Alessandro Marocco
Alessandro Marocco, surnommé Maroucq, né entre 1839 et 1841 à Suez et mort à une date inconnue, est un anarchiste illégaliste italien et égyptien. Il est surtout connu pour son rôle central dans la naissance et la formation de l'illégalisme, appartenant non seulement à l'un des premiers groupes de cette nature, les Intransigeants mais étant aussi suspecté par les autorités policières françaises d'être à la tête d'un « comité directeur » des anarchistes composé de Pierre Kropotkine et d'Errico Malatesta. Cette interprétation policière est erronée mais Marocco semble toutefois bien occuper un rôle fondamental dans les premiers réseaux illégalistes en Europe occidentale.
| Naissance |
1839-1841 (?) Suez, Égypte |
|---|---|
| Décès |
(?) |
| Organisation |
Intransigeants (et groupes suivants comme la bande à Ortiz ou autres) |
|---|---|
| Mouvement |
Né en Égypte, Marocco s'installe en France dans la deuxième moitié des années 1880 en y rejoignant le mouvement anarchiste et le groupe des Intransigeants. Il quitte le pays après l'attentat de Mirandola, où certains membres du groupe comme Vittorio Pini et Luigi Parmeggiani (it) poignardent un député socialiste italien, pour s'installer à Londres, où il ouvre une boutique de vente de parapluies. Cette boutique est remarquée comme servant à receler et revendre des biens volés par les bandes illégalistes sur le continent européen, et Marocco paraît être impliqué dans un certain nombre de cambriolages : il côtoie un grand nombre d'illégalistes comme Henry, Pini, Parmeggiani, Schouppe ou encore Ortiz.


Biographie
modifierAlessandro Marocco naît à Suez, en Égypte, entre 1839 et 1841[1],[2]. Selon son propre témoignage dans La Révolte en 1889, un des principaux journaux anarchistes en France pendant les années 1880-1890, il aurait hérité d'une certaine somme en Égypte avant de rejoindre l'Europe occidentale et de pouvoir financer le mouvement anarchiste avec celle-ci[3].
En tout cas, à la fin des années 1880, Marocco se trouve en région parisienne, où il rejoint le groupe des Intransigeants, formé autour d'anarchistes italiens comme Vittorio Pini ou Luigi Parmeggiani (it)[2]. Alors qu'une partie du groupe est arrêté et impliqué dans l'attentat de Mirandola, Marocco fuit la France et se réfugie à Londres, où il ouvre une boutique de vente de parapluies au 160 rue Dean[1],[2]. Il se trouve déjà à Londres en , moins d'un mois après l'attentat et avant l'arrestation des membres[3].

Depuis cette boutique, Marocco conserve des liens avec des anarchistes, en particulier d'autres illégalistes[4]. Il est fréquemment soupçonné de receler les biens volés par des illégalistes sur le continent, en France par exemple et sa boutique est soupçonnée par les autorités françaises de n'être qu'une « couverture » pour le recel des biens volés[5]. Il aurait notamment recelé une partie des biens volés par Placide Schouppe, un autre illégaliste lié aux Intransigeants[5]. Marocco est aussi lié à Léon Ortiz, lui-même proche des Intransigeants et membre de la bande à Ortiz[1].
Marocco est suspecté par les autorités françaises d'appartenir à un « comité directeur » anarchiste situé à Londres et composé de Kropotkine, Malatesta et Malato[5]. L'historienne Constance Bantman souligne que les indicateurs de la police française se trompent en supposant l'existence d'un « comité directeur tentaculaire » que les anarchistes auraient mis en place et qui préparerait en secret la Révolution sur le continent européen[6].

Bien que ces descriptions des indicateurs ne reflètent pas exactement la réalité de ce qu'il se produit à Londres pendant cette période et qu'il n'existe pas de complot international anarchiste[6], l'historien Vivien Bouhey considère que dans le cas de Marocco, celui-ci est probablement impliqué dans un certain nombre de cambriolages avec un grand nombre d'anarchistes, comme Émile Henry[4]. Il écrit au sujet de son rôle dans les cambriolages illégalistes de la période[4] :
Si l’on synthétise les informations rapportées par les indicateurs londoniens tout au cours de l’année 1893, Malato, Malatesta et surtout Marocco paraissent au centre des opérations [illégalistes/de cambriolage] décidées sur le continent. Ce sont en effet vers eux que se tournent la plupart des Français venus à Londres pour négocier des titres volés : ils sont d’une part en cheville avec des hommes comme Aubryot ou Escarré (aidé de son ami Capt), qui tiennent respectivement des boutiques |où] ils fondent les objets volés, et d’autre part avec de pseudo-hommes d’affaires chargés de présenter les titres à la négociation à Paris, comme Ernest Mauritz, Joseph Crespin ou Manem de Bauttreville. À eux de proposer le travail à des hommes de main sûrs et déterminés comme les frères Schouppe, Gustave Mathieu, Magrini et peut-être Émile Henry, qui font les premiers repérages sur place avant de passer à l’action de façon souvent audacieuse.
Par ailleurs, Marocco côtoie Émile Henry entre l'attentat de Carmaux-Bons Enfants et l'attentat du café Terminus[7]. Il est en lien avec des anarchistes éventuellement impliqués dans le deuxième attentat, un groupe se composant, entre autres, de Louis Matha, Désiré Pauwels, Paolo Chiericotti - lui aussi lié aux Intransigeants - ou encore de Léon Ortiz[7]. Selon son propre témoignage sur l'affaire, un mois plus tard, Henry aurait planifié de se fixer à Paris pour lancer l'attentat - voire une série d'attentats[8].
Marocco se marie à une Anglaise et meurt à une date inconnue[1],[9]. Il reçoit divers surnoms, comme « Martin », « Maroucq » ou encore « Marocq »[1].
Description physique
modifierBien qu'Alphonse Bertillon n'ait pas photographié Marocco pour son fichier anthropométrique des anarchistes, il le décrit de la sorte[2] :
Sujet particulièrement dangereux qui, quoique non photographié, est bien reconnaissable à son âge relativement avancé (53 ans) et à sa claudication accentuée. Serait né à Suez. Taille moyenne.
Références
modifier- 1 2 3 4 5 Rolf Dupuy, « Marocco, Alexandre “MARTIN” ; “MAROCQ” ; “MAROUCQ” », sur Dictionnaire international des militants anarchistes (consulté le )
- 1 2 3 4 Guillaume Davranche, « MAROCCO Alexandre [dit Martin, Marocq, Maroucq] », sur [Dictionnaire des anarchistes] – Maitron (consulté le )
- 1 2 Alessandro Marocco, « Correspondance », La Révolte, , p. 4
- 1 2 3 Bouhey 2008, p. 268-280.
- 1 2 3 Bantman 2007, p. 287-289.
- 1 2 Bantman 2007, p. 318.
- 1 2 Bouhey 2008, p. 280-300.
- ↑ Petit 2023, p. 78-86.
- ↑ Bantman 2007, p. 692.
Bibliographie
modifier- Constance Bantman, Anarchismes et anarchistes en France et en Grande-Bretagne, 1880-1914 : Échanges, représentations, transferts (thèse), Paris, Université Paris XIII,
- Vivien Bouhey (préf. Philippe Levillain), Les anarchistes contre la République : contribution à l'histoire des réseaux (1880-1914), Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Histoire », , 491 p. (ISBN 978-2-7535-0727-2, présentation en ligne)
- Dominique Petit, Fortuné Henry et la colonie libertaire d’Aiglemont : de la propagande pour Ravachol au syndicalisme révolutionnaire, éditions Terres Ardennaises / éditions Noir et Rouge, , 252 p. (présentation en ligne)