Afikomane
L’afikomane (hébreu : אֲפִיקוֹמָן, du grec ancien : ἐπὶ κῶμον ou ἐπικώμιον (epikomion) « l'après-repas ») est une coutume dont la mauvaise compréhension a donné lieu à divers usages lors de la veille du séder de Pessa'h.

En effet, lorsque la mishna Pessa'him 10:8 instruit de ne pas ajouter après l'offrande pascale d’epikomon, elle demande tout simplement de ne permettre aucune interruption entre le repas et la seconde partie du Hallel, qu'il s'agisse de plats lourds, légers ou même de chants. Cependant, ce sens originel se perd progressivement en Babylonie, et l'on en vient à comprendre que rien ne doit faire passer le goût de la chair pascale puis du pain azyme (matsa) qui le remplace en absence de temple érigé ; cette dernière interprétation donne progressivement lieu à l'usage de consommer de la matsa en dessert, et de n'y plus rien ajouter jusqu'à la fin de la soirée.
Une coutume plus tardive se développe sur base d'un dit talmudique, de subtiliser cette matsa afin de susciter l'intérêt des jeunes enfants et de les maintenir alertes pendant la soirée — là aussi, diverses traditions se sont créées à travers la diaspora juive.
Aux origines de la tradition
modifierPréparation
modifierL’afikomane est préparé pendant la quatrième partie du Séder, Yachatz. Au cours de ce rituel, le leader du Séder sort une matza de la pile de trois matzot entières sur la table du Séder. Il sépare cette matza en deux, ramenant le plus petit morceau à la pile et mettant de côté le plus grand morceau afin d’être mangé plus tard, durant Tzafun. L’afikoman est enveloppé dans une serviette avant d’être caché.
Tradition du « vol »
modifierLa coutume de cacher l’afikomane pour que les enfants « volent » et réclament une récompense est basée sur la Gémara suivante : Rabbi Eliezer dit qu'il faut « saisir les matzot » pour que les enfants ne s’endorment pas[1]. Selon Moïse Maïmonide[2], Rabbi Eliezer fait référence à cette pratique du vol de l’afikomane pour que les enfants restent éveillés jusqu'à la fin du repas[3].
La Haggadah Otzar Divrei HaMeforshim cite plusieurs autres raisons de voler l’afikomane. Selon Mekor Chaim - Chavos Yair, cette coutume démontre l’amour pour la mitsva de l’afikomane[4]. Menashe Klein, Rabbin de Oujhorod, dit que cette coutume est une reconstitution du récit biblique de Jacob volant les bénédictions qui étaient censées aller à son frère Ésaü. Le Midrash Pliah dit qu’Isaac a dit à Ésaü: « Ton frère est venu avec tromperie » (Genèse 27:35), ajoutant « et il a pris l’afikomane. » Selon le Midrash, ce évenement a eu lieu à la Pâque. Par conséquent, les enfants volent l’afikomane pour obtenir les bénédictions, qui sont le cadeau qu'ils demandent à leurs pères d'acheter pour eux[3].
Manger l’afikomane
modifierAprès le repas et les desserts habituels, le leader du Séder distribue des morceaux de l’afikomane à chaque invité. S'il n'y en a pas assez pour faire le tour, d’autres morceaux de matza peuvent être ajoutés à la partie de l’afikomane de chaque personne[5].
La loi juive prescrit qu'un morceau de matza de la taille d'une olive soit mangé pour accomplir la mitsva relative à l’afikomane. Beaucoup de gens mangent avec celui-ci un morceau de matza supplémentaire, de la taille d'une olive. Le premier morceau de matza commémore l’agneau pascal, dont la viande a été mangée à la fin du repas festif du Séder à l’époque du Temple. La deuxième pièce commémore la matza qui a été mangée avec la viande de l’agneau pascal également à l’époque du Temple, en accomplissement du commandement de la Torah : « Ils mangeront l’agneau pascal avec de la matza et du maror. » (Exode 12:8)[5] Comme l’autre part de matza a été mangée plus tôt dans le repas, la coutume veut que l’afikomane soit mangé en s'inclinant vers la gauche.
Selon la loi juive, l’afikomane doit être consommé avant minuit (dit hatsot, en "heures variables"), par analogie avec l’agneau pascal, mangé avant minuit à l’époque du Temple de Jérusalem[6]. Ainsi, si le Séder est retardé par les chants et de discussions liés à l’Exode d'Égypte, les familles pourront raccourcir le repas du Séder et passer rapidement à l’afikomane.
L’afikomane est ainsi le dernier aliment mangé du Séder de Pessa'h et on ne mangera pas d'autre nourriture pour le reste de la nuit, hormis les deux dernières tasses de vin du Séder et le café, le thé ou l'eau[5].
Étymologie
modifierLe mot grec sur lequel repose l’afikomane a deux significations, suivant les lectures du Talmud babylonien et du Talmud de Jérusalem. Les deux Talmuds sont d’accord sur l’Halakha (déclaré dans la Haggada de la Pâque sous la réponse donnée au Fils sage) qu'aucun autre aliment ne doit être mangé après la consommation de l’afikomane, pour le reste de la nuit. Le Talmud babylonien explique que le mot viendrait du mot grec signifiant « dessert », le dernier mets d’un repas. Le Talmud de Jérusalem, attribue l’origine à un autre mot grec — « epikomion », signifiant « ce qui vient la fin du dîner » ou « divertissement ». Telle était la coutume chez les grecs et les romains de passer d’une fête ou d'un banquet à l’autre. La Halakha interdisant que toute autre aliment soit mangé après l’afikomane enjoint donc aux juifs de distinguer leur repas pascal des différents rituels païens.
Notes et références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Afikoman » (voir la liste des auteurs).
- ↑ Pesahim 109a.
- ↑ Pesahim 7:3.
- 1 2 (en) Rabbi Josh Flug, « The Mitzvah of Sipur Yetziat Mitzraim: The Role of Children », yutorah.org (consulté le )
- ↑ (en) « 5 Reasons Why Children Steal the Afikoman », Revach Lists (version du sur archive.org)
- 1 2 3 (en) « Passover — Eating The Afikoman on Pesach Night », DailyHalacha.com (consulté le )
- ↑ Mishnah Zevachim 5:8.
Annexes
modifierBibliographie
modifier- (he) David Henshke, מה נשתנה? ליל הפסח בתלמודם של חכמים [« Mah Nishtannah : la nuit de Pessa’h dans le discours des sages »], Jérusalem, Magnes Press, (ISBN 978-965-493-870-9), p. 57-98