Abdel Fattah al-Burhan
Abdel Fattah al-Burhan ou Abdel Fattah Abdelrahmane al-Bourhane (en arabe : عبد الفتاح البرهان عبد الرحمن), né le dans le village de Gandatu, est un militaire et homme d'État soudanais, chef de l'État de facto en 2019 et depuis 2021, et président du Conseil de souveraineté de transition.
| Abdel Fattah al-Burhan عبد الفتاح البرهان | |
Abdel Fattah al-Burhan en 2025. | |
| Fonctions | |
|---|---|
| Président du Conseil de souveraineté de transition de la république du Soudan[a] (chef de l'État, de facto) | |
| En fonction depuis le (7 ans, 5 mois et 12 jours) |
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| Vice-président | Mohamed Hamdan Dogolo Malik Agar |
| Premier ministre | Abdallah Hamdok Osman Hussein (intérim) Dafallah al-Haj Ali (intérim) Kamel al-Tayeb Idris Abdelhafiz |
| Prédécesseur | Ahmed Awad Ibn Auf Omar el-Bechir (président de la République) |
| Biographie | |
| Nom de naissance | Abdel Fattah Abdelrahmane al-Burhan |
| Date de naissance | |
| Lieu de naissance | Gandatu (Soudan) |
| Nationalité | Soudanaise |
| Parti politique | Indépendant |
| Profession | Officier |
| Religion | Islam sunnite |
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| Chefs d'État soudanais | |
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Biographie
modifierAbdel Fattah al-Burhan naît en 1960 à Gandatu, un village situé au nord de Khartoum[1], capitale du Soudan, au sein d'une famille soufie membre du peuple Jaalin.
Burhan a étudié dans un collège militaire soudanais. Il a ensuite étudié à l'étranger en Égypte et en Jordanie. Il a une femme et trois enfants.
Commandant de l'armée de terre, dont il est le numéro trois[2], il organise notamment l'envoi de troupes au Yémen dans le cadre de la guerre civile yéménite et joue le rôle d'officier de liaison avec les Saoudiens et les Émiratis[3]. En , lors des manifestations contre le régime d'Omar el-Bechir, il est nommé inspecteur général de l'armée[4].
Carrière politique
modifierPrésident du Conseil militaire de transition
modifierLe , il succède à Ahmed Awad Ibn Auf à la tête du Conseil militaire de transition mis en place après le renversement d'Omar el-Bechir[5]. Contrairement à son prédécesseur, il n'est pas considéré comme un « pilier » du régime[6] et n'a pas de lien connu avec le Mouvement islamique[3].
Le lundi à l'aube, la junte au pouvoir donne l'ordre de disperser violemment le campement des manifestants devant le siège de l'armée à Khartoum. Des militaires brûlent les tentes installées par les manifestants et tirent à balles réelles sur ces derniers. D'autres victimes sont jetées dans le Nil[7]. Ils font au moins 30 victimes et des « centaines de blessés », selon le Comité central des médecins soudanais[8]. Des images montrent également des policiers et soldats tués et blessés par les putschistes[9], 700 blessés et 70 personnes violées[10]. Parmi eux, figurent de nombreuses femmes activistes qui ont par ailleurs subi des insultes obscènes[11]. Les forces de sécurité prennent position dans les rues de la capitale pour empêcher la reconstitution du sit-in[12]. En réaction, l'ALC se retire des négociations et appelle au renversement du régime et à « la grève et la désobéissance civile »[13]. Les RSF sont intervenus et ont tiré[14]. D'après Gérard Prunier, les assaillants n'étaient pas des militaires — qui pour beaucoup sympathisaient avec les manifestants — mais des mercenaires venus du Darfour (les Forces de soutien rapide) et des unités apparentées aux services de renseignement[15].
Présidence du Conseil de souveraineté
modifierDésignation
modifierProlongation du mandat
modifierNormalisation des relations entre Soudan et Israël
modifierLe Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou rencontre Abdel Fattah al-Burhan en , à Entebbe (Ouganda), pour discuter d'une normalisation des relations entre Israël et le Soudan[23].
Les mois suivant, Abdel Fattah al-Burhan est un acteur central de la normalisation des relations entre le Soudan et Israël, dont les négociations bilatérales aboutissent à un accord entre les deux États le [24]. Ce projet de rapprochement, très loin de faire l’unanimité dans le gouvernement et la société civile soudanaise, et largement porté par Burhan qui le justifie par les bénéfices économiques que le Soudan peut en tirer, notamment grâce au retrait de la liste noire américaine des « pays soutenant le terrorisme »[24].
Al-Burhan réfute tout chantage de l'administration américaine comme ayant causé le rapprochement entre le Soudan et Israël, tout en reconnaissant que cette « réconciliation » a bien fait partie des « catalyseurs de la décision américaine »[25]. Il déclare que rompre l'isolement du Soudan bénéficia à la population et évoque une coopération avec les États-Unis et Israël dans le domaine technologique[25].
De son côté, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu annonce l'envoi de blé d'une valeur de cinq millions de dollars au Soudan, en signe de sa volonté d'« assister le pays dans sa transition »[25].
Coup d’État de 2021
modifierCourant , les tensions entre les représentants de la société civile et les représentants de l’armée au sein du gouvernement de transition s'accentuent. Le 25, l'armée procède à l'arrestation du Premier ministre Abdallah Hamdok et de la plupart des ministres et des membres civils du Conseil de souveraineté. Le général Burhan décrète l'état d'urgence et fait couper Internet, tandis que des manifestations en faveur d'un pouvoir civil sont réprimées[26]. Le suivant, il forme un nouveau Conseil de souveraineté de transition dont il prend la tête[27].
L’invitation du général Abdel Fattah al-Burhan à prononcer un discours le à l’Assemblée générale des Nations unies a suscité la colère de nombreux militants opposés au coup d’État d' alors que la répression des manifestations pacifiques se poursuit, avec 117 morts en un an[28].
Liens avec l'islamisme
modifierL'opposition reproche au général al-Burhan de réhabiliter les islamistes afin d'élargir sa base en vue des élections de 2024[29].
Le , Abdel Fattah al-Burhan annonce la création d'une nouvelle coalition : le Grand Courant islamique. Selon Amin Hassan Omer, l’une des figures du mouvement islamiste soudanais, proche des Frères musulmans, l’objectif est de faire « renaître le pays dans la religion » et de « structurer les différents groupes islamistes » en vue des élections promises par les militaires en 2024. La création du Grand Courant islamique coïncide aussi avec la libération, le , de treize cadres du Congrès national (NCP) — le parti politique au pouvoir sous l'ère Bechir —, acquittés par la justice après avoir été accusés d’atteinte à l’ordre constitutionnel, de financement du terrorisme et de tentative d’assassinat de l’ancien Premier ministre Abdallah Hamdok, en [30].
Rapprochement avec la fédération de Russie
modifierLors d'une rencontre le , avec le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov, le général al-Burhan donne son accord pour l'ouverture d'une base navale russe à Port-Soudan et salue le déploiement de mercenaires russes de la société militaire privée Wagner aux côtés des FSR.
Guerre civile soudanaise (depuis 2023)
modifierLe , l’armée accuse les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) d’avoir attaqué des bases dans tout le pays. Les soldats du général Dogolo affirment avoir pris le contrôle du palais présidentiel et de l'aéroport de Khartoum et de la base aérienne de Jebel Aulia[31]. À l'aéroport de Khartoum, les miliciens des FSR incendient des avions civils, dont un de la Saudi Arabian Airlines. En réaction, l'armée de l'air soudanaise effectue des raids aériens à Khartoum sur des positions tenues par les FSR[32].
Le , Abdel Fattah al-Burhan survit à une tentative d'assassinat menée par un drone alors qu'il visitait une base militaire à Gibet. Cinq personnes sont tuées[33].
Le , le département du Trésor américain sanctionne Abdel Fattah al-Burhan, pour avoir « déstabilisé le Soudan et compromis l'objectif d'une transition démocratique » vers un gouvernement dirigé par des civils[34].
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Président du Conseil militaire de transition du 12 avril au 20 août 2019, puis président du Conseil de souveraineté du 21 août 2019 au 21 octobre 2021, puis président du Conseil de souveraineté de transition depuis le 11 novembre 2021.
Références
modifier- ↑ Stéphanie Trouillard, « Qui est Abdel Fattah al-Burhan, le nouvel homme à la tête du Soudan ? », sur france24.com, France 14, .
- ↑ Coline Vazquez et AFP agence, « Soudan : l’armée suspend les discussions avec les manifestants », sur Le Figaro, (consulté le ).
- 1 2 (en) Magdi el Gizouli, « Sudan’s Season of Revolution », African Review of Political Economy, (lire en ligne)
- ↑ « Militaire respecté mais inconnu du public, Abdel Fattah al-Burhane nouveau dirigeant du Soudan », sur TV5 Monde,
- ↑ AFP, « Soudan : joie des manifestants après la démission du chef du conseil militaire », sur La Libre Belgique, .
- ↑ RFI, « Soudan : Abdel Fattah Abdelrahman, un chef du Conseil militaire plus consensuel », sur RFI Afrique, .
- ↑ « Au Soudan, Khartoum livrée aux miliciens du Darfour », sur Le Monde.fr (consulté le )
- ↑ « Soudan : au moins 30 morts dans des manifestations violemment réprimées par l’armée », sur Jeune Afrique, jeuneafrique.com.
- ↑ RFI, « Soudan : purge d’une centaine d’officiers - RFI », sur RFI Afrique, (consulté le ).
- ↑ « Soudan : des manifestants violés par des militaires », sur www.cnews.fr (consulté le )
- ↑ Leela JACINTO, « Quand les milices ont recours au viol contre les activistes soudanaises », sur France 24, (consulté le ).
- ↑ Quentin Warlop, avec AFP, « Entre patrouilles, mitrailleuses et répression sanglante, retour sur la crise au Soudan », sur RTBF Info, RTBF Actus, (consulté le ).
- ↑ FRANCE 24, « À Khartoum, l'armée tente de briser le mouvement de contestation », sur france24.com, .
- ↑ AFP, « Au Soudan, des manifestants hantés par la répression meurtrière du sit-in », sur voaafrique.com, (consulté le ).
- ↑ Gérard Prunier, « L’« État profond » à la manœuvre au Soudan », sur Le Monde diplomatique, (consulté le ).
- ↑ RFI, « Soudan : chargé de diriger la transition, le Conseil souverain a été formé - RFI », sur RFI Afrique, (consulté le ).
- ↑ Le Point, magazine, « Soudan: la nouvelle instance de transition intronisée », sur Le Point, lepoint.fr, (consulté le ).
- ↑ (en) Samuel Ramani, « Sudan’s Imperiled Political Transition - Politics of Military Authoritarianism in North Africa », sur Carnegie Middle East Center (consulté le ).
- ↑ « Sudan: A transition under pressure », sur www.europarl.europa.eu (consulté le ).
- ↑ (en) « Sudan: Freedom in the World 2021 Country Report », sur Freedom House (consulté le ).
- ↑ (en) « Friends of Sudan Statement, April 11. 2021 »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?), sur Norgesportalen (consulté le ).
- ↑ Marc DAOU, « Au Soudan, l'impossible partage du pouvoir entre civils et militaires », sur France 24, (consulté le ).
- ↑ (en-US) Sue Surkes, « Sudan said willing to consider normalizing ties with Israel », sur www.timesofisrael.com (consulté le )
- 1 2 « Pourquoi le Soudan normalise ses relations avec Israël », sur L'Orient-Le Jour, (consulté le )
- 1 2 3 « Le général Burhane récuse tout chantage américain », sur L'Orient-Le Jour, (consulté le )
- ↑ « Soudan/coup d'Etat: deux manifestants tués et 80 blessés par l'armée (médecins) », sur L'Orient-Le Jour, (consulté le )
- ↑ « Soudan : préoccupation internationale face au nouveau Conseil de souveraineté », sur AA,
- ↑ RFI, « Soudan : la présence du général al-Burhan aux funérailles d'Elizabeth II passe mal », sur RFI, (consulté le ).
- ↑ RFI, « Soudan : pourquoi la junte réhabilite les islamistes », sur RFI, (consulté le ).
- ↑ « Au Soudan, les islamistes refont surface à la faveur du coup d’Etat », Le Monde.fr, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Le Monde avec AFP, « Au Soudan, la rivalité entre deux généraux a explosé, des forces paramilitaires disent contrôler l’aéroport international de Khartoum », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ https://www.liberation.fr/international/afrique/soudan-khartoum-en-proie-a-des-combats-sur-fond-de-rivalite-entre-deux-generaux-20230415_5S75RQJMSZCADJUR6WR2P2D34E/
- ↑ (en) Middle East Monitor, « Sudan: Army chief Burhan survives assassination attempt », Middle East Monitor, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Damian Zane et Peter Mwai, « US sanctions Sudan army chief Burhan over civilian deaths attempt », BBC, (lire en ligne, consulté le )
Voir aussi
modifierLiens externes
modifier- Ressource relative à l'audiovisuel :