Onsen

source chaude et ses installations de baignade et auberges associées au Japon
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Un onsen (温泉?, litt. « source chaude ») (prononciation on'yomi, du chinois 温泉, wēnquán, chinois médiéval : /ʔuən d͡ziuᴇn/) est un bain thermal japonais. Il s'agit de bains chauds, généralement communs, intérieurs ou extérieurs, dont l'eau est issue de sources volcaniques parfois réputées pour leurs propriétés thérapeutiques. La nudité y est de rigueur. Le terme désigne à la fois la source, les bains mais aussi la station thermale construite autour des bains.

Chinoikejigoku à Beppu.
Onsen à Nachikatsuura.
Kusatsu Onsen.

Caractéristiques

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Traditionnellement, les onsen sont des bains à l'extérieur (露天風呂/野天風呂, rotenburo/notenburo?), même si de nos jours la plupart d'entre eux possèdent également des bassins intérieurs. Cependant, certaines villes thermales protègent la tradition des bains extérieurs et ces sources continuent d’être utilisées par les locaux et les touristes (exemple : Kinosaki onsen). Par définition, un onsen utilise de l'eau de source chaude géothermique et se différencie en cela des sentō où l'eau utilisée est de l'eau du robinet. Les onsen sont des lieux de détente et de relaxation qui proposent souvent, en plus du bain, des possibilités d'hébergement et de restauration. Le terme onsen tend d'ailleurs à désigner les installations entourant la source chaude elle-même.

L'eau des onsen est réputée avoir des vertus thérapeutiques grâce aux minéraux qu'elle contient. Certains onsen possèdent plusieurs bassins, chacun contenant de l'eau ayant une composition minérale différente. Les bassins extérieurs, les plus appréciés, sont généralement en bois de cyprès, en marbre ou en granit, tandis que les bassins intérieurs peuvent être en carrelage, plexiglas ou acier inoxydable.

La plupart des clients des onsen ne viennent se baigner que pour une heure, le temps de se plonger dans l'eau minérale. La nourriture servie joue également un rôle important dans la réputation d'une auberge à onsen. Certaines offrent des services complémentaires, comme des massages, mais la principale raison de venir dans un onsen reste le bain.

La gestion des onsen peut être publique (souvent dépendant de la municipalité) ou privée (内湯, uchiyu?), dans le cadre d'un hôtel, d'un ryokan (旅館?, auberge traditionnelle) ou d'un minshuku (民宿?, chambre d'hôtes). Le prix d'entrée pour les bains seulement varie entre l'entrée gratuite et plus de 1 000 yens, prix qui varie selon les services offerts par l'établissement. Certains onsen nécessitent de passer la nuit pour avoir accès aux bains, le prix peut alors varier entre 15 000 et 30 000 yens[1]. Les grands hôtels d'onsen possèdent plusieurs bains de spa et des cascades artificielles près des bains appelées 打たせ湯 (utaseyu?).

Autrefois, hommes et femmes se baignaient ensemble dans les onsen, ainsi que dans les sentō, mais la séparation des sexes dans les bains a été décrétée lors de l'ouverture du Japon à l'Occident pendant l'ère Meiji. Il existe encore quelques onsen mixtes dans les zones rurales du Japon, mais certains offrent des bains réservés aux femmes ou ouvrent à des heures différentes pour chaque sexe. De jeunes enfants des deux sexes peuvent être admis dans l'un ou l'autre des bains.

Les entreprises organisent souvent des sorties aux onsen entre collègues, l'atmosphère détendue permettant de se libérer un peu de la pression hiérarchique inhérente aux entreprises japonaises. Cependant, la plupart des visiteurs des onsen sont des amis ou des familles plutôt que des collègues de travail.

La présence d'un onsen est souvent indiquée par le pictogramme suivant ♨ ou le kanji yu (?, « eau chaude »). Quelquefois, le caractère hiragana yu (?) est utilisé pour être déchiffrable par les jeunes Japonais.

Étiquette

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Propreté

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Dans un onsen comme dans un sentō, tous les baigneurs doivent se laver et se rincer avant d'entrer dans les bassins. Tous les onsen sont équipés de cabines contenant des robinets, des seaux, des tabourets et des produits de toilette (savon et shampooing). Beaucoup d'entre eux fournissent des pommes de douche pour faciliter le lavage. Entrer dans un onsen en étant sale ou avec des traces de savon sur le corps est considéré comme inacceptable. Dans quelques onsen ruraux (comme à Nozawa Onsen), il peut ne pas être possible de se savonner avant d'entrer dans les bains ; les baigneurs doivent alors au moins se rincer.

Maillots de bain

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À l'intérieur du onsen, comme dans les sentō, la nudité est de rigueur. Il n'est normalement pas permis de porter le maillot de bain. Cependant, certains d'entre eux, qui s'apparentent plus à des parcs aquatiques, demandent aux baigneurs de porter un maillot.

Les onsen sont considérés par certains Japonais comme permettant la « socialisation nue » (裸の付き合い, hadaka no tsukiai?), où la nudité collective permet de mieux se connaître en profitant également de l'atmosphère détendue des onsen.

Serviettes

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Les baigneurs des onsen apportent généralement une petite serviette pour se laver. Celle-ci peut également servir de cache-sexe quand ils sortent du bassin. Certains onsen permettent de garder sa serviette dans les bassins, d'autres ont des pancartes l'interdisant explicitement. La raison invoquée est souvent que cette pratique rend le nettoyage des bassins plus difficile. Les baigneurs laissent alors leurs serviettes à côté du bassin ou les mettent sur leur tête.

Les onsen sont considérés comme des lieux où on peut se détendre et s'écarter de l'agitation de la vie quotidienne. Ils sont donc souvent silencieux. Les baigneurs peuvent néanmoins tenir des conversations à volume modéré. Les règlements des onsen prohibent généralement le bruit dans les bains mais une certaine tolérance existe à l'égard des enfants.

Vertus thérapeutiques

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La nature volcanique du sol japonais fournit plusieurs variétés de sources chaudes minérales. Lorsque l'eau d'un onsen contient une bonne quantité de certains minéraux ou autres composants, l'onsen affiche de quel type il est. L'eau peut contenir :

  • du soufre (硫黄泉, iō-sen?),
  • du chlorure de sodium (ナトリウム泉, natoriumu-sen?),
  • du carbonate d'hydrogène (炭酸泉, tansan-sen?),
  • du fer (鉄泉, tetsu-sen?).

L'eau des onsen est réputée avoir divers effets thérapeutiques[2]. Les Japonais pensent que cette eau calme les douleurs, guérit les maladies de peau, le diabète, la constipation, les troubles du cycle menstruel etc.[2].

Ces effets thérapeutiques donnent lieu à une balnéothérapie nommée « onsen-thérapie » (温泉療法, onsen-ryōhō?). Il s'agit d'un traitement complet à base de bains d'onsen, destiné à réparer les dysfonctionnements du corps et prévenir des maladies[2].

Risques

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L'article 18, paragraphe 1 de la loi japonaise sur les sources thermales publie des directives sur les contre-indications et les précautions à prendre lors des bains dans les sources chaudes et de la consommation de leurs eaux respectives. Bien que des millions de Japonais se baignent dans les onsen chaque année avec peu d'effets secondaires notables, il existe toujours des effets potentiels, tels que l'aggravation de l'hypertension artérielle ou des maladies cardiaques[3].

Des bactéries Legionella ont été trouvées dans des onsen[4],[5]. Par exemple, 295 personnes ont été infectées par Legionella et sept sont mortes dans un onsen de la préfecture de Miyazaki en 2002[5],[6]. Les révélations sur les mauvaises pratiques sanitaires dans certains onsen ont conduit à une règlementation renforcée par les communautés des sources thermales pour maintenir leur réputation.

De nombreux onsen utilisent maintenant du chlore[7],[8]

Des cas de maladies infectieuses ont été signalés dans des eaux chaudes dans le monde entier, comme diverses espèces de Naegleria. Bien que des études aient trouvé la présence de Naegleria dans les eaux des sources chaudes, Naegleria fowleri, responsable de nombreux cas mortels de méningo-encéphalite amibienne primitive dans le monde[9], n'a pas été trouvé dans les eaux des onsen. Néanmoins, moins de cinq cas ont été observés historiquement au Japon, bien qu'ils ne soient pas conclusivement liés à une exposition aux onsen[10].

De nombreux onsen affichent des avis rappelant à toute personne ayant des coupures, des plaies ou des lésions ouvertes de ne pas se baigner. De plus, ces dernières années, les onsen ajoutent de plus en plus de chlore à leurs eaux pour prévenir les infections, bien que de nombreux puristes des onsen recherchent des onsen naturels, non chlorés, qui ne recyclent pas leur eau mais nettoient les bains quotidiennement. Ces précautions ainsi que l'utilisation correcte des onsen (c'est-à-dire ne pas immerger la tête sous l'eau, se laver soigneusement avant d'entrer dans le bain) réduisent considérablement tout risque global pour les baigneurs.

Des cas de voyeurisme ont été signalés dans certains onsen. En 2016, The Japan Times a rapporté que ce problème était atténué dans certaines préfectures du Japon où les bains mixtes nus ne sont pas autorisés et où les visiteurs doivent porter des maillots de bain[11],[12],[13] En 2021, plusieurs personnes ont été arrêtées en lien avec un groupe organisé accusé de prendre des photos de femmes dans des bains en plein air[14],[15].

Onsen tamago

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Onsen tamago au Hirayu Onsen de Takayama.

Les onsen tamago ou « œufs d'onsen » sont des œufs cuits à basse température dans l'eau des onsen. Le blanc est alors crémeux alors que le jaune est ferme, mais conserve une texture crémeuse. L’œuf est généralement servi sans la coquille dans une petite tasse ou assiette creuse avec une sauce.

Histoire

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Au Japon, les bains sont considérés depuis les temps anciens comme un moyen de purifier le corps et l’esprit. Cette pratique a pour origine la religion shintō et le misogi, une ablution rituelle dans les eaux glacées d’une rivière, d’une cascade ou de la mer. Lors de célébrations importantes à la cour impériale, les nobles se levaient tôt le matin afin de prendre un bain, et dans le reste de la population, cet usage a pris la forme de gyōzui (行水?), c’est-à-dire de se laver avec de l’eau contenue dans un baquet. Vers le milieu du VIIIe siècle, l'Unjitsugyō (温室経?), un sutra sur les mérites de la toilette et des bains chauds pour les moines, est apporté au Japon depuis la Chine, en même temps qu’un grand nombre d’autres textes sacrés bouddhiques, mettant en avant que « les bains chauds ont quantité de mérites, notamment celui d’éviter les sept types de maladies et de procurer les sept formes de bonheur[16] ».

La première description d'une source thermale apparaît dans le Rapport sur la province d’Izumo (出雲国風土記, Izumo no kuni fudoki?), compilé en 713 et présenté à la cour en 733, sur la source de Tamatsukuri, dans l'actuelle préfecture de Shimane, à laquelle sont déjà attribuées des vertus curatives. À partir du XVIe siècle se développent les séjours d’une semaine en station thermale, et en 1604, juste après avoir fondé le shogunat d'Edo, Tokugawa Ieyasu en personne se rend aux sources chaudes d’Atami pour une semaine de soins. Les médecins japonais commencent à utiliser les bains dans les onsen en tant que thérapie à partir de l’époque d'Edo, le premier à le faire étant Gotō Konzan (後藤 艮山?, 1659-1733)[16].

Géographie

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Tsuru-no-yu, Nyūtō Onsen area, préfecture d'Akita.
Bains d'hiver à Tsuru-no-yu roten-buro, Nyūtō, préfecture d'Akita.
Kurokawa Onsen roten-buro, Kyushu.
Macaques japonais en roten-buro au parc aux singes de Jigokudani.
source d'eau chaude de Yumura-onsen et forêt à Shin'onsen, préfecture de Hyōgo.
Dōgo Onsen, Matsuyama, préfecture d'Ehime.
Ginzan Onsen à Obanazawa, préfecture de Yamagata.

Le Japon étant un pays volcanique, les sources chaudes ne manquent pas : on compte plus de 27 000 sources thermales en 2015, sachant que 47 % de l’eau qui en sort a une température supérieure à 42 degrés, pour 3 085 stations thermales à proximité des sources chaudes[16]. On peut trouver des onsen un peu partout dans le pays, parfois concentrés dans des villes thermales (Gero, Beppu par exemple). On trouve toujours un onsen suffisamment proche de la ville pour y passer un week-end ou de courtes vacances, et faire ainsi une pause reposante entre deux semaines de travail.

Notes et références

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  1. (en) « Onsen Japan – Onsens, etiquette, reviews, tours and vacation planning », sur www.onsenjapan.net (consulté le ).
  2. a b et c (en) « Getting into hot water for health », sur www.japantimes.co.jp, The Japan Times, (consulté le ).
  3. (en) « The Criteria for the Notification, etc. on Contraindications and Cautions for Bathing and Drinking as specified in Article 18, Paragraph 1 of the Hot Springs Act », sur Ministry of the Environment: Government of Japan (consulté le )
  4. (en) H. Miyamoto, S. Jitsurong, R. Shiota, K. Maruta, S. Yoshida et E. Yabuuchi, « Molecular determination of infection source of a sporadic Legionella pneumonia case associated with a hot spring bath », Microbiol. Immunol., vol. 41, no 3,‎ , p. 197–202 (PMID 9130230, DOI 10.1111/j.1348-0421.1997.tb01190.x Accès libre, S2CID 25016946)
  5. a et b (en) Eiko Yabuuchi et Kunio Agata, « An outbreak of legionellosis in a new facility of hot spring Bath in Hiuga City », Kansenshogaku Zasshi, vol. 78, no 2,‎ , p. 90–98 (ISSN 0387-5911, PMID 15103899, DOI 10.11150/kansenshogakuzasshi1970.78.90 Accès libre)
  6. (ja) « 「怖い菌ではないと思っていた」と運営会社社長。過去には7名死亡した事例も », sur Shueisha (consulté le )
  7. (ja) « 日帰り入浴施設におけるレジオネラ症集団発生事例と衛生管理上の対策―神奈川県 (Épidémies de légionellose dans les établissements balnéaires accessibles à la journée et mesures de gestion sanitaire - Préfecture de Kanagawa) »
  8. (en) « Onsen: know what you're getting into », The Japan Times,‎ (lire en ligne)
  9. (en) Shinji Izumiyama, Kenji Yagita, Reiko Furushima-Shimogawara, Tokiko Asakura, Tatsuya Karasudani et Takuro Endō, « Occurrence and Distribution of Naegleria Species in Thermal Waters in Japan », The Journal of Eukaryotic Microbiology, vol. 50, no s1,‎ , p. 514–5 (PMID 14736147, DOI 10.1111/j.1550-7408.2003.tb00614.x, S2CID 45052636)
  10. (en) Yasuo Sugita, Teruhiko Fujii, Itsurou Hayashi, Takachika Aoki, Toshirō Yokoyama, Minoru Morimatsu, Toshihide Fukuma et Yoshiaki Takamiya, « Primary amebic meningoencephalitis due to Naegleria fowleri: An autopsy case in Japan », Pathology International, vol. 49, no 5,‎ , p. 468–70 (PMID 10417693, DOI 10.1046/j.1440-1827.1999.00893.x, S2CID 21576553)
  11. (en) James Hadfield, « Last splash: Immodest Japanese tradition of mixed bathing may be on the verge of extinction », The Japan Times,‎ (lire en ligne, consulté le )
  12. (ja) « 盗撮の実態、知っていますか? 10年で倍増/常習化しやすく 被害に遭わないためには…【NEXT特捜隊】 », Shizuoka Shimbun,‎ (lire en ligne, consulté le )
  13. (ja) « <盗撮の闇(3)>奪われた日常 被害者、映像流出におびえ », 佐賀新聞,‎ (lire en ligne, consulté le )
  14. (ja) « 盗撮のカリスマ”斎藤果林容疑者が逮捕 犯行グループの一員が明かす“卑劣な手口”「若い女性が集まる連休にはグループで“温泉盗撮旅”へ », Bunshun Online,‎ ([https://bunshun.jp/articles/-/54043, consulté le )
  15. (ja) « 「盗撮のカリスマ」率いるグループ16人摘発…男「30年前から1万人は盗撮」 », Yomiuri Shimbun,‎ (lire en ligne, consulté le )
  16. a b et c Tadanori Matsuda, « Onsen : les bienfaits séculaires des sources thermales japonaises », sur www.nippon.com, (consulté le ).

Annexes

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Bibliographie

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  • (en) Anne Hotta et Yoko Ishiguro, A Guide to Japanese Hot Springs, Kodansha, , 284 p. (ISBN 978-0870117206).

Articles connexes

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