Ælred de Rievaulx
Ælred de Rievaulx, né au début de 1110 et mort le (ou 1167), est un moine cistercien qui devient le troisième abbé de Rievaulx en 1147. C'est l'un des moines cisterciens les plus influents d'Angleterre au XIIe siècle, d'où son surnom de saint Bernard anglais. C'est un docteur de la charité et de l'amitié et il écrit abondamment sur « l'amitié chrétienne ». Il est commémoré comme saint dans la liturgie des Églises catholique et anglicane le .
Saint catholique
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Écrivain, chroniqueur, prêtre catholique, moine, hagiographe, historien, mystique |
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Biographie
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Ælred de Rievaulx naît au début de l'année 1110 à Hexham en Angleterre. Il est le fils d'un de ces prêtres mariés que l'on trouve fréquemment dans l'Angleterre des XIe et XIIe siècles. Il vit une grande partie de sa jeunesse à la cour du roi d'Écosse, David Ier, où il est élevé en même temps que son le fils, Henri de Northumberland. Cette période se situe dans un « printemps religieux » consécutif à la réforme grégorienne et au renouvellement de la société occidentale[1].
À la cour d'Écosse, il étudie les œuvres de Cicéron, et devient proches de ses camarades. De cette période, il écrit qu'il est « captivé par le charme de [ses] amis » et que « rien ne semblait plus bon, agréable ou important qu'aimer et être aimé »[2]. Très apprécié du roi David Ier, qui veut en faire un évêque, il décide toutefois de devenir moine cistercien. Il entre en 1133 à l'abbaye de Rievaulx, près de York, fille de l'abbaye de Clairvaux. Il est rapidement nommé maître des novices, et on garde de lui le souvenir d'une extraordinaire tendresse et patience à l'égard de ceux qui étaient à sa charge.
En 1143, William, seigneur de Lincoln fonde une nouvelle abbaye cistercienne dans son fief de Reversby, dans le Lincolnshire. Ælred ainsi que douze autres moines en prennent possession. Son séjour, pendant lequel il aurait rencontré saint Gilbert de Sempringham, est de courte durée, car il est élu abbé de Rielvaux en 1147. Dans cette position, le saint n'est pas seulement responsable d'une communauté de 300 moines, mais est également le supérieur de toutes les abbayes cisterciennes d'Angleterre.

Il semble qu'il ait exercé une influence considérable sur le roi d'Angleterre Henri II, dans les premières années de son règne, et qu'il l'ait persuadé de rejoindre le roi de France Louis VII pour rencontrer le pape Alexandre III à Toucy en 1162.
Saint Ælred rédige de nombreux écrits historiques, poétiques et religieux. Il est considéré comme un des représentants des plus importants de la spiritualité monastique du XIIe siècle. Ses œuvres se fondent sur la tradition antique, et sur une spiritualité sensible et personnelle qui fait de l'amitié humaine un chemin qui mène à l'amour de Dieu, en sachant qu'« il n'est point d'autre bonheur pour la créature raisonnable que d'adhérer à Dieu »[3].
Il écrit également un texte d'abord destiné à sa sœur intitulé La Vie de recluse, qui inspire un mouvement de mortification qui s'étend dans toute l'Europe, particulièrement en Grande-Bretagne, France, et en Flandres (actuels Belgique et Pays-Bas). Des « recluses » vont ainsi vivre dans de petites cellules percées d'ouvertures appelées hagioscopes qui leur permettent d'assister aux offices mais aussi de recevoir eau et nourriture des passants.
Ælred fait partie de la « deuxième génération » de Cîteaux qui englobe la première vague des auteurs spirituels cisterciens majeurs : Bernard de Clairvaux, Guillaume de Saint-Thierry, et Guerric d'Igny. Pour ces auteurs, l'homme converti se conforme peu à peu au Christ, grâce à l'expérience de l'union à Dieu (la communion) selon la règle de saint Benoît.
Les quatre dernières années de sa vie, il se mortifie au point que son corps devient d’une maigreur extrême, selon les témoins de l'époque. Souvent il prie dans une fosse creusée dans le sol de son oratoire. Il meurt le , à l’âge de cinquante-sept ans.
Amitié chrétienne
modifierL'œuvre d'Ælred de Rievaulx aborde principalement l'amour tendre envers Dieu, Jésus, Marie, et l'amitié entre les hommes[4].
- Que notre cœur soit un temple de Dieu
« Avant même de naître, Jean a été loué par une voix qui fait autorité, celle d'un ange ; dans le sein où il est arrivé en étant contaminé par le péché, il est devenu, par une grâce ineffable, la très digne demeure de l'Esprit Saint. Il ne faut pas non plus omettre les autres détails : c'est un prêtre qui fut choisi pour être père, c'est au Temple que sa naissance fut annoncée, son nom lui est imposé et c'est un ange qui l'indiqua.
Et l'heure n'est pas sans importance : c'était en effet à l'heure de l'encens (Lc 1, 10). Plût au ciel, mes frères, que nous fassions partie de ces prêtres à qui l'Apôtre Pierre dit : Vous êtes un peuple élu, une royauté de prêtre (1P 2, 9) ! Plût au ciel que notre cœur soit un temple de Dieu, comme dit l'Apôtre Paul : Le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c'est vous (1 Co 3, 17). Alors, à l'heure de l'encens, à l'heure d'une salutaire componction, quand notre prière s'élève comme un encens devant la face de Dieu, peut-être qu'un ange nous apparaîtra, un messager de la grâce divine. Car Jean signifie « grâce de Dieu ».
Et c'est bien à propos que, à l'instigation de l'ange, ce nom lui fut donné puisque, encore couché dans le sein maternel, il reconnut la grâce ineffable, celle du Verbe fait chair. Par la suite encore, il désigna du doigt ce même Verbe fait chair et, admirable prédicateur de la grâce de Dieu, il a ouvert par sa parole le chemin vers le royaume céleste, même aux publicains et aux prostituées, faisant comme violence (Mt 11, 12) à la pureté du ciel par la conversion de ceux-ci. »
— St Aereld de Rievaulx. Sermons 14, pour la nativité de Jean Baptiste, 3-5, trad. G. de Briey, Pain de Cîteaux 11, Notre-Dame-du-Lac (Canada), 1997, p. 208-209.
C'est également à Ælred que l'on doit la thèse selon laquelle l'apôtre Jean l'évangéliste, « le disciple que Jésus aimait », aurait été le « préféré » du Christ. Dans Speculo Caritatis, Ælred développe l'idée du « parfait amour » entre le Christ et Jean, amoureuse, quoique non sexuelle, et va jusqu'à qualifier leur relation de « mariage ». Ce texte a fait l'objet d'innombrables analyses, dont celle fondatrice du célèbre historien John Boswell[2]. Saint Ælred contribue à définir la notion d’« amour d’amitié », dont l'origine remonte à saint Augustin qui lui-même s'inspire de Platon
Écrits
modifierOuvrages historiques et biographiques
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- Vita Davidis Scotorum regis, écrite vers 1153
- Genealogiae regum Anglorum, 1153-1154
- Relatio de standardo, 1153-1154
- Vita Sancti Niniani, 1154-1160
- Vita Sancti Eduardi, regis et confessoris, 1161-1163
- De miraculis Hagustaldensis ecclesiae, vers 1155
- De quodam miraculo miraculi, vers 1160
Traités spirituels
modifier- Speculum caritatis (Le Miroir de la charité), vers 1142
- Compendium speculi caritatis
- Sermo de dilectione Dei
- De Jesu puero duodenni (Quand Jésus eut douze ans), 1160-1162
- De institutione inclusarum (De l'institution des recluses), 1160-1162
- Oratio pastoralis (Prière pastorale), 1163-1167
- De spiritali amicitia (L'Amitié spirituelle), 1164-1167
- Abreviationes de spiritali amicitia
- De anima (De l'âme), 1164-1167
- Sermones de oneribus
- Sermones de tempore et de sanctis
Éditions critiques
modifier- (la) Aelred de Rievaulx, Opera omnia, Turnhout, Brepols Publishers, 1971, 1989, 2001, 2012, 2005, 2015, «Corpus Christianorum. Continuatio Mediaevalis» n° 1, 2A, 2B, 2C, 2D, 3
- (en) Aelred de Rievaulx, For Your Own People: Aelred of Rievaulx's Pastoral Prayer, trans. Mark Del Cogliano, crit. ed. Marsha L. Dutton, Kalamazoo : Cistercian Publications, 2008, «Cistercian Fathers series» n° 73.
Traductions en français
modifier- Ælred de Rievaulx, Quand Jésus eut douze ans, Paris, Cerf, 1958, « Sources chrétiennes » no 60.
- Ælred de Rievaulx, La Vie de recluse. La prière pastorale, Paris, Cerf, 1961, « Sources chrétiennes » no 76.
- Ælred de Rievaulx, Miroir de la charité, Paris, Cerf, 1992, « Les Éditions de Bellefontaine ».
- Ælred de Rievaulx, L'amitié spirituelle, Paris, Cerf, 1994, « Les Éditions de Bellefontaine ».
- Ælred de Rievaulx, Sermons. La collection de Reading (sermons 85-182), trans. G. de Briey(+), G. Raciti, intro. X. Morales, Turnhout, Brepols Publishers, 2015, « Corpus Christianorum in Translation » no 20.
Citations
modifier- Issues du Miroir de la charité (Speculum caritatis) :
- « En créant l'univers, Dieu n'a pas seulement donné à l'homme d'être, d'être bon, d'être beau, d'être bien à sa place - comme il l'a donné aux autres créatures - mais, en plus, il lui a donné d'être heureux. D'une telle béatitude, seule la créature raisonnable est capable. »
- « La mémoire a capacité pour l'éternité, la faculté de connaissance pour la sagesse, la faculté d'amour pour la douceur. En ces trois facultés, l'homme a été créé à l'image de la Trinité : par sa mémoire, il retenait à Dieu sans oubli; par sa faculté de connaissance, il le reconnaissait sans erreur; par sa faculté d'amour, il l'étreignait sans convoiter autre chose. Il était heureux. »
- Issues de La Vie de recluse, ouvrage écrit pour sa sœur :
- « Rassemble les hommes du monde entier au creux de ton amour. »
- « Tu n'as pas à te répandre, mais à t'approfondir. »
Notes et références
modifier- ↑ Vivre de la spiritualité cistercienne, p. 20.
- 1 2 (en) John Boswell, Christianity, social tolerance, and homosexuality : gay people in Western Europe from the beginning of the Christian era to the fourteenth century, University of Chicago Press, , p. 222-225
- ↑ Le miroir de la charité, I, 1.
- ↑ « Aelred de Rievaulx », sur ARCCIS (consulté le )
Sources
modifier- (en) Herbert Thurston, « Ælred », dans The Catholic Encyclopedia, New York, The Encyclopedia Press, 1913, t. I, p. 172

- Encyclopædia Universalis - Volume 18 - Édition de 1978
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- La Vie de recluse. La prière pastorale - Aelred - collection sources chrétiennes N° 76
- Aelred de Rievaulx, Le Miroir de la charité, Editions de Bellefontaine, , 288 p. (ISBN 978-2855890777)
- Aelred de Rievaulx, L'amitié spirituelle, Editions de Bellefontaine, , 103 p. (ISBN 978-2855890807)
- Aelred de Rievaulx, Sermons pour l'année II. Première collection de Clairvaux, Abbaye Notre Dame Du Lac, , 200 p. (ISBN 978-2921592116)
- Walter Daniel et Pierre-André Burton (Traduction), La vie d'AElred, abbé de Rievaulx, Abbaye Notre Dame Du Lac, , 234 p. (ISBN 978-2-921592-25-3)
- (en) Damien Boquet, L'ordre de l'affect au moyen âge : autour de l'anthropologie affective d'Aelred de Rievaulx : 1er édition, CRAHM, , 382 p. (ISBN 978-2902685318)
- Aelred de Rievaulx, Dialogue sur l'âme, Abbaye Notre Dame Du Lac, , 134 p. (ISBN 978-2921592352)
- Vivre de la spiritualité cistercienne, Éditions du Signe, 2010
- Pierre-andré Burton, Aelred de Rievaulx : 1110-1167, Paris, Les éditions du Cerf, , 650 p. (ISBN 978-2-204-09033-9)
- Aelred de Rievaulx et Gaëtane de Briey (Traduction) (trad. du latin), L'Amitié véritable, Paris/Perpignan, Artège Editions, , 90 p. (ISBN 979-10-336-0036-7)
- (en) Sharla Race (trad. Aelred de Rievaulx: moine cistercien et homme médiéval. Une vie au douzième siècle), Aelred of Rievaulx: Cistercian Monk and Medieval Man A Twelfth Century Life, Tigmor Books, , 230 p. (ISBN 978-1907119026)
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- Ressources relatives à la religion :
- Ressource relative à la littérature :
- Ressource relative à la musique :
- Ressource relative aux beaux-arts :
- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Une biographie de saint Aelred.
- Aelred de Rievaulx — Avec Benoît et les Pères cisterciens
- [PDF] L’expérience de l’amitié d’Aelred de Rievaulx - ARCCIS : Association pour le rayonnement de la culture cistercienne
