Ahmed Ben Kanoun (en arabe : أحمد بن كانون) est un représentant administratif et militaire de la Régence d’Alger[1], actif dans le XVIIIe siècle. Il est cité dans des documents historiques[2] en tant que diplomate de la puissance ottomane d'Alger, exerçant la fonction de Chaouch, sous l'autorité de Yahia Agha, chef militaire et administratif de la Régence.

Il serait intervenu aux fins de négociation et de pacification avec des tribus en Kabylie, dans les relations entre le gouvernement central et des régions isolées dans l’intérieur[3].

Bien qu’il ne soit pas d’origine kabyle, il aurait agi en tant qu’émissaire officiel du gouvernement central d’Alger, illustrant le recours de la Régence aux agents politiques pour contrôler des zones semi-indépendantes[4].

Dans les récits historiques, il est présenté comme un dignitaire auprès de l’Agha Yahia, bras de l’administration centrale d’Alger intervenant auprès des tribus insurgées dans les régions montagneuses environnantes.

Biographie

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Origines

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Les sources ne donnent pas le jour ni le lieu de naissance d’Ahmed Ben Kanoun avec exactitude. Cependant, il semble faire partie d’un milieu intégré aux rouages de l’administration de la Régence d’Alger, ce qui fait penser qu’il a reçu une formation aux usages de l’administration et de la politique du pouvoir ottoman local.

Son absence d’appartenance tribale kabyle est soulignée par les historiens, et démontre son rôle de représentant de l'autorité centrale dépourvue d'ancrage tribal direct dans les régions où il intervient.

Rôle au sein de la Régence d’Alger

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Fonction de chaouch et missions officielles

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Ahmed Ben Kanoun est Chaouch, selon certaines sources historiques, terme utilisé dans la Régence d’Alger pour désigner le grade d'un chef militaire et administratif, chargé de missions[5] pour le compte du Dey ou de l’Agha.

La fonction de chaouch inclut notamment :

  • La transmission et l'exécution d'ordres officiels du pouvoir central ;
  • La défense militaire du Gouvernement ;
  • La levée de l'impôt ;
  • La négociation d'accords politiques et de paix entre pouvoir central et autorités locales.

Interventions en Kabylie

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Contexte politique

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Au XVIIIᵉ siècle, la Kabylie est une région disposant d'une importante autonomie politique et tribale, structurée autour de chefs tribaux et d'assemblées locales (djemaâs). L’autorité de la Régence d’Alger y est lointaine et repose sur des accords négociés aux termes de conflits militaires plutôt que sur une administration directe.

Dans ce contexte, Alger se trouve contraint d'envoyer régulièrement des représentants émissaires non locaux, en vue de rétablir le dialogue, assurer l'autorité du pouvoir central de la Régence et la sécurité des axes commerciaux stratégiques, réclamer le paiement de l'impôt et imposer la paix militaire.

Médiation avec les tribus des Flissa (1769)

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le rôle du Chaouch Ahmed Ben Kanoun a été également déterminant dans les traités de paix entre les tribus kabyles des Flissa après de longues guerres au cours des années 1760[6].

À la fin du XVIIIe siècle, la Régence d'Alger, une province quasi-autonome de lEmpire ottoman, connaissait des révoltes importantes de tribus kabyles, dont celles des Flissa, dans l’est de la Mitidja. Ces tribus refusaient de se soumettre au paiement de l'impôt et se révoltaient contre les campagnes militaires d'Alger, provoquant des cycles de révolte et de répression.

En 1768–1769, suite à plusieurs campagnes militaires contre les Flissa, le gouvernement central opta pour un changement de tactique, imposant un blocus commercial et tentant de négocier afin d'éviter des pertes additionnelles.

Dans cette perspective, le Chaouch Ahmed Ben Kanoun a été mandaté pour représenter le pouvoir central ottoman par l’Agha Yahia, chef militaire et administratif de la Régence d’Alger[7]. Ahmed Ben Kanoun a négocié avec El Haoussin Ben Zamoum, chef de la tribu kabyle des Flissa.

La négociation de la paix a duré jusqu'en 1769 donnant lieu à un accord historique aux termes duquel chaque tribu insurgée kabyle accepte de verser un impôt annuel (d'un montant de 100 réaux boudjoux) en contrepartie de la reconnaissance d'une autonomie interne et de la promesse de l'administration centrale de ne pas se mêler directement des affaires internes des villages. Cet accord aurait favorisé une certaine stabilité dans la région, empêchant toute nouvelle guerre à large échelle.

Cette démarche fut importante, car elle semble montrer qu’une politique de négociation, incarnée par un officier de confiance tel Ahmed Ben Kanoun, pouvait se révéler plus efficace que la seule répression militaire dans la gestion des rapports entre Alger et les populations des montagnes.

Rôle administratif et diplomatique

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Missions attribuées à Ahmed Ben Kanoun

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Des articles de la Revue africaine du XIXe siècle, reposant sur des sources plus anciennes, citent Ahmed Ben Kanoun comme représentant de l’Agha d’Alger dans une série de désordres auxquels se livrèrent des tribus kabyles au XVIIIe siècle, vers les années 1760, entre autres. Il a entrepris notamment des démarches tendant à :

  • Mettre fin aux hostilités armées et rétablir l'autorité ;
  • Conclure des accords de paix ou de soumission de tribus insurgées ;
  • Assurer des relations politiques entre Alger et les confédérations tribales.

Selon les sources historiques, ses actions illustrent la politique de diplomatie coercitive, alternant les négociations à l'utilisation de moyens militaires importants de la Régence.

En tant que Chaouch, Ahmed Ben Kanoun faisait partie d'une catégorie d'officiers de la Régence d'Alger chargés d’exécuter non seulement des missions militaires mineures, mais aussi des missions diplomatiques sensibles contre des groupes insurgés, notamment dans les régions kabyles les plus difficiles d’accès.

Ses interventions ont permis d’instaurer un modèle de régulation des conflits frontaliers internes, et de substituer la négociation à la violence dans les relations entre l’autorité d’Alger et certaines tribus.

Nature et portée de son action

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Le rôle d'intermédiaire politique et militaire d'Ahmed Ben Kanoun au sein de la Régence est une illustration du mode de gouvernance ottoman en Algérie.

Son action illustre notamment :

  • le pragmatisme du pouvoir central algérois ;
  • la preuve de l’autonomie relative de certaines régions montagneuse ;
  • le rôle utile des agents du pouvoir central et des acteurs locaux pour maintenir un équilibre entre les territoires.

Postérité et héritage

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Le parcours d'Ahmed Ben Kanoun reste peu documenté.

Son fils, Mohamed Ben Kanoun, fut successivement Caïd puis Chaouch de plusieurs Aghas des Arabes successifs, jusqu'en 1830[7].

Il est présenté comme étant le père de Khadidja Ben Kanoun, figure féminine historique de l'insurrection algérienne de 1871 contre le pouvoir colonial français, durant la révolte des Mokrani[8]

La mention de cette filiation par plusieurs sources historiques est souvent interprétée comme une continuité politique entre la Régence d'Alger et la résistance anti-coloniale.

Historiographie

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Ahmed Ben Kanoun n’est cité qu’à travers la consolidation d’anciennes sources (XIXe siècle) notamment celles publiées dans la Revue africaine. Ces textes écrits durant la conquête de l'Algérie s’appuient sur des archives ottomanes ainsi que des récits administratifs et des récits oraux locaux.

Voir aussi

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Bibliographie

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  • Henri-Dominique de Grammont, Histoire d’Alger sous la domination turque (1515-1830), Alger, Adolphe Jourdan, 1887 (Gallica, BnF).
  • Revue africaine, tomes XIX–XX, XIXe siècle.
  • Mahfoud Kaddache, L’Algérie des Algériens

Références

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  1. Abdeljelil Temimi, « L’administration ottomane en Algérie au XVIIIe siècle », dans Études d’histoire ottomane, Tunis, Centre d’études et de recherches ottomanes, 1989.
  2. Joseph Nil Robin, Les Oulad Ben Zamoum, Revue Africaine, (lire en ligne)
  3. Joseph Nil Robin, Note sur l'organisation militaire et administrative des Turcs en Algérie au XVIIIe siècle, Cahiers de la Méditerranée,
  4. Mahfoud Kaddache,L’Algérie des Algériens : de la préhistoire à 1954,Alger, ENAL, 1983.
  5. Henri-Dominique de Grammont, Histoire d’Alger sous la domination turque (1515-1830), Alger, Adolphe Jourdan, 1887, http://ark.bnf.fr/ark:/12148/cb34135183q
  6. « Relations de la Régence d’Alger avec les tribus de Kabylie au XVIIIe siècle », Revue africaine, tome XIX, 1875, Bibliothèque numérique de la MMSH.
  7. 1 2 Robin, Joseph Nil, Dans La Grande Kabylie sous le régime Turc, Notes sur Yahia Agha, Saint-Denis, Editions Bouchène, , p. 85–134.
  8. « Khadidja Ben Kanoun »,Encyclopédie algérienne / études sur l’insurrection de 1871,XIXe siècle – sources coloniales et postcoloniales.