Agissez par vous-même
Agissez par vous-même est un recueil d'articles publiés par Pierre Kropotkine dans le journal Freedom entre 1886 et 1902. Ces articles ont été publiés pour la première en français en 2020 avec une traduction de Renaud Garcia[1].
Genèse
modifierKropotkine, au début des années 1880 a largement investi la presse anarchiste pour diffuser sa pensée et les idées anarchistes. Il a écrit une série d'articles dans la presse francophone, à travers le journal Le Révolté (plus tard, La Révolte), publiés ensuite dans un même ouvrage intitulé Paroles d'un révolté. Son arrestation marqua un coup d'arrêt à ces publications, qu'il reprit ensuite à partir de 1886, ces textes furent édités sous le titre La Conquête du pain[2]. En parallèle, il publia des articles dans la presse anarchiste anglaise, et notamment le journal Freedom dès le premier numéro de ce mensuel, en octobre 1886[3]. La première édition de ces articles eu lieu en 1988 sous le titre Act for yourselves[4].
Résumé
modifierArticles publiés dans Freedom
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La révolution qui vient
modifierCet article publié en octobre 1886 présage l'arrivée d'une prochaine révolution. Les indices qui le montrent sont le développement de la misère, le constat de l'échec des institutions politiques contemporaines et la progression du désir d'égalité. Il compare l'inéluctabilité de la révolution à celle d'une tempête approchant, ou soulignant qu'elle sera très différente des précédentes, car les ouvriers ont désormais des revendications beaucoup plus radicales.
Ce que la révolution veut dire
modifierCet article publié en novembre 1886 vise à définir le terme révolution. Loin de l'associer à la violence, comme le font ceux qu'il nomme « les historiens »[A 1], il la définit comme suit :
[Lors] d'une révolution, il est nécessaire qu'il y ait une transformation rapide des institutions économiques et politiques décadentes, un renversement des injustices accumulées lors des siècles passés, une répartition des richesses et du pouvoir publique[A 1].
Les transformations économiques sont telles que des réformes ne pourraient y pourvoir et que c'est l'ensemble de l'organisation sociale qui doit être transformée, d'où l'importance qu'une révolution s'opère. En effet « cela doit prendre forme naturellement, en partant des féérations les plus simples vers les plus complexes ; et cela ne peut être planifié par quelques individus »[A 2]. Les violences sont donc des « effets accidentels »[A 3] qui ne peuvent être imputés qu'à la mauvaise volonté des classes dirigeantes[A 3]. À ces transformations économiques, il faut en outre adjoindre une transformation politique. Celle-ci ne pourra se faire qu'au détriment de l'État, ce qui mène Kropotkine à conclure de la révolution qu'« elle sera anarchiste et non pas autoritaire »[A 4].
Que devons-nous faire ?
modifierCet article publié en décembre 1886 commence par l'idée que la classe dirigeante a une stratégie très claire : « conserver par tous les moyens possibles le pouvoir et les instruments de production »[A 5] notamment en divisant la classe ouvrière et en réprimant ses fractions les plus avancées. La classe ouvrière au contraire est divisée, d'autant plus qu'il est difficile d'imaginer une autre société. Kropotkine, pour conserver la liberté individuelle, n'appelle pas à un plan commun élaboré, mais invite la classe ouvrière à « exprimer [ses] besoins d'une façon claire et intelligible »[A 6]. En outre, il est important de commencer par combattre les préjugés, notamment ceux concernant la loi, l'autorité, ou le gouvernement représentatif.

Agissez par vous-même
modifierCet article publié en janvier 1887 commence par répondre à la question de savoir comment sera organisée la société anarchiste. Aux personnes lui adressant cette question, Kropotkine répond : « Nous ne pouvons pas vous organiser. Il dépendra de vous de savoir quel type d'organisation vous choisirez »[A 7]. Cet article vise ainsi à attaquer les préjugés soulignés précédemment, à commencer par l'illusion que des lois pourraient changer les choses. En effet, le gouvernement n'a pas intérêt à organiser une expropriation des biens au bénéfice des ouvriers, et préférera les attaquer, ou gagner du temps. Quant à l'espoir d'une majorité socialiste, celui-ci est impossible à court terme, hors il n'est pas possible d'attendre.
Kropotkine critique ensuite la propension des révolutionnaires à nommer un nouveau gouvernement, comme il fut fait lors de la Commune ou lors de la révolution de 1848, deux échecs révolutionnaires. Il donne en exemple les paysans de 1789 qui n'attendirent pas de lois contre la propriété pour se réapproprier les terres féodales et invite à faire comme eux pour les usines[5].
Le gouvernement parlementaire
modifierEn février 1887 Kropotkine attaque un autre des préjugés mentionnés dans l'article Que devons-nous faire ?. Kropotkine souligne d'abord qu'à chaque configuration économique, a correspondu une configuration politique. Le parlement fut ainsi utilisé, selon lui, par les bourgeois pour rendre durables les effets de leurs révolutions. Kropotkine en conclut que le socialisme doit prendre « un nouveau départ »[A 8] sur le plan politique, s'il souhaite voir aboutir ses transformations économiques, car « [le] gouvernement parlementaire, est le gouvernement du capital »[A 9].
L'action locale
modifierCet article de mai 1887 offre à Kropotkine l'occasion de montrer que les prochaines révolutions prendront des formes différentes dans chaque pays. Il souligne qu'il est important que la révolution prenne des aspects divers et qu'il y ait des opinions différentes parmi les insurgés, autant entre les différents pays, qu'à l'échelle locale, entre les différentes villes, entre les différentes usines : « [des] villes, des bassins miniers et des régions industrielles prendront un nouveau départ de manière indépendante et, par la suite [...] passeront des accords avec leurs voisins »[A 10].
Le but que nous visons
modifierKropotkine commence cet article de 1887 par un développement portant sur l'importance pour le mouvement socialiste de diffuser de nouvelles idées sur ses buts véritables s'il souhaite voir advenir la révolution. En effet, une révolution réussie reposant sur l'action locale, il est important que toute la population soit sensibilisée en amont à ces enjeux. Kropotkine donne l'exemple de l'unanimité sur le problème du partage des biens fonciers, il insiste sur l'importance de bien problématiser cette question pour qu'elle n'aboutisse pas sur une exaltation du rôle de l'État par des nationalisations, ou par la valorisation d'un accès individuel à la propriété. Ainsi, si la révolution a lieu alors que ces idées sont encore présentes, la classe ouvrière risque de se sacrifier pour rien et « d'accroître les pouvoirs de [ses] exploiteurs »[A 11].
Questions pratiques
modifierCet article de juillet 1887 insiste sur l'importance de, certes ne pas avoir de programme commun, mais d'au moins s'accorder sur des principes directeurs essentiels, notamment l'importance des « actions locales et extra-parlementaires »[A 12]. Kropotkine insiste donc une nouvelle fois sur les faits suivants :
Le changement ne pourra s'accomplir par le biais des lois. Il doit résulter d'un millier d'actions locales séparées, dirigées dans leur ensemble vers le même but. Il ne peut être ordonné par une instance centrale : il doit provenir d'innombrables besoins et volontés locales[A 13].
Il est donc important que le socialisme accepte d'évoluer vers une critique de l'État parlementaire pour ne pas reproduire les erreurs passées.
La première tâche de la révolution
modifierDans cet article d'août 1887 Kropotkine affirme que l'une des premières nécessité de la révolution, sera que les travailleurs et travailleuses s'emparent des outils de productions, sans attendre que l'État n'abolisse la propriété de ces outils. Cependant, pour que les travailleurs puisse le faire, ils ont besoin de pouvoir subvenir à leur besoin le temps que l'économie soit remise en marche. La première tâche de la révolution sera donc de « subvenir aux besoins des masses »[A 14].
La nécessité du communisme
modifierKropotkine revient avec cet article de septembre 1887 sur l'importance de subvenir aux besoins du peuple et des plus pauvres en premier lieu. Il donne dans ce cadre l'exemple du logement en affirmant que laisser les plus précaires prendre possession de logements décents sera un devoir pour les révolutionnaires par une répartition communiste des biens immobiliers.
Révolution et famine
modifierCet article de décembre 1887 commence par l'évocation d'une objection à la théorie révolutionnaire : dans la mesure où la Grande-Bretagne n'est pas autonome alimentairement et qu'une révolution ne manquerait pas de rompre les échanges économiques internationaux, une période de famine s'ensuivrait nécessairement du renversement du pouvoir en place.
Kropotkine renverse cet argument en affirmant que « [la] crise a déjà commencé »[A 15]. Une révolution ne ferait que hâter une crise qui est de toute façon inéluctable dans un ordre bourgeois « en train de s'écrouler »[A 15]. Il ne nie cependant pas qu'une révolution amplifierait la crise, mais il soutient que les usines de produits de luxe dédiés à l'export (il cite ainsi le cas des usines de soie) n'auraient plus de raison de produire, faute de commandes, et qu'elles pourraient se reconvertir vers la production de biens destinés aux classes ouvrières. Kropotkine estime ainsi que la famine pourra être évité par l'organisation de la production par la classe ouvrière, « de manière à reverser dans l'agriculture tout le travail inemployé du fait de l'arrêt des fabriques »[A 16]. Ainsi, ce n'est pas la révolution qui créera une crise, mais la révolution qui est la seule solution à la crise économique inéluctable qui approche.
Les obstacles en vue
modifierDans cet article de mars 1888 Kropotkine revient sur les conclusions des derniers articles et développe notamment le potentiel agricole de la Grande-Bretagne, en écho à l'article Révolution et famine. Il conclut sur le fait que le manque de terres ne sera pas un obstacle : « c'est le manque de courage d'en finir avec les institutions vermoulues qu'il faut craindre, le manque de perspectives plus larges sur les besoins de la communauté »[A 17].
Perspective générale
modifierCet article de mai 1888 commence par le constat qu'une minorité dominante profite d'une majorité travailleuse et propose une histoire de cette domination. Son aboutissement contemporain est le Parlement, dont Kropotkine présage que, comme les autres formes de domination, il sera renversé. Son article se finit sur l'importance des municipalités et de l'autogestion : « la possession commune par l'ensemble de la commune de toutes les richesses dont elle est dotée »[A 18]. Il ajoute que « [la] nation du futur sera la fédération de ces organismes libres, au plan économique et politique »[A 19].
Sommes-nous suffisamment bons ?
modifierKropotkine commence cet article de juin 1888 avec une objection commune aux principes communistes : « les hommes ne sont pas suffisamment bons pour vivre de cette manière »[A 20]. Il y répond que les hommes ne sont pas bons, et que c'est pour cela qu'« ils ne doivent pas continuer à vivre dans un le système actuel qui leur permet de s'opprimer et de s'exploiter mutuellement »[A 21]. Il ne s'agit donc pas de compter sur la bonté des hommes pour que l'anarchie puisse se développer, mais de compter sur l'anarchie pour rendre l'homme bon, ou en tout cas pour l'empêcher de mal agir.
L'auteur illustre cet théorie à partir de l'exemple de l'opposition entre utopistes et pragmatistes sur la question du servage en Russie. Si les seconds considéraient les serfs comme trop brutes pour s'organiser une fois le servage aboli, les faits ont donné raison aux premiers.
La pérennité de la société après la révolution
modifierDans cet article publié en octobre 1890 Kropotkine souligne que la pérennité de la société repose dans la liberté de tous les individus qui, agissant librement, ne manqueront pas de s'opposer à toutes les tentatives de reprises de pouvoir par des minorités. Il souligne ensuite qu'un deuxième obstacle à la pérennité de la société serait que les injustice se rétablisse insidieusement au fil du temps. Il répond à cela que les conditions d'émergence de la propriété privé et de toutes les autres formes d'injustice n'existeraient plus dans une société anarchiste, ce qui empêcherait le ré-émergence. Il conclut en affirmant néanmoins que « [nous] ne pouvons régler par décret la condition de la postérité ; nos descendants devront voir cela par eux-même »[A 22].
Le socialisme municipal
modifierLe dernier article a été publié en décembre 1902 revient sur L'action locale. Portant sur le socialisme municipal, il affirme ainsi d'emblée la chose suivante :
L'une de nos idées principales est que chaque ville devra, par elle-même, prendre l'initiative d'une expropriation socialiste et que la première tâche de toute ville en révolte consistera à organiser l'approvisionnement, par la Commune, de toutes les premières nécessités de la vie[A 23].
Il évoque ensuite les expérimentations qui ont actuellement lieu en soulignant leur effet pervers dans le cadre capitaliste de la propriété : l'existence d'une coopérative ne fait qu'accroître la valeur des biens locaux, jusqu'à ce que la hausse des prix engloutisse la municipalité elle-même qui ne peut plus y répondre. Il montre aussi les réticences de la bourgeoisie, et de la presse qui lui est attachée à l'instar du journal The Times, à ces initiatives, car ils ont vu leur potentiel révolutionnaire.
Éditions françaises
modifier- Pierre Kropotkine (trad. de l'anglais), Agissez par vous-même, Paris, Nada, , 240 p. (ISBN 9791092457179, présentation en ligne)
Références
modifierCitations de l'ouvrage
modifierPierre Kropotkine (trad. de l'anglais), Agissez par vous-même, Paris, Nada, , 240 p. (ISBN 9791092457179, présentation en ligne)
Notes et références
modifier- ↑ « Agissez par vous-mêmes », sur nada éditions (consulté le )
- ↑ Max Nettlau, « Ni Dieu ni Maître », dans Ni Dieu ni Maître, La Découverte, , 325–329 p. (ISBN 978-2-7071-6690-6, DOI 10.3917/dec.gueri.2012.01.0325, lire en ligne)
- ↑ Heiner Becker et Nicolas Walter, « De l'histoire d'un livre », dans Pierre Kropotkine, Agissez par vous-même, nada, (ISBN 979-10-92457-17-9)
- ↑ (en) Pierre Kropotkine (préf. Heiner Becker et Nicolas Walter), Act for yourselves, Left Bank Distribution, , 131 p. (ISBN 9780900384387)
- ↑ « Act For Yourselves », sur www.marxists.org (consulté le )