Akka (Maroc)
Akka (en amazighe : Aqqa ⴰⵇⵇⴰ ; en arabe : أقا) est une oasis marocaine comportant la ville marocaine d'Akka ayant le statut de municipalité ainsi que plusieurs communes rurales constituant le cercle d'Akka. Elle est située dans la province de Tata et la région de Souss-Massa
| Akka Aqqa ⴰⵇⵇⴰ | ||
| Administration | ||
|---|---|---|
| Pays | ||
| Région | Souss-Massa | |
| Province | Tata | |
| Démographie | ||
| Population | 7 102 hab. (2004) | |
| Géographie | ||
| Coordonnées | 29° 23′ 27″ nord, 8° 15′ 23″ ouest | |
| Altitude | 522 m |
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| Localisation | ||
| Géolocalisation sur la carte : Maroc
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Géographie
modifierL'oasis d'Akka se situe dans le sud du Maroc, entre l'Anti-Atlas et le Sahara, plus précisément dans un foum (cluse traversant une chaine montagneuse) du Jbel Bani[1],[2]. Elle est distante de 40 km du cours de l'oued Draa - le plus souvent asséché à ce niveau - et à 42 km de la frontière algérienne. L'oasis est alimentée par l'oued Akka, qui ne s'écoule que rarement en surface, mais dont l'inféroflux est capté et l'eau distribuée par des séguias puis répartie parmi les jardins et palmeraies de l'oasis.
Akka est relié par une route goudronnée (RN17) vers la capitale provinciale Tata au nord-est; vers Icht, Bouizakarne, Guelmin et Tiznit à l'ouest, ainsi que par une route secondaire vers Imitek au nord.
Le climat est aride avec une pluviométrie annuelle inférieure à 100 mm[3].
Histoire
modifierPréhistoire
modifierLa plaine en aval et en amont d'Akka est habitée depuis le paléolithique: des outils en silex et en quartzite ( bifaces, haches, racloirs, pointes, houes) ont été découverts en plusieurs sites ainsi que des débris de débitage. Concernant le néolithique, des tessons de céramique confirment également une présence humaine[4].
Plusieurs sites de gravures rupestres, de type bovidien et Tazina, parmi les plus riches du sud marocains sont répartis sur de petits reliefs autour d'Akka :
- Adrar Metgourine : situé à 10 km au nord-oust d'Akka, sur une ride de rocher en grès, le site de l'Adrar n'Metgourine comporte surtout des représentations de bovins, mais aussi des gazelles, des oryx, éléphants, autruches ainsi que quelques silhouettes humaines. Des gravures représentant des haches ressemblant à celles de la culture campaniforme donc très probablement en cuivre ou bronze, nommées haches de type Metgourine sont les plus anciens témoignages de métallurgie dans le sud marocain (IIIe millénaire av. J.-C. )[5],[6]
- Imaoun : situé à 25 km au nord d'Akka
- Oum Laaleg : situé à 9 km au sud-est d'Akka
Ainsi, aux périodes néolithiques et au début de l'age du bronze, des populations pastorales fréquentaient les plaines environnantes d'Akka.
Période médiévale
modifierAu Moyen Âge, Tamdult est une des plus importantes cités caravanières du sud marocain. Elle est située sur une petite éminence dans la plaine alluviale, à une dizaine de kilomètres au sud de l'actuel centre urbain d'Akka, à proximité du douar de Tinzounine.
D'après les auteurs arabes médiévaux, Tamdult aurait été fondé au VIe siècle par un prince idrisside Abdallah Ibn Idriss, gouverneur du Souss et fils d'Idriss II[7]. Au XIe siècle, Al-Bakri décrit sa prospérité : « Au sud d'Igli, et à une distance de six journée, se trouve la ville de Tamdult qui eut pour fondateur Abd Allah ibn Idriss ibn Idriss, une muraille de pierres et de briques, percée de quatre porte, entoure cette ville qui est située dans une plaine et qui renferme deux bains et un bazar très fréquenté. Elle s'élève près d'une rivière qui prend sa source dans une montagne à une distance de dix milles. Toute la région entre ces deux points est couverte de jardins. Larivière fait tourner un grand nombre de moulins. Le territoire de Tamdult est remarquable par la fertilité de son sol et la luxuriance de sa végétation; c'est au point que le grain rend cent pour un. On y voit une mine d'argent très riche en minerai. »[8] Cette cité avait ainsi plusieurs rôles décrits par les textes anciens et retrouvés par l'archéologie:
- cité caravanière. Elle était la tête de ligne des caravanes vers les pays de l'or. Les marchands venus du Sous et de Sijilmassa s'y regroupaient, avant reprendre la route vers Awdaghust distante de quarante jours de marche vers le sud. Parmi les produits exportés, l'argent, le cuivre et les cauris tenaient une place importante[9].
- centre minier. Des traces de mines d'argent anciennes ont été trouvées sur le Jbel Adanna (galène argentifère), actuellement Joel Bou Ouaden à 15 km au sud de Tamdult. D'autres concernant le cuivre sont situées sur le Jbel Guelliz à 1é km[pas clair] au sud-est. Sur le site archéologique lui-même, des scories, débris de creusets et de fours, confirment une métallurgie médiévale de l'argent et du cuivre[9].
- citadelle. Les ruines laissent apparaitre les restes très dégradés d'une enceinte bastionnée construite en moellons et briques[9].
- agriculture oasienne. Les fouilles permettent de reconnaitre les traces d'une séguia, captant l'eau au niveau du foum d'Akka et l'amenant sur une dizaine de km au pied du petit relief des ruines de Tamdult[9]. Des traces de rigoles et de parcelles cultivées témoignent encore d'une agriculture importante dans la période médiévale[10].
Période saadienne
modifierPériode alaouite
modifierDurant le XIXe siècle, Akka et toute la région du Jebel Bani font partie du Bled Es-Siba et l'autorité du sultan n'y est pas appliquée. Les tribus y vivent en autonomie.
Charles de Foucauld, dont le guide le rabin Mardochée était né à Akka, est passé dans l'oasis en lors de son voyage au Maroc [11]. Il cite les différents douars du pourtour de l'oasis : Tagadirt, Taourirt, Erḥal, Ez Zaouïa, El Qaçba, Agadir Ouzrou, El Kebbaba, Aït Djellal, Aït Bou Feḍaïl, Aït Anter. Il évoque son histoire avec la commerce caravanier :
« Aqqa se trouve, pour le commerce, dans les mêmes conditions que Tatta. Naguère lieu d’arrivée des caravanes du sud, elle voyait affluer sur ses marchés l’or, les esclaves, les cuirs, les tissus du Soudan. A côté d’un trafic considérable, l’industrie locale s’était développée : Aqqa était célèbre pour ses bijoux d’or. Toutes ces sources de fortune sont taries ; plus de commerce, plus d’industrie, plus de relations lointaines. Il reste une oasis comme Tatta, comme Tisint, vivant du produit de ses dattiers. Deux marchés subsistent. »
Ainsi que l'agriculture dans l'oasis :
« Aqqa égale et surpasse peut-être Tisint par son aspect riant et la beauté de sa végétation : point de fruits qu’on n’y trouve : à côté des dattes, bou sekri, bou iṭṭôb, djihel, bou feggouç, bou souaïr, elle produit en abondance figues, raisins, grenades, abricots, pêches, noisettes, pommes et coings. D’innombrables canaux arrosent ces beaux vergers. L’eau coule en toute saison et dans l’Ouad Aqqa et dans l’Ouad Kebbaba. On pêche des poissons dans le premier. »
Protectorat
modifierCommunautés juives
modifierLe rabbin Mardochée Aby Serour (souvent transcrit Abisrour) est une figure marquante associée à l’oasis d’Akka au XIXe siècle. Originaire du sud marocain, il fut à la fois un érudit religieux et un commerçant ayant joué un rôle important dans les réseaux caravaniers transsahariens reliant le Maroc à Tombouctou. Installé un temps à Akka, qui constituait alors un point stratégique pour les échanges entre le Sahara et les régions du nord, il participa activement à la vie de la communauté juive locale. Son parcours illustre la place des juifs marocains dans les circuits commerciaux sahariens ainsi que leur rôle d’intermédiaires culturels et économiques. Toutefois, les détails précis de son implication directe dans la vie quotidienne de la communauté d’Akka restent limités dans les sources disponibles.
Population
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Municipalité d'Akka
modifierLa municipalité se compose de la ville contenant l’hôpital, la caserne, le marché et souk hebdomadaire ainsi que la brigade de la gendarmerie royale, le collège et le lycée aussi.
Cinq autres douars (village) rattachés administrativement à la commune urbaine d’Akka sont respectivement : El Kebaba 2(1.5km) Laknata (2.5km) Agadir Ouzrou (3km) et Oum El Aleg (6km)
Cercle d'Akka
modifierPatrimoine remarquable
modifierAgadir Amghar
modifierIl s'agit d'une mosquée, nommée aussi Lalla Baytu Allah, située dans la commune de Kasbat Sidi Abdellah Ben M'Barek, 7 km au nord du centre administratif d'Akka. Elle est mplantée dans la partie la plus étroite de l'oasis à proximité de l'oued.
Elle a longtemps été considérée comme d'origine almohade du fait de sa ressemblance avec la Koutoubia ou la tour Hassan, mais une étude archéologique en 2014 établit qu'elle a été érigée sous la dynastie saadienne[12]. Une restauration a été réalisée dans les suites[13]. Il ne restait initialement que le minaret partiellement dégradé et le mur de la qibla[14]. Les fouilles ont dégagé le sol de la salle de prière avec deux rangées de huit et sept piliers dont ne persiste que les bases en pierre. Le mur de la qibla en brique de terre crue restait en élévation et il a été consolidé. Des niches y sont bien individualisées pour le mihrab et le minbar. Une petite salle d'ablution se trouve au sud-est de la salle de prière, doté d'un puit. Le minaret construit en briques de terre cuite sur une base de pierre maçonnée à la chaux est orné dans sa partie supérieure d'une résille décorative en sebka.
Mosquée Rehala
modifierElle est située dans le douar de Rehala de la commune de Kasbat Sidi Abdellah Ben M'Barek, 500 m en aval de la précédente. La salle de prière est récente, mais le minaret construit en briques de terre cuite, haut de 25 m aurait été construit sous la dynastie saadienne après que la mosquée d'Agadir Amghar soit tombée en désuétude. Une particularité de ce minaret est sa position au dessus des niches du mirhab et du minbar, au milieu du mur de la qibla[14].
Ruines de la cité médiévale de Tamdult
modifierSynagogue de Tagadirt
modifierAu sein de la commune de Kasbat Sidi Abdellah Ben M'Barek, l'ancienne synagogue abandonnée depuis 1961 a été récemment fouillée et restaurée[15].
Notes et références
modifier- ↑ J. Riser, « Bani (jbel) », dans Encyclopédie Berbère, (lire en ligne), p. 1331-1332
- ↑ Jacques-Meunié 1982, p. 116
- ↑ La région de Souss-Massa. Monographie générale, Royaume du Maroc, (lire en ligne [PDF])
- ↑ Alain Rodrigue, « Un faciès original du Néolithique saharien : le gisement de l’Assif Ikebbâben (Maroc) », L'Ouest saharien., vol. 15, no 2, , p. 141-153 (lire en ligne)
- ↑ A. Rodrigue, « Metgourine (Adrar) (Station rupestre, Maroc) », Encyclopédie berbère, vol. 31, , p. 4926-4929 (lire en ligne)
- ↑ Faysal lemjidi et al., « Les gravures rupestres de l’Adrar n’Metgourine: nouvelles données », Hespéris-Tamuda, vol. LIV, no 2, , p. 225-240 (lire en ligne [PDF])
- ↑ Dj. Jacques-Meunié, Greniers citadelles au Maroc, Paris, Arts et métiers graphiques, , 249 p., p. 235
- ↑ ʿAbd Allâh ibn ʿAbd al-ʿAzīz Abū ʿUbayd al- Bakrī (trad. William Mac Guckin de Slane), description de l'Afrique septentrionale, Alger, 1913 ( traduction ), 405 p. (lire en ligne), p. 308
- 1 2 3 4 Bernard Rosenberger, « Tamdult cité minière et caravanière présaharienne (IXe – XIVe siècle) », Hespéris-Tamuda, Rabat, vol. XI, , p. 103-140 (lire en ligne [PDF])
- ↑ R. González Villaescusa et P. Cressier, « Un espace agraire fossile dans le désert marocain. Une étude au croisement de l'archéologie et de l'archéogéographie », Les Nouvelles de l'Archéologie,, no 125, , p. 24- 31 (lire en ligne)
- ↑ de Foucauld 1888, p. 150-152
- ↑ M. Belatik et al., « Fouilles archéologiques de la mosquée d’Agadīr Amghār à Aḳḳa (province de Tata) », Bulletin d'Archéologie Marocaine, no 25, , p. 247-275 (lire en ligne [PDF])
- ↑ Salima Naji, « Faire parler l'histoire. Palmeraie d' Akka », Architecture du Maroc, no 75, (lire en ligne)
- 1 2 Mohamed Belatik et Mustapha Atki, « Deux mosquées présumées d’époque saadienne à Akka (Province de Tata) », Bulletin d'Archéologie Marocaine, no 22, , p. 360-378 (lire en ligne [PDF])
- ↑ « Le patrimoine juif oasien révélé au sud du Maroc », Le Figaro, (lire en ligne)
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- [Jacques-Meunié 1982] D. Jacques-Meunié, Le Maroc saharien, des origines à 1670, Paris, Librairie Klincksieck, (ISBN 2-252-02111-X).

- [de Foucauld 1888] vicomte Ch. de Foucauld, Reconnaissance au Maroc 1883-1884, Paris, Challamel et Cie Éditeurs, (lire en ligne).
