Affaire Louis Robert

L'affaire Louis Robert est une controverse survenue à la suite du congédiement d'un lanceur d'alerte au sein du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation. Elle a engendré des débats sur la protection des lanceurs d'alerte, sur le financement public de la recherche sur les pesticides et sur les conflits d'intérêts touchant les agronomes au Québec.

Historique

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Crise interne sur les pesticides

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La crise porte entre autres sur la promotion de pesticides « tueurs d'abeille ».

Le Centre de recherche sur les grains (CÉROM), une corporation à but non lucratif créée en 1997 et établie à Saint-Mathieu-de-Belœil, effectue de la recherche scientifique, notamment pour le compte du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ)[1]. Il est alors financé à la hauteur de 68 % par le ministère[2].

Une série de démissions se produit en 2016-2017 au sein des chercheurs du Centre. Des fonctionnaires du MAPAQ expriment un agacement par rapport à des problèmes internes au Centre. Parmi eux, l'agronome Louis Robert dénonce le à la direction du ministère des conflits d'intérêts au sein du Centre et une déficience de sa gouvernance[3].

Le , Radio-Canada et Le Devoir dévoilent la crise interne. Il est révélé que des pressions sont exercées de la part de membres du conseil d'administration du Centre sur des chercheurs réfractaires à l'utilisation de pesticides[2]. Le , la Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles de l'Assemblée nationale adopte un mandat d'initiative sur les pesticides[4].

Congédiement de Louis Robert

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Siège du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation à Québec.

Le , Louis Robert est identifié par le MAPAQ comme étant le lanceur d'alerte de cette crise et est suspendu avec salaire le temps d'une enquête. Le , il est congédié pour manquement au devoir de loyauté pour avoir « transmis des informations confidentielles » à Radio-Canada[5]. Ce congédiement suscite le tollé à l'Assemblée nationale[6].

En , le ministre de l'Agriculture André Lamontagne demande à la Protectrice du citoyen d'ouvrir une enquête sur ce congédiement, quelques jours après l'avoir supporté[7]. En , la Protectrice conclut au congédiement injustifié. Le sous-ministre Marc Dion démissionne[8]. Le premier ministre François Legault offre ses excuses à Louis Robert au nom du gouvernement du Québec[9]. Louis Robert est réembauché par le MAPAQ en [10].

Répercussions et suites

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L'affaire entraîne la mise sur pied d'une commission parlementaire sur les pesticides. Elle entame ses auditions publiques en [11]. Le , Louis Robert témoigne et fait divers recommandations sur l'agronomie québécoise et l'usage des pesticides[12],[13].

En 2020, l'étude des chercheurs du CÉROM est finalement dévoilée et confirme que les « les pesticides "tueurs d'abeilles" sont la plupart du temps inutiles », donnant ainsi raison aux chercheurs[14].

En , Louis Robert publie Pour le bien de la terre (MultiMondes) qui traite des « pressions indues de l’industrie des engrais et des pesticides »[15]. Il dénonce la paralysie de l'Ordre des agronomes du Québec (OAQ) sur le pouvoir des agronomes de prescrire des pesticides tout en étant payés par les entreprises productrices de pesticides[16]. Il avait déjà défendu cette position lorsqu'il avait brigué la présidence de l'Ordre au printemps 2019[17]. Le Parti québécois et le Parti libéral du Québec font de nouveau pression sur le gouvernement[15]. L'OAQ annonce finalement en que les rôles de conseiller et de vendeur de pesticides seront séparés[18].

Louis Robert part à la retraite le . Il invite à une meilleure liberté de parole à l'intérieur de la fonction publique[19]. Dans les années suivantes, il donne son avis dans les médias sur différents dossiers reliés à l'agriculture au Québec[20],[21],[22].

Postérité

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En 2020, Richard Ibghy et Marilou Lemmens créent l'œuvre « L'affaire Louis Robert »[23]. Elle fait partie d'une collection du Musée national des beaux-arts du Québec[24].

Références

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  1. « Historique », sur Centre de recherche sur les grains (consulté le )
  2. 1 2 « Pesticides : quand le privé administre la recherche publique québécoise », Radio-Canada, (lire en ligne)
  3. Thomas Gerbet, « Les coulisses du congédiement du lanceur d'alerte Louis Robert révélées », Radio-Canada, (lire en ligne)
  4. « Impacts des pesticides : adoption d'un mandat d'initiative », sur Gouvernement du Québec,
  5. Thomas Gerbet, « Pesticides : un lanceur d'alerte congédié par le gouvernement du Québec », Radio-Canada, (lire en ligne)
  6. Thomas Gerbet, « Legault prêt à renforcer la loi sur les lanceurs d'alerte, mais pas à réintégrer Louis Robert », Radio-Canada, (lire en ligne)
  7. Thomas Gerbet et Joëlle Girard, « Le ministre de l'Agriculture demande une enquête sur le congédiement du lanceur d'alerte », Radio-Canada, (lire en ligne)
  8. (fr-CA) Patrice Bergeron, La Presse canadienne, « Affaire Louis Robert: un rapport provoque un séisme à Québec », sur L’actualité, (consulté le )
  9. Charles Lecavalier, « François Legault offre ses excuses au lanceur d'alerte Louis Robert », Le Journal de Québec, (lire en ligne)
  10. (fr-CA) Jean-Thomas Léveillé, « Le lanceur d'alerte Louis Robert retrouve son emploi au ministère de l'Agriculture », La Presse, (lire en ligne, consulté le )
  11. Valérie Gamache, « Commission parlementaire sur les pesticides : une « mesure Louis Robert » réclamée », sur Radio-Canada, (consulté le )
  12. (fr-CA) Patrice Bergeron, La Presse canadienne, « L'agronome Louis Robert témoigne en commission parlementaire », sur L’actualité, (consulté le )
  13. Valérie Gamache, « Commission sur les pesticides : le diagnostic de Louis Robert », sur Radio-Canada, (consulté le )
  14. Thomas Gerbet, « Les scientifiques au cœur de l'affaire Louis Robert publient leur étude controversée », sur Radio-Canada, (consulté le )
  15. 1 2 (fr-CA) Fanny Lévesque, « Affaire Louis Robert: Le gouvernement est toujours « sous influence » de l’industrie, dénonce le PQ », La Presse, (lire en ligne, consulté le )
  16. Sarah R. Champagne, « Le livre de Louis Robert crée des remous à l’Assemblée nationale », Le Devoir, (lire en ligne, consulté le )
  17. (fr-CA) Daphné Cameron, « Le lanceur d'alerte Louis Robert brise son silence », La Presse, (lire en ligne, consulté le )
  18. Sarah R. Champagne, « Pesticides : l’Ordre accepte enfin de séparer les fonctions », Le Devoir, (lire en ligne, consulté le )
  19. Thomas Gerbet, « Louis Robert prend sa retraite et dénonce le silence des fonctionnaires », sur Radio-Canada, (consulté le )
  20. Thomas Deshaies, « Québec autorisera l’abattage d’arbres sur 317 000 hectares », sur Radio-Canada, (consulté le )
  21. « L’agronome et l’éléphant », Le Devoir, (lire en ligne, consulté le )
  22. William Béchard, La Voix de l'Est, « Comment va l’agriculture au Québec? On en parle avec Louis Robert », sur Le Nouvelliste, (consulté le )
  23. « Ibghy & Lemmens », sur ibghylemmens.com (consulté le )
  24. « L’Affaire Louis Robert », sur Musée national des beaux-arts du Québec - MNBAQ (consulté le )