Présidence de Warren G. Harding
La présidence de Warren G. Harding débuta le , date de l'investiture de Warren G. Harding en tant que 29e président des États-Unis, et prit fin avec la mort de ce dernier le . Membre du Parti républicain, Harding dirigea son pays dans les années qui suivirent la fin de la Première Guerre mondiale, à une époque où son parti dominait la vie politique nationale. À la suite de son décès, probablement dû à une crise cardiaque, son vice-président Calvin Coolidge lui succéda à la Maison-Blanche.
29e président des États-Unis
| Type | Président des États-Unis |
|---|---|
| Résidence officielle | Maison-Blanche, Washington |
| Système électoral | Grands-électeurs |
|---|---|
| Mode de scrutin | Suffrage universel indirect |
| Élection | 1920 |
| Début du mandat | |
| Fin du mandat |
(Décès) |
| Durée | 2 ans 4 mois et 29 jours |
| Nom | Warren G. Harding |
|---|---|
| Date de naissance | |
| Date de décès | |
| Appartenance politique | Parti républicain |
Harding entra en fonction après avoir remporté l'élection présidentielle de 1920 face au candidat démocrate James M. Cox, avec une majorité écrasante au suffrage populaire. Hostile aux réformes progressistes de son prédécesseur Woodrow Wilson, Harding favorisa des mesures conservatrices destinées à limiter l'intervention de l'État dans la sphère économique. En 1921, son secrétaire au Trésor Andrew Mellon fit adopter une loi sur les revenus qui diminuait massivement les impôts pour les contribuables les plus aisés, tandis que le président ratifia le Budget and Accounting Act qui formalisait pour la première fois le processus budgétaire et donnait naissance au Bureau du budget. Un autre aspect important de la politique intérieure de l'administration fut le tarif Fordney-Mac Cumber qui augmentait de façon significative les droits de douane.
Dans la première année de son mandat, Harding soutint le durcissement de la politique d'immigration avec l'entrée en vigueur de l’Emergency Quota Act. Il mit également son veto à une loi qui visait à octroyer une prime aux anciens combattants de la Première Guerre mondiale mais présida à la création du Bureau des vétérans. Il promulgua en outre une législation spécifique pour tenter de résorber la crise agricole et, avec l'aide de son secrétaire au Commerce Herbert Hoover, promut les nouvelles technologies telles que la radio ou l'aviation.
La politique étrangère de Harding, dirigée par le secrétaire d'État Charles Evans Hughes, fut marquée par la conférence navale de Washington de 1921-1922, au cours de laquelle les principales puissances maritimes du globe convinrent d'un programme de désarmement naval. Harding nomma par ailleurs quatre juges conservateurs à la Cour suprême. Peu après sa mort, plusieurs membres de son gouvernement furent compromis dans des scandales dont le plus important fut peut-être celui du Teapot Dome ; en conséquence, et alors que Harding avait été, tout au long de son mandat, un des présidents les plus populaires de l'histoire du pays, son image se détériora à la suite de ces affaires et de la révélation de ses liaisons extraconjugales. Il est aujourd'hui considéré par les historiens et les politologues comme l'un des pires présidents de l'histoire américaine.
Élection présidentielle de 1920
modifierNomination du Parti républicain
modifierAu début de l'année 1920, le général Leonard Wood, le gouverneur de l'Illinois Frank Lowden et le sénateur de Californie Hiram Johnson espéraient tous trois décrocher la nomination du Parti républicain en vue de l'élection présidentielle qui devait avoir lieu quelques mois plus tard[1]. Un certain nombre de responsables du parti étaient cependant à la recherche d'une alternative et le nom du sénateur Warren G. Harding — en dépit de la réticence de l'intéressé — revenait avec insistance du fait de sa bonne assise électorale dans l'Ohio[2]. Persuadé qu'aucun des candidats jusqu'alors déclarés n'était en mesure d'obtenir le nombre de délégués requis, le directeur de campagne d'Harding, Harry M. Daugherty, persuada celui-ci d'entrer dans la course à l'issue d'un entretien de plus de six heures[3]. Conformément à la stratégie de Daugherty, Harding s'efforça de plaire aux différentes factions du parti afin d'accroître ses chances de succès si, comme cela était prévisible, le déroulement de la convention favorisait l'émergence d'une candidature de compromis[4]. Daugherty s'arrangea également avec le magnat du pétrole Jake L. Hamon pour que la consigne que ce dernier avait donné à 18 délégués de l'Oklahoma de voter pour Lowden bénéficiât à Harding en cas d'échec de Lowden[5],[6].

À l'ouverture de la convention nationale républicaine en , un sous-comité sénatorial comptabilisa les sommes dépensées par les différents candidats, avec le résultat suivant : 1,8 million de dollars pour Wood, 414 000 $ pour Lowden, 194 000 $ pour Johnson et 114 000 $ pour Harding. Le nombre de délégués qui s'étaient prononcés en faveur d'un candidat au démarrage de la convention était quant à lui de 124 pour Wood, 112 pour Johnson, 72 pour Lowden et 39 pour Harding[7]. À ce stade, moins de la moitié des délégués avaient ouvertement fait part de leur choix[8] et beaucoup s'attendaient à la désignation d'un candidat de compromis tel que le sénateur de Pennsylvanie Philander C. Knox, le sénateur du Massachusetts Henry Cabot Lodge ou encore l'ancien juge de la Cour suprême Charles Evans Hughes, qui avait été le candidat républicain malheureux à l'élection de 1916[9]. Aucune majorité claire ne se dessinait cependant au bout de neuf tours de scrutin[10]. Profitant de l'interruption pour la journée des travaux de la convention, les sénateurs républicains se réunirent avec d'autres dirigeants dans la salle 404 de l'hôtel Blackstone à Chicago pour s'entendre sur le choix d'un candidat. Les discussions se prolongèrent toute la nuit dans la fumée des cigares et aboutirent à la conclusion qu'Harding était le candidat le plus à même d'unifier le parti[11]. Le jour suivant, Harding remporta la nomination au dixième tour de scrutin et le gouverneur du Massachusetts Calvin Coolidge fut désigné en tant que colistier[12].
Scrutin général
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Pour affronter Harding, les démocrates jetèrent leur dévolu sur le gouverneur de l'Ohio et homme de presse James M. Cox, qui ne fut choisi qu'après 44 tours de scrutin à la convention du parti. Harding rejeta les idéaux progressistes de l'administration Wilson au profit d'une défense du laissez-faire qui avait prévalu du temps de la présidence de William McKinley. Sa campagne fut ainsi marquée par la promesse d'un « retour à la normale » qui, à ses yeux, devait mettre fin à une ère entachée par la guerre, l'internationalisme et l'accroissement du pouvoir fédéral[13] :
« Le besoin actuel de l'Amérique n'est pas l'héroïsme, mais la guérison ; pas les remèdes miracles, mais la normalité ; pas la révolution, mais la restauration ; pas l'agitation, mais l'ajustement ; pas la chirurgie, mais la sérénité ; pas le drame, mais la tranquillité ; pas l'expérimentation, mais l'équilibre ; pas l'immersion dans l'internationalité, mais le maintien dans la nationalité triomphante[14]. »
L'élection de 1920 fut la première où les femmes américaines purent voter à l'échelle nationale, ainsi que la première à être retransmise par la radio[15]. Sous la direction d'Albert Lasker, les républicains orchestrèrent une vaste campagne publicitaire qui ― chose inédite pour un scrutin présidentiel ― faisait appel à des techniques de propagande modernes. À travers les films d'actualités, les projections cinématographiques, les enregistrements sonores, l'affichage public, les journaux ou encore les magazines, Lasker s'ingénia à mettre en avant le patriotisme et l'affabilité de son candidat. De plus, cinq mille orateurs furent formés par le publicitaire Harry New et envoyés dans tout le pays afin de s'exprimer au nom du sénateur de l'Ohio. Le démarchage téléphonique fut également mis à contribution tandis que, sur une idée de Lasker, 8 000 photos d'Harding et de sa femme furent diffusées toutes les deux semaines dans le pays. Les agriculteurs reçurent de leur côté des brochures qui critiquaient le bilan agricole des démocrates alors que les Afro-Américains et les femmes firent aussi l'objet de documentations ciblées dans le but d'affaiblir le camp adverse[16]. Par ailleurs, des célébrités comme Al Jolson ou Lillian Russell apportèrent leur soutien à Harding et firent campagne pour lui en divers endroits des États-Unis[17].

Le jour du scrutin, Harding remporta une victoire écrasante avec 404 votes de grands électeurs contre 127 pour Cox. Le candidat républicain rafla en outre 60 % des suffrages populaires, soit le plus haut pourcentage jamais observé jusqu'alors, loin devant Cox qui n'obtint que 34 % des voix[18]. Le candidat du Parti socialiste Eugene V. Debs, qui avait fait campagne depuis une prison fédérale, rassembla 3 % du vote national. L'écart qui séparait Harding de son rival démocrate au suffrage populaire (26,2 %) était le plus important depuis l'élection de James Monroe en 1820. Le sénateur de l'Ohio arriva en tête dans tous les États à l'exception du Solid South ; en outre, sa victoire dans le Tennessee fit de lui le premier républicain à remporter un ancien État confédéré depuis la fin de la Reconstruction[19]. Lors des élections législatives qui se déroulèrent à la même période, les républicains progressèrent de 63 sièges à la Chambre des représentants[20]. Quoique en position de force au Congrès, le Grand Old Party était divisé en plusieurs factions, parmi lesquelles un bloc agricole indépendant en provenance du Midwest[21].
Investiture
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Harding fut assermenté en tant que président le , devant le portique est du Capitole. Le serment présidentiel fut administré par le juge en chef Edward Douglass White et Harding utilisa la Bible utilisée lors de la première investiture de George Washington en 1789. Ce fut la première fois qu'un président se rendit en automobile à son inauguration[22]. Dans son discours, Harding évoqua de nouveau les thèmes qu'il avait abordés au cours de sa campagne :
« Mes compatriotes : lorsque quelqu'un regarde le monde autour de lui après la grande tempête, en repérant les marques de destruction et se réjouissant pourtant de la robustesse des choses qui ont su résister, s'il est américain, il respire l'atmosphère clarifiée avec un étrange mélange de regret et d'espoir renouvelé. […] Notre penchant le plus dangereux est de trop exiger du gouvernement et, en même temps, d'en faire trop peu pour lui[23]. »
Composition du gouvernement
modifierPour la composition de son cabinet, qui rassembla en tout dix ministres, Harding fit appel à d'éminentes personnalités de la vie politique. L'ancien juge de la Cour suprême Charles Evans Hughes hérita du département d'État, alors que le président de la commission des relations étrangères du Sénat Henry Cabot Lodge avait suggéré à Harding de nommer Elihu Root ou Philander C. Knox à ce poste. Henry C. Wallace, un journaliste de l'Iowa qui avait joué un rôle actif dans la campagne d'Harding en tant que spécialiste des questions agricoles, devint secrétaire à l'Agriculture. Après le refus de Charles G. Dawes de prendre la tête du département du Trésor, le président, sur le conseil du sénateur Boies Penrose, jeta son dévolu sur Andrew Mellon, un milliardaire originaire de Pittsburgh ; enfin, Herbert Hoover, qui avait dirigé la Food Administration sous la présidence de Wilson, fut choisi pour être secrétaire au Commerce[4].
Réticent à faire appel au populaire général Leonard Wood pour exercer les fonctions de secrétaire à la Guerre, Harding lui préféra l'ex-sénateur du Massachusetts John W. Weeks, qui bénéficiait du soutien de Lodge. Le ministère du Travail fut confié à James J. Davis qui présentait l'avantage, aux yeux du président, d'être plutôt en bons termes avec le monde du travail tout en étant un adversaire du chef syndicaliste Samuel Gompers. Will H. Hays, le président du comité national républicain, fut nommé ministre des Postes. Pour le remercier de son attitude lors de la convention républicaine de 1920, Harding offrit le département de la Marine à Frank Lowden mais celui-ci déclina le poste qui échut en définitive à l'ancien représentant Edwin Denby du Michigan. Le portefeuille de l'Intérieur fut quant à lui attribué au sénateur du Nouveau-Mexique Albert B. Fall, qui entretenait d'excellentes relations avec Harding depuis que les deux hommes avaient siégé ensemble au Sénat[4].
Même si Harding s'était engagé à réunir les « meilleurs cerveaux » au sein de son cabinet, il n'oublia pas ceux qui l'avaient aidé à se faire élire. Le chef de file de la Ligue anti-saloon Wayne Wheeler fut ainsi autorisé par le président à sélectionner les membres de la Commission sur la prohibition[24]. En outre, Harry M. Daugherty fut élevé au rang de procureur général parce qu'Harding lui était reconnaissant d'avoir dirigé sa campagne. Après l'élection, de nombreux individus liés au gouvernement s'installèrent à Washington, D.C. dans une petite maison verte sur K Street et devinrent célèbres sous le nom de « gang de l'Ohio », même si peu d'entre eux étaient originaires de cette région[25]. Les accusations de corruption ne tardèrent pas à submerger le ministère de la Justice dans la mesure où des dizaines de milliers de caisses de whisky étaient saisies par la contrebande en échange de pots-de-vin[26]. Les scandales politico-financiers qui mirent en cause des membres du « gang » ainsi que des proches du président, conjugués aux controverses relatives à la vie privée d'Harding, dégradèrent fortement l'image de celui-ci tout en remisant le bilan de son administration au second plan[27].

| Cabinet Harding | ||
| Fonction | Nom | Dates |
| Président | Warren G. Harding | 1921-1923 |
| Vice-président | Calvin Coolidge | 1921-1923 |
| Secrétaire d'État | Charles Evans Hughes | 1921-1923 |
| Secrétaire au Trésor | Andrew Mellon | 1921-1923 |
| Secrétaire à la Guerre | John W. Weeks | 1921-1923 |
| Procureur général | Harry M. Daugherty | 1921-1923 |
| Postmaster General | Will H. Hays | 1921-1922 |
| Hubert Work | 1922-1923 | |
| Harry Stewart New | 1923 | |
| Secrétaire à la Marine | Edwin Denby | 1921-1923 |
| Secrétaire à l'Intérieur | Albert B. Fall | 1921-1923 |
| Hubert Work | 1923 | |
| Secrétaire à l'Agriculture | Henry C. Wallace | 1921-1923 |
| Secrétaire au Commerce | Herbert Hoover | 1921-1923 |
| Secrétaire au Travail | James J. Davis | 1921-1923 |
Nominations judiciaires
modifierHarding nomma quatre juges à la Cour suprême des États-Unis. Après la mort du juge en chef Edward Douglass White en , l'ex-président William Howard Taft convainquit Harding de le désigner en remplacement de White et rejoignit la Cour en juin de la même année[28]. Harding nomma ensuite George Sutherland, un ancien sénateur conservateur de l'Utah qui avait soutenu la campagne présidentielle de Taft en 1912 et celle d'Harding en 1920 ; il intégra la Cour après la démission du juge John Hessin Clarke en . Deux vacances supplémentaires se produisirent au sein de la Cour durant l'année 1923 avec la mort de William R. Day et le départ de Mahlon Pitney. Sur le conseil de Taft, Harding fit appel au démocrate conservateur Pierce Butler, un avocat des chemins de fer, pour succéder à Day. Des sénateurs progressistes tels que Robert M. La Follette tentèrent de s'opposer à cette nomination mais Butler fut néanmoins confirmé. Enfin, à la suite d'une recommandation du procureur général Daugherty, Harding remplaça Pitney par le juge d'appel fédéral Edward Terry Sanford du Tennessee[29]. Forte de ces nouvelles nominations, la cour Taft confirma les décisions prises sous la précédente ère Lochner dans des arrêts qui reflétaient largement ses penchants conservateurs[30].
Politique intérieure
modifierRevenue Act of 1921
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Harding accéda à la présidence alors que la nation était en proie à un marasme économique engendré par la dépression de 1920-1921. Face à la crise, le successeur de Wilson s'opposa vigoureusement à la mise en place d'allocations chômage à l'échelon fédéral, estimant que les mesures d'aide étaient du ressort des organisations caritatives et des collectivités locales[31]. Le meilleur moyen de renouer avec la prospérité était encore, dans son esprit, d'augmenter le tarif douanier et de limiter l'intervention de l'État dans la sphère économique[32]. Le secrétaire au Trésor de Harding, Andrew Mellon, mena une politique fiscale visant à baisser tout à la fois la taxe sur les bénéfices exceptionnels et l'impôt sur les sociétés[33]. L'objectif central du plan de Mellon était la diminution de la surtaxe, un impôt progressif sur le revenu auquel seuls les Américains les plus riches étaient assujettis[34] ; en effet, Mellon était un partisan de la concentration des capitaux aux mains des plus fortunés, qu'il considérait comme les principaux moteurs de la croissance économique[35]. Cette volonté d'allègement fiscal, telle que prônée par l'exécutif, était également partagée par les républicains du Congrès et les baisses d'impôts de même que le relèvement des droits de douane furent les deux grandes priorités législatives de la première année du mandat de Harding[36].
Malgré l'opposition des démocrates et de nombreux élus républicains issus des États agricoles, le Revenue Act of 1921 fut avalisé en novembre par le Congrès et ratifié sous forme de loi par le président Harding un peu plus tard dans le mois. Du fait de cette législation, les impôts sur les plus riches furent massivement baissés, bien qu'en des proportions moindres que ce qu'aurait souhaité Mellon[37]. La tranche maximale du taux marginal d'imposition sur le revenu fut ramenée de 73 % à 58 %[38] et l'impôt sur les sociétés de 65 % à 50 %, la taxe sur les bénéfices exceptionnels étant pour sa part abrogée[39]. Ces mesures entraînèrent, par corollaire, une diminution significative des recettes fédérales[40].
Tant les salaires que les profits et la productivité connurent une forte augmentation au cours de la décennie 1920 mais les économistes sont en désaccord quant au rôle joué par la loi fiscale de 1921 dans l'importante phase d'expansion économique qui suivit la dépression de 1920-1921. L'économiste Daniel Kuehn attribue ce rebond à la politique monétaire conduite antérieurement par la Réserve fédérale et souligne que la révision des taux d'imposition marginaux fut accompagnée d'un élargissement de l'assiette fiscale, ce qui expliquerait la hausse des recettes[41]. Les historiens libertariens Larry Schweikart et Michael Allen affirment de leur côté que les politiques fiscales et économiques menées sous Harding contribuèrent « aux huit années les plus florissantes de l'histoire du pays en matière de production et d'innovation »[42]. D'autres économistes considèrent cependant que les réductions d'impôts favorisèrent le creusement des inégalités économiques et l'essor de la spéculation, lesquels furent en partie à l'origine de la Grande Dépression[43].
Tarif Fordney-MacCumber
modifierComme la plupart des républicains de son temps, Harding était partisan d'un tarif protectionniste qui permettait de taxer fortement les importations et de protéger l'industrie américaine de la concurrence étrangère ; le maintien de droits de douane élevés était, dans l'esprit du président, une condition nécessaire à l'essor de la production nationale, à l'octroi de hauts salaires pour les travailleurs d'usine et, en fin de compte, à la prospérité générale. Désireuse de négocier des accords commerciaux réciproques, lesquels impliquaient de diminuer les droits de douane sur les importations en provenance d'un autre pays en échange de concessions équivalentes de la part de ce dernier, l'administration Harding chercha toujours à concilier sa volonté d'élargissement commercial avec celle d'assurer la protection de l'industrie domestique[44],[45].
Peu après son entrée en fonction, Harding promulgua l'Emergency Tariff of 1921 dont le principal objectif était, bien qu'à titre provisoire, de soutenir les fermiers américains en proie aux retombées de la hausse ponctuelle des importations de marchandises agricoles européennes[46]. Le texte comportait également une clause visant à prémunir l'industrie nationale du dumping pratiqué par les fabricants européens[47]. L'instauration d'un tarif douanier permanent, escomptée par Harding avant la fin de l'année 1921, fut cependant retardée par les vifs débats qui agitèrent le Congrès sur la question des barèmes tarifaires, particulièrement entre les défenseurs du monde agricole et les tenants du secteur industriel[48].
Ce fut donc un Harding enthousiaste qui, en , ratifia le tarif Fordney-Mac Cumber[49]. De nature protectionniste, cette législation, portée par le représentant Joseph W. Fordney (en) et le sénateur Porter J. McCumber (en), fut approuvée par la quasi-totalité des républicains du Congrès[48]. Elle augmentait les taux fixés par la précédente loi tarifaire Underwood-Simmons (en) de 1913 à un niveau encore jamais vu dans l'histoire du pays. Harding fut néanmoins rapidement préoccupé par les difficultés économiques éprouvées par les agriculteurs en raison du maintien de droits de douane élevés et, à compter de 1922, en vint à considérer qu'une politique protectionniste était, sur le long terme, potentiellement préjudiciable à l'économie nationale[50]. La très forte augmentation du tarif douanier sous les présidences successives de Harding, Coolidge et Hoover est traditionnellement identifiée comme l'une des causes du krach boursier de 1929[51].
Immigration
modifierLes deux premières décennies du XXe siècle virent une hausse de l'immigration vers les États-Unis, laquelle ne provenait plus majoritairement de l'ouest mais du sud et de l'est de l'Europe. Beaucoup d'Américains considéraient toutefois cette nouvelle population d'immigrants avec suspicion et la Première Guerre mondiale ainsi que la première « peur rouge » ne firent qu'accroître le sentiment nativiste[52]. La loi d'urgence sur les quotas (Emergency Quota Act), ratifiée le par le président Harding, plafonna le seuil de nouveaux immigrants à 3 % du nombre de ressortissants d'un pays concerné résidant aux États-Unis sur la base du recensement de 1910. Le texte, auquel le président Wilson avait apposé son veto lors de la précédente session du Congrès, autorisait également l'expulsion des immigrés en situation irrégulière. Harding, de même que son secrétaire au Travail James J. Davis, considérait pour autant que la loi devait être appliquée avec humanité et il accorda de nombreuses dérogations qui permirent à des milliers d'immigrés de bénéficier d'un sursis[53]. Du fait de l'entrée en vigueur de cette législation, le nombre d'immigrants à destination des États-Unis, qui était de quelque 800 000 personnes en 1920, chuta à environ 300 000 en 1922[47]. Même si l'Emergency Quota Act fut ultérieurement remplacé par la loi d'immigration de 1924, il fut à l'origine de la création du National Origins Formula[53].
Anciens combattants
modifierNombre d'anciens combattants de la Première Guerre mondiale étaient au chômage ou dans une situation économique précaire lorsque Harding entra en fonction. Afin de venir en aide à ces hommes, le Sénat envisagea l'adoption d'une loi visant à octroyer aux anciens combattants une prime de 1 dollar pour chaque jour de service accompli durant la guerre[54]. Harding s'opposa néanmoins à cette mesure, au motif que beaucoup avait été déjà fait pour les vétérans et que le versement d'une telle prime « ruinerait notre trésorerie, dont tant de choses dépendent pour l'avenir »[55]. En conséquence, le projet de loi fut renvoyé en commission[55] pour être de nouveau soumis à l'examen des parlementaires lorsque le Congrès reprit ses travaux en . Une nouvelle mouture du texte, qui entérinait le principe d'une prime sans toutefois définir les modalités de son financement, fut approuvée par les deux chambres du Congrès en ; elle se heurta cependant au veto de Harding, que les élus fédéraux échouèrent de justesse à briser[56].
En , Harding ratifia le Sweet Bill qui donnait naissance au Bureau des vétérans. Après la fin de la Première Guerre mondiale, quelque 300 000 anciens combattants blessés étaient en attente de soins médicaux et hospitaliers ainsi que d'une formation professionnelle afin de réintégrer le monde du travail. Pour faire face à cette situation, le Bureau d'assurance des risques de guerre (War Risk Insurance Bureau), le Bureau fédéral des hospitalisations (Federal Hospitalization Bureau) et trois autres bureaux dédiés aux besoins des anciens combattants fusionnèrent au sein de la nouvelle agence[57]. À la tête de cette dernière, Harding nomma le colonel Charles R. Forbes, lui-même décoré en récompense de ses services pendant la guerre. Le Bureau des vétérans fut élevé par la suite au rang d'administration avant de devenir le département des Anciens combattants des États-Unis[58].
Agriculture
modifierLes fermiers furent particulièrement touchés par la dépression de 1920-1921 qui provoqua une chute drastique des prix agricoles[59]. Sous la pression du puissant bloc agraire bipartisan mené par le sénateur William S. Kenyon (en) et du représentant Lester J. Dickinson (en), le Congrès se pencha sur le sort des agriculteurs et Harding mit sur pied la Joint Commission on Agricultural Industry pour formuler des recommandations en matière de politique agricole, cependant que plusieurs lois relatives à l'agriculture et à l'alimentation furent ratifiées par le président entre 1921 et 1922[60]. La plupart de ces législations émanaient d'un rapport de 1919 de la Federal Trade Commission, instituée sous la présidence de Woodrow Wilson, dont les investigations avaient mis au jour les « manipulations, contrôles, trusts, ententes ou restrictions contraires à la loi ou à l'intérêt général » en vigueur dans l'industrie de la viande. La première de ces lois fut le Packers and Stockyards Act qui interdisait aux équarisseurs de se livrer à des pratiques déloyales et trompeuses. Le Farm Loan Act, promulgué en 1916 par le président Wilson afin de relever le montant des prêts accordés aux exploitations rurales, fut amendé à deux reprises tandis que l'Emergency Agriculture Credit Act autorisa l'octroi de nouveaux prêts aux agriculteurs pour les aider à commercialiser leur bétail. Quant au Capper–Volstead Act, ratifié par Harding le , il protégeait les coopératives agricoles de la législation antitrust. Un autre texte de loi fut le Future Trading Act, destiné à réglementer les contrats à terme, mais celui-ci fut annulé par la Cour suprême le [39]. Le Congrès adopta néanmoins en réponse le Grain Futures Act. Bien que sensible à la condition des fermiers et déférent à l'égard de son secrétaire à l'Agriculture Henry Cantwell Wallace, Harding n'était guère enthousiasmé par ces initiatives qui tendaient à accroître l'interventionnisme du gouvernement et chercha à affaiblir le bloc agraire en nommant Kenyon à un poste de juge fédéral en 1922[61].
Infrastructures et technologies
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La décennie 1920 fut marquée par une utilisation de plus en plus fréquente de l'électricité tandis que la production en masse de l'automobile stimula de nombreux pans de l'industrie tels que la construction routière, le caoutchouc, l'acier et le bâtiment[62]. Dans la lignée du Congrès qui, en 1916, avait adopté le Federal Aid Road Act afin de soutenir les programmes de construction routière mis en place par les États, Harding se déclara en faveur d'une participation accrue du gouvernement fédéral à l'édification et à l'entretien des routes. En 1921, il ratifia le Federal Aid Highway Act qui autorisait les États à choisir les routes étatiques et de comté éligibles à des fonds fédéraux[63]. De 1921 à 1923, le gouvernement des États-Unis déboursa en tout 162 millions de dollars dans le développement du réseau routier national, ce qui permit à l'économie américaine de bénéficier d'importantes injections de capitaux[64].
Tant Harding que son secrétaire au Commerce Herbert Hoover étaient de fervents partisans de cette technologie nouvelle qu'était alors la radio[65]. Harding fut ainsi le premier président américain à s'exprimer sur les ondes[66]. En sa qualité de responsable des questions radiophoniques au sein de l'administration, Hoover organisa en 1922 une conférence des radiodiffuseurs, laquelle déboucha sur un accord volontaire à propos des licences attribuées pour les fréquences radio avec l'agrément du département du Commerce. Harding et Hoover estimaient toutefois qu'un tel accord n'offrait pas de garanties suffisantes mais le Congrès, peu pressé de légiférer sur cette question, n'approuva aucune mesure de régulation radiophonique spécifique avant 1927. Toujours à l'initiative de Hoover, une conférence relative à l'aviation échoua pareillement à entraîner l'adoption d'une législation visant à réglementer le transport aérien[67].
Monde du travail
modifierLe taux de syndicalisation avait augmenté pendant la Première Guerre mondiale, de sorte que les travailleurs syndiqués représentaient, en 1920, un cinquième de la population active. La fin de la guerre vit cependant de nombreux employeurs décider d'une baisse des salaires tandis que certains chefs d'entreprise, désireux de reprendre le contrôle de leur main-d'œuvre, engagèrent un bras-de-fer contre les organisations syndicales. Ces politiques débouchèrent sur une recrudescence des tensions sociales au début de la décennie 1920[68]. L'année 1922 fut ainsi émaillée de grèves massives par lesquelles les travailleurs entendaient obtenir une revalorisation de leurs salaires et des mesures visant à lutter plus efficacement contre le chômage. En avril, 500 000 mineurs de charbon, sous la houlette de John L. Lewis, débrayèrent lorsque leur direction, arguant de la conjoncture économique difficile dans laquelle se trouvait alors le secteur industriel, entérina une baisse des salaires, considérée par Lewis comme un moyen de briser le syndicat. Harding convainquit néanmoins les mineurs de reprendre le travail pendant qu'une commission du Congrès examinerait leurs revendications[69]. Le président déploya également la garde nationale et quelque 2 200 marshals adjoints fédéraux afin de maintenir l'ordre[70]. Le , ce fut au tour de 400 000 cheminots de cesser le travail. La direction ayant rejeté un accord ― proposé par Harding ― qui octroyait certaines concessions aux travailleurs, le procureur général Daugherty persuada le juge James Herbert Wilkerson d'émettre une injonction pour ordonner la fin de la grève. Bien qu'approuvée par l'opinion publique, cette initiative fut considérée comme trop radicale par le président, qui demanda à Daugherty et Wilkerson de l'amender en partie. Les grévistes reprirent finalement le travail mais les tensions entre les cheminots et leur hiérarchie demeurèrent vives dans les années qui suivirent[71].
Alors que la journée de travail de huit heures s'était généralisée à l'ensemble de l'industrie américaine, les aciéries, où les ouvriers travaillaient douze heures par jour et sept jours par semaine, faisaient encore exception en 1922. Hoover considérait cette pratique barbare et convainquit Harding de réunir les dirigeants de la sidérurgie afin d'y mettre un terme. La conférence déboucha sur la création d'un comité, dirigé par le président de U.S. Steel Elbert H. Gary (en), qui se prononça contre la nécessité d'une réforme. Harding écrivit alors à Gary pour lui faire part de sa déception. Sa lettre, publiée dans la presse, déclencha un tollé, lequel contraignit les aciéristes à faire machine arrière et à consentir, en définitive, à l'instauration de la journée de huit heures dans leurs usines[72].
Loi sur la maternité
modifierLe Sheppard-Towner Maternity Act (en), qui fut le premier grand programme fédéral de protection sociale aux États-Unis, fut promulgué par le président Harding le . Soutenue par Julia Lathrop, directrice du Bureau américain de l'enfance, cette loi permit de financer près de 3 000 établissements médicaux où femmes enceintes et enfants en bonne santé, en particulier ceux des régions rurales, pouvaient bénéficier de soins préventifs. Des travailleurs sociaux furent formés pour aider les parents à s'occuper correctement de leurs enfants et nombre de femmes se virent offrir des perspectives de carrière dans ce secteur. Même si la loi Sheppard-Towner ne resta en vigueur que huit ans, elle préfigura les programmes sociaux mis en œuvre dans le cadre du New Deal au cours des années 1930[73].
Dérégulation
modifierTout à sa volonté de limiter l'intervention de l'État fédéral dans la sphère économique, Harding chercha à restreindre les prérogatives des agences de régulation qui avaient été créées ou renforcées sous l'ère progressiste. Parmi ces agences toujours actives au moment où Harding accéda à la présidence figuraient la Réserve fédérale, l'Interstate Commerce Commission et la Federal Trade Commission, chargées respectivement de la régulation des banques, du secteur ferroviaire et de diverses activités économiques telles que les trusts. Harding prit soin de peupler ces agences d'individus favorables aux milieux d'affaires et hostiles à toute forme de régulation, de sorte qu'à la fin de son mandat, seule la Federal Trade Commission échappait encore à la domination des conservateurs[74]. D'autres organismes fédéraux, à l'instar du Railroad Labor Board, adoptèrent également une ligne pro-business[75]. En 1921, Harding ratifia le Willis Graham Act qui abrogeait le Kingsbury Commitment et autorisait la société AT&T à constituer un monopole dans le secteur de la téléphonie[76].
Libération de prisonniers politiques
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Le , Harding ordonna la libération du dirigeant socialiste Eugene V. Debs, qui avait été emprisonné pour sédition par l'administration Wilson pour s'être opposé à la conscription pendant la Première Guerre mondiale[77]. En dépit des profondes divergences politiques qui séparaient les deux hommes, Harding commua la peine de Debs dont la santé était chancelante mais sans toutefois lui accorder officiellement une grâce présidentielle. Il accorda en outre une amnistie générale à 23 détenus réputés de convictions anarchistes ou socialistes qui avaient été actifs durant la première « peur rouge »[78].
Élections de mi-mandat de 1922
modifierAu moment d'aborder les élections législatives de 1922, Harding et les républicains pouvaient se targuer d'avoir appliqué nombre de leurs promesses de campagne même si certaines d'entre elles, comme les baisses d'impôts pour les plus riches, n'étaient guère populaires auprès des électeurs. L'économie, avec 11 % de taux de chômage, n'avait pas encore renoué avec la prospérité tandis que la gestion des grèves par le gouvernement avait suscité le mécontentement des syndicats. En conséquence, les républicains essuyèrent de lourdes pertes le jour du scrutin et, bien que toujours majoritaires dans les deux chambres du Congrès, virent leur avance à la Chambre des représentants réduite à la portion congrue[79]. Ces élections eurent également pour effet de renforcer l'aile progressiste du parti qui, sous l'égide de Robert M. La Follette, se mit à enquêter sur le fonctionnement de l'administration Harding[80].
Politique étrangère
modifierRelations avec l'Europe
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Harding entra en fonction un peu plus de deux ans après la fin de la Première Guerre mondiale et son administration dut résoudre plusieurs questions épineuses liées aux conséquences de ce conflit. Au moment de choisir Hughes pour diriger le département d'État, Harding indiqua sans ambages que ce dernier assumerait la direction pleine et entière de la politique étrangère, en rupture complète avec la manière dont Wilson avait lui-même géré au plus près les affaires extérieures sous sa présidence[81]. Harding et Hughes échangeaient fréquemment l'un avec l'autre et le président, quoique toujours très au fait des enjeux internationaux, ne remit que rarement en cause les décisions de son ministre[82]. Hughes dut néanmoins se conformer à certaines grandes orientations, notamment vis-à-vis de la Société des Nations (SDN) envers laquelle Harding, une fois devenu président, avait durci sa position en affirmant ne plus vouloir y faire adhérer les États-Unis sous quelque forme que ce fût[83].
Compte tenu du rejet du traité de Versailles par le Sénat, l'Amérique était techniquement toujours en guerre contre l'Allemagne, l'Autriche et la Hongrie. La situation ne fut réglée qu'avec l'adoption en 1921 de la résolution Knox-Porter (en), qui proclamait les États-Unis en paix tout en garantissant les avantages qui leur avaient été accordés à Versailles, puis, la même année, par la ratification de traités séparés avec les gouvernements allemand, autrichien (en) et hongrois (en), lesquels reprenaient bon nombre des dispositions versaillaises à l'exception de celles relatives à la Société des nations[83]. La question des relations entre cette dernière et l'administration américaine était, quant à elle, toujours en suspens. Le département d'État, sous la houlette de Hughes, refusa dans un premier temps tout contact avec la SDN qu'il s'employait à contourner en s'entretenant directement avec les États membres ; dès 1922, toutefois, les États-Unis, par l'intermédiaire de leur consul à Genève, consentirent au dialogue et, bien que refusant de participer aux réunions à caractère politique, ils dépêchèrent des observateurs pour assister aux sessions d'ordre technique ou humanitaire[84]. Par ailleurs, Harding stupéfia tout Washington lorsqu'il adressa un message au Sénat pour soutenir l'adhésion de son pays à la Cour permanente de justice internationale. Son initiative ne fut cependant pas très bien accueillie par les élus de la Chambre haute et un projet de résolution conforme aux vœux du président fut aussitôt enterré par la commission sénatoriale des affaires étrangères[85].

À l'époque où Harding accéda à la présidence, plusieurs gouvernements étrangers réclamaient une réduction de la dette de guerre massive qu'ils avaient contractée auprès des États-Unis tandis que l'Allemagne était désireuse d'alléger le montant des sommes versées au titre des réparations. Ayant écarté d'emblée toute solution multilatérale, Harding défendit l'adoption d'un plan, élaboré par son secrétaire au Trésor Andrew Mellon, visant à doter son administration de pouvoirs étendus afin de réviser à la baisse les dettes de guerre en question, mais il ne fut pas suivi par le Congrès qui, en 1922, se prononça en faveur d'une loi plus contraignante (World War Foreign Debts Commission Act). Hughes négocia avec le Royaume-Uni un remboursement de la dette de guerre britannique échelonné sur 62 ans, à des taux d'intérêt très faibles, ce qui eut pour effet de diminuer la valeur actuelle de ces obligations. Entériné par le Congrès en 1923, cet accord servit de modèle aux pourparlers ultérieurs avec les autres nations. Les tractations relatives à la réduction des réparations allemandes débouchèrent quant à elles sur l'adoption du plan Dawes de 1924[86].
Durant la Première Guerre mondiale, les États-Unis avaient fait partie des nations à avoir dépêché des troupes en Russie pour y combattre la révolution bolchevique. Après l'échec de cette intervention, le président Wilson refusa de reconnaître diplomatiquement le nouveau gouvernement russe, dirigé depuis par les communistes. Sous le mandat de son successeur Harding, la politique américaine à l'égard de la Russie échut au secrétaire au Commerce Herbert Hoover, dont la connaissance de ce pays était très grande. Dans ce rôle, Hoover soutint l'acheminement d'une aide économique et le maintien des relations commerciales avec Moscou, essentiellement par crainte de voir les entreprises américaines être tenues à l'écart du marché russe[87]. Lorsque, à partir de 1921, une famine de grande ampleur s'abattit sur la Russie, Hoover demanda à l'American Relief Administration, qu'il avait autrefois dirigée, d'entrer en négociation avec les Russes afin d'apporter son assistance ; cette aide américaine, d'après les estimations de l'historien George Herring, aurait permis de sauver jusqu'à 10 millions de personnes de la famine. Si certains hommes d'affaires américains, à l'instar d'Armand Hammer, investirent dans l'économie russe, nombre de ces placements se révélèrent infructueux du fait des restrictions imposées par les autorités russes sur le commerce. Les dirigeants de la Russie — qui devint l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) en 1922 — nourrissaient malgré tout l'espoir que ces échanges économiques et humanitaires déboucheraient sur la reconnaissance de leur gouvernement par Washington, perspective que l'extrême impopularité du communisme aux États-Unis rendait, pour l'heure, inenvisageable[88].
Désarmement
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À la fin de la Première Guerre mondiale, les États-Unis possédaient la flotte de guerre la plus puissante et l'une des armées les plus importantes au monde. Le pays ne faisait plus l'objet d'aucune menace directe et Harding, de même que ses successeurs, présidèrent au désarmement de l'armée de terre comme de la marine. Les effectifs des forces terrestres chutèrent à 140 000 hommes tandis que les forces navales furent réduites à parité avec celles du Royaume-Uni[89]. Désireux d'empêcher toute nouvelle course aux armements, le sénateur William Borah fit adopter une résolution parlementaire qui prévoyait de diminuer de 50 % la taille des flottes américaine, britannique et japonaise. Avec l'aval du Congrès, Harding et Hughes amorcèrent des préparatifs pour la tenue d'une conférence internationale destinée à aborder spécifiquement cette question[90]. La conférence navale de Washington s'ouvrit en en présence de délégués japonais, britanniques, français, italiens, chinois, belges, néerlandais et portugais. Le secrétaire d'État Hughes, dont le rôle fut prépondérant lors de la conférence, formula sa proposition phare, à savoir que les États-Unis s'engageaient à amputer l'effectif de leur flotte de 30 navires si le Royaume-Uni et le Japon consentaient respectivement à désarmer 19 et 17 de leurs vaisseaux[91]. Un journaliste qui couvrait la conférence écrivit : « Hughes a coulé en trente-cinq minutes plus de navires que tous les amiraux du monde réunis en plusieurs siècles »[92].
Les discussions entre les pays représentés à la conférence donnèrent lieu à la rédaction de six traités et à l'adoption de douze résolutions qui portaient, entre autres, sur la limitation du tonnage des navires de guerre et la révision des tarifs douaniers[93]. Les États-Unis, le Royaume-Uni, le Japon et la France ratifièrent ensemble le traité des quatre puissances en vertu duquel chacun de ces pays s'engageait à respecter l'intégrité territoriale des trois autres dans l'océan Pacifique. Ces quatre mêmes nations, auxquelles s'ajouta l'Italie, signèrent également le traité naval de Washington qui fixait, pour chacune des parties contractantes, une limite au tonnage de ses cuirassés. La conférence déboucha enfin sur le traité des neuf puissances qui perpétuait la doctrine de la porte ouverte en Chine et contraignait le Japon à restituer la province du Shandong aux Chinois[94].
Amérique latine
modifierL'ingérence des États-Unis en Amérique latine ne fut pas un enjeu central de la campagne de 1920 même si Harding avait fustigé la décision de Wilson d'envoyer des troupes en République dominicaine et critiqué le candidat démocrate à la vice-présidence, Franklin Delano Roosevelt, pour son rôle dans l'intervention américaine en Haïti. Une fois en poste, le secrétaire d'État Hughes s'efforça d'améliorer les relations avec les pays latino-américains, rendus méfiants par l'interventionnisme répété des États-Unis au nom de la doctrine Monroe ; à l'époque de l'investiture de Harding, des troupes américaines étaient également déployées à Cuba et au Nicaragua. Les soldats qui stationnaient sur le territoire cubain afin d'y protéger les intérêts américains quittèrent finalement l'île en 1921 mais ceux présents dans les trois autres pays susmentionnés y demeurèrent tout au long de la présidence de Harding[95]. En , ce dernier obtint la ratification du traité Thomson-Urrutia avec la Colombie, laquelle se voyait accorder 25 millions de dollars à titre de dédommagement pour la révolution panaméenne de 1903 fomentée par Washington[96]. En dépit de ces avancées, les gouvernements latino-américains ne purent convaincre les États-Unis de renoncer à leurs pratiques interventionnistes que Hughes promit toutefois de limiter aux nations limitrophes du canal de Panama tout en s'engageant à clarifier les objectifs de son pays dans la région[97].
Les États-Unis étaient intervenus à plusieurs reprises au Mexique sous la présidence de Wilson et, suspendant leur reconnaissance diplomatique, avaient posé des conditions à son rétablissement. Le gouvernement mexicain, sous l'autorité du président Álvaro Obregón, souhaitait quant à lui bénéficier de la reconnaissance américaine avant d'entamer des négociations, ce que Wilson et son secrétaire d'État, Bainbridge Colby, avaient refusé. Tant Hughes que le secrétaire à l'Intérieur, Albert B. Fall, étaient également hostiles à toute forme de reconnaissance et, en , Hughes fit parvenir aux Mexicains un projet de traité par lequel ces derniers s'engageraient à compenser les préjudices subis par les États-Unis à la suite de la révolution mexicaine de 1910. Obregón persista néanmoins dans son refus d'un accord tant que Washington n'aurait pas daigné reconnaître la légitimité de son gouvernement et chercha à améliorer les relations de son pays avec les entreprises américaines, aussi bien en se conciliant les bonnes grâces de ses créanciers qu'au moyen d'une intense campagne de relations publiques aux États-Unis. La stratégie fut efficace et, au mitan de l'année 1922, la perte d'influence de Fall au sein de l'administration Harding ouvrit la voie à la reconnaissance diplomatique du gouvernement mexicain. À la suite de tractations entre des commissaires nommés par les deux présidents, les États-Unis reconnurent officiellement le gouvernement d'Obregón le , à peine un mois après le décès de Harding, en des termes somme toute avantageux pour le Mexique[98].
Scandales
modifierVie à la Maison-Blanche
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Le mode de vie d'Harding à la Maison-Blanche différait pour le moins radicalement de celui de son prédécesseur. À l'étage de la résidence présidentielle, plus précisément dans la Yellow Oval Room, du whisky de contrebande était servi librement aux invités lors des réceptions d'après-dîner, et ce alors même que le président était censé se poser en garant de la prohibition ; une témoin, Alice Longworth, relate que des plateaux « sur lesquels étaient posées des bouteilles contenant toutes les marques de whisky imaginables étaient disposés un peu partout »[99]. Une partie de cet alcool était directement confisquée auprès des services de la prohibition par Jess Smith (en), l'adjoint du procureur général Harry M. Daugherty. La Première dame Florence Harding, également surnommée « la duchesse », préparait fréquemment des cocktails pour ses convives[100]. Quant à son mari, il fumait, chiquait et s'adonnait au poker deux fois par semaine[101]. Bien que critiqué par Wayne B. Wheeler, un partisan de la prohibition, au sujet des rumeurs qui circulaient à Washington concernant ces « fêtes débridées », Harding affirma que sa consommation d'alcool à la Maison-Blanche relevait de sa vie privée[102].
Mort du président
modifierPostérité
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