Abdoulaye Tall
Abdoulaye Tall, né vers 1879 et mort le à Paris, est un prince toucouleur, fils d’Ahmadou Tall et petit-fils d’El Hadj Oumar Tall. Capturé enfant lors de la conquête française de l'Empire toucouleur et de la prise de Ségou en 1890, il est envoyé en France, où il poursuit ses études au lycée Janson-de-Sailly, puis est admis à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr. Il meurt à environ vingt ans. Sa dépouille est rapatriée en Afrique en 1995 et inhumée à Ségou.
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Biographie
modifierEnfance, famille et capture à Ségou
modifierAbdoulaye Tall naît vers 1879. Il est l’un des fils d’Ahmadou Tall, fils aîné d’El Hadj Oumar Tall et souverain de l’Empire toucouleur établi à Ségou. Il appartient ainsi à la famille dirigeante de l’État fondé par son grand-père au XIXe siècle[1],[2],[3].
Le , les troupes françaises commandées par le lieutenant-colonel Louis Archinard s’emparent de Ségou. Ahmadou Tall a quitté la ville avant sa prise, mais plusieurs membres de sa famille tombent aux mains des Français[4],[3].
Abdoulaye, âgé d’environ dix ans, est capturé lors de la prise de la ville[1],[5]. Selon l’historien Daniel Foliard, il est alors capturé « sabre à la main »[6]. Il tentait de défendre sa mère selon le récit populaire[7].
Louis Archinard décide de l’emmener en France. Abdoulaye arrive au Havre en août 1890 avant d’être confié à une famille parisienne[4],[5]. Son déplacement s’inscrit dans la politique coloniale française appliquée à certains fils de dirigeants africains, éloignés de leur milieu familial et formés dans des établissements français[4],[3].
Formation en France
modifierÀ Paris, Abdoulaye Tall reçoit une éducation française et fréquente le lycée Janson-de-Sailly. Il souhaite poursuivre une carrière militaire et prépare son entrée à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr[1],[3].
Il est ensuite admis à Saint-Cyr. Il est décrit comme le premier Africain admis dans cette école militaire[5],[2].
Retour en Afrique
modifierMort et rapatriement de sa dépouille
modifierAbdoulaye Tall contracte la tuberculose et meurt à Paris le , à environ vingt ans[1],[3]. Il est inhumé en France.
À l’initiative de Thierno Mountaga Tall, membre de la famille Tall et responsable de la communauté omarienne, les autorités françaises acceptent le rapatriement de sa dépouille en 1995. Le , des honneurs militaires lui sont rendus en France en présence du ministre français de la Défense François Léotard et du chef d’état-major de l’Armée de terre Marc Monchal. Sa dépouille est ensuite transportée au Sénégal, puis à Ségou, où elle est inhumée[5],[8].
Postérité
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Le parcours d’Abdoulaye Tall est documenté par des archives coloniales et par sa correspondance avec Louis Archinard. Il est également lié à l’histoire du « trésor de Ségou », ensemble de manuscrits, armes, bijoux et objets saisis par les forces françaises après la prise de Ségou[9].
Son histoire occupe une place dans Les Otages. Contre-histoire d’un butin colonial, ouvrage de la journaliste et écrivaine Taina Tervonen publié en 2022, consacré aux objets saisis à Ségou et aux personnes déplacées dans le cadre de la conquête coloniale[8].
Le rapatriement de sa dépouille en 1995 constitue l’une des démarches entreprises par la famille Tall pour le retour d’éléments dispersés après la prise de Ségou[5].
Le , la France restitue au Sénégal un sabre attribué à El Hadj Oumar Tall, conservé jusque-là au musée de l'Armée à Paris. Il est aujourd'hui exposé au musée des civilisations noires à Dakar. L’attribution et l’histoire exacte de cette arme font l’objet de discussions[8],[5],[2].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 « L’histoire oubliée d’Abdoulaye Tall », sur Kassataya, (consulté le )
- 1 2 3 4 Alter Natives, « Quizz #2 : Abdoulaye Tall », sur Mediapart, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 « L’histoire oubliée d’Abdoulaye Tall », sur SenePlus, (consulté le )
- 1 2 3 Boudal Ndiath, « Abdoulaye Tall : l’enfant otage de l’empire colonial français », sur Dakar Express, (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 Coumba Kane, « Au Sénégal, le long combat des héritiers d’El-Hadj Omar Tall pour le retour du « trésor de Ségou » pillé sous la colonisation », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Daniel Foliard, « Les vies du « trésor de Ségou » », Revue historique, vol. 2018/4, no 688, , p. 869-898 (DOI 10.3917/rhis.184.0869)
- ↑ Morgane Le Cam, « « Les Otages », une contre-enquête captivante sur les traces des butins coloniaux au « Soudan français » », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 « Le grand pillage / Les Otages. Contre-histoire d’un butin colonial », sur Musée de l'Histoire de l'immigration (consulté le )
- ↑ Daniel Foliard, « Les vies du « trésor de Ségou » », Revue historique, no 688, , p. 869-898 (DOI 10.3917/rhis.184.0869)