Abu Muhammad Sâlih

Soufi maghrébin

Abu Muḥammad Ṣaliḥ (nom complet : Abû Muḥammad Ṣalih, ibn Yanṣaran, ibn Ġayfân Addukkâli Almagrî) est un Soufi marocain[1] né en 548 de l'hégire/1153 et mort en 631 de l'hégire (1234) à Safi, où il fut enterré.

Abi Mohammed Salih
Le tombeau de Abi Mohammed Salih
Biographie
Naissance
Décès
Activité

Biographie

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Abu Muhammad Sâlih est un grand soufi du début du XIIe siècle dont l'action déborda des frontières du Maroc. À la fois saint et faqih, il doit sa réputation surtout à son enseignement hagiographique et aux miracles dont il fit preuve dans plusieurs domaines. Pourtant il n'a pas bénéficié de la part des biographes d'une notice suffisante. Seul son petit-fils Abû Al-`Abbâs Aḥmad, lui a consacré une monographie, qui,malgré son titre, ne donne sur sa vie que des renseignements fragmentaires et incomplets. Son nom complet est Abû Muḥammad Ṣaliḥ, ibn Yanṣaran, ibn Ġayfân Ad-dukkâli Al-mâgri. Il est descendant d'une noble famille arabe et est descendant de Omar ibn Abdilaziz (Calife omeyyade, considéré comme le successeur des 4 premiers califes : Abou Bakr, Omar, Othman et Ali)

C'est à Safi qu'il se consacre à l'étude, à l'enseignement et à l'initiation des volontaires. C'était son centre d'action et de rayonnement, le siège de son pouvoir spirituel et moral. Plusieurs délégations du monde occidental et oriental venaient l'y rencontrer afin de bénéficier de ses conseils et de ses leçons. Il y possédait un ribat qui fut le principal facteur de sa renommée pendant plusieurs siècles. Avant d'accéder à ce stade de maturité, il a dû certainement s'instruire auprès de beaucoup de maîtres. Les plus réputés en matière de soufisme sont Abou Madyan Al-Ġawt (enterré à El Eubbad près de Tlemcen, connu sous Sidi Boumedienne), à qui il s'attacha pendant longtemps, Abou Abdallah Amġâr (Moulay Abdallah, près d'Eljadida), Abi Šu`ayb Assariya (enterré à Azemmour) et Abou Moḥammed Abderrazaqq al Gazuli.

Il forma à son tour un très grand nombre de disciples et d'initiés surtout. Parmi eux, il convient de citer deux fils Abdalaziz et Ahmad, ses petits-fils Ibrahim Ibn Muḥammad et Abû Al-`abbâs Aḥmad. Tous portèrent le flambeau du cheïkh et continuèrent après sa mort sa mission aussi bien au Maroc qu'en Orient.

La mission d'Abou Muḥammad Ṣaliḥ repose notamment sur l'enseignement de la mystique musulmane et la diffusion des pratiques religieuses associées. Formé dès son plus jeune âge à cette discipline, il fonde plusieurs zawiyas et ribats en Orient comme en Occident, qui servent de lieux d'enseignement et de pratique du dikr. Il organise leur fonctionnement en s'appuyant sur des auxiliaires chargés de tâches spécifiques.

Il s'intéresse également à la pratique du Hajj, qu'il estime insuffisamment observée au Maroc en raison des difficultés et des dangers auxquels les pèlerins sont exposés au cours du voyage. Certains faqîhs, parmi lesquels Ṭarṭušî et Mâziri, considèrent ces difficultés comme susceptibles de justifier la non-observance du pèlerinage. Abou Muḥammad Ṣaliḥ s'oppose à cette position et entreprend de promouvoir à nouveau la pratique du Hajj au Maroc.

À l'échelon du Maroc comme dans les autres pays de l'Islam, une action de propagande et de justification fut organisée et menée à bonne fin. À partir du ribat de Safi, les ordres du cheïkh étaient transmis à ses représentants dans les différents centres qu'ils dirigeaient. Toutes les dispositions utiles pour faciliter le Hajj furent prises. Les résultats escomptées furent réalisés. Les Marocains, en grand nombre, reprirent confiance et finirent par être convaincus de la nécessité de se rendre à tout prix au pèlerinage constituant ainsi des convois multiples. Beaucoup de problèmes étaient résolus en même temps : distribution de vivres, de montures et de médicaments. Le but atteint, le cheikh décida, à partir de ces circonstances, de charger annuellement une délégation d'accomplir ce devoir cultuel.

C'est à lui que revient le mérite d'avoir crée au Maroc Rakb al Hajj ou cortège officiel que l'on voit former aujourd'hui tous les ans par les souverains eux-mêmes. Ainsi, l'action du cheikh, fut couronnée de grands succès. Son enseignement théorique et pratique donna ses fruits. Son ribat de Safi où il fut enterré demeura efficace dans la propagation de ses idées et ne cessa de jouer son rôle jusqu'au début du XVIe siècle, date à laquelle il tomba en ruines sous les coups des Portugais qui envahirent la ville. Le cheikh n'a laissé qu'une œuvre. Elle est très peu connue. Elle reflète exactement ses idées et ses tendances spirituelles. Il s'agit de la Bidâyat al-Murid où il traite du Tassawuf et de certains hommes illustres comme son maître Abû Madyan. On peut ranger cet ouvrage parmi les œuvres biographiques qui furent composées en matière d'hagiographie par les Marocains dès le début du XIIIe siècle. Ce détail semble avoir échappé au savant Évariste Lévi-Provençal, qui a consacré une partie essentielle de sa thèse aux biographes de ce siècle.

Notes et références

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  1. J. Spencer Trimingham, John O. Voll, The Sufi Orders in Islam, 1998, (ISBN 978-0-19-512058-5), p. 51.

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