Affaire Gabriela Blas
L’affaire Gabriela Blas est un cas d’erreur judiciaire infligée à une bergère aymara, condamnée à 12 ans de prison en avril 2010 pour filicide par abandon. L'État du Chili lui présente des excuses officielles en janvier 2018.
Procès
modifierEn juillet 2007, la bergère Gabriela Blas Blas est employée pour garder sur l'altiplano près de Tacora le troupeau de lamas d'une citadine. Blas laisse son fils Domingo Eloy Blas au camp le temps d’aller chercher quelques bêtes égarées. À son retour, l'enfant de 3 ans a disparu. Elle part à sa recherche aux environs du camp jusqu'à la nuit. Le lendemain, elle rentre à Coronel Alcérreca (es), le village de sa famille, et signale la disparition aux carabiniers. Ces derniers la torturent pour lui faire avouer qu'elle aurait tué son fils. Aucune battue n'est entreprise. Blas est mise à l'isolement en détention provisoire à Arica. Le tribunal aux affaires familiales lui retire la patria potestad (es) sur sa fille, aux initiales C.B., qui avait été prise en charge par l'aide à l'enfance une semaine avant la disparition de son frère, et la propose à l'adoption. L'enfant finit par être adoptée à l'étranger. Le tribunal pénal (es) d'Arica condamne Gabriela Blas à 10 ans de prison pour homicide, mais la cour d'appel annule le jugement pour insuffisance de la preuve – la preuve étant le témoignage de Blas, obtenu de manière irrégulière. En décembre 2008, le cadavre de l'enfant est trouvé sur le plateau, et l'autopsie conclut à une mort par hypothermie sans intervention humaine. Le juzgado de garantía (es) condamne à nouveau Blas, cette fois-ci à 12 ans de prison pour abandon de mineur ayant entraîné la mort[1].
Les avocates Nancy Yáñez (es) et Camila Maturana, soutenues par les associations de défense des droits humains Corporación Humanas (es) et Observatorio Ciudadano, plaident que les juges ont commis une erreur en appliquant à Gabriela des standards de diligence raisonnable maternelle inapplicables à sa situation d'Aymara économiquement précaire. Le 29 mai 2012, grâce à leur efforts, le gouvernement de Sebastián Piñera réduit la peine de moitié par décret. La loi 20.588, passée le 9 juin 2012, gracie Blas. En février 2013, Blas saisit la Commission interaméricaine des droits de l'homme au titre de la Convention de Belém do Pará et de la Convention américaine relative aux droits de l'homme. Elle parvient à un accord à l’amiable avec l’État du Chili sous la présidence de Michelle Bachelet, le 11 juin 2016[2]. Cet accord accorde à Blas une pension mensuelle, et garantit que sa fille adoptée connaîtra l’histoire de sa mère à ses 18 ans[3]. Enfin, le ministre Heraldo Muñoz, en présence du président de la Cour suprême, lui présente les excuses officielles de l’État chilien le 28 janvier 2018, pour traitement discriminatoire et condamnation injuste[1].
Références
modifier- 1 2 (es) Nicolle Chávez Silva, « Nancy Yañez sobre el caso de Gabriela Blas », Anuario de Derechos Humanos, no 14, , p. 211‑221 (lire en ligne)
- ↑ (es) « Bachelet recibe a mujer aymara condenada por extravío de su hijo », El Mostrador, (lire en ligne)
- ↑ (es) Elke von Loebenstein, « CIDH saluda cumplimiento total del acuerdo de solución amistosa de Gabriela Bla Blas y su hija, en Chile. », Diario Constitucional, (lire en ligne)
Bibliographie
modifier- (es) Alberto Irarrázabal Rojas, El caso de Gabriela Blas: un juicio contra la cultura Aymara, Gobierno Regional de Arica y Parinacota, , 190 p.
- (es) Constanza Maldonado, Nadia Marambio, Paloma Fuentealba, Valentina Urbina, « Gabriela Blas: La maternidad en la interculturalidad », Nomadías, no 27, , p. 209‑234 (lire en ligne)
- (es) Bárbara Olivares Espinoza, « El caso de Gabriela Blas, la" Pastora Aymara" condenada y perdonada », Atenea (Concepción), no 519, , p. 31‑47 (ISSN 0716-1840, lire en ligne)
- (es) Mylene Valenzuela Reyes, « Disputa y conflicto cultural en el espacio judicial: El caso de una mujer indígena », Jurídicas, vol. 11, no 2, , p. 170‑186 (ISSN 2590-8928, lire en ligne)
Voir aussi
modifierLiens externes
modifierArticles connexes
modifier- Magaly Solier joue Gabriela Blas dans le film Blas du réalisateur Felipe Carmona, sorti en 2015.