Abdellah ben Yassin

théologien guezoula du XIe siècle, fondateur du mouvement religieux et politique Almoravide
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Abdellah ben Yassin (en amazighe : ⵄⴱⴷⵍⵍⴰⵀ ⵓ ⵢⴰⵙⵉⵏ) aussi retranscrit 'Abd Allâh b. Yasin ou simplement Ibn Yasin est un théologien, juriste et imam malikite berbère du XIe siècle. Il est considéré comme le fondateur religieux du mouvement almoravide dont il reste le chef religieux jusqu'à sa mort en 1059.

Abdellah ben Yassin
ⵄⴱⴷⵍⵍⴰⵀ ⵓ ⵢⴰⵙⵉⵏ
عبد الله بن ياسين
Fonction
Imam
-
Biographie
Naissance
Date inconnueVoir et modifier les données sur Wikidata
TamanartVoir et modifier les données sur Wikidata
Décès

Krifla près de Rommani, Maroc
Sépulture
Mausolée de Abdellah Ibn Yassine (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nom dans la langue maternelle
عبد الله بن ياسين بن مكوك بن سير بن علي الجزوليVoir et modifier les données sur Wikidata
Époque
Activités
Mère
Tin Izamaren (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Disciple de
Waggag ibn Zallu al-Lamti
Influencé par
Waggag ibn Zallu al-Lamti (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Vue de la sépulture.

Il devient élève de l'école malikite établie à Nafis dans le Sous et dirigée par Waggag ibn Zallu al-Lamti (en). Celui-ci le missionne pour assister Yahya ben Ibrahim, émir de la confédération Sanhadja, dans sa volonté de réforme religieuse.

Après avoir fondé un premier ribat chez les Guezoula, il en est chassé à la mort de Yahya ben Ibrahim et rejoint son successeur Yahya ben Omar pour fonder un nouveau ribat chez les Lemtouna. Sa réforme réussit dans cette nouvelle communauté qui lui permet de lancer un djihad. Les différentes conquêtes posent les bases de l'empire Almoravide. Il meurt lors de la conquête des Berghouata.

Biographie

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Contexte

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L'ascension d'Abdellah ben Yassin s'effectue dans un contexte socio-économique territorial spécifique. Les tribus pastorales Sanhadja dont l'économie repose sur le prélèvement de taxes auprès des caravanes du commerce transsaharien souffrent d'une réduction de leurs ressources agricoles du fait de changements climatiques. Ce groupe tribal se compose alors de trois branches : Massoufa, Lemtouna et Guezoula. Leur islamisation n'est que très récente et leur connaissance du dogme musulman est limité[1].

Origines et formation

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Fils d'une mère nommée Tin Izamarren et d'un père sanhadja nommé Yassin ben Makuk, on a habituellement attribué comme région natale de Abdallah ben Yassin la localité de Tamanart dans le Souss, d'après un manuscrit saadien du XVIIe siècle[2]. Cependant, son lieu de naissance est encore discuté parmi les historiens. L'on a pu suggérer que Abdallah ben Yassin appartiendrait non pas aux Guezoula (tribu Masmouda), mais aux Guedala (tribu Sanhadja), nom qui à travers le temps aurait été altéré, faisant passer la lettre د (d en arabe) en la lettre ز (z en arabe), transformant Abdallah ben Yassin al-Gadduli en Abdallah ben Yassin al-Gazzuli. Dans cette hypothèse, Abdallah ben Yassin serait natif du sud la Mauritanie actuelle, et cela corroborerait donc le récit de son origine qu'en a fait son contemporain al-Bakrī, dont le village de Abdallah ben Yassin Tamamanawt, est bien un village situé non loin de Aoudaghost[3]. Certaines traditions affirment qu’il aurait étudié plusieurs années en Espagne musulmane, bien que le géographe andalou al-Bakrī ait douté de son érudition[4].

Il est formé dans le dār al-murābiṭūn de Waggag ibn Zallu al-Lamti (en), près de Nafis, un centre d’enseignement malikite réputé, dont il reste le disciple et le subordonné[4],[5]. En 1036, à la demande du cheikh Abu Imran al-Fasi (en), jurisconsulte de Kairouan, Yahyā b. Ibrāhīm, chef de la tribu saharienne des Juddāla, fait appel à lui pour réformer la foi religieuse de ses compatriotes[4],[5],[6],[7],[8].

Mission chez les Juddala

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Ibn Yāsīn accepte la mission, que tous les autres étudiants de Kairouan avaient refusée[6]. Il accompagne Yahyā b. Ibrāhīm dans le Sahara vers 1039 pour y répandre un islam purifié des influences kharijites et païennes[5]. Chez les Juddāla, il entreprend de renforcer la foi par l’enseignement du malikisme et par une réforme morale sévère. Il impose la prière, la zakāt et l’impôt légal du ʿushr, l'application de la Charia dans toutes les sphères de la vie ainsi que la création d'un trésor public, tout en punissant les manquements par des châtiments corporels : les repentants reçoivent cent coups de fouet avant d’être réintégrés dans la communauté[5],[9],[1].

Austère et pieux, il vit dans l’abstinence, exige une obéissance absolue et prône une stricte égalité au sein de ses disciples ; selon la tradition, il fait édifier une cité nommée Arat-n-Anna où toutes les maisons étaient de même hauteur[10]. Son rigorisme et sa discipline puritaine suscitent cependant la résistance des Juddāla, qui finissent par le chasser et le faire tomber en disgrâce après la mort de Yahyā b. Ibrāhīm entre 1048 et 1053[4],[11],[9],[1]. Il se retire alors dans le désert, accomplissant un hégire symbolique à l’image du Prophète, et trouve refuge chez les Lemtouna dont le chef, Yahya ben Omar, succède en tant qu'émir de la confédération sanhadja[10],[11],[12].

Mouvement Almoravide

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Formation du mouvement

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Bien qu'un premier ribat est fondé dans les années 1040 chez les Juddala et peut être considéré comme le premier élément fondateur du mouvement almoravide, c'est le ribat qu'il fonde chez les Lemtouna qui parvient à fédérer une communauté et former des guerriers nommés Murābiṭūn ceux qui sont liés » ou « gens du ribat ») dont le mot Almoravide tire son origine[10],[11],[12],[6],[7]. L'origine de ce terme fait toutefois l'objet de débats historiographiques : si la vision prévalant le rattache au ribat où Ibn Yasin se serait réfugié, d'autres chercheurs contestent l'existence de cette retraite insulaire légendaire et le lient à la racine coranique rbt mener le djihad » ou « accomplir de bonnes œuvres »), ou encore au nom de la dār al-murābiṭūn créée par son maître Waggag ibn Zallu al-Lamti (en)[1].

Ibn Yāsīn y prêche un malikisme orthodoxe opposé aux courants kharijites et chiites qui sont les principaux courants dans la région, malgré une islamisation faible[6],[13]. Son message associe réforme morale et rigueur religieuse : il interdit les taxes non prévues par la loi islamique, exige la redistribution légale des ressources et fait du djihad un devoir spirituel[11],[13]. Cette ferveur religieuse nouvelle est fortement stimulée par des facteurs socio-économiques : touchés par une sécheresse prolongée et limités à un rôle passif dans le commerce transsaharien, les Sanhadja cherchent sous l'impulsion d'Ibn Yasin à obtenir de nouvelles sources de revenus en arrachant le contrôle des routes caravanières à leurs rivaux (l'Empire du Ghana au sud et les Zénètes au nord)[1].

L'origine du mouvement almoravide présente une particularité puisqu'il se structure de façon bicéphale. L'émir sanhadja assure d'une part le commandement politique et militaire tandis qu'Ibn Yasin exerce l'autorité religieuse et morale, définissant la stratégie spirituelle ainsi que les objectifs du djihad. Émirat sanhadja et mouvement Almoravide coexistent et permet de dépasser la logique tribale berbère traditionnelle. Le prestige charismatique d'Ibn Yasin lui confère également une autorité supérieure si bien qu'il est autorisé à châtier l'Émir s'il commet un impair[14].

Conquêtes

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Ibn Yāsīn appelle au djihad et mène les Almoravides à engager leurs premières campagnes de conquête axées sur l'occupation des grands centres commerciaux dans le Sahara et le sud du Maroc. L'expansion militaire permet de prendre Aoudaghost et Sijilmassa en 1053 et 1054[15]. Toute tribu récalcitrante devient l'objet d'un djihad[6],[7],[1]. Après avoir consolidé les routes commerciales, les Almoravides se tournent vers les pâturages stratégiques des vallées du Draa et du Sous. Cette expansion est cependant marquée par des luttes internes : en 1056, Yahya ben Omar meurt en tentant de réprimer la rébellion des Guddala, mécontents du nouveau statu quo dominant les Lemtouna. Un modus vivendi est néanmoins trouvé, leur accordant une autonomie nominale en échange de la fin de leur résistance et de leur participation aux futures expéditions. Yahya ben Omar est remplacé par son frère Abou Bakr ben Omar. En 1058, au terme d'ardues négociations, Ibn Yasin sécurise la soumission des Masmouda du Haut Atlas et du Sous. La même année, Aghmat est occupée, et l'alliance avec les notables locaux est scellée[16],[1].

Désormais maîtres d'un accès direct aux plaines de la vallée du Tensift, les Almoravides progressent vers le nord selon deux axes : le plateau central et la côte atlantique[1]. Ibn Yāsīn trouve la mort en 1059 lors d’un combat contre les Berghouatas[7]. Les sources le présentent comme martyr[16] et il est enterré à Keriflet, près de l’actuelle Rabat[17]. Il est remplacé comme imam par Sulaiman ibn Haddu qui, tué à son tour, ne sera pas remplacé[18].

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 Kevin Shillington, Encyclopedia of African history, Fitzroy Dearborn, (ISBN 978-1-57958-245-6, 978-1-57958-453-5 et 978-1-57958-454-2), p. 1-2
  2. Hespéris: archives berbères et bulletin de l'Institut des hautes-études marocaines, Librairie Larose., (lire en ligne), p. 323
  3. (ar) Ḥasan Aḥmad Maḥmūd, قيام دولة المرابطين: صفحة مشرقة من تاريخ المغرب في العصور الوسطى, Dār al-Fikr al-ʻArabī, (lire en ligne), p. 114
  4. 1 2 3 4 El Fasi 1990, p. 372.
  5. 1 2 3 4 Abitbol 2014, p. 53-54.
  6. 1 2 3 4 5 Fatima-Zohra Oufriha, « Chapitre II. Les Almoravides : l’ascension du Maghreb (1056-1147) », Hors collection, , p. 55–78 (lire en ligne, consulté le )
  7. 1 2 3 4 Pascal Buresi et Mehdi Ghouirgate, « Chapitre 2. Les Almoravides », Cursus, , p. 29–41 (DOI 10.3917/arco.bures.2021.01.0029, lire en ligne, consulté le )
  8. Rivet 2012, p. 105-106.
  9. 1 2 Rivet 2012, p. 106-107.
  10. 1 2 3 El Fasi 1990, p. 373.
  11. 1 2 3 4 Abitbol 2014, p. 54.
  12. 1 2 Rivet 2012, p. 106-108.
  13. 1 2 Rivet 2012, p. 107-108.
  14. Pascal Buresi, « Les Almoravides », dans Gouverner en Islam, Xe-XVe s., Atlande, , 295 p. (lire en ligne)
  15. Il n'y a pas de consensus académique sur la chronologie de ces conquêtes. Une première hypothèse suggère une assimilation tribale de Sijilmassa, avec le soutien local de la population, en 1053 afin de pouvoir armer l'expansion militaire vers le sud. La seconde hypothèse, plus courante, prend comme premier repère chronologique la prise d'Aoudaghost en 1054 pour pouvoir ensuite s'imposer aux autres centres commerciaux tribaux dont Sijilmassa.
  16. 1 2 Rivet 2012, p. 109.
  17. Abitbol 2014, p. 55.
  18. Abdallah Laroui, L'histoire du Maghreb, 1982, (ISBN 2-7071-1359-X)

Bibliographie

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Voir aussi

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