Albéric II de Spolète
Albéric II de Spolète (mort en 954) est un aristocrate italien qui gouverne Rome de 932 à 954 avec le titre de princeps. Il exerce une étroite tutelle sur la papauté et impose la nomination des cinq papes qui succèdent à Jean XI. Membre de la famille des Théophylactes, il est le père du pape Jean XII et l'ancêtre de plusieurs autres souverains pontifes.
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Alberigo II di Spoleto |
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Alda d'Italie (d) |
| Enfants |
Fils de Marozie et d'Albéric Ier, il s'empare du pouvoir à Rome en 932, après avoir renversé sa mère et chassé son beau-père, Hugues d'Arles, roi d'Italie. Son titre de princeps est reconnu par l'empereur byzantin Constantin VII Porphyrogénète.
Son gouvernement est marqué par une période de relative stabilité à Rome et par la restauration de plusieurs monastères. Son emprise sur la papauté est particulièrement forte : Marin II ne prend aucune décision sans son accord, tandis qu'Étienne VIII est emprisonné et torturé après avoir participé à un complot contre lui. Avant sa mort en 954, Albéric obtient de l'aristocratie romaine la promesse d'élire son fils au pontificat.
Origines et jeunesse
modifierAlbéric II de Spolète naît sur la colline de l'Aventin, à Rome[1]. Il est le fils de Marozie et d'Albéric Ier[2]. Il appartient à la famille des Théophylactes, qui domine la vie politique romaine pendant quatre générations[3].
Marozie est la fille de Théophylacte Ier de Tusculum, tandis qu'Albéric Ier est un allié de ce dernier. Après la mort de son premier époux, dans les années 920, Marozie épouse Guy de Toscane, marquis de Toscane. Elle prend le contrôle de Rome à l'issue d'une lutte de pouvoir contre le pape Jean X et son frère Pierre, que Marozie fait assassiner[2]. Elle manifeste davantage de faveur envers le frère d'Albéric, le futur pape Jean XI, qu'envers Albéric lui-même[4].
Guy de Toscane meurt en 929 et Marozie épouse en 932 le roi d'Italie Hugues d'Arles. Albéric, alors adolescent, s'oppose à cette union. Selon le chroniqueur Liutprand de Crémone, les relations entre Hugues et Albéric se détériorent à la suite d'une humiliation publique[5]. Lors du banquet nuptial, alors qu'Albéric verse de l'eau sur les mains de Hugues conformément à l'usage, il en renverse une partie. Hugues le gifle alors devant l'assistance[6].
Le chroniqueur Benoît du Mont-Soracte rapporte toutefois une autre version des événements, selon laquelle Albéric découvre un complot organisé par Hugues pour le faire aveugler. Albéric soulève alors la population romaine et parvient à chasser Hugues de la ville. Il fait également emprisonner sa mère Marozie, qui meurt avant 945[5],[6].
Gouvernement de Rome
modifierDe 932 à 954, Albéric II exerce le pouvoir sur Rome[2]. Sa résidence se trouve sur la via del Corso[7]. Son gouvernement correspond à une période de paix relative pour la ville. Benoît du Mont-Soracte souligne notamment son rôle dans la défense de Rome contre les Lombards[8]. À l'inverse, Liutprand de Crémone le dépeint comme un usurpateur et un tyran, qui traite les papes comme ses serviteurs[9].
Au début de son gouvernement, Albéric utilise les titres de vestararius, de premier sénateur et de duc des Romains. Il adopte ensuite ceux de senator omnium Romanorum (« sénateur de tous les Romains ») et de princeps, ce dernier figurant notamment sur ses monnaies. Le titre de princeps renvoie à celui porté par Auguste, fondateur de l'Empire romain. L'empereur byzantin Constantin VII reconnaît à deux reprises l'usage de ce titre par Albéric[8].
Les cinq papes qui succèdent à Jean XI sont tous désignés sous l'autorité d'Albéric[6],[10]. Alors que les souverains pontifes précédents font frapper des monnaies à leur seul nom, celui d'Albéric apparaît désormais aux côtés du nom du pape[9]. Benoît du Mont-Soracte affirme que le pape Marin II ne prend aucune décision sans en avoir reçu l'ordre d'Albéric[11],[12]. Le pape Étienne VIII tombe quant à lui en disgrâce auprès d'Albéric et participe à un complot destiné à le renverser. Il est emprisonné et torturé, avant de succomber aux blessures qui lui sont infligées[13],[14].
En 951, Albéric refuse à Otton Ier, roi de Germanie et d'Italie, la possibilité de recevoir à Rome le couronnement impérial[15].
Albéric entreprend la restauration de plusieurs monastères abandonnés à la suite des attaques musulmanes des décennies précédentes[1]. Benoît du Mont-Soracte le qualifie de gloriosus princeps Albericus (« glorieux prince Albéric ») et de cultor monasteriorum (« protecteur des monastères »)[11]. L'église Santa Maria del Priorato est le seul édifice religieux encore conservé parmi ceux qui sont fondés ou dotés par Albéric[16]. Elle est construite sur le site de sa maison natale[17]. Albéric confie à Odon de Cluny la fonction d'archimandrite de l'ensemble des monastères de Rome[18].
Après avoir été chassé de Rome en 932, Hugues d'Arles tente à deux reprises de reprendre la ville, en 933 puis en 936, mais échoue[15]. Entre 936 et 942, Odon de Cluny sert d'intermédiaire entre Albéric et Hugues. Leurs négociations aboutissent à un accord prévoyant le mariage d'Albéric avec Alda, fille de Hugues[19]. De cette union naît un fils, Octavien, dont le prénom correspond au nom de naissance de l'empereur Auguste[11],[20]. Avant son mariage avec Alda, Albéric cherche également à conclure une alliance matrimoniale avec l'Empire byzantin. Il envoie à cette fin un émissaire, Benoît Campaninus, chargé de négocier une union dynastique, mais cette démarche n'aboutit pas[21].
Mort et postérité
modifierAlbéric meurt à Rome en 954. La date du 31 août 954 est mentionnée pour un certain Albericus consul Romanorum dans les archives commémoratives de l'une des fondations monastiques de sa famille. Avant sa mort, Albéric obtient de l'aristocratie romaine l'engagement de faire élire son fils au pontificat. À la mort du pape Agapet II, en 955, Octavien lui succède sous le nom de Jean XII[22]. Cet engagement contrevient à un décret promulgué en 499 sous le pape Symmaque, qui interdit de conclure des accords sur la succession pontificale du vivant du pape en exercice. Otton Ier, auquel Albéric avait refusé le couronnement impérial en 951, est finalement couronné empereur par Jean XII en 962. Cet événement marque le début de la lignée impériale ottonienne, dont l'héritage institutionnel se prolonge dans le Saint-Empire romain germanique jusqu'à sa dissolution en 1806. Jean XII meurt en 964[23].
Plusieurs papes, notamment Benoît VII, Benoît VIII, Jean XIX et Benoît IX, ainsi que les antipapes Benoît X et Victor IV, descendent d'Albéric et d'Alda ou leur sont apparentés[24]. Albéric est également le père ou le grand-père de Grégoire Ier de Tusculum, comte de Tusculum[25],[26]. Le titre de senator omnium Romanorum, employé par Albéric, est repris en 988 par Crescentius le Jeune[27].
Notes et références
modifier- 1 2 Osborne 2025, p. 44.
- 1 2 3 Osborne 2025, p. 40.
- ↑ Osborne 2025, p. 52.
- ↑ Chamberlin 1986, p. 32.
- 1 2 Osborne 2025, p. 41.
- 1 2 3 Allen 2018, p. 112.
- ↑ Maskarinec 2025, p. 62.
- 1 2 Osborne 2025, p. 42.
- 1 2 Grierson et Blackburn 1986, p. 265.
- ↑ Duffy 2014, p. 105.
- 1 2 3 Osborne 2025, p. 43.
- ↑ Levillain 2002, p. 970.
- ↑ Cushing 2005, p. 21.
- ↑ Kelly 1988, p. 124.
- 1 2 Treccani.
- ↑ Coates-Stephens 1997, p. 204.
- ↑ Maskarinec 2025, p. 43 et 64.
- ↑ West-Harling 2020, p. 342.
- ↑ Osborne 2025, p. 43-44.
- ↑ Chamberlin 1986, p. 40.
- ↑ Osborne 2025, p. 45.
- ↑ Osborne 2025, p. 46-47.
- ↑ Kelly 1988, p. 126-127.
- ↑ Williams 1998, p. 212.
- ↑ Williams 1998, p. 12, 17 et 26.
- ↑ Chamberlin 1986, p. 63.
- ↑ Vauchez 2000, p. 383.
Bibliographie
modifierOuvrages
modifier- (en) Bruce Allen, Tiber: Eternal River of Rome, University Press of New England, (ISBN 978-1-5126-0334-7)
- (en) E. R. Chamberlin, The Bad Popes, Dorset Press, (ISBN 0-88029-116-8)
- (en) Kathleen Cushing, Reform and the Papacy in the Eleventh Century: Spirituality and Social Change, Manchester University Press, (ISBN 978-0-7190-5834-9)
- (en) Eamon Duffy, Saints and Sinners: A History of the Popes, Yale University Press, (ISBN 978-0-300-11597-0)
- (en) Philip Grierson et Mark Blackburn, Medieval European Coinage : The Early Middle Ages (5th–10th Centuries), vol. 1, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-03177-6)
- (en) John Norman Davidson Kelly, The Oxford Dictionary of Popes, Oxford University Press, (ISBN 0-19-282085-0)
- (en) Philippe Levillain (dir.), The Papacy: An Encyclopedia, vol. 2, Routledge, (ISBN 0-415-92230-5)
- (en) Maya Maskarinec, Domesticating Saints in Medieval and Early Modern Rome, University of Pennsylvania Press, (ISBN 978-1-5128-2702-6)
- (en) John Osborne, Rome in the Tenth Century: A History in Art, Cambridge University Press, (ISBN 978-1-009-63970-5)
- (en) André Vauchez (dir.), Encyclopedia of the Middle Ages, vol. 1, Fitzroy Dearborn Publishers, (ISBN 1-57958-282-6)
- (en) Veronica West-Harling, Rome, Ravenna, and Venice, 750–1000: Byzantine Heritage, Imperial Present, and the Construction of City Identity, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-181594-2)
- (en) George Williams, Papal Genealogy: The Families and Descendants of the Popes, McFarland & Company, (ISBN 978-0-7864-2071-1)
Articles
modifier(en) Robert Coates-Stephens, « Dark Age Architecture in Rome », Papers of the British School at Rome, vol. 65, , p. 177-232 (DOI 10.1017/S0068246200010631)
Ressources en ligne
modifier(it) « Alberico di Roma », sur Treccani