Altametris
Altametris est une entreprise française créée en 2017, filiale à 100 % de SNCF Réseau. Issue du pôle drone du gestionnaire d'infrastructure ferroviaire, elle produit des modèles tridimensionnels d'infrastructures à partir de données lidar et photographiques, édite les logiciels servant à les exploiter pour la maintenance, et exploite une flotte de drones pour le compte du groupe SNCF, notamment à des fins de surveillance[1],[2]. Elle est l'une des filiales industrielles de SNCF Réseau[3].
| Altametris | |
Logo d'Altametris. | |
| Création | 2017 |
|---|---|
| Forme juridique | Société par actions simplifiée |
| Siège social | Saint-Denis |
| Actionnaires | SNCF Réseau |
| Activité | Traitement de données géospatiales, édition de logiciels, topographie, exploitation de drones |
| Société mère | SNCF Réseau |
| Effectif | environ 50 (2025) |
| SIREN | 828 154 377 |
| Site web | altametris.com |
| Chiffre d'affaires | 8,7 millions d'euros (2024) |
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Histoire
modifierLe pôle drone de SNCF Réseau (2014-2016)
modifierSNCF Réseau met en place en 2014 un pôle dédié à l'exploitation des drones, chargé de missions d'inspection, de cartographie et de surveillance des installations du réseau ferré national. La photogrammétrie alors employée présentant des limites pour les mesures sous couvert végétal, le pôle acquiert un système lidar aéroporté afin de cartographier le risque lié à la végétation, deuxième poste de coût de maintenance du réseau[4]. La SNCF s'impose dès 2015 comme l'un des principaux utilisateurs français de drones civils[5],[6], et les premiers vols de surveillance des voies remontent à cette année-là[7],[8].
Création de la filiale (2017)
modifierLa filiale est présentée publiquement le par Patrick Jeantet, alors président de SNCF Réseau, en présence du secrétaire d'État chargé des Transports Alain Vidalies[9],[10],[11]. À cette date, l'équipe compte une vingtaine d'ingénieurs, de télépilotes et de développeurs et dispose d'une flotte de douze drones[12]. La nouvelle entité doit réaliser l'essentiel de ses prestations pour les entités du groupe, tout en proposant ses services à d'autres gestionnaires d'infrastructures[13].
Diversification vers le traitement de données (2018-2022)
modifierLes travaux menés au sein de l'entreprise portent d'abord sur l'exploitation des nuages de points acquis par drone. Une chaîne de classification automatisée est mise en production pour distinguer, dans les données lidar, les rails, les fils et poteaux caténaires et la végétation, et pour hiérarchiser les arbres selon leur dangerosité ; ces travaux d'ingénierie remportent le premier prix de l'Association française de topographie en 2018[4]. Un second projet mené dans l'entreprise, primé par la même association en 2020, porte sur la reconnaissance automatique d'objets de voie — balises KVB, armoires et regards de signalisation — sur orthophotographies au moyen d'un réseau de neurones, en vue de leur report automatique dans les plans topographiques[14].
En 2020, alors que la SNCF est le premier consommateur français de glyphosate — 38 tonnes épandues par an, principalement pour désherber les abords des voies —, l'interdiction annoncée de cet herbicide conduit l'entreprise à développer des algorithmes identifiant par apprentissage automatique les zones nécessitant une intervention mécanique ciblée plutôt qu'un traitement systématique. Les caméras embarquées sur les drones, couplées à un logiciel de traitement d'images, permettent par ailleurs de détecter des fissures d'ouvrages d'art de l'ordre de 0,5 mm[15].
En 2021, l'entreprise lance Altametris Suite, une plateforme en mode SaaS destinée au traitement, à la visualisation et à l'analyse de données 2D et 3D[16]. L'activité se déplace alors de la seule acquisition par drone vers le traitement de masse de données collectées par d'autres vecteurs : en 2022, 80 % de la collecte est réalisée par train ou par hélicoptère, le reste provenant d'une flotte d'environ 130 drones répartis sur le territoire et, marginalement, de relevés terrestres[16].
Industrialisation (2023-2025)
modifierEn 2024, le partenariat entre SNCF Réseau et ses filiales aboutit à la mise en production de « l'Usine 3D », un outil de traitement en masse des données tridimensionnelles destiné à produire les analyses utilisées par les entités de maintenance[17].
En 2025, l'entreprise emploie une cinquantaine de personnes, majoritairement des spécialistes du numérique, pour un chiffre d'affaires de 8,7 millions d'euros ; elle réalise aussi des prestations pour d'autres gestionnaires d'infrastructures, ferroviaires ou non, tels que RTE. Elle intervient par exemple par drone, dans les heures suivant l'accident, sur la rame TGV déraillée à Tonneins en mai 2025, afin de documenter l'état de l'infrastructure et d'orienter les méthodes de remise en état[1].
En avril 2025, plusieurs cadres de l'entreprise contribuent à un numéro spécial de la Revue générale des chemins de fer consacré à l'usage de la 3D chez SNCF Réseau, portant notamment sur le traitement de la donnée à grande échelle, le calcul des volumes de ballast, la rétro-ingénierie du tracé de voies et l'analyse des passages à niveau[18],[19],[20].
Le dispositif de surveillance nocturne par drone qu'elle opère pour le compte de la sûreté ferroviaire fait l'objet d'une attention médiatique accrue à partir de 2025, dans un contexte de hausse des vols de câbles de cuivre et après les sabotages ayant visé les lignes à grande vitesse le , jour de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Paris, qui avaient affecté environ 800 000 voyageurs[21],[22],[23],[24],[8],[25],[26].
Activités
modifierL'activité se répartit entre trois domaines : l'exploitation de drones, la topographie ferroviaire, et l'édition de logiciels de recueil et de traitement de données réunis dans Altametris Suite[1].
Modélisation tridimensionnelle et édition logicielle
modifierL'entreprise produit des modèles tridimensionnels géolocalisés des infrastructures ferroviaires puis en extrait automatiquement des mesures. Les données lidar sont acquises sur l'ensemble du réseau tous les huit semaines, principalement par les engins de surveillance de la voie de SNCF Réseau, et représentent environ trois téraoctets par jour[2],[16]. Une architecture logicielle sans serveur permet le traitement parallélisé de ces volumes, les positions étant calculées par trajectographie à partir de corrections GNSS et de centrales inertielles, puis rattachées aux repères linéaires ferroviaires[18]. La précision des modèles est de l'ordre de 5 mm, ce qui permet de consulter virtuellement n'importe quel point du réseau à une date donnée[2].
Applications à la maintenance
modifierLes analyses tirées de ces modèles portent notamment sur la détection d'obstacles, le contrôle du gabarit, la géométrie de la caténaire, les volumes de ballast et la surveillance de la végétation, cette dernière constituant le poste de maintenance le plus coûteux pour SNCF Réseau[2],[27].
La revue de conformité des profils de ballast, jusqu'alors réalisée à pied par les agents de maintenance, est automatisée à partir de l'automne 2024 sur 30 000 km de voie. Les excédents de ballast constatés en voie peuvent atteindre 300 kg/m, la méthode permettant d'estimer les volumes à commander et ceux susceptibles d'être réemployés[28]. D'autres travaux portent sur l'analyse tridimensionnelle des passages à niveau — à l'origine en France de plus de 110 collisions et d'une vingtaine de décès par an en moyenne — afin d'identifier les risques d'accrochage de véhicules à faible garde au sol[19].
Exploitation de drones
modifierL'entreprise réalise des inspections d'ouvrages d'art et de zones difficiles d'accès, et intervient en appui des équipes de sûreté ferroviaire. Les missions de surveillance se déroulent généralement entre 22 heures et 6 heures, lorsque la circulation est interrompue sur les lignes à grande vitesse, chaque vol faisant l'objet d'une déclaration préalable à la DGAC[22]. Les appareils employés pour ces missions, à voilure fixe et d'une quinzaine de kilogrammes, sont lancés depuis une rampe en plein champ et évoluent à environ 120 m d'altitude, hors de vue et de portée acoustique ; leur caméra infrarouge permet de repérer des personnes ou des véhicules aux abords des voies, le télépilote alertant alors une équipe au sol qui lève le doute[22],[25],[26]. L'entreprise assure également la formation au télépilotage et la gestion des demandes d'autorisation de vol[29],[30].
Les volumes d'activité communiqués varient sensiblement selon les périodes et les modes de calcul retenus, ce qui reflète probablement la montée en puissance rapide du dispositif plutôt qu'une incohérence entre les chiffres : environ 1 500 survols annuels sont évoqués début 2026, complétés par 200 opérations supplémentaires lors des week-ends de grands départs[25], contre près de 2 000 vols par an fin 2025, dont environ 200 consacrés spécifiquement à la lutte contre les intrusions et les actes de malveillance[24]. La flotte, forte d'environ 130 appareils en 2022[16], dépasse 200 drones en 2025[22],[21],[8],[23].
Topographie
modifierL'entreprise produit des plans topographiques, des modèles numériques de terrain et des orthophotographies destinés aux projets de modernisation d'infrastructures[12]. Les données lidar dynamiques offrant une précision centimétrique, insuffisante pour l'ingénierie du tracé de voie qui requiert une information millimétrique, elles sont employées pour la documentation et la rétro-ingénierie des tracés existants, notamment en vue de maquettes BIM[20]. L'entreprise propose par ailleurs des prestations de conseil sur le choix des méthodes et des capteurs d'acquisition[2].
Références
modifier- 1 2 3 G. D., « Les efforts technologiques de SNCF Réseau pour accroître la performance de sa maintenance », Mobitélex, Mobilettre, no 490, (lire en ligne, consulté le ).
- 1 2 3 4 5 Toma Bačić, « Asset maintenance takes to the skies », Railway Gazette International, , p. 46-47.
- ↑ Frédéric Burguière, « La grande interview : Olivier Bancel, directeur général exécutif Projets, Maintenance et Exploitation de SNCF Réseau », sur Construction Cayola, (consulté le ).
- 1 2 Luc Perrin, « Analyse du risque végétation dans les emprises ferroviaires à partir de données LiDAR acquises par drones », XYZ, Association française de topographie, no 154, 1er trimestre 2018, p. 15-21.
- ↑ Vincent Lamigeon, « Comment la SNCF devient le champion français des drones », sur Challenges, (consulté le ).
- ↑ Michèle Warnet, « Surveillance du réseau : la SNCF fait son « drone show » », sur Les Échos, (consulté le ).
- ↑ Pierre Barbin, « Les drones, le dispositif de la SNCF pour traquer les voleurs de cuivre », sur BFM TV, (consulté le ), émission Première Édition.
- 1 2 3 Jonathan Parienté, « Comment la SNCF surveille son réseau ferroviaire », Le Monde, , p. 14 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « SNCF Réseau lance une filiale dédiée aux drones », sur BFM TV, (consulté le ).
- ↑ « SNCF Réseau crée une entreprise de drones », sur La Tribune, (consulté le ).
- ↑ Lionel Steinmann, « SNCF Réseau met en valeur son expertise dans les drones », sur Les Échos, (consulté le ).
- 1 2 Adrien Pouthier, « SNCF Réseau présente Altametris, sa nouvelle filiale drones », sur Le Moniteur Matériels, (consulté le ).
- ↑ Vincent Rocher, « Découvrez ALTAMETRIS, nouvelle filiale drone de SNCF », sur SNCF Numérique, (consulté le ).
- ↑ Valentin Desbiolles, « Reconnaissance automatique d'objets pour le jumeau numérique ferroviaire à partir d'imagerie aérienne », XYZ, Association française de topographie, no 167, 2e trimestre 2021, p. 33-38.
- ↑ « Les voies ferrées sous contrôle », 01net, no 934, , p. 28.
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- 1 2 Alexis Meneses et Pierre Assali, « Traitement de la donnée 3D à grande échelle », Revue générale des chemins de fer, no 358, , p. 27-36.
- 1 2 Alexis Meneses et Marion Hinaux, « Analyse des passages à niveau en 3D », Revue générale des chemins de fer, no 358, , p. 146-149.
- 1 2 Guilhem Villemin et Alexis Meneses, « Rétro-ingénierie du tracé de voies », Revue générale des chemins de fer, no 358, , p. 124-127.
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- 1 2 Pierre Gallaccio, « Journal de 13 heures », sur TF1, .
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- 1 2 « « Il faut qu'on soit plus efficaces » : des drones pour surveiller les voies SNCF face aux actes de malveillance en hausse », sur France Inter, (consulté le ).
- ↑ (en) « Altametris digitalises ballast management on SNCF network », sur RailTech.com, (consulté le ).
- ↑ Cédric Simon-Nguyen, Bahar Salavati et al., « Calcul des volumes de ballast pour les besoins du mainteneur et des travaux », Revue générale des chemins de fer, no 358, , p. 64-72.
- ↑ « Altametris déploie les premiers drones automatiques en milieu ferroviaire », sur SNCF Numérique, (consulté le ).
- ↑ Thibaut Chereau, « Drones : avec 387 000 engins dans le ciel français, leur maintenance s'impose comme un sujet crucial », L'Usine nouvelle, (lire en ligne, consulté le ).
