Albatros hurleur

espèce d'oiseaux

Diomedea exulans

Diomedea exulans
Description de cette image, également commentée ci-après
Un Albatros hurleur à l'est de la Tasmanie.
Classification COI
Règne Animalia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Aves
Ordre Procellariiformes
Famille Diomedeidae
Genre Diomedea

Espèce

Diomedea exulans
Linnaeus, 1758
Description de cette image, également commentée ci-après
En vol

Synonymes

  • Diomedea chionoptera Salvin, 1896[1]
  • Diomedea exulans chionoptera Salvin, 1896[1]
  • Diomedea exulans exulans Linnaeus, 1758[1]
  • Diomedea exulans rohui Mathews, 1915[1]
  • Diomedea exulans rothschildi Mathews, 1912[1]
  • Diomedea exulans westralis Mathews, 1918[1]

Statut de conservation UICN

( VU )( VU )
VU A4bd : Vulnérable

L'Albatros hurleur (Diomedea exulans), également appelé Grand Albatros, est le plus grand et le plus lourd représentant des albatros ; c'est aussi le premier à avoir été décrit.

L'Albatros de Tristan, l'Albatros des Antipodes et l'Albatros d'Amsterdam sont parfois considérés comme des sous-espèces de l'Albatros hurleur.

Cette espèce est actuellement menacée par la pêche à la palangre comme beaucoup d'espèces d'oiseaux de mer dans les océans du Sud.

Description

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Dimensions et plumage

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L'Albatros hurleur est le plus grand des Albatros[2] et a la plus grande envergure de tous les oiseaux actuels, avec un record à 3,63 m[3],[4]. Son envergure habituelle est comprise entre 2,54 et 3,51 m[5], avec une moyenne à 3,11 m pour les mâles et 2,99 m pour les femelles[6]. Le corps mesure en moyenne 1,15 m, les femelles étant légèrement plus petites que les mâles. Les mâles ont en moyenne les tarses, les becs et les ailes plus longs que les femelles, avec une surface alaire plus importante[6]. Les femelles pèsent en moyenne 6,9 kg et les mâles 8,6 kg, tandis que les jeunes à l'envol pèsent en moyenne près de 10 kg[7]. Le bec, d'apparence robuste, peut atteindre 16,7 cm de long, la queue 18 cm et les tarses 11,5 cm[7],[2]. Le dimorphisme sexuel est déjà visible chez les poussins, la longueur du bec étant le caractère déterminant pour différencier les sexes. Chez les adultes, la mesure combinée du bec et des tarses offre un taux de réussite de 94 % pour différencier mâles et femelles[8].

L'Albatros hurleur passe d'un plumage majoritairement brun chocolat chez les juvéniles à un plumage majoritairement blanc à l'âge adulte, avec des formes intermédiaires. Au dernier stade d'évolution du plumage, le corps et la tête sont entièrement blancs avec souvent une tache rosâtre sur la tête. Le dessus des ailes est majoritairement blanc excepté les primaires noires et une fine marge noire le long des secondaires[5]. En-dessous, elles sont blanches avec une pointe noire au bout des primaires et une marge noire sur le bord de fuite[9]. L'iris est brun, avec un cercle bleu ou rose autour de l’œil. Le bec est rose avec la pointe couleur corne, et les pattes vont de rose à blanc-bleuâtre[5]. Les paupières sont blanches[10].

Il existe beaucoup de variabilité dans le plumage. La femelle présente généralement un peu plus de taches foncées[11].

Acquisition du plumage d'adulte

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Le plumage adulte est acquis très lentement, peut-être en 20 à 30 ans[12], le jeune oiseau devenant de plus en plus blanc à chaque mue. Peter Harrison, dans son guide d'identification des oiseaux marins, distingue sept stades de développement du plumage. Les juvéniles au stade 1 sont entièrement brun chocolat, sauf la face et le dessous des ailes qui sont blancs[5]. Le plumage blanchit en commençant par le front, le croupion et le centre de l'aile, puis le cou, le dos et les flancs. Au stade 3, des vermiculures sombres sont encore présentes sur les flancs et sur la poitrine et le dessus de la tête est brun[5]. La queue et les ailes blanchissent de plus en plus au stade 4, puis la tête, le corps et la queue deviennent majoritairement blancs au stade 5. La queue porte encore des marques sombres au stade 6, puis le stade 7 correspond au plumage le plus blanc[5].

L'Albatros hurleur produit une grande variété de sons, comme les autres espèces du genre Diomedea, qui peuvent être vocaux ou non. Certains d'entre eux sont produits spécifiquement pendant les parades nuptiales. Les sons vocaux comprennent des croassements répétitifs (souvent faits en duo durant les parades), des sifflements stridents, et des gargouillis émis en vol et audibles à faible distance[13]. Les sons non-vocaux sont produits avec le bec : claquements, cliquetis, frottements et vibrations des mandibules[13]. Les poussins les plus jeunes gazouillent quand ils ont faim, puis en grandissant, ils émettent un glougloutement pour quémander la nourriture[13].

Espèces ressemblantes

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L'Albatros hurleur peut être confondu avec l'Albatros royal (Diomedea epomophora) qui a des dimensions similaires, mais qui ne traverse pas les mêmes stades de développement du plumage. Un individu avec des marques sombres sur le sommet de la tête, la poitrine, le dos ou la queue est probablement un Albatros hurleur[14]. Les ailes de l'Albatros hurleur blanchissent généralement par le centre, alors que celles de l'Albatros royal blanchissent depuis le bord d'attaque. Enfin, vu de près, l'Albatros royal a une ligne noire entre les mandibules, et en vol, il peut sembler plus bossu[14],[2].

L'Albatros de Sanford (Diomedea sanfordi) a le dessus des ailes plus uniformément noir et un motif caractéristique sous les ailes, ainsi qu'une ligne noire entre les mandibules[14],[2].

Les individus juvéniles, au plumage encore plus ou moins brun, peuvent être difficiles à distinguer des autres espèces du complexe des Albatros hurleurs, soit l'Albatros d'Amsterdam (D. amsterdamensis), l'Albatros des Antipodes (D. antipodensis) et l'Albatros de Tristan da Cunha (D. dabbenena)[2]. En revanche, à l'âge adulte, l'Albatros hurleur est souvent bien plus pâle que les espèces ressemblantes[2].

Comportement

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Locomotion

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Un albatros hurleur en vol à l'est de la péninsule de Tasman, Australie, en février 2021.
Albatros hurleur en vol au large de la Tasmanie en février 2022.

Comme toutes les autres espèces de Procellariiformes, l'Albatros hurleur est dépendant du vent pour planer au-dessus de la mer[15]. Il utilise la grande surface portante de ses ailes pour planer sans effort, même lorsque le vent dépasse 160 km/h. Les albatros sont pourvus de tendons qui bloquent les articulations de leurs ailes, leur permettant ainsi d'économiser leur énergie et de planer longtemps. Ils peuvent ainsi voyager fort loin : un individu aurait parcouru 6 000 km en 12 jours[16].

C'est un nageur et un plongeur médiocre (ses plongées sont courtes et peu profondes, voir le paragraphe Alimentation).

À terre, ses déplacements sont très gauches ; il lui arrive de se marcher sur les palmures, de trébucher et de chuter. Les atterrissages sont eux aussi problématiques et s'achèvent parfois par une lourde chute suivie de quelques tonneaux[10].

Alimentation

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Le régime alimentaire de l'Albatros hurleur peut être étudié grâce aux pelotes de réjection des poussins et à des lavages d'estomac effectués sur des adultes. Les chercheurs peuvent ensuite déduire de quelles espèces proviennent les restes non digestibles, comme des becs de calmars et des otolithes de poissons[17]. Le régime alimentaire varie selon le lieu où vit l'oiseau, mais les céphalopodes et les poissons sont les proies principales, à part à peu près égales en Géorgie du Sud et sur les îles Marion et Kerguelen. Dans les îles Crozet en revanche, le régime est dominé par les céphalopodes et suit des variations saisonnières que ne connaissent pas les autres colonies[18].

Sur l'île Marion, d'après une étude de 1992, les céphalopodes sont consommés par tous les poussins et représentent près de 60 % de leur régime alimentaire. Une majorité de poussins mangent aussi des restes de poissons, qui représentent 36 % de leur régime. Les restes de cétacés, de crustacés et d'oiseaux marins sont minimes[19]. Durant cette étude, tous les restes de céphalopodes retrouvés provenaient de calmars, principalement des familles Onychoteuthidae, Histioteuthidae et Cranchiidae. Kondakovia longimana, la proie la plus fréquente, a été retrouvée dans 52 % des échantillons, suivie par Histioteuthis eltaninae, Onykia robsoni (en) et Galiteuthis glacialis (en)[19]. Histioteuthis atlantica s'ajoute aux calmars les plus consommés dans les îles Crozet et Kerguelen[20]. Les restes de cétacés semblaient provenir de dauphins ou de petites baleines. Les restes d'oiseaux, un os et la pointe d'un bec, n'étaient présents que dans deux échantillons[21]. Enfin, des restes de végétaux utilisés comme matériaux pour le nid ont été retrouvés, ainsi que des morceaux de plastique[22]. Une étude de 2017 portant sur des populations des îles Kerguelen et Crozet a mis en évidence des différences dans les proies les plus consommées : à Kerguelen, les poissons représentent 48 % du régime, principalement la Légine australe (Dissostichus eleginoides), et les céphalopodes 46 %, tandis qu'à Crozet, les céphalopodes représentent 87 % du régime[20]. Les poussins y consomment aussi en plus petites proportions des crustacés et du plancton[23]. Dans cette étude, tous les échantillons contenaient des morceaux de déchets artificiels, comme du plastique et des hameçons[20].

Dans la grande majorité des cas, la nourriture est prise en surface. L'Albatros hurleur nage, posé sur l'eau les ailes repliées, et attrape rapidement ses proies avec son bec. Il peut quelquefois poursuivre une proie et plonger jusqu'à quelques mètres de profondeur, ou plonger sa tête en relevant le derrière, comme les canards[24]. Il chasse fréquemment à proximité d'autres oiseaux de mer qu'il repousse, sauf le Puffin à menton blanc (Procellaria aequinoctalis) qui lui vole ses proies[25].

Relations intra et interspécifiques

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En dehors de la saison de reproduction, l'Albatros hurleur vit seul ou en petit groupe, mais de grandes bandes peuvent s'assembler autour des bateaux de pêche[26]. Cet oiseau généralement silencieux peut alors émettre des cris en cas de dispute pour de la nourriture. Il leur arrive de se nourrir en compagnie d'autres oiseaux de mer[11],[25].

Pendant la saison de reproduction, cet oiseau devient grégaire et niche en colonies parfois nombreuses. Les manifestations (claquement de bec et mimiques, ou caresses bec à bec, bec pointé vers le ciel, agitation de la tête, posture dressée avec les ailes écartées) et vocalisations (croassements, roulements gargouillants ou coups de trompette) sont alors nombreuses, aussi bien dans le cadre de la relation de couple que pour défendre le territoire contre les autres albatros[11],[27].

Les œufs et les petits subissent la prédation des Labbes et des Chionis, surtout s'ils sont laissés sans surveillance. Des espèces de mammifères introduits sur les sites de nidification (rats, chats, cochons, chèvres) sont aussi à même de manger les œufs et les petits albatros. Les adultes, en revanche, n'ont pas de prédateurs naturels : leur grande taille, leur bec aiguisé et leur capacité à avoir un comportement agressif font d'eux des adversaires trop redoutables[11].

Reproduction

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Parade d'Albatros hurleur
Diomedea exulans - Muséum de Toulouse

Les Albatros hurleurs se reproduisent tous les deux ans, généralement au sein d'une colonie. Dans le cas d'un insuccès reproductif, un couple pourra faire une deuxième tentative la même année ou l'année suivante, mais avec moins de chances de réussite[11].

Les mâles arrivent les premiers sur les sites de nidification. Ils prennent alors possession de leur ancien nid ou en créent un nouveau si nécessaire. Les femelles arrivent quelques semaines plus tard et retrouvent leur partenaire. Bien que cette espèce soit monogame, une femelle peut temporairement s'accoupler avec un autre mâle si son partenaire habituel est absent ou s'il n'a pas encore pris possession d'un nid[11].

Le nid est installé à l'abri d'une touffe d'herbe ou d'un buisson. Il est formé d'un creux dans le sol garni d'herbe, de brindilles et de terre.

La femelle pond un œuf unique au début de l'été austral (décembre à février). L'incubation dure 80 jours environ (de 74 à 85), elle est assurée par le mâle et la femelle qui se relaient toutes les deux ou trois semaines[10]. Le mâle est si pressé d'accomplir l'incubation qu'il lui arrive de pousser brutalement la femelle hors du nid pour prendre sa place[11]. Le petit, nidicole, nait couvert de duvet blanc. Les parents se relaient auprès du poussin et le nourrissent quotidiennement jusqu'à ce qu'il ait atteint l'âge d'un mois, puis le laissent le plus souvent seul parfois pendant des semaines pour partir tous les deux en quête de nourriture ; à leur retour, le petit est alors copieusement nourri. Ils continueront à nourrir leur petit jusqu'à l'envol, qui survient à l'âge de 8 mois en moyenne (entre 7 et 10 mois). Il s'agit de la plus longue période de reproduction observée chez les oiseaux.

La mortalité infantile est élevée chez cette espèce (entre 30 et 75 % de décès dans la première année[11]). La maturité sexuelle de l'albatros hurleur survient vers l'âge de 10 ans en moyenne (entre 6 et 22 ans). En attendant le moment venu, le jeune oiseau volera sans jamais se poser à terre, jusqu'au 25e degré de latitude sud, zone où il n'entrera pas en conflit avec les générations précédentes. La reproduction n'est effective qu'après la constitution d'un couple, processus qui nécessite plusieurs années de parades nuptiales élaborées. Le couple reste uni jusqu'à la mort.

Longévité

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L'espérance de vie est de 32 ans chez cet albatros[28], mais il peut atteindre 80 ans[29].

Distribution et habitat

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Distribution

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L'Albatros hurleur fréquente le sud des océans Atlantique, Indien et Pacifique, ainsi que l'océan Austral, dans des latitudes comprises entre les 68e et 22e parallèle sud, soit de l'Antarctique à l'Afrique australe[7]. Il est le seul albatros du genre Diomedea à nicher dans toute la région subantarctique[20]. Il se reproduit en Géorgie du Sud dans l'océan Atlantique, sur les îles du Prince-Édouard, l'archipel Crozet et les îles Kerguelen dans l'océan Indien, ainsi qu'en très petit nombre sur l'île Macquarie dans l'océan Pacifique[30],[7].

Il a été signalé de façon accidentelle en Europe en de très rares occasions : un cas en France en 1830 et un autre en Belgique en 1833 (peut-être le même oiseau), un autre cas en Belgique (un oiseau mort en 1887), et deux autres signalements en Sicile et au Portugal (respectivement en 1957 et 1963, il s'agissait peut-être du même individu)[12]. Des observations de cet oiseau ont aussi été faites en Californie[31].

Trajets et répartition en mer

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Des suivis par satellite ont montré que, lorsqu'il recherche sa nourriture en période de reproduction, l'Albatros hurleur peut voler pendant près d'une semaine, en s'éloignant de plusieurs centaines de kilomètres de sa colonie et en parcourant au total plus de 2 000 km en un seul voyage[32]. Les populations des îles Crozet et Kerguelen restent souvent entre les 42e et 52e parallèle sud. Les individus de l'île Crozet tendent à voler plus loin que ceux de l'île Kerguelen[33].

Une forte proportion des populations des îles Crozet et des îles Kerguelen se disperse préférentiellement dans le Pacifique sud et au large des côtes de l'ouest de l'Amérique du Sud[34]

Les Albatros hurleurs ne cherchent pas tous leur nourriture dans les mêmes zones et se séparent selon l'âge et le sexe. Les mâles survolent plutôt les eaux subantarctiques et antarctiques, tandis que les femelles cherchent généralement leur nourriture plus au nord, dans les eaux tropicales et subtropicales, et les jeunes partent encore plus au nord[35]. Ces différentes zones de recherche pourraient être corrélées au dimorphisme sexuel chez cette espèce : la zone subantarctiques, très venteuse, est plus adaptée au grand gabarit des mâles, tandis que les femelles seraient plus adaptées à des zones où le vent est plus faible[36].

Taxonomie

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Classification

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Selon certains auteurs, il existerait 5 sous-espèces d'Albatros hurleur[37] :

  • Diomedea exulans amsterdamensis F. Roux, Jouventin, Mougin, Stahl & Weimerskirch, 1983 (Grand Albatros d'Amsterdam) qui niche sur l'île Amsterdam. Cette sous-espèce a un plumage très sombre, notamment au niveau de la queue, noire. Le blanc n'est franc qu'au niveau du ventre et de la gorge. Les femelles sont similaires.
  • Diomedea exulans antipodensis C. J. R. Robertson & Warham, 1992 (Grand Albatros des Antipodes) qui niche sur les îles Antipodes. Cette sous-espèce présente un dimorphisme sexuel au niveau du plumage : les femelles sont beaucoup plus sombres que les mâles qui ne présentent que quelques taches brun sombre. Les femelles n'ont quasiment que la face blanche. Mâles et femelles de cette sous-espèce présente une bande brune sur la poitrine.
  • Diomedea exulans dabbenena Mathews, 1929 (Grand Albatros de Tristan) qui niche sur les îles Gough et Inaccessible. Cette sous-espèce est claire, mais moins que D.e.exulans. La couverture des ailes est presque entièrement noire, avec parfois des taches blanches. Les femelles ont davantage de taches brunes que les mâles et moins de blanc sur la couverture alaire.
  • Diomedea exulans exulans Linnaeus, 1758 (Grand Albatros neigeux) qui niche sur les îles Géorgie du Sud, Prince-edward, Marion, Crozet, îles Kerguelen, et Macquarie. Cette sous-espèce est en moyenne plus grande que les autres. C'est aussi la seule sous-espèce dont les mâles adultes ont le corps entièrement blanc, ainsi qu'une grande partie de la couverture alaire ; les femelles sont elles aussi plus claires.
  • Diomedea exulans gibsoni C. J. R. Robertson & Warham, 1992 (Grand Albatros de Gibson) qui niche sur l'île Adams (Îles Auckland).

De nombreux auteurs s'accordent pour élever Diomedea amsterdamensis au rang d'espèce[38],[39],[40].

Les autres cas sont encore très discutés, mais des études analytiques de l'ADN mitochondrial de ces oiseaux semblent montrer que Diomedea exulans, Diomedea dabbenena et Diomedea antipodensis sont des espèces à part entière ; les mêmes études semblent montrer a contrario que D. gibsoni et D. antipodensis ne sont encore qu'en cours de spéciation et forme encore un seul taxon[40],[41],[11].

Il fait partie du « complexe des Albatros hurleurs » (en anglais Wandering albatross complex), un ensemble d'espèces génétiquement et morphologiquement proches qui comprend aussi l'Albatros hurleur (D. exulans), l'Albatros des Antipodes (D. antipodensis) et l'Albatros d'Amsterdam (D. amsterdamensis). Ces deux derniers, comme l'albatros de Tristan da Cunha, étaient auparavant considérés comme des sous-espèces de l'Albatros hurleur. En 1998, Robertson et Nunn renouvellent la classification en élevant les sous-espèces de l'Albatros hurleur au rang d'espèces[42]. D'autres études ont depuis entériné cette distinction entre l'Albatros hurleur et l'Albatros de Tristan da Cunha. Génétiquement, l'Albatros de Tristan da Cunha est le plus éloigné des autres espèces du complexe des Albatros hurleurs.

Noms et étymologie

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Son nom en maori est Toroa, comme d'autres espèces d'Albatros[2]. En anglais, il est appelé Wandering albatross (Albatros errant) ou Snowy albatross (Albatros neigeux)[2]. En 2024, la plupart des ouvrages de référence et des auteurs scientifiques et institutionnels (tels que l'ACAP, l'UICN et Birdlife International) n'utilisent pas le nom Snowy albatross ou le mentionnent seulement comme une appellation secondaire. En revanche, ce nom se répand de plus en plus sur les réseaux sociaux, parmi les touristes et dans les guides d'identification récents, ainsi que dans la liste de référence de l'Union internationale des ornithologues[43]. En 2025, Snowy albatross est utilisé par l'UICN et BirdLife International sur leurs pages web dédiées à l'espèce[44],[30].

Effectifs, menaces et conservation

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Suivi des effectifs

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En 1998, la population mondiale d'Albatros hurleur est estimée à 28 000 adultes, ce qui ne représente qu'environ 8 500 couples nicheurs par an puisque les individus ne se reproduisent que tous les deux ans. Selon une estimation de 2007, la population totale a baissé à 20 100 adultes pour environ 6 000 couples annuels[30]. Selon des estimations locales échelonnées entre 2006 et 2013, on compte environ 1 900 couples sur l'île Marion, 1 800 couples sur l'île du Prince-Édouard, 1 553 couples en Géorgie du Sud, ainsi qu'environ 354 couples dans les îles Kerguelen, 340 dans les îles Crozet et 4 sur l'île Macquarie[30].

Ces populations sont globalement en déclin. En Géorgie du Sud, ce déclin est de l'ordre de 4 % par an entre 1997 et 2006, avec un déclin global estimé à 30 % entre 1984 et 2004 et à 18 % entre 2004 et 2015. Le taux de survie des jeunes et des adultes a baissé sur l'île Bird depuis les années 1980, et dans les îles Crozet, la population s'est brièvement stabilisée après un rapide déclin entre 1970 et 1986 mais elle décline à nouveau. La population dans l'archipel du Prince-Édouard est en revanche stable dans les années 2000[30].

Menaces

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Les petits et les œufs étaient autrefois collectés pour être mangés, parfois aussi les adultes, mais cette pratique a disparu.

Comme indiqué dans le paragraphe Relations intra et interspécifiques, les animaux introduits par l'homme sur certaines de ces îles exercent une pression de prédation sur les petits d'albatros. Ainsi, aux îles Kerguelen, il arrive que certaines colonies ne produisent aucun petit à l'essor, du fait de la prédation par les chats[34].

L'Albatros hurleur est très attiré par les bateaux de pêche, ce qui le rend vulnérable aux captures accidentelles[26]. De nombreux individus périssent noyés lorsqu'ils attrapent les appâts sur les hameçons lors de la pose des palangres. Avec un taux de reproduction très bas, ces pertes sont dramatiques pour la survie de l'espèce et sont responsables d'un déclin démographique important[45]. L'industrie de la pêche à la Légine australe autour de ses aires de reproduction, souvent fréquemment illégale, constitue une grande menace pour l'espèce[26].

Les juvéniles qui se dispersent plus au nord que les adultes et les femelles qui partent en quête de nourriture plus au nord que les mâles sont davantage susceptibles de rencontrer une flotte de pêche et de périr de cette manière. Ils ont aussi moins de chances de survivre à ce genre d'accident[34].

De plus, une étude menée en 2007 sur l'Île Bird par le British Antarctic Survey a révélé que la moitié des poussins avaient avalé des proies contenant des hameçons[34].

Statut et préservation

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Albatros hurleur naturalisé - Monaco

Mesures de conservation

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L'Albatros hurleur est l'un des oiseaux marins les mieux étudiés, car il est grand et peu farouche[46]. Les populations des îles Crozet, Marion et la Géorgie du Sud ont fait l'objet de suivis importants depuis les années 1990. En revanche, la population des îles Kerguelen est moins étudiée[26].

La Convention sur la conservation de la faune et la flore marines de l'Antarctique et les Regional Fisheries Management Organisations (RFMO) travaillent à réduire les prises d'albatros par les palangriers[34].

De plus, l'archipel du Prince-Édouard et une bonne partie des sites de nidification des îles Crozet et des îles Kerguelen ont été déclarés réserve naturelle ; l'île Macquarie est pour sa part un site classé au Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1997[34].

Malgré les efforts du Gouvernement de la Géorgie du Sud et de la Conservation of Antarctic Marine Living Resources (CCAMLR), le nombre d'individus en Géorgie du Sud diminue de 4 à 5 % depuis 1997 pour une population totale estimée à 1 550 couples[47].

Statut légal

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L'Union internationale pour la conservation de la nature classe l'Albatros hurleur en tant qu'espèce vulnérable depuis 2000, du fait du déclin rapide de ses populations[30].

Cet oiseau est aussi protégé par la CMS (Convention de Bonn), qui l'a placé en annexe II[48] et par l'ACAP[49]

Dans la culture

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Représentation d'un Albatros hurleur en 1837

Philatélie

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De nombreux États ont émis des timbres à l'effigie de cet oiseau[50],[51]: Antigua-et-Barbuda en 1998, l'Argentine en 1983, l'Australie en 2007, le Territoire Antarctique australien en 1973 et 2002, le Brésil en 2001, le Territoire britannique antarctique en 1994 et 2002, l'Archipel des Comores en 1998, les Îles Malouines en 1985 et 2006, les Terres australes et antarctiques françaises en 1959, 1985, 1990, 1999, 2000, 2001, 2002, 2006 et 2007, les Établissements français d'Océanie (ancien nom de la Polynésie française) en 1948, la Gambie en 1997, les Grenadines en 2000, la Guinée-Bissau en 2007, la Hongrie en 1987, les Îles Marshall en 1995 et 2003, la Martinique en 1947, les États fédérés de Micronésie en 2004, Monaco en 1955, la Mongolie en 1980, Sao Tomé-et-Principe en 2007 et 2008, le Sénégal en 1998, la Sierra Leone en 2000, l'Afrique du Sud en 1999 et 2007, la Géorgie du Sud en 1963, 1971, 1977, 1987, 1998, 2004, 2006 et 2008, la Suède en 2002, les îles Tonga en 1989, l'Archipel Tristan da Cunha en 1968, 1972, 1974, 1977, 1982, 1986, 1996, 1999, 2000, 2007 et 2008, et enfin l'Uruguay en 1995.

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 BioLib, consulté le .
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 Parkinson 2000, p. 20.
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  4. (en) « Largest wingspan for a bird species (living) », sur Guinness World Records (consulté le )
  5. 1 2 3 4 5 6 Harrison 1985, p. 222.
  6. 1 2 Shaffer, Weimerskirch et Costa 2001, p. 206.
  7. 1 2 3 4 (en) « Snowy Albatross », sur Avibase (consulté le )
  8. Shaffer, Weimerskirch et Costa 2001, p. 205.
  9. Harrison 1985, p. 222-224.
  10. 1 2 3 « Albatros hurleur », sur oiseaux.net (consulté le ).
  11. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Scopel, L. and P. Rasmussen, « Diomedea exulans wandering albatross », sur animaldiversity.ummz.umich.edu, Animal Diversity Web, (consulté le )
  12. 1 2 Alström P., Colston P., Lewington I. (1992) Guide des oiseaux accidentels et rares en Europe, Delachaux et Niestlé, Lausanne, (ISBN 2-603-00896-X), p. 31
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  14. 1 2 3 Harrison 1985, p. 224.
  15. Shaffer, Weimerskirch et Costa 2001, p. 203.
  16. « Wandering albatross (Diomedea exulans) », sur arkive.org, (consulté le )
  17. Cooper, Henley et Klages 1992, p. 477.
  18. Cherel et al. 2017, p. 209.
  19. 1 2 Cooper, Henley et Klages 1992, p. 478.
  20. 1 2 3 4 Cherel et al. 2017, p. 197.
  21. Cooper, Henley et Klages 1992, p. 480.
  22. Cooper, Henley et Klages 1992, p. 481.
  23. Cherel et al. 2017, p. 200.
  24. Marchant et Higgins 1990, p. 271-272.
  25. 1 2 Marchant et Higgins 1990, p. 272.
  26. 1 2 3 4 Cherel et al. 2017, p. 198.
  27. Voir dans le paragraphe "Photos et vidéos" les vidéos du site ARKive, notamment celle intitulée "Two male wandering albatrosses competing to court a female"
  28. delHoyo J., Elliot A. et Sargatal J. (1992) Handbook of Birds of the World Vol. 1 Lynx Edicions, Barcelone, Espagne
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  47. Sally Poncet, Kim Crosbie, South Georgia, Wildguides, 2005, (ISBN 1-903657-08-3)
  48. Pdf indiquant le contenu des annexes de la CMS, voir l'annexe II, page 7, sur le site de la CMS
  49. =Accord sur la conservation des Albatros et des Pétrels ; liste des Espèces d’albatros et de pétrel auxquelles s’applique l'Accord en Annexe 1 sur l'ACAP agreement
  50. Voir quelques exemples sur le site Bird stamps.org
  51. Liste complète des timbres sur le site Birdtheme.org

Voir aussi

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Articles connexes

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Bibliographie

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Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Ouvrages généraux et guides d'identification

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  • Fabrice Genevois et Frank S. Todd, Oiseaux et Mammifères antarctiques et des îles de l'océan austral : Terres australes et antarctiques françaises et îles Malouines incluses, Kameleo, , 144 p. (ISBN 978-2350950082). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) Peter Harrison, Seabirds: an identification guide, Bromley, Kent, Christopher Helm, , 2e éd. (1re éd. 1983) (lire en ligne Inscription nécessaire), p. 222-224. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) B.D. Heather et H.A. Robertson, The Field Guide to the Birds of New Zealand, Auckland, Penguin Books, (lire en ligne), p. 22-23 et 175-177
  • (en) Brian Parkinson, Field Guide to New Zealand Seabirds, Auckland, New Holland Publishers, (lire en ligne Inscription nécessaire), p. 20. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) S. Marchant et P.J. Higgins, Handbook of Australian, New Zealand and Antarctic Birds : Volume 1, Ratites to ducks, Melbourne, Oxford University Press, (lire en ligne [PDF]), p. 263-281. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Articles spécialisés

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  • (en) Accord sur la conservation des albatros et des pétrels, « ACAP Species assessments: Wandering Albatross Diomedea exulans »,
  • (en) Yves Cherel, José C. Xavier, Sophie de Grissac, Colette Trouvé et Henri Weimerskirch, « Feeding ecology, isotopic niche, and ingestion of fishery-related items of the wandering albatross Diomedea exulans at Kerguelen and Crozet Islands », Marine Ecology Progress Series, vol. 565, , p. 197-215 (DOI 10.3354/meps11994, lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) J. Cooper, S.R. Henley et N.T.W. Klages, « The diet of the Wandering Albatross Diomedea exulans at Subantarctic Marion Island », Polar Biology, vol. 12, , p. 477-484 (lire en ligne Accès payant). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • (en) S.A. Shaffer, H. Weimerskirch et D.P. Costa, « Functional significance of sexual dimorphism in Wandering Albatrosses, Diomedea exulans », Functional Ecology, vol. 15, no 2, , p. 203-210 (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article

Liens externes

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