Acteurs ambulants

film japonais de Mikio Naruse sorti en 1940

Acteurs ambulants (旅役者, Tabi yakusha?) est un film japonais réalisé par Mikio Naruse, sorti en 1940[1], adapté de la nouvelle Le Cheval renard (きつね馬, Kitsune uma?) de Mushū Ui, parue en 1939 dans la revue Ōru yomimono (ja).

Acteurs ambulants
Description de l'image Actores itinerantes (Tabi yakusha) 1.jpg.
Titre original 旅役者
Tabi yakusha
Réalisation Mikio Naruse
Scénario Mikio Naruse
Mushū Ui (nouvelle)
Musique Fumio Hayasaka
Acteurs principaux Kamatari Fujiwara
Kan Yanagiya
Minoru Takase
Sociétés de production Tōhō
Pays de production Drapeau de l'Empire du Japon Empire du Japon
Genre comédie
Durée 70 minutes
Sortie 1940

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.

Synopsis

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Dans le Japon rural de 1940, une troupe d'acteurs itinérants arrive dans une petite ville en cyclo-pousses et en pousse-pousses. C'est la compagnie de kabuki de Kikugorō VI, un « célèbre acteur » de Tokyo. Parmi ses membres se trouvent deux hommes, Hyōroku et Senpei, qui jouent un cheval avec beaucoup de conviction, dans la pièce Shiobara Tasuke Ichidaiki. Hyōroku, qui fait les pattes avant, prend son rôle très au sérieux : il rappelle qu'il a joué les pattes arrière pendant cinq ans et les pattes avant pendant dix ans. Son partenaire Senpei, qui fait les pattes arrière, l'appelle « grand frère » et lui est très dévoué. Tous deux vont observer un vrai cheval afin d'améliorer leur jeu, et Hyōroku ne cesse d'en imiter la démarche dans la vie courante.

Plus tard, dans une autre ville, deux notables rendent visite au coiffeur local, dans l'espoir qu'il subventionne la venue de la grande troupe de Kikugorō VI et en fasse la publicité. La compagnie est accueillie à la gare par un petit comité de la ville. Le coiffeur, déçu, met en doute la légitimité de ce Kikugorō ; il veut par ailleurs obtenir un rôle dans la pièce. Après avoir trop bu, il se rend au théâtre et endommage par inadvertance la tête du cheval, qu'il fait réparer chez un fabricant de lanternes. Lorsque Hyōroku découvre les dégâts, il trouve que la nouvelle tête ressemble à celle d’un renard et refuse de jouer. Après l’annulation de la représentation, le chef de la troupe décide d'utiliser un vrai cheval de cirque.

Hyōroku et Senpei se retrouvent alors sans travail ; ils doivent quitter l'auberge et dormir dans les coulisses. Le public est conquis par la représentation donnée au théâtre avec le cheval, et Hyōroku est réduit au rôle de palefrenier. S'étant vantés de leur métier auprès de deux femmes rencontrées dans un petit restaurant (koryōriya) où elles travaillent, Hyōroku, ivre, et Senpei endossent à nouveau le costume et font une démonstration. Ils affrontent ensuite le vrai cheval et le libèrent. En chemin, ils font tomber le coiffeur dans une rigole et continuent de poursuivre l'animal sur la route.

Fiche technique

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  • Titre original : 旅役者 (Tabi yakusha?)
  • Titre français : Acteurs ambulants
  • Titre alternatif : Comédiens ambulants[2]
  • Titre anglais : Travelling Actors / Traveling Actors
  • Réalisation : Mikio Naruse
  • Scénario : Mikio Naruse, d’après la nouvelle Le Cheval renard (きつね馬, Kitsune uma?) de Mushū Ui
  • Musique : Fumio Hayasaka
  • Photographie : Seiichi Kizuka
  • Lumière : Kaiya Satō
  • Direction artistique : Teruaki Abe
  • Son : Keiji Hasebe
  • Montage : Toshio Gotō
  • Production : Teppei Himuro, Hiroaki Ōiwa
  • Société de production : Tōhō
  • Pays de production : Drapeau de l'Empire du Japon Empire du Japon
  • Format : noir et blanc - 1,37:1 - mono
  • Genre : comédie
  • Durée : 70 minutes[3] (71 minutes selon Eiren)[4]
  • Date de sortie :

Distribution

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Autour du film

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Shiobara Tasuke Ichidaiki est une pièce de kabuki en quatre actes, créée en 1892. Relevant du sewa mono (pièce de mœurs), elle retrace l'ascension de Tasuke Shiobara : orphelin adopté par une famille de fermiers, rejeté par sa belle-mère Okame qui complote sa perte, il réchappe d'une tentative d'assassinat et fuit à Edo, où il fait fortune comme marchand de charbon. Devenu riche, il secourt sa belle-mère tombée dans la misère, puis épouse Ohana, fille d'un gros négociant, après que celle-ci a prouvé son attachement en sacrifiant ses vêtements de noce. Le morceau de bravoure se situe à la fin de l'acte II : le cheval de Tasuke, qui lui a sauvé la vie en refusant obstinément d'avancer vers l'embuscade, hennit de détresse et s'agrippe à sa manche au moment de la séparation[8]. C'est ce cheval qui relie la pièce à Acteurs ambulants : le numéro dont Hyōroku tire une fierté d'artiste consiste à en jouer les pattes avant sous un costume de scène.

La nouvelle, Le Cheval renard (きつね馬, Kitsune uma?)[9],[10] de Mushū Ui (1909-1992), parait dans la revue Ōru yomimono (ja), numéro de mai 1939. Elle est éditée en volume en 1940 par Asahi Shimbunsha, la même année que le film. Elle est nominée pour le 9e prix Naoki en 1939. L’auteur remporte le prix de l’humour en 1940 décerné par la revue Yūmoa Kurabu (Shun'yōdō Bunko Shuppan), pour sa 1ʳᵉ session, conjointement avec Ichirō Kitamachi[11],[12].

Analyse

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Pour Catherine Russell, dans son livre The Cinema of Naruse Mikio (en), Acteurs ambulants est une forme de parodie des films de geidō (ja), consacrés aux arts traditionnels et à la discipline qu'exige leur apprentissage. La troupe que dirige le pseudo-Kikugorō ne relève pas du kabuki de Tokyo mais du taishū engeki (en), théâtre populaire qu'elle promène de petite ville en petite ville, et le comique tient à ce que Hyōroku expose son emploi — les pattes avant d'un cheval de scène — comme un art d'un raffinement extrême, devant un cadet chargé des pattes arrière[13].

Russell replace le film dans l'histoire de ce théâtre ambulant, phénomène de la culture populaire japonaise propre à l'après-Meiji, dont l'apogée se situe dans les années 1930 avant son effacement progressif devant le cinéma puis la télévision. Elle observe que l'action se tient pour l'essentiel dans une seule petite ville, où la venue d'une troupe compte parmi les rares distractions[13].

Sous la farce, le film, qui regorge de gags, évoque aussi les préoccupations matérielles : la troupe doit négocier avec le notable local, ce qui introduit la question des rapports économiques dans le monde du spectacle. L'errance des comédiens relève à la fois d'une convention ancienne des arts scéniques japonais et de l'expérience de mobilité propre au temps de guerre[13].

Le décor, enfin, lui paraît « plus ou moins hors du temps », à une exception près : le passage d'un homme en uniforme, devant lequel les deux acteurs constatent que cela pourrait être eux, avant de retourner à leurs affaires[14]. Naruse, qu'elle cite, déclarait que le film avait été lourdement remanié par la censure et qu'il comptait néanmoins parmi ses préférés[13].

Notes et références

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  1. (en) « Traveling Actors », sur harvardfilmarchive.org, (consulté le ).
  2. Tadao Satō, Le Cinéma japonais, t. II, Paris, Centre Georges Pompidou, (ISBN 978-2-85850-930-0), p. 277
  3. (ja) « [NFAJ] 旅役者 | Tabi yakusha (1940) », sur nfad.nfaj.go.jp (consulté le )
  4. (ja) « 旅役者|Tabi yakusha (1940) », sur db.eiren.org (consulté le )
  5. (ja) Acteurs ambulants sur la Japanese Movie Database.
  6. Kamatari Fujiwara, contraint en 1940 par la censure d'adopter le nom de scène Keita Fujiwara, jugé moins irrévérencieux envers Fujiwara no Kamatari, ne reprendra son nom qu'en 1946.
  7. (ja) « Répertoire des acteurs Tōhō : Fujiwara Kamatari (Keita) 藤原釜足(鶏太) », sur お宝映画・番組私的見聞録 (consulté le )
  8. (en) « SHIOBARA TASUKE », sur www.kabuki21.com (consulté le )
  9. Le titre de la nouvelle de Mushū Ui fait écho à l'expression japonaise 狐を馬に乗せたよう (littéralement : « comme un renard qu'on aurait juché sur un cheval ») qui désigne ce qui branle et ne tient pas en place, ou ce qui est vague et peu fiable.
  10. (ja) « 狐を馬に乗せたよう Que signifie « « comme un renard qu'on aurait juché sur un cheval » » (kitsune o uma ni noseta you) ? », sur コトバンク (consulté le )
  11. (ja) « Prix Naoki - Liste des nominés pour les 1er à 20e prix », sur prizesworld.com (consulté le )
  12. (ja) Kotobank, « 宇井無愁 Ui Mushū », sur コトバンク (consulté le )
  13. 1 2 3 4 (en) Catherine Russell, The Cinema of Naruse Mikio (en) : Women and Japanese Modernity, Duke University Press, (ISBN 978-0-8223-4312-7), « 3. Not a Monumental Cinema: Wartime Vernacular, 1938-1945 », p. 159-160
  14. Dans le film, Hyōroku et Senpei regardent un militaire qui marche en tirant un cheval dont le corps est sanglé d’un tissu blanc avec des inscriptions. Ils commentent la scène sans que l'on sache si la remarque vise l'homme ou l'animal. Naruse les cadre ensuite à travers le corps du cheval.

Liens externes

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