Acné chéloïdienne de la nuque
L'acné chéloïdienne de la nuque (ACN), également appelée folliculite chéloïdienne de la nuque ou, en anglais, acne keloidalis nuchae (AKN), est une folliculite cicatricielle chronique touchant principalement la région occipitale du cuir chevelu et la nuque. Elle se caractérise par une inflammation périfolliculaire progressive aboutissant à la formation de plaques chéloïdiennes et à une destruction irréversible des follicules pileux[1].
| Spécialité | Dermatologie |
|---|
| CIM-10 | L73.0 |
|---|---|
| MeSH | D000153 |
La classification internationale des maladies (CIM-10) la code L73.0.
Épidémiologie
modifierL'ACN touche préférentiellement les hommes jeunes d'origine africaine et afro-américaine, avec une prévalence estimée à 0,5–13,6 % dans cette population selon les études[2]. Elle est plus rare chez les femmes et les individus à peau claire. L'âge de début se situe typiquement entre 13 et 25 ans.
Plusieurs facteurs favorisants ont été identifiés : rasage fréquent de la nuque (notamment chez les militaires et sportifs), port de cols serrés ou de casques, et prédisposition génétique aux cicatrices chéloïdiennes[1].
Physiopathologie
modifierLa pathogenèse de l'ACN reste partiellement élucidée. Les hypothèses actuelles impliquent une combinaison de :
- une folliculite bactérienne chronique (notamment à Staphylococcus aureus) ;
- une réaction inflammatoire anormale aux poils rasés ou incarnés ;
- une tendance constitutionnelle à la fibrose excessive et à la formation chéloïdienne.
L'inflammation périfolliculaire répétée conduit à une fibrose dermique progressive, à la destruction des follicules et à la formation de nodules ou plaques chéloïdiennes. Contrairement à l'acné vulgaire, l'ACN n'implique pas de comédons[2].
Présentation clinique
modifierL'ACN évolue en plusieurs stades :
- Stade papulo-pustuleux : papules et pustules périfolliculaires fermes de 2 à 4 mm, localisées sur la nuque et la région occipitale. Un prurit et une douleur à la palpation sont fréquents.
- Stade kéloïdien : coalescence des lésions en plaques fibreuses indurées, parfois volumineuses, avec des touffes de cheveux enchâssés (tufted hair folliculitis).
- Stade cicatriciel : alopécie cicatricielle irréversible sur les zones atteintes.
Une surinfection bactérienne peut compliquer les lésions avancées, avec formation d'abcès et de fistules[3].
Diagnostic
modifierLe diagnostic est clinique, basé sur :
- l'examen dermatologique de la nuque et de la région occipitale ;
- l'anamnèse (pratiques de rasage, antécédents de chéloïdes) ;
- la dermoscopie : points blancs périfolliculaires, absence d'ostia folliculaires, fibrose.
Une biopsie cutanée peut être réalisée en cas de doute. L'histologie montre une folliculite lymphocytaire périfolliculaire avec fibrose lamellaire concentrique et destruction des glandes sébacées[1].
Diagnostic différentiel
modifier- Pseudofolliculite barbae : siège barbier, sans chéloïdes massives
- Folliculite décalvante : distribution plus diffuse, pustules chroniques
- Furoncle et carboncle : lésion aiguë unique, fluctuante
- Kératose folliculaire : papules kératosiques, sans cicatrices chéloïdiennes
Traitement
modifierLa prise en charge est progressive, du moins au plus invasif[3].
Mesures préventives
modifier- Arrêt ou modification du rasage de la nuque (préférer les tondeuses réglées à 1–2 mm)
- Évitement des cols serrés et des casques
- Hygiène locale rigoureuse
Traitements médicaux
modifier- Antibiotiques topiques (clindamycine, érythromycine) : phase inflammatoire précoce
- Antibiotiques systémiques (tétracyclines, doxycycline) : poussées modérées à sévères
- Corticostéroïdes topiques ou intralésionnels (triamcinolone) : réduction de l'inflammation et de la fibrose
Traitements physiques
modifierPronostic
modifierSans traitement, l'ACN est chronique et évolutive. Prise en charge précocement, la maladie peut être stabilisée. Aux stades chéloïdiens avancés, les lésions fibreuses sont irréversibles ; seule la chirurgie peut les retirer, avec un risque de récidive[2].
Notes et références
modifier- 1 2 3 Kang S, Amagai M, Bruckner AL et al., Fitzpatrick's Dermatology, 9e éd., McGraw-Hill, 2019, vol. 1, p. 588–591. (ISBN 978-1-259-64604-1)
- 1 2 3 A. Ogunbiyi, « Acne keloidalis nuchae: prevalence, impact, and management challenges », Clinical, Cosmetic and Investigational Dermatology, vol. 9, , p. 483–489 (PMID 27799808, DOI 10.2147/CCID.S99225)
- 1 2 3 E. L. Maranda, A. Simmons, M. A. Nguyen, A. M. Lim et J. J. Jimenez, « Treatment of acne keloidalis nuchae: a systematic review of the literature », Dermatology and Therapy, vol. 6, no 3, , p. 363–378 (PMID 27535711, DOI 10.1007/s13555-016-0134-5)
- ↑ S. M. Esmat, M. M. Abdel Hay, A. A. Abu El-Ela et M. A. Fekry, « The efficacy of early laser treatment of acne keloidalis nuchae using long-pulsed (1064-nm) Nd-YAG laser », Journal of the European Academy of Dermatology and Venereology, vol. 26, no 2, , p. 188–194 (PMID 21362068, DOI 10.1111/j.1468-3083.2011.04009.x)
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierLiens externes
modifier- « Haute Autorité de Santé — Dermatologie », sur has-sante.fr
