Abdou Elimam

linguiste franco-algérien

Abdou (Abdeljlil) Elimam (en arabe : عبده الإمام), né le à Oran, et mort le en Espagne[1], est un linguiste algérien parmi ceux du courant énonciatif français, qui assument l'héritage de Gustave Guillaume et d'Émile Benveniste. Sur les traces de Antoine Culioli, Henri Adamczewski et de Robert Lafont, il soutient une thèse de doctorat de 3e cycle à l'université Sorbonne Nouvelle - Paris 3 (en linguistique anglaise) et une thèse de doctorat d'État à l'université de Rouen (linguistique générale). Trois phases ont ponctué ses centres d'intérêt : la sociolinguistique du Maghreb et la défense du maghribi ; la didactique des langues secondes (dont le FLE) ; les retombées des sciences cognitives sur la théorie du langage. Actuellement il travaille sur les bases méthodologiques et théoriques d'un rapprochement entre Ray Jackendoff et Noam Chomsky, d'un côté, et Antoine Culioli, de l'autre.

Abdou Elimam
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Biographie
Naissance
Décès
(à 73 ans)
Espagne
Nom de naissance
Abdeljlil Elimam
Nationalité
Activité
Autres informations
A travaillé pour
Directeur de thèse

Biographie

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Formation et carrière

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Abdou Elimam est depuis 2002 maître de conférences à l'École nationale polytechnique d'Oran, naguère École normale supérieure d'enseignement technique (ENSET) d'Oran. Il a exercé également les fonctions de directeur du Centre culturel français de Naplouse de 1997 à 2001[2] et a travaillé à l'Institut de culture populaire de Tlemcen. Il a été professeur invité ou chargé de cours à l'université de Rouen, à l'INALCO et consultant en ingénierie linguistique pour diverses entreprises.

Travaux

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Linguistique du Maghreb

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C'est sa quête du statut de la langue maternelle qui motive Abdou Elimam à s'engager en linguistique. La théorie de l'énonciation initiée par Émile Benveniste et formalisée par Antoine Culioli va le séduire en cela qu'elle prend ancrage dans une théorie de l'acquisition qui permet l'émergence d'un sujet de l'énonciation et conçoit le langage produit comme un événement énonciatif (1981). La sociolinguistique, en tentant de répondre aux questions « Qui parle à qui, de quoi, comment, quand, où et pourquoi ? » fera intervenir les questions de la norme linguistique, de la diglossie, du bilinguisme et du multilinguisme. Dans une mise en relation dialectique entre corpus et statut social (2004), son engagement en didactique des langues lui permet de formaliser la question du rapport entre langue maternelle et langue autre. C'est dans les thèses de Stephen Pit Corder, Larry Selinker et Stephen Krashen qu'il trouvera des réponses claires sur le rapport entre acquisition et apprentissage (2006(a), 2012). Enfin, les sciences cognitives contemporaines, qui commencent à dévoiler partie des mécanismes de l'activité cérébrale en œuvre dans l'émergence de la langue native. Cependant les retombées des neurosciences invitent à revisiter la théorie linguistique telle qu'elle a prévalu jusqu'ici et Abdou Elimam (2006(b), 2011, 2012), en posant le primat de la question du sens, opère une distinction entre faculté du langage et formes linguistiques d'extériorisation. Se sentant très proche des préoccupations contemporaines de Ray Jackendoff, il envisage de revisiter les thèses de la grammaire universelle, de la théorie de l'énonciation et de la question du sens à partir d'une vision rafraîchie.

Par ailleurs, au début des années 1990, il a activement participé à la conception et au lancement du projet d'économie alternative et durable « La Caisse de Transactions » en France en collaboration très étroite avec son fondateur Franck Fouqueray. Ses connaissances de linguiste furent déterminantes dans l'application d'un modèle économique équitable et durable.

En tentant de jeter la lumière sur la vie langagière du Maghreb pré‑islamique, Abdou Elimam découvre que la langue introduite par les Phéniciens en Afrique du Nord, le punique, s'avère langue substrat (à hauteur de 50 % en moyenne) dans les parlers contemporains du Maghreb et de Malte (1997). Ce qui conduit Abdou Elimam à oser un regard renouvelé et critique sur la nature supposée « arabe » des parlers du Maghreb. Son étude assoit la conviction que loin d'être une arabisation (spontanée) de toutes ces contrées, les parlers de Malte et du Maghreb sont des évolutions du punique au contact de l'arabe et du berbère. Rejoignant Charles A. Ferguson et bien des linguistes orientaux, Abdou Elimam nomme maghribi cette identité linguistique polynomique et au substrat punique (1997, 2003).

Didactique des langues

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C'est avec Henri Adamczewski que Abdou Elimam apprend à distinguer entre langue acquise par la naissance et langue apprise au terme d'efforts. Cette distinction constituera un repère essentiel dans ses travaux de didactique des langues. En effet, la langue maternelle s'acquiert ; elle ne s'apprend pas comme on apprend à coudre ou à fabriquer un objet. Les moyens cognitifs mobilisés dans un cas et dans l'autre ne sont donc pas les mêmes (2006(a)). Tout cela conduit Abdou Elimam à reconsidérer les apprentissages linguistiques – en les distinguant des apprentissages langagiers – et à concevoir la didactique des langues comme une démarche reposant sur trois piliers : la connaissance du fonctionnement des langues humaines ; les mécanismes cognitifs mis en jeu ; les besoins effectifs en langue seconde (2012).

Théorie du langage et sciences cognitives

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Les travaux de Jean-Pierre Changeux, d'Antonio Damasio, de Michael Tomasello – mais également ceux du linguiste Ray Jackendoff – ont été un facteur d'émulation dans la réflexion contemporaine d'Abdou Elimam quant à la théorie du langage. Comment le dispositif natif intervient‑il pour mettre en route la mécanique du langage et comment cette dernière s'articule, devraient répondre clairement à la question : « qu'est‑ce qu'un système linguistique ? » Sur la base d'observations irréfutables et méthodologiquement validées, les neurosciences apportent des éclairages qui devraient permettre de mieux (re)définir l'activité langagière et de déterminer le rapport entre sémantique, d'un côté, et morphosyntaxe et phonétique, de l'autre. Abdou Elimam pense pouvoir rapprocher, dans un tel programme, les thèses de Noam Chomsky et Ray Jackendoff de celles de Antoine Culioli.

Notes et références

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  1. « Décès du professeur Abdou Elimam », sur Le Quotidien d'Oran (consulté le ).
  2. « Question au ministre algérien de l'éducation : Connaissez-vous qui est Abdou Elimam ? », sur iflisen2008.over-blog.com, (consulté le ).

Voir aussi

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Bibliographie

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  • Le statut du sujet en linguistique (thèse de doctorat de 3e cycle, Sorbonne Nouvelle), .
  • « Algérianité linguistique et démocratie », Peuples méditerranéens, nos 52-53, , p. 103-120.
  • Le maghribi, langue trois fois millénaire, ANEP, .
  • Le maghribi, alias « ed‑darija » – La langue consensuelle du Maghreb, Dar El‑Gharb, .
  • Langues maternelles et citoyenneté, Dar El‑Gharb, .
  • L'exception linguistique en didactique, Dar El‑Gharb, 2006a.
  • « Entre prototypisation et mise en discours : les enjeux du sens », dans Mots, Termes et Contextes, Éditions des archives contemporaines / AUF, 2006b, 109-119 p..
  • « Du punique au maghribi : Trajectoires d'une langue sémito‑méditerranéenne », Synergies Tunisie, no 1, , p. 25-38.
  • « Le français médium d'enseignement (FME) pour non natifs : entre apports de la recherche linguistique et besoins », ELA (Études de linguistique appliquée), no 161, janvier‑mars 2011, p. 79-98.
  • Le français langue seconde d'enseignement, I.L.V., .

Liens externes

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