Alexandre-Joseph Consil
Alexandre-Joseph Consil, dit Kopierre, né à Auberchicourt le [1] et mort à Aniche le [2], est un verrier puis tambour-major du Second Empire, devenu une figure du Nord[3]. Le , Alexandre Consil qui a 25 ans est déjà tambour-major au 38e régiment d'infanterie de ligne, lors du mariage d'un de ses frères, Augustin Joseph (Archives Départementales du Nord, état civil, actes). Le , il est élu au conseil municipal d'Auberchicourt ; il est sous-officier retraité. Il est réélu le puis le , mais pas le [4]. Au recensement de 1906, il habite seul à la maison no 75 de la rue de Douai[4] avant de rejoindre l'hospice de la rue Ducret à Aniche.
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| Sépulture | |
| Nom de naissance |
Pierre-Alexandre-Joseph Consil |
| Surnom |
Kopierre |
| Nationalité |
Biographie et Généalogie
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Alexandre Consil est le septième d'une famille de douze enfants.
Fils de Jean-Baptiste Consil et de Aldegonde Léocadie Briffault
Liens de parenté d'Alexandre Joseph CONSIL : Généalogie des Consil - Mutte - Sauvage (arbre généalogique)
Condamnation après le coup d'État du 2 décembre 1851
modifierAu lendemain du coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte du , Alexandre Consil et son frère Jean-Baptiste Consil, cultivateurs à Auberchicourt, sont traduits devant le tribunal civil de Douai avec deux autres habitants de la commune, nommés Belverge et Pinte, pour avoir chanté dans un cabaret des chansons dont le refrain était « Vive la guillotine ! »[5].
Le jugement, rendu le , est différencié selon les prévenus : Jean-Baptiste Consil est condamné à trois mois de prison et 500 francs d'amende ; Pinte à deux mois ; Belverge à cinq jours ; Alexandre Consil n'écope que de 11 francs d'amende[6].
Les deux frères Consil figurent également dans la liste des victimes du coup d'État dressée par l'historien Adolphe Robert, qui les recense parmi les personnes arrêtées ou poursuivies dans le département du Nord[7].
Cet épisode de jeunesse, Alexandre Consil a dix-sept ans, précède de peu son engagement militaire : il est incorporé au 10e régiment d'artillerie à Douai en février 1855.
Le surnom de Kopierre
modifierAvant l'armée, il est aide d'un maréchal-ferrant nommé Pierre Leloup (né à Aniche le , décédé le à Aniche). Lorsque le fer est chaud, Leloup interpelle son aide : « Alexandre, viens, ché caud ! », auquel Consil répond invariablement : « Ché caud, Pierre ? » Cette réponse est l'origine du sobriquet Kopierre (« caud Pierre »)[8].
Cependant, l'origine de ce surnom reste contestable puisqu'il est créé bien après le décès de Consil et de son passage à la postérité comme « ventre d'osier ». On peut envisager que le « ko » fasse référence au « shako », couvre-chef du sergent-major que l'on rapprochera des Cô du Carnaval de Dunkerque. Quant à « Pierre », ce vocable pourrait faire référence à la carrière militaire d'Alexandre-Joseph Consil.
Le soldat de Napoléon III
modifierIncorporé en 1855 à Douai comme maréchal-ferrant dans un régiment d'artillerie, sa haute stature, 2,07 m, attire rapidement l'attention de ses chefs, qui lui proposent un poste de tambour-major. Il accepte et est affecté au 38e régiment de ligne. Il passe successivement à la tête de son régiment à La Rochelle, Bordeaux, Paris, Sathonay, puis Saint-Cyr[8].
En 1870, lors de la guerre franco-allemande, il est fait prisonnier à Sedan et emmené en captivité à Erfurt (Saxe). Sa haute stature ne pouvant se satisfaire des rations prussiennes, il en fait la remarque au major allemand, qui lui accorde une double ration[8].
Consil rentre en France en 1872 et reprend son poste de tambour-major à Saint-Cyr. Le , le maréchal Patrice de Mac Mahon, alors président de la République, lui remet la médaille militaire lors d'une visite aux Saint-Cyriens[8].
Le , Kopierre défile en tête de la garnison de Paris lors de la distribution des drapeaux à l'armée française. Les représentants des puissances étrangères remarquent la prestance de ce tambour-major, alors le plus grand de toute l'armée française[8].
Pesant désormais 340 livres (~170 kg), les marches devenant pénibles, il prend sa retraite fin 1880 après vingt-cinq années de service[8].
Il meurt le à Aniche, à l'hospice de la rue Ducret. Sur sa tombe au cimetière du Sud à Aniche, au pied du monument aux morts de 1870, il est inscrit sur la stèle : « Ici repose Alexandre Consil, dit Kopierre 1834-1909, le plus grand des tambours-majors du Second Empire ».
Le géant
modifierNaissance et premières fêtes (1911-1914)
modifierLe , deux ans après la mort de Pierre-Alexandre-Joseph Consil, le géant Kopierre sort pour la première fois dans les rues d'Aniche. Haut de 6 mètres, coiffé du classique bonnet à poils, il est l'un des premiers géants d'osier de la région[8]. Son créateur est Batiste Bourlon, poète picardisant, véritable animateur du Kopierrisme anichois[9].
Pour célébrer la naissance du géant, Batiste Bourlon compose une chanson en chti, sur l'air de Quand ces bons pompiers, publiée dans Le Républicain d'Aniche et environs le . Le refrain en est : « Zimm la ila, Zimm la ila / Qué biau militaire ! / Zimm la ila, Zimm la ila / Qué ch'grind Kopierre là ! » Les couplets évoquent les garnisons de Bordeaux, Lyon, Sathonay et Saint-Cyr, la captivité prussienne, la remise de la médaille militaire au camp de Châlons, et le défilé du 14 juillet 1880[10]. Plus d'un siècle plus tard, en juin 2025, cette chanson est interprétée à nouveau par 150 choristes et les musiciens de la Musique de l'Infanterie de Lille, salle Coubertin à Aniche[11].
La fête a lieu à nouveau en 1912, 1913 et 1914.
Querelle avec Douai et réconciliation (1912-1913)
modifierUne querelle oppose Aniche à Douai : les Anichois, s'estimant lésés par le refus de la Musique municipale de Douai de participer à leur fête, font coïncider la fête de Kopierre avec la fête de Gayant, provoquant un vif incident. La réconciliation est scellée en août 1913, le maire de Douai écrivant à son homologue d'Aniche une lettre d'apaisement, et la Musique municipale de Douai se rendant à Aniche[8].
Interruption et résurrection (1914-1954)
modifierLa Première Guerre mondiale interrompt les fêtes. Après 1918, les deuils et les nécessités de la reconstruction ne permettent pas de rétablir les festivités ; les fêtes tombent progressivement dans l'oubli[9].
Le souvenir de Kopierre persiste cependant grâce au pas redoublé composé en 1911 par Jules Dangreau, alors chef de l'Harmonie municipale d'Aniche, orchestré plus tard par Adrien Giraud, adjudant-chef tambour-major. Cet air, populairement surnommé « Zim-ba-da-boum », entre au répertoire de la Garde républicaine et est enregistré sur disque 45 t. Le carillon installé au sommet de l'hôtel de ville d'Aniche le reprend toutes les heures[3].
En 1954, sous l'impulsion de Julien Lagrange et de Roger Consil, descendant d'Alexandre Consil, la fête est rétablie. Une nouvelle tête est réalisée par René de Cooman, la vannerie par F. Carton à Lille. La fête a lieu régulièrement chaque année le quatrième dimanche de juin[9],[12].
Les versions successives du géant
modifierLa tête d'origine, en carton, s'avère très fragile et nécessite de nombreux entretiens. En 1981, Michel Meurdesoif, maire honoraire, supervise la réfection complète du géant en une seule structure[13].
En 2021, à la suite d'une décision municipale du , la ville d'Aniche confie la réalisation du 4e Kopierre à Fabrice Simon, inventeur du terme « Facteur de Géants » et président de l'association « Géants du Nord » à Paillencourt. Le budget est de 18 000 €. Le nouveau géant est construit en bois et en vannerie d'osier, divisible en trois parties démontables pour faciliter le transport, lesté en bas et léger en haut. Le costume est réalisé par Mme Leroy[13]. Kopierre figure dans le top cinq des 350 géants régionaux recensés, et constitue l'un des rares géants à être la géantification d'une personne réelle[13].
Fête de Kopierre
modifierDepuis 1954, la fête de Kopierre a lieu chaque année le quatrième dimanche de juin dans les rues d'Aniche. Le cortège, qui rassemble plusieurs dizaines de groupes costumés et de formations musicales, parcourt la ville par le boulevard Drion, le boulevard Vaillant-Couturier, la rue Patoux, la place Jaurès et les rues environnantes[3].
Discographie
modifier- Kopierre, air du géant d'Aniche, (orchestration : A. Giraud) par la
Batterie-Fanfare de la Garde républicaine, direction : Adjudant-chef tambour-major A. Giraud. Disque DECCA 45 t. réf. : 460.991 Médium. Autres titres sur ce disque : Paris-Montréal (A. Giraud) ; Réveil en fanfare de la Garde (C. Gourdin) ; Infanterie de la Garde (A. Giraud).
- Marche de Kopierre... « Quand défile la Garde Républicaine » Vol. 2,
DECCA, [1968], QD.
Bibliographie
modifierNotes et références
modifier- ↑ Acte naissance AD59 (p. 962/1003)
- ↑ Acte décès AD59 (p. 209/444)
- 1 2 3 « Aniche prépare, dans la joie, les grandes festivités de « Kopierre » », La Voix du Nord, .
- 1 2 (Archives départementales du Nord)
- ↑ « Le Courrier du Pas-de-Calais, 30 janvier 1852 », sur gallica.bnf.fr, Bibliothèque nationale de France (consulté le ).
- ↑ Ibid.
- ↑ Robert, Adolphe, « Statistique pour servir à l'histoire du 2 décembre 1851, Paris et les départements », sur gallica.bnf.fr, Bibliothèque nationale de France, (consulté le ), chapitre LXIV « Nord », p. 175.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 Jean Henry, « L'histoire de Kopierre », sur gallica.bnf.fr, La Vie douaisienne : journal hebdomadaire mondain, théâtral, artistique et sportif, Bibliothèque nationale de France, (consulté le ).
- 1 2 3 « Kopierre d'Aniche fête », Nord Matin, .
- ↑ Batiste Bourlon, « Chanson Kopierre », Le Républicain d'Aniche et environs, .
- ↑ Serge Ottaviani, « La musique de l'infanterie va battre la mesure », L'Observateur du Douaisis, .
- ↑ Remy Fleury, « Kopierre 2014 », sur youtube.com, (consulté le ).
- 1 2 3 Xavier Bartoszek, « Fabrice Simon, Facteur de Géants — la 4e version de Kopierre est entre ses mains », L'Observateur du Douaisis, , p. 13.
- ↑ Didier Margerin, « « La fantastique aventure d'Alexandre Consil » qui a inspiré Kopierre », La Voix du Nord, , p. 16.