Abnégation
L'abnégation est une vertu, une forme d'ascèse, de renoncement, d'abandon du bénéfice personnel pour le bien commun.

Concept
modifierL'abnégation est généralement définie comme une vertu, contraire de l'égoïsme, qui marque un renoncement au bénéfice personnel.
Utilisations
modifierChez Jésus-Christ et les chrétiens
modifierDans la morale chrétienne, l’égoïsme et l’abnégation sont présentés comme deux tendances opposées de l’âme humaine. L’égoïsme, qui place le moi au centre des volontés et des actions, est décrit comme un renversement de l’ordre moral ; l’abnégation, en revanche, en constitue l’intégration, car elle soumet les inclinations personnelles à la raison, puis l’homme tout entier à Dieu[1].
Le précepte de l’abnégation est considéré comme fondamental dans l’enseignement du Christ, qui formule à plusieurs reprises l’obligation de se renoncer soi-même pour devenir son disciple[2].
Cette doctrine est reprise par la tradition ascétique : le livre de l’Imitation de Jésus-Christ en constitue une paraphrase continue et résume cette exigence par l’axiome « Quittez tout et vous recevrez tout », présenté comme la voie royale de la croix[3].
Des auteurs tels que saint Jérôme ou saint François de Sales exposent, chacun selon son approche, la même orientation fondamentale vers l’abnégation chrétienne[4].
Récemment dans le document conciliaire de , l'Église catholique romaine rappelle les trois préceptes commandés par Jésus-Christ que sont la charité, l'humilité et l'abnégation[5].
Chez Schopenhauer
modifierArthur Schopenhauer mobilise l'abnégation sous le sens d'une négation de la volonté de vivre, dans Le Monde comme volonté et comme représentation[6].
Chez Stuart Mill
modifierJohn Stuart Mill valorise l'abnégation comme une vertu. Dans De l'assujettissement des femmes, il soutient que l'abnégation caractérise les femmes, car elles sont élevées dans la croyance de la nécessité de leur effacement au profit de leur famille[7]
Chez Renan
modifierL'abnégation est considérée par Ernest Renan comme la cause de la victoire des Allemands sur les Français lors de la guerre franco-prussienne de 1870. Il écrit que « la victoire est toujours à l'abnégation. Le Germain conquit le monde, parce qu'il était capable de fidélité, c'est-à-dire d'abnégation »[8].
Chez Mauss
modifierMarcel Mauss traite, dans son Essai sur la nature et la fonction du sacrifice, du rôle social du sacrifice. Il fait de l'abnégation l'origine du sacrifice : « Dans tout sacrifice, il y a un acte d'abnégation, puisque le sacrifiant se prive et donne. Mais cette abnégation lui est souvent imposée comme un devoir. Car le sacrifice n'est pas toujours facultatif ; les dieux l'exigent »[9].
Chez Jankélévitch
modifierVladimir Jankélévitch utilise le concept d'abnégation dans Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien[10].
En sociologie du travail
modifierL'abnégation au travail est un sujet important de la sociologie du travail[11].
Notes et références
modifier- ↑ Alfred Vacant, Dictionnaire de théologie catholique, t. IV/2, 1908, p. 479. s:Dictionnaire de théologie catholique/ÉGOISME
- ↑ « Si quelqu’un veut être mon disciple, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive » Matthieu 16, 24-25
- ↑ Imitation de Jésus-Christ, livre I, citation reprise dans Vacant, Dictionnaire de théologie catholique, t. IV/2, p. 479.
- ↑ Vacant, Dictionnaire de théologie catholique, t. IV/2, p. 479.
- ↑ LG5. "Aussi l'Église, pourvue des dons de son fondateur, et fidèlement appliquée à garder ses préceptes de charité, d'humilité et d'abnégation, reçoit mission d'annoncer le royaume du Christ et de Dieu..."
- ↑ Suzanne Simha, Le bonheur : analyse de la notion, étude de textes : Aristote, Sénèque, Spinoza, Bentham, Nietzsche, Armand Colin, (ISBN 2-200-26942-0 et 978-2-200-26942-5, OCLC 420168865, lire en ligne)
- ↑ John Stuart Mill, De l'assujettissement des femmes, Avatar, (ISBN 2-908614-08-1 et 978-2-908614-08-4, OCLC 41663484, lire en ligne)
- ↑ P. E. Charvet, La reforme intellectuelle et morale, (ISBN 978-1-107-48692-8 et 1-107-48692-0, OCLC 894935710, lire en ligne)
- ↑ Marcel Mauss et Natacha Gagné, Essai sur la nature et la fonction du sacrifice, PUF, dl 2016, ©2016 (ISBN 978-2-13-059523-6 et 2-13-059523-5, OCLC 960841266, lire en ligne)
- ↑ Vladimir Jankélévitch, Le je-ne-sais-quoi et le presque-rien, Editions du Seuil, (ISBN 978-2-02-123028-4, 2-02-123028-7 et 978-2-02-123030-7, OCLC 938236317, lire en ligne)
- ↑ Maxime Quijoux, Néolibéralisme et autogestion, Éditions de l'IHEAL, (ISBN 978-2-915310-48-1, 2-915310-48-3 et 978-2-915310-74-0, OCLC 1229374559, lire en ligne)