Acte manqué
Un acte manqué (Fehlleistung) est, en psychanalyse et depuis Freud, le résultat d'un acte qui a manqué un objectif consciemment visé et qui traduit par là l'expression d’un désir inconscient.
Définition
modifierL'acte manqué constitue une formation symptomatique, un compromis, « signifiant une demi-réussite et un demi-échec »[1] apparaissant comme un raté et révélateur d'un conflit inconscient[2]. Il peut satisfaire directement un désir sous-jacent. La notion a été proposée par Freud en 1901 dans son essai intitulé Psychopathologie de la vie quotidienne[3], puis exposée dans ses Conférences ou Leçons d'introduction à la psychanalyse[4]. La notion générique Fehlleistung, traduite en français par « acte manqué », regroupe tous les ratés[5], actes de parole, de lecture, d'oubli, etc. Ces phénomènes, en allemand, sont associés à des mots comportant le préfixe ver qui, ajouté à un acte, marque qu'il a "manqué son but", son objectif: versprechen (lapsus linguae), verlesen (lapsus de lecture), vergriffen (geste erroné), vergessen (oublier), verlieren (perdre)[6].
Intérêt épistémologique et clinique
modifierLa notion d'acte manqué est d'une importance capitale pour l'élaboration de la psychanalyse, la banalité et normalité de ces phénomènes lui conférant une « haute valeur théorique » car ils sont la meilleure preuve de l'existence de l'inconscient et du refoulement[7]. Les actes manqués, disparates et sans lien jusque-là, à la suite de l'intuition de Freud, prennent un sens et ce sont des « actes psychiques »[8] qui réalisent un désir inconscient à l'insu du sujet. L'acte manqué présente également un intérêt important dans la cure analytique[9].
Chez Jacques Lacan, l’« acte manqué » reprend la notion freudienne de Fehlleistung (lapsus, oubli, erreur, ratage), mais Lacan insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un simple accident psychologique; l’acte manqué est un acte où la vérité du sujet inconscient se manifeste à travers un échec apparent. « Tout acte manqué est un discours réussi, voire assez joliment tourné. »[10]
Notes et références
modifier- ↑ Le Guen C. Dictionnaire freudien, Paris, PUF, 2009, p. 12
- ↑ Acte manqué, sur psychologies.com, consulté le 2 octobre 2017
- ↑ Acte manqué, un désir inconscient ?, sur doctissimo.fr, consulté le 2 octobre 2017
- ↑ « CONFÉRENCES D'INTRODUCTION A LA PSYCHANALYSE (S. Freud) », sur universalis.fr (consulté le ).
- ↑ Le Guen C. Dictionnaire freudien, Paris, PUF, 2009, p. 7
- ↑ Freud S. Psychopathologie de la vie quotidienne, Notice terminologique du traducteur Denis Messier, Paris, Gallimard, 1997, p. 445-446.
- ↑ Claude Le Guen, Dictionnaire freudien, Paris, PUF, 2009, p. 15
- ↑ R. Chemama et B. Vandermersch, Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Larousse, 2009, p. 34
- ↑ Chantal Frère-Artinian, Acte manqué, travail de dérivation, formation intermédiaire, Revue française de psychanalyse, 2006/1 (Vol. 70), p. 11-25
- ↑ Marija Simonović, « La compréhension du temps dans «Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse» », Филолошки преглед, vol. 50, no 1, , p. 159–169 (ISSN 0015-1807, DOI 10.18485/fpregled.2023.50.1.8, lire en ligne, consulté le )
Voir aussi
modifierBibliographie
modifierTextes de référence
modifier- Sigmund Freud : Psychopathologie de la vie quotidienne (1904), Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2004 (ISBN 978-2-228-89402-9)
- Sigmund Freud, Introduction à la psychanalyse, Paris, Payot, 1921.
- Karl Abraham, L’Acte manqué d’un octogénaire, in Internationale Zeitschrift für Psychoanalyse, VIII, Cahier 3, .
Études
modifier- Roland Chemama et Bernard Vandermersch, Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Larousse, 2009, p. 34-35
- Claude Le Guen, Dictionnaire freudien, Paris, PUF, 2009, p. 6-16
- Gheorghe Marinesco, Introduction à la psychanalyse (Exposé des théories de Freud - Section II), in Revue Générale des sciences pures et appliquées, Tome 34, Gaston Doin Éditeur, Paris, 1923 Les actes manqués.
Articles connexes
modifierLiens externes
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