Shinjuku riot » (voir la liste des auteurs).
- 1 2 « Après de violents heurts entre étudiants et policiers la loi anti-émeute est mise en vigueur », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Thomas R. H. Havens, Fire Across the Sea : The Vietnam War and Japan, 1965-1975, Princeton University Press, coll. « Princeton Legacy Library », , 340 p. (ISBN 978-1-4008-5843-9, lire en ligne)
- ↑ « Les étudiants japonais en 1968 | SciencesPo - Dossiers documentaires », sur dossiers-bibliotheque.sciencespo.fr (consulté le )
- ↑ « Japon : les années 68-69 – Les Utopiques », (consulté le )
- ↑ Sanpa Zengakuren rassemble les trois factions principales du mouvement : Bund, Kaihō-ha et Chūkaku-ha
- 1 2 3 4 5 6 7 8 (en) William Andrews, Dissenting Japan : A History of Japanese Radicalism and Counterculture from 1945 to Fukushima, Oxford University Press, , 384 p. (ISBN 9781849049191, lire en ligne)
- 1 2 3 4 (en) William Marotti, « AHR Forum Japan 1968: The Performance of Violence and the Theater of Protest », The American Historical Review, vol. 114, no 1, , p. 97–135 (ISSN 0002-8762 et 1937-5239, DOI 10.1086/ahr.114.1.97, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 4 Chelsea Szendi Schieder, Coed Revolution : The Female Student in the Japanese New Left, Duke University Press, coll. « Asia-Pacific: Culture, Politics, and Society », , 154 p. (ISBN 978-1-4780-1297-9, lire en ligne)
- 1 2 Toyomasa Fuse, « Student Radicalism in Japan: A "Cultural Revolution"? », Comparative Education Review, vol. 13, no 3, , p. 325–342 (ISSN 0010-4086, DOI 10.1086/445430, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (ja) Eiji Oguma, 1968 叛乱の終焉とその遺産, 新曜社, (ISBN 978-4-7885-1164-4)
- ↑ (en) Nick Kapur, « The Empire Strikes Back? The 1968 Meiji Centennial Celebrations and the Revival of Japanese Nationalism », Japanese Studies, vol. 38, no 3, , p. 305–328 (ISSN 1037-1397 et 1469-9338, DOI 10.1080/10371397.2018.1543533, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 (ja) « 目撃者が語る「新宿騒乱」 暴徒2万人超え、743人がお縄に(全文) », sur デイリー新潮, (consulté le )
- ↑ (en-US) Eiji Oguma, « Japan's 1968: A Collective Reaction to Rapid Economic Growth in an Age of Turmoil », sur Asia-Pacific Journal: Japan Focus, (consulté le )
