Alexandre de Corinthe

militaire macédonien, fils de Cratère

Alexandre de Corinthe (en grec ancien : Ἀλέξανδρος ὁ Κορίνθιος ; mort en 247 av. J.-C.) est un gouverneur et tyran macédonien qui dirigea les cités de Corinthe et de Chalcis au IIIe siècle av. J.-C.. Il est le fils de Cratère[1], qui avait administré ces places fortes pour le compte d'Antigone II Gonatas. Sa grand-mère est Phila, fille d'Antipater et première épouse de Démétrios Poliorcète, ce qui le rattache à la dynastie des Antigonides par voie collatérale[2].

Alexandre de Corinthe
Ἀλέξανδρος ὁ Κορίνθιος
Illustration.
L'Acrocorinthe, forteresse stratégique sur laquelle Alexandre de Corinthe assit son pouvoir au IIIe siècle av. J.-C..
Titre
Tyran de Corinthe et de Chalcis
vers 252 av. J.-C. –
Prédécesseur Cratère (son père, comme gouverneur antigonide)
Successeur Nicaea (sa veuve), puis Antigone II Gonatas
Biographie
Dynastie Famille des Antigonides (branche cadette)
Nom de naissance Alexandros (Ἀλέξανδρος)
Date de naissance vers 285 av. J.-C.
Lieu de naissance Macédoine
Date de décès
Lieu de décès Corinthe (probable)
Nature du décès Mort suspecte (empoisonnement allégué)
Père Cratère
Mère Phila (épouse de Cratère)
Conjoint Nicaea
Profession Gouverneur, tyran et stratège
Religion Religion grecque antique
Résidence Acrocorinthe

Sa révolte vers 252 av. J.-C. contre Antigone II Gonatas constitue l'un des épisodes majeurs des guerres entre la Macédoine hellénistique et les cités grecques en pleine émancipation, dans un contexte de rivalité ouverte entre Antigonides et Lagides[3].

Origines familiales

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Carte de la Macédoine antigonide et du monde égéen vers 200 av. J.-C., illustrant la fragmentation politique de la Grèce hellénistique.

Alexandre est issu d'une branche cadette des Antigonides. Son père Cratère — demi-frère d'Antigone II Gonatas — exerçait le gouvernement militaire de Corinthe et de l'Eubée depuis le règne de Démétrios Poliorcète[1]. Cette charge, fondée sur le contrôle des deux verrous stratégiques que sont l'Acrocorinthe et Chalcis, faisait du gouverneur le maître effectif de la Grèce centrale et péloponnésienne pour le compte du roi de Pella.

Sa mère, également nommée Phila, appartenait au cercle des grandes maisons macédoniennes. Selon Plutarque et les sources rapportées par William Smith dans son Dictionary of Greek and Roman Biography and Mythology (1870), Alexandre devait à cette double ascendance un prestige dynastique non négligeable[4].

Une régence dynastique

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Vue de l'Acrocorinthe, citadelle inexpugnable qui constituait l'une des « entraves de la Grèce » sous les Antigonides.

À la mort de Cratère, vers 253-252 av. J.-C., Alexandre hérite de la position de son père. Celle-ci dépasse le simple commandement d'une garnison macédonienne et prend l'allure d'une véritable régence dynastique en Grèce[2],[3]. Selon Polyen (Stratagèmes, IV, 6), Alexandre dispose alors de l'Acrocorinthe, de Chalcis et d'une flotte non négligeable lui permettant de surveiller le détroit de l'Euripe.

Dans un premier temps, Alexandre reste fidèle à Antigone II Gonatas. Mais vers 252 av. J.-C., il accepte des subsides du roi d'Égypte Ptolémée II Philadelphe et cherche à s'affirmer comme tyran indépendant, contestant la suprématie macédonienne sur la Grèce[5]. La diplomatie ptolémaïque, soucieuse d'affaiblir les Antigonides en finançant leurs adversaires en Grèce, trouve en lui un allié précieux.

La révolte contre Antigone II Gonatas

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Tétradrachme d'argent d'Antigone II Gonatas (vers 240 av. J.-C.), souverain antigonide contre lequel Alexandre se révolta.

La défection d'Alexandre constitue un coup sérieux pour l'hégémonie macédonienne. La perte simultanée de Corinthe et d'Eubée prive Antigone des deux verrous indispensables au contrôle de la Grèce[1]. Le roi de Macédoine tente une contre-offensive en s'alliant avec Athènes, Argos et Sicyone, mais Alexandre attire Sicyone de son côté et conclut ensuite un rapprochement avec la jeune Ligue achéenne[2].

Portrait imaginaire d'Aratos de Sicyone, stratège de la Ligue achéenne dont Alexandre tira parti contre les Antigonides.

En 249 av. J.-C., Alexandre remporte des succès contre Athènes et Argos[4], et l'année suivante il obtient probablement l'acceptation d'un armistice de la part de ses ennemis[3]. Pendant quelques années, il apparaît ainsi comme l'un des hommes les plus puissants de la Grèce continentale, contrôlant un territoire qui s'étend de l'Eubée à l'Isthme de Corinthe et entretenant des relations directes avec Alexandrie.

Mort et succession

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À l'apogée de son pouvoir, Alexandre meurt en 247 av. J.-C. dans des circonstances qui amenèrent certains contemporains à penser qu'il aurait été empoisonné sur ordre d'Antigone II Gonatas[4],[6]. Cette hypothèse, déjà rapportée par Plutarque dans la Vie d'Aratos, reste néanmoins discutée par les historiens modernes, qui rappellent l'âge avancé du tyran et la fréquence des accusations d'empoisonnement dans la rhétorique politique hellénistique[2].

Première porte de l'Acrocorinthe : la garnison macédonienne y fut réintégrée en 245/244 av. J.-C. à la suite du mariage de Nicaea avec Démétrios II.

Après sa mort, sa veuve, Nicaea (selon une note de Tite-Live[7]), prend le contrôle de ses possessions. La position de Nicaea s'affaiblit toutefois après la mort de son protecteur Ptolémée II Philadelphe en 246 av. J.-C. Antigone Gonatas finit par recouvrer la mainmise sur Corinthe par un stratagème célèbre rapporté par Plutarque : Nicaea épouse Démétrios II, fils d'Antigone, et, pendant les célébrations du mariage, durant l'hiver 245/244 av. J.-C., Antigone réintègre la garnison de l'Acrocorinthe et reprend possession de la cité[6],[3].

L'épisode est resté célèbre comme un exemple de ruse politique et fut souvent cité par les rhéteurs et les historiens postérieurs, notamment Polybe et Diodore de Sicile[8].

Postérité historiographique

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Le temple d'Apollon de Corinthe, avec l'Acrocorinthe en arrière-plan : témoignage du prestige de la cité dont Alexandre fut maître.

Les renseignements concernant Alexandre de Corinthe proviennent essentiellement de Plutarque (Vie d'Aratos), de Polyen, de Polybe, de Tite-Live et de quelques notices d'auteurs plus tardifs comme Justin et Trogue Pompée[4],[3]. Les études modernes — notamment celles de F. W. Walbank sur Aratos of Sicyon et celles de Édouard Will sur les rapports antigonido-lagides — fournissent le cadre politique permettant de comprendre la portée réelle de sa révolte[2],[3].

L'article anglophone de Wikipédia incorpore par ailleurs un texte aujourd'hui dans le domaine public tiré du Dictionary of Greek and Roman Biography and Mythology (éd. William Smith, 1870)[4].

Galerie

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Notes et références

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  1. 1 2 3 (en) Nicholas Geoffrey Lemprière Hammond, Guy Thompson Griffith et Frank William Walbank, A History of Macedonia : 336–167 B.C., Clarendon Press, (ISBN 978-0-19-814815-9, lire en ligne)
  2. 1 2 3 4 5 (en) Frank William Walbank, Aratos of Sicyon, Cambridge University Press, , p. 29-45, 203
  3. 1 2 3 4 5 6 Édouard Will, Histoire politique du monde hellénistique (323-30 av. J.-C.), t. I, Nancy, Annales de l'Est, , p. 323-336
  4. 1 2 3 4 5 (en) William Smith, Dictionary of Greek and Roman Biography and Mythology, vol. I, Londres, (lire en ligne), art. « Alexander of Corinth »
  5. Auguste Bouché-Leclercq, Histoire des Lagides, t. I, Paris, Ernest Leroux, (lire en ligne), p. 212-216
  6. 1 2 Plutarque, Vies parallèles : Vie d'Aratos, Les Belles Lettres, coll. « Collection des universités de France » (lire en ligne), « 17-18 »
  7. Tite-Live, Histoire romaine, t. XXXV, Les Belles Lettres, « 26 »
  8. Polybe, Histoires, t. II, 43-44, Les Belles Lettres

Annexes

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Bibliographie

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  • (en) William Smith, Dictionary of Greek and Roman Biography and Mythology, Londres, , art. « Alexander of Corinth » et « Nicaea 2 »
  • (en) Frank William Walbank, Aratos of Sicyon, Cambridge University Press,
  • (en) N. G. L. Hammond et F. W. Walbank, A History of Macedonia, t. III, 336-167 B.C., Clarendon Press, (ISBN 978-0-19-814815-9)
  • Édouard Will, Histoire politique du monde hellénistique (323-30 av. J.-C.), t. I, Nancy, Annales de l'Est,
  • Auguste Bouché-Leclercq, Histoire des Lagides, t. I, Paris, Ernest Leroux,
  • Plutarque, Vies parallèles : Vie d'Aratos, Les Belles Lettres
  • (en) Peter Green, Alexander to Actium: The Historical Evolution of the Hellenistic Age, University of California Press, (ISBN 978-0-520-08349-3)

Articles connexes

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Liens externes

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