343 kōkūtai

groupe aérien de la Marine Impériale japonaise (1944-1945)

Le 343 kōkūtai était un groupe de chasse du Service aérien de la Marine impériale japonaise. Il combattit les Alliés dans le Pacifique durant les deux dernières années de la Seconde Guerre mondiale. Basé à Kagoshima (île de Kyūshū, sud du Japon), il a été créé le , mais était presque détruit en .

Cette photographie prise à la base de Matsuyama dans les premiers mois de l'année 1945 montre l'appareil no 15 du 343e groupe de chasse de la Marine impériale japonaise. Cet appareil fut notamment celui de as Naoshi Kanno.

Démantelé en juillet 1944, il renaît à la fin de l'année et reprit le service actif en janvier 1945, jusqu'à la capitulation du Japon, le 2 septembre 1945.

Le 343 kōkūtai connut deux périodes distinctes, celle de 1944 et celle de 1945.

Première période : 1944

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Après sa mise en service, l'affectation du 343e changea plusieurs fois. Stationné à l'île de Yap, dans l'archipel des Carolines, il est quasiment anéanti par une série de bombardement et d'attaques aériennes menées par les Américains sur Yap, entre et .

Ces opérations avaient pour but d'annuler le pouvoir d'interception des Japonais sur les bombardiers américains. La mission des bombardiers était de préparer l'invasion des Mariannes, et Yap était la principale base d'avions de chasse japonais dans cette zone. Plusieurs kōkūtai furent affectés à Yap durant 1944, et les premiers mois de 1945 ; la plupart des effectifs et des appareils du 343e furent détruits en juin et le 343 kōkūtai est officiellement dissous le .

Seconde période : 1945

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Après la bataille du golfe de Leyte perdue par la marine impériale japonaise, en octobre 1944, le capitaine Minoru Genda, organisateur de l'opération menée contre Pearl Harbor et pilote comptant plus de 3 000 heures de vol, eut l'idée de créer un kōkūtai : réunir les as et les meilleurs pilotes qui restaient au Japon dans un kōkūtai de pilotes d'élite.

La démarche de Genda était similaire à celle d'Adolf Galland qui, en Allemagne, avait créé une unité d'élite à la philosophie similaire, la Jagdverband 44. Au cours des deux derniers mois de 1944, Genda entama les pourparlers pour une refondation du 343 kōkūtai, numéro d'unité resté vacant depuis l'été.

Le , le 343e des kōkūtai de la Marine impériale est officiellement remis en service et basé à Matsuyama, dans l'île de Shikoku, île voisine de Kyūshū. Les kōkūtai de la Marine impériale japonaise recevaient un nom « martial » et le 343e fut baptisé : Tsurugi butai Force d'attaque Épée »).

Le , Genda en est nommé commandant en chef. Il choisit Yoshio Shiga comme commandant en vol, directement sous ses ordres[Note 1]. En , Shiga est au commandement des trois hikōtaicho chefs d'escadrille ») qui commandent les trois hikōtai escadrilles ») qui composent le 343 kōkūtai : Naoshi Kanno commande le 301e hikōtai[Note 2], Yoshishige Hayashi commande le 407e hikōtai, et Takashi Oshibuchi commande le 701e hikōtai[Note 3].

Dotation

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Kawanishi N1K2-J Shinden Kai du National Museum of the U.S. Air Force.

Lors de sa première organisation de 1944, les appareils du groupe furent des Mitsubishi A6M5 « Zero ».

Lors de sa réorganisation de 1945, le groupe fut doté du Kawanishi N1K2-J Shiden kai, le meilleur chasseur dont la Marine impériale disposait à ce moment. Shiden veut dire « éclair violet » et kai est l'abréviation de kaizo, qui veut dire « version améliorée ». Le N1K2-J Shiden kai est donc la version améliorée du N1K1-J Shiden. Avant d'intégrer le 343 kōkūtai, le 701e hikōtai avait fait partie du 341e kōkūtai et avait eu comme dotation la première version du Shiden kai, le N1K1-J. Oshibuchi et ses hommes avaient une expérience non négligeable, et allaient maintenant piloter le modèle avancé.

Actions de guerre

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Le 343e kōkūtai nouvellement réorganisé mena sa première mission le  : il remporta cinquante victoires aériennes contre quinze pertes.

Le , l'escadre participe à l'escorte des kamikazes volant vers Okinawa (c'est l'une des dix opérations Kikusui qui furent effectuées par les Japonais sur la flotte américaine d'invasion d'Okinawa). Une Task Force américaine attaque les terrains d'aviation pour les empêcher d'atteindre Okinawa.

Malgré l'attaque, Shoichi Sugita décide de décoller avec son ailier Toyomi Miyazawa. Un avion de chasse américain de type Hellcat le prend pour cible juste après son décollage. Sugita s'écrase en flammes. Sa mort endeuille l'escadre plusieurs jours durant. Il avait à son actif environ soixante-dix avions ennemis abattus et avait été l'un des six pilotes de l'escorte de Yamamoto dans les Salomon en 1943. À cette époque, l'as japonais Saburō Sakai faisait partie du 343 kōkūtai. Après la guerre, Sakai rapporte qu'il avait lancé à Shoichi :« N'y vas pas, n'y vas pas… »[Note 4].

Le pilote qui remplaça Sugita fut Kaneyoshi Muto. Ce vétéran de la guerre de Chine fut recruté durant le mois de pour voler sous les ordres de Naoshi Kanno, au sein du 301e hikōtai. Il s'était fait remarquer le  : poursuivi par une douzaine de Hellcats au-dessus du terrain d'Atsugi, il fit volte-face, en abattit quatre et mit les autres en fuite. La presse le surnomma « le Miyamoto Musashi de l'air »[Note 5]. Muto disparut en mission le dans le détroit de Bungo qui sépare Kyūshū de Shikoku, probablement abattu par le lieutenant George Applegate. Cette victoire sur Muto fut la première pour Applegate, qui fut abattu à son tour au cours de ce même combat. Le pilote américain fut récupéré par un sous-marin mais Muto fut porté disparu. Ce dernier comptait alors 28 victoires.

Récupéré au fond du détroit de Bungo, le Shiden kai du petit musée de Shikoku est l'un des rares appareils encore conservés de nos jours à avoir réellement fait partie de la dotation du 343 kōkūtai. Il aurait même pu être celui à bord duquel fut abattu le hikōtaicho Takashi Oshibuchi.

Ce même , tombait aussi Takashi Oshibuchi, le chef du 701e hikōtai ; avec Muto et quatre autres pilotes,les pertes du 343 kōkūtai furent de six hommes et six appareils ce jour-là[Note 6].

Le , vers sept heures du matin, Yoshishige Hayashi et ses hommes décollèrent pour intercepter un groupe de onze bombardiers américains de type B-29. Il abattit un ; son avion, ainsi que celui de son ailier Toshio Shimizu, furent endommagés, les deux s'écrasèrent à l'entrée de la baie de Kagoshima. Yoshio Shiga dit qu'au moment d'être touché, il refusa sans doute de s'éjecter pour mourir à bord de son appareil. Il aurait été marqué par les évènements du (cinq jours avant sa mort) : au cours d'un affrontement de son hikōtai avec des Hellcats américains, il avait vu tomber neuf de ses hommes.

Le , à 8 h 0 du matin, Kanno et dix-neuf de ses hommes du 301e hikōtai décollèrent d'Ōmura (Kyūshū) pour intercepter des B-24. Ils les trouvèrent deux heures plus tard au nord de Yaku-shima, à 5 000 mètres d'altitude. Kanno enclencha la mise à feu de ses quatre canons de 20 mm ; un obus explosa à l'intérieur du fût de l'un des deux canons d'aile droite, ouvrant un énorme trou dans l'aile ; son ailier, le sergent-major Hori, voulut l'escorter jusqu'à la base ; Kanno lui ordonna de poursuivre l'attaque contre les B-24 ; il ne parvint jamais à la base ; ce jour-là et dans cette zone, les pilotes américains d'une escadrille de P-51 réclamèrent quatre Ki-84 abattus. Aucun Ki-84 n'était dans cette zone ; ces quatre Ki-84 étaient peut-être des Shiden kai, dont celui de Kanno. Il fut porté disparu jusqu'au (dix-huit jours après la reddition du Japon), et fut alors promu Chusa (lieutenant-colonel) à titre posthume.

Le 343 kōkūtai combat jusqu'à la fin des combats, le . Au total, 91 de ses pilotes perdirent la vie, dont 88 en combat aérien.

Les affectations du 343 kōkūtai en 1945

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  • du au  : base de Matsuyama ;
  • du au  : base de Kanoya ;
  • du au  : base de Kokubu (près de Kanoya) ;
  • du au  : base d'Omura.

Notes et références

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  1. De son vrai nom Yoshio Yotsumoto, il avait décidé de remplacer son nom de famille par Shiga, qui était celui de sa femme. Shiga avait été choisi pour commander le Shinano, gigantesque cuirassé reconverti en porte-avions, mais celui-ci, torpillé par un sous-marin américain, coula le lors d'un déplacement avant même de prendre la mer en service actif. Shiga se retrouva donc entièrement disponible pour répondre à l'appel lorsque Genda lui demanda de commander son kōkūtai « sur le terrain ».
  2. Kanno avait été membre du 343 kōkūtai lors de sa première organisation de 1944, mais une fois que celui-ci fut dissous il fut affecté au 201e kōkūtai, aux Philippines. En octobre 1944, Kanno avait demandé à faire partie de la première mission du « Groupe d'Opérations Spéciales Vent Divin » (Shimpu Tokubetsu Kogekitai, ou tokkotai pour la contraction utilisée par les Japonais eux-mêmes), basé sur le principe de l'attaque-suicide. Mais ses supérieurs refusèrent. Il avait abattu 32 avions au cours des six derniers mois de 1944, exploit inégalé. Pour ce qui est de la première mission kamikaze, du , ce fut Yoshiyasu Kuno qui prit la place de Kanno.
  3. Oshibuchi avait été blessé en au cours de la bataille des Philippines, mais remis de ses blessures au début de 1945.
  4. Au début des années 1980, par l'intermédiaire de l'historien américain d'origine japonaise Henry Sakaida, Sakai eut l'occasion de rencontrer l'Américain qui abattit son ami ce jour-là. Ils devinrent amis. Sakai dit qu'il n'était pas allé sur les débris de l'appareil de son collègue. Sakai rejoignit le Yokosuka kōkūtai avant la fin de la guerre ; il n'aimait pas spécialement le Shiden kai, il maîtrisait trop bien le Zero pour en changer.
  5. samouraï né en 1584 à la fin de la période Momoyama et mort en 1645 au début de la période Edo ; il est au Japon l'archétype du héros invincible.
  6. Dans les années 1970, un Shiden kai découvert au fond du détroit de Bungo fut ramené à la surface et il est de nos jours exposé dans un musée local de Shikoku. Aucune trace du pilote ne fut retrouvée à bord de l'avion. Parmi les pêcheurs ayant participé à la récupération de l'épave, certains suffisamment âgés se souviennent de l'avoir vu amerrir trente ans auparavant, à 200 mètres du rivage. Il correspond donc très probablement à l'un des six appareils abattus ce . Il semble qu'il n'ait pas été endommagé par balle et que le moteur ait lâché... ou peut-être n'avait-il plus d'essence car ses réservoirs n'étaient pas pleins en raison des restrictions de carburant que les aviateurs japonais durent subir à la fin de la guerre. Le mystère de cette épave reste entier, et l'on ne saura très certainement jamais qui fut son pilote ni quelles furent les raisons exactes de son amerrissage forcé.

Références

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Voir aussi

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