Abu Yaqub Yusuf

deuxième calife almohade

Abu Yaʿqub Yusuf (en arabe : أبو يعقوب يوسف ; en berbère : ⵢⵓⵙⴼ ⵓ ⵄⴱⴷ ⵍⵎⵓⵎⵏ), dit Yusuf Ier, né vers 1138 à Tinmel et mort le près d'Évora, est le deuxième calife almohade. Il succède à son père Abd al-Mumin à la tête des Almohades en 1163. Il est d'abord reconnu comme souverain à Marrakech avant de s'installer à Séville à partir de 1171.

Abu Yaʿqub Yusuf
أبو يعقوب يوسف
Dinar-or frappé sous Abu Yaqub Yusuf.
Fonction
Calife almohade
-
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Appartenance ethno-culturelle
Famille
Père
Mère
Safiyya bint Abi Imran
Enfants
Autres informations
Religion
Conflit
Mentor
Titres honorifiques
Amir al-mu'minin

Souverain cultivé, Yusuf promeut activement la doctrine almohade, en rupture avec la théologie littéraliste des almoravides. Passionné de philosophie, il est parfois surnommé le « calife intellectuel » et est notamment le protecteur et mécène d'Averroès[1]. Il est à l'origine de la construction de la Giralda à Séville, initialement le minaret d'une nouvelle grande mosquée[2].

Biographie

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Enfance

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Il est originaire de la tribu des Beni Faten à travers la lignée de son père Abd al-Mumin. Sa mère Safiyya bint Abi Imran, est une masmouda originaire d'un village de Tinmel[3]. Appartenant à une famille de chefs et de notables de Tinmel, elle est la fille de Moussa ibn Sulayman at-Tinmali, gouverneur sous Abd al-Mumin et proche d'Ibn Tumart, le fondateur du mouvement almohade[4],[5].

Il passe sept ans à Séville où il reçoit une formation intellectuelle de haut niveau et s'intéresse aux sujets intellectuels et culturels[6].

Crise de succession

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Lorsque son père meurt, c'est son frère qui est censé lui succéder, mais il est considéré comme le favori et est reconnu comme émir dès 1163 par les sayyid en concertation avec les shouyoukh, les deux groupes constituant le pouvoir impérial. Cependant, il ne reçoit à l'origine pas le titre de calife et de commandeur des croyants[6],[7]. À son accession, il doit prendre en charge les tensions internes, car son intronisation ne convainc pas l'ensemble de ses frères[6].

Un mouvement hostile, peut-être provoqué par la crise de succession, émerge au sein des tribus des Ghomaras, des Sanhadja et des Awerba conjuguée à un mouvement de résurgence malikite. La situation dure deux ans et Abu Yaqub Yusuf parvient à la réprimer avec l'aide de ses deux frères. D'après Ibn al-Athîr, elle se solde par un massacre qui lui permet de reprendre le titre califal en 1168[8].

Stabilisation de l'empire

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Les Almohades de 1157 à 1195

En 1165, les expéditions militaires en al-Andalus reprennent et les premières actions se dirigent contre Muhammad ibn Mardanis. Cependant, une partie des forces doit également contenir les ambitions de Giraldo Sempavor (en) qui s'empare de plusieurs villes dans l'Algarve au profit du royaume de Portugal[9]. Avec le soutien d'Abou Hafs Omar El Hintati, les armées d'Ibn Mardanis sont définitivement repoussées en 1171 et ce dernier meurt en 1172[8]. Les fils d'Ibn Mardanis se soumettent au calife et ce dernier épouse leur sœur[10]. La pression militaire qui pèse sur les Almohades disparait et, sur leurs conseils, il engage une offensive contre le royaume de Castille, cependant le siège de Cuenca échoue et il se replie en Murcie[11],[10].

En 1180-1181, Abu Yaʿqub Yusuf doit quitter al-Andalus et marcher vers l'Ifriqiya où des groupes Hilaliens se sont soulevés. Il parvient à sécuriser la région. Mais malgré cela, il ne parvient plus à préserver le contrôle véritablement, si bien que les Beni Ghania parviennent progressivement à constituer un petit royaume indépendant[10]. Il ne peut pas s'attarder en Ifriqyia et retourner en 1184 dans la péninsule Ibérique afin de repousser les portugais. Cependant, il échoue lors du siège de Santarém et doit battre en retraite[8]. La situation tourne à la débandade et le calife y trouve la mort le dans des circonstances étranges : « l'on dit qu'il fut atteint d'une flèche au plus fort de la mêlée ; mais d'autres assurent qu'il fut emporté par une subite indisposition »[12].

Politique religieuse et vie intellectuelle

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Comme ses prédécesseurs, Yusuf soutient la doctrine almohade et favorise l'école juridique zahirite, en opposition au juridisme malikite des almoravides. Érudit religieux lui-même et protecteur des théologiens de son époque, la tradition rapporte qu'il connaissait par cœur le Sahih al-Bukhari et le Sahih Muslim, les deux plus grands recueils de hadiths[13].

Surnommé le « calife intellectuel », Il accueille à sa cour des hommes de lettres renommés tels qu'Averroès, qui remarque l'érudition philosophique du souverain, et Ibn Tufayl auprès duquel il étudie longuement[14],[15].

Yusuf nomme le polymathe cordouan Ibn Mada (en) au poste de grand cadi ; ensemble, dans le cadre des réformes almohades, ils supervisent l'interdiction des ouvrages religieux non conformes à l'école zahirite[16]. Son fils et successeur, Yaʿqub al-Mansur, radicalisera ces réformes en ordonnant l'autodafé des livres non-zahirites plutôt que leur simple interdiction[17].

Postérité

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La Giralda

Son règne est remarqué pour la stabilisation de l'Empire almohade ainsi que des politiques de développement des villes. En effet, Yusuf fait construire un palais impérial et commence la construction de la Grande Mosquée de Séville[8]. Il commence aussi les travaux de l'immense mosquée al-Hasan de Rabat, qui restera inachevée, sans doute parce que le projet était trop ambitieux. C'est sous son règne qu'Averroès rédige la quasi-totalité de ses ouvrages.

Il est remarqué pour une politique moins violente que celle de son père[8],[9]. Cependant, ses quelques opérations militaires sont généralement conclues par des défaites, dont deux importants échecs à Huete et Santarém[18].

Notes et références

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  1. "Averroes | Biography, Philosophy, Books, & History | Britannica".
  2. Bennison, Amira K. (2016). The Almoravid and Almohad Empires. Edinburgh University Press.
  3. (en) Matthew Gordon et Kathryn A. Hain, Concubines and Courtesans: Women and Slavery in Islamic History, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-062218-3, lire en ligne), p. 147
  4. Abd el- Wâh'id Merrâkechi, « Histoire des Almohades », A. Jourdan, p. 204
  5. Huici Miranda, A. (1986) [1960]. "Abū Yaʿḳūb Yūsuf". In Bearman, P.; Bianquis, Th.; Bosworth, C.E.; van Donzel, E.; Heinrichs, W.P. (eds.). Encyclopaedia of Islam. Vol. I (2d ed.). Leiden, Netherlands: Brill Publishers. p. 162. (ISBN 9004081143).
  6. 1 2 3 Guichard 1995, p. 215.
  7. Rivet 2012, p. 129.
  8. 1 2 3 4 5 Niane 1985, p. 64.
  9. 1 2 Guichard 1995, p. 216.
  10. 1 2 3 Abitbol 2014, p. 80.
  11. Niane 1985, p. 65.
  12. Abitbol 2014, p. 81.
  13. Shawqi Daif, Introduction to Ibn Mada's Refutation of the Grammarians, pg. 5. Cairo, 1947.
  14. Charles-André Julien, Histoire de l'Afrique du Nord. Des origines à 1830, éd. Payot, Paris, 1966, p. 121
  15. Kojiro Nakamura, "Ibn Mada's Criticism of Arab Grammarians." Orient, v. 10, pgs. 89-113. 1974
  16. Kees Versteegh, The Arabic Linguistic Tradition, pg. 142. Part of Landmarks in Linguistic Thought Series, vol. 3. New York: Routledge, 1997. (ISBN 9780415157575)
  17. Shawqi Daif, Introduction to Ibn Mada's Refutation of the Grammarians, pg. 6. Cairo, 1947.
  18. Guichard 1995, p. 217.

Bibliographie

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  • Pierre Guichard, « Chapitre VII - Les Almohades », dans États, sociétés et cultures du Monde musulman médiéval, Presses Universitaires de France, , 205–232 p. (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Pascal Buresi et Mehdi Ghouirgate, « Histoire du Maghreb médiéval. XIe-XVe siècle », shs.cairn.info, (DOI 10.3917/arco.bures.2021.01, lire en ligne, consulté le ). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Charles-André Julien, Histoire de l'Afrique du Nord, des origines à 1830, édition originale 1931, réédition Payot, Paris, 1994