Alice Cordier

militante identitaire française

Alice Cordier, née le à Rennes (Ille-et-Vilaine), est une activiste, influenceuse et chroniqueuse identitaire française qui se réclame du féminisme.

Alice Cordier
Alice Cordier en 2024
Fonction
Présidente
Collectif Némésis
depuis
Biographie
Naissance
Voir et modifier les données sur Wikidata (29 ans)
Rennes (France)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Alice KervielVoir et modifier les données sur Wikidata
Pseudonyme
Alice CordierVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités
Autres informations
A travaillé pour
Idéologie
Membre de
Mouvement

En , elle cofonde le Collectif Némésis, avant d'en devenir la principale porte-parole. Elle est connue pour être une figure médiatique de l'extrême droite française, pour ses polémiques et ses multiples arrestations à la suite des happenings de son association. Elle est proche de groupuscules néonazis.

Biographie

Famille

Originaire de Rennes[1],[2], où elle est née le [3], Alice Kerviel[4],[5],[6] est la deuxième d'une fratrie de trois enfants, au sein d'une famille catholique[7].

Formation

Elle est « formée à l'activisme au sein de l'Action française, dont elle ne renie pas l'héritage et dont la charte graphique transparaît dans celle du collectif Némésis »[4],[8]. Elle passe également par l'Institut de formation politique (IFP), un organisme libéral-conservateur, dont l'objectif est d'abattre les frontières entre droite et extrême droite en France[9],[10],[11],[12].

Collectif Némésis

Elle prend le pseudonyme d'Alice Cordier[13] lorsqu'elle crée le Collectif Némésis avec quelques amies, en . Elles ne se reconnaissent pas dans ce que Cordier décrit comme l'« idéologie gauchiste » des mouvements féministes contemporains, défendant elle-même une ligne d'extrême droite[14]. Elle en est la présidente[15],[4] et la salariée[13].

En , dans un bar du 5e arrondissement de Paris, elle est victime d'une agression de Baptiste Deodati (dit Baptiste Marchais), membre connu de la fachosphère (réseaux d'extrême droite sur Internet), qui lui aurait mis, selon Alice Cordier, « une violente gifle ». Il reconnaît son geste mais le minimise par rapport à la description d'Alice Cordier, qui dépose plainte. L'incident ferait partie d'un contexte de « bataille entre influenceurs d'extrême droite », et s'inscrirait dans le cadre d'« une rancœur ancienne et tenace » entre les deux personnalités[1],[16].

En , Alice Cordier et plusieurs militantes lèvent des fonds et passent trois semaines en Slovaquie, à la frontière polonaise, officiellement pour apporter de l'aide humanitaire aux réfugiés ukrainiens. La portée de leur action humanitaire est contestée, l'action ressemblant davantage à une opération de communication, notamment sur le thème d'une division entre réfugiés ukrainiens qui eux, ne seraient, selon Alice Cordier, « pas dangereux » contrairement aux « migrants » « extra-européens »[17].

Le , au cours de la braderie de Lille, elle est arrêtée et mise en garde à vue pour le déploiement de banderoles racistes dans la rue Nationale et sur la façade de l'hôtel Carlton, avec deux autres militantes de Némésis. L'une d'elles affiche la phrase « Lectures salafistes dans les lycées de votre ville : vous sentez-vous en sécurité à la Braderie de Lille ? ». Les « lectures » évoquées par le collectif, qui font référence à une polémique ancienne, sont infirmées par un article de Libération, et ne concernent qu'un seul des lycées de la ville. Alice Cordier « évoque de supposées agressions sexuelles par des auteurs en situation irrégulière sur le territoire français ». La ville de Lille porte plainte contre le collectif pour incitation à la haine raciale et le propriétaire de l'hôtel pour atteinte à l'image et mise en danger de la vie d'autrui[18],[19],[20].

Le , lors d'un événement organisé par un think tank, le Centre de réflexion sur la sécurité intérieure, Alice Cordier interpelle le ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau, au sujet de la dissolution administrative de la Jeune Garde antifasciste ; il lui répond en la félicitant pour son « combat » dont il se dit « très proche »[21],[22].

Chroniqueuse et influenceuse

En , Alice Cordier est en couple avec un membre du groupe néonazi Zouaves Paris[8].

En , elle intègre les émissions Les Grandes Gueules et Touche pas à mon poste ! en tant que chroniqueuse. Selon le site debunkersdehoax.org, elle se présente comme « militante associative », sans préciser qu'elle tient une ligne marquée à l'extrême droite[23]. Elle a également un rôle d'influenceuse : elle est, pendant plusieurs années, égérie pour une marque de compléments alimentaires qui multiplie les partenariats avec des influenceurs d'extrême droite voire néonazis[24]. Elle organise régulièrement des séances photo dont elle est le sujet, arborant des vêtements de marques identitaires ou en compagnie de personnalités d'extrême droite dont Jean-Marie Le Pen, Marion Maréchal, Thaïs d'Escufon, Julien Rochedy, Jean Messiha ou Jean-Yves Le Gallou[4].

Prises de position

Elle déclare être favorable, en matière de contraception, à « des moyens naturels », déplore un nombre trop élevé d'interruptions volontaires de grossesse, avant de « rétropédaler » en indiquant qu'elle « ne remet pas en question l'avortement », mais qu'elle « refuse de le voir comme quelque chose d'anodin »[15].

Elle dénonce le « harcèlement de rue par les hommes issus de l'immigration », ce que Le Télégramme décrit comme « une démarche xénophobe sous couvert de féminisme »[2].

Alice Cordier approuve les thèses de Julien Rochedy : elle affirme l'existence d'une complémentarité supposée « naturelle » entre les hommes et les femmes, et se place en défense d'une « virilité [européenne] » qui serait en déclin[4].

Polémiques

En , Alice Cordier partage sur Twitter une photographie censée prouver que Nathalie Loiseau aurait fréquenté le milieu skinhead « n'oublie pas d'où tu viens stp, y'a pas si longtemps tu câlinais encore des skins et visiblement ça te donnait pas d'urticaire », avant de reconnaître ne pas être certaine de l'identité de la personne photographiée[25]. Elle avait déjà tweeté « Nathalie Loiseau, une des nôtres ! » après la publication d'une ancienne photographie par le GUD[25].

En , dans le cadre d'une vague de cyberharcèlement à l'encontre de la journaliste Nassira El Moaddem  cette dernière a reçu de nombreuses « agressions racistes et sexistes sur les réseaux sociaux et les médias de Vincent Bolloré »  Alice Cordier a lancé une cagnotte pour lui payer un billet d'avion pour quitter la France, avant de la clôturer par crainte d'un procès et d'évoquer « l'humour » pour justifier sa démarche. Salim Djellab, conseiller municipal de Renaison et membre de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA), a signalé la cagnotte au procureur de la République de Roanne, Xavier Laurent[26],[27].

En , un militant néonazi, ancien membre de Lyon populaire (groupe d'ultradroite dissous par le gouvernement) ayant combattu en Ukraine dans le bataillon Azov, publie une photographie dans laquelle Alice Cordier effectue un geste que plusieurs journalistes, ainsi que le député Thomas Portes, interprètent comme une reproduction de l'insigne de la SS ; ils arguent notamment[28],[29] que ce geste est répertorié comme « hate symbol » par l'Anti-Defamation League[30]. Alice Cordier dément la nature politique du geste et affirme qu'il s'agit d'une « référence au rap », puis le rapproche du geste de célébration de la footballeuse Louna Lapassouse, représentant ses initiales LL ; son club, le Toulouse FC, dénonce une « récupération honteuse »[28],[29],[31],[32]. Le groupe de rap en question, un temps avancé comme L'uZine (qui utilise un signe proche pour former le Z de son nom), pourtant antifasciste et rejetant la tentative de récupération d'Alice Cordier, s'avère finalement être Skull Shooters (initiales SS), un groupe reprenant les symboles du mysticisme nazi comme le soleil noir. La photo a été prise lors d'une soirée de militants néonazis en dans le 11e arrondissement de Paris, bien qu'Alice Cordier ait prétendu qu'elle avait 18 ans et qu'il s'agissait d'un « bar de surfers »[33].

Notes et références

  1. 1 2 Aziz Zemouri, « Rififi chez les identitaires : le parquet ouvre une enquête pour violences », Le Point, (consulté le ).
  2. 1 2 Kevin Storme, « Alice Cordier, la rennaise à la tête du « féminisme identitaire » » Accès payant, Le Télégramme, (consulté le ).
  3. « Alice Cordier : Plongée dans la Vie de la Controversée Leader Féministe et Son Rôle dans l’Activisme Français », sur lejournaltech.fr, .
  4. 1 2 3 4 5 Sarah Benichou, « Némésis, ces féministes identitaires au service du « camp national » » Accès payant, sur Mediapart, (consulté le ).
  5. Laure Dasinieres, « Les petits secrets du Collectif Némésis, ces «Femen d'extrême droite» », sur Slate.fr, .
  6. Baptiste Roger-Lacan (dir.), Nouvelle histoire de l'extrême droite : France -, Paris, Seuil, coll. « L'Univers historique », , 371 p. (ISBN 978-2-02-158695-4 et 978-2-02-158696-1, lire en ligne Accès limité).
  7. Magali Della Sudda, Les nouvelles femmes de droite, Marseille, Hors d'atteinte, coll. « Faits & idées », , 1re éd., 280 p. (ISBN 978-2-38257-028-9, 978-2-38257-029-6 et 978-2-38257-030-2, lire en ligne Accès limité), citant « Alice, s’engage pour les femmes de France », Auditeur du mois, sur ifpfrance.org, Institut de formation politique, .
  8. 1 2 Sébastien Bourdon, Drapeau noir, jeunesses blanches : Enquête sur le renouveau de l'extrême droite radicale, éditions du Seuil, , 352 p. (ISBN 978-2-02-156628-4 et 978-2-02-156629-1, lire en ligne), p. 280–283.
  9. Gaspard de Malherbe, « Collectif Némésis : « Dans cinq ans, tout le monde pensera comme nous », assure Alice Cordier » Accès payant, Valeurs actuelles, (consulté le ).
  10. Lumi, « Le réseau Atlas : une bataille des idées menée par l'extrême-droite dans les médias français », sur Blast, (consulté le )
  11. Samuel Laurent, « La campagne d'affichage en faveur d'Éric Zemmour, nouvelle pierre sur le chemin d'une candidature à la présidentielle » Accès payant, Le Monde, (consulté le ).
  12. Marylou Magal, « De Marion Maréchal à François-Xavier Bellamy : l'IFP, l'école où les droites se rejoignent » Accès payant, L'Express, (consulté le ).
  13. 1 2 Maxime Macé et Pierre Plottu, « Les influenceuses identitaires, des clics et des réacs » Accès payant, Libération, (consulté le ).
  14. Sacha Billaudot, « Le collectif Némésis : féminisme identitaire ou identitarisme sous un voile féministe ? », sur letotebag.net, (version du sur archive.org).
  15. 1 2 Laure Daussy, « Quand le « féminisme » est récupéré par l'extrême droite : le collectif Némésis (1/2) » Accès payant, Charlie Hebdo, (consulté le ).
  16. Paul Conge, « Enquête ouverte pour "violences volontaires" contre le youtubeur d'extrême droite Baptiste Marchais », Marianne, (consulté le ).
  17. Arthur Weil-Rabaud et Daphné Deschamps, « Prozis, la marque de nutrition sportive préférée des fafs », sur StreetPress, (consulté le ).
  18. Margot Nicodème, « La Ville de Lille porte plainte après le déploiement d'une banderole identitaire à la Braderie », Lille Actu, sur actu.fr, (consulté le ).
  19. Pierre Plottu et Maxime Macé, « Lille : les identitaires des Némésis déploient deux banderoles racistes et finissent en garde à vue » Accès payant, Libération, (consulté le ).
  20. Antoine Maes, « Selfie avec Darmanin à la braderie de Lille, banderoles identitaires… Ce qu'il faut savoir sur l'action de Némésis », La Voix du Nord, (consulté le ).
  21. Romain Herreros, « Bruno Retailleau avoue partager le « combat » de Némésis, un collectif identitaire », sur Le HuffPost, .
  22. Étienne Baldit, Pierre Plottu et Maxime Macé, « Bruno Retailleau adoube le collectif d’extrême droite Némésis, dont il partage le «combat» », Chez Pol, Libération, .
  23. Pavel DBK, « Qui sont Alice Cordier et son collectif Nemesis ? », sur debunkersdehoax.org, (consulté le ).
  24. Maxime Macé et Pierre Plottu, « En Ukraine, l'extrême droite française joue la carte de l'humanitaire », sur StreetPress (consulté le )
  25. 1 2 Pierre Plottu et Maxime Macé, « Cette photo montre-t-elle vraiment l'ex-ministre Nathalie Loiseau avec un skinhead ? », CheckNews, Libération, (consulté le ).
  26. Ellen Salvi, « Liberté d'expression : les attaques politiques, les fautes du service public » Accès payant, sur Mediapart, (consulté le ).
  27. « «Pays de racistes dégénérés» : la journaliste Nassira El Moaddem cyberharcelée par l'extrême droite », Ouest-France, (consulté le ).
  28. 1 2 Florent Le Du, « Némésis : photographiée réalisant une gestuelle néonazie, Alice Cordier évoque une référence… au rap » Accès payant, L'Humanité, .
  29. 1 2 Sylvain Duchampt, « "Mensongères et indignes" : le Toulouse FC dénonce la récupération néonazie de la célébration de sa joueuse Louna Lapassouse », France 3 Occitanie, .
  30. (en) « SS (hand sign) », Hate on Display, sur adl.org, Anti-Defamation League.
  31. Arthur Tirat, « "Une récupération honteuse" : Nemesis utilise l'image d'une joueuse du TFC, le club monte au créneau et dénonce une "polémique indigne" », La Dépêche du Midi, .
  32. Nicolas Stival, « Le TFC s'insurge contre "la récupération honteuse" du geste d'une joueuse par Alice Cordier de Némésis », Actu Toulouse, sur actu.fr, .
  33. Vincent Coquaz et Pierre Plottu, « Alice Cordier de Némésis fait-elle un signe néonazi sur une photo datant de  ? » Accès payant, CheckNews, Libération, .

Voir aussi