Alur (peuple)
Les Alur sont une population d'Afrique centrale et de l'Est, vivant sur les rives septentrionales du lac Albert, au nord-est de la République démocratique du Congo, dans le territoire de Mahagi (dans toutes les chefferies du territoire de Mahagi sans Inception) et dans le territoire de Djugu (Mambisa/Pamitu et Panduru, Musekere, Muganga), ainsi qu'au nord-ouest de l'Ouganda. Le peuple Alur fait partie des grandes familles Luo ou Lwo que regroupent les Acoli, Jurchol, les Teso, Lang'o, Dama et Nuer. Au Kenya, contrairement aux autres pays de l'Afrique de l'Est, l'appellation « luo » est unique pour le Kenya, où il occupe la troisième place en nombre après les Kikuyu et les Luhya, également en Tanzanie. D'autres communautés sont établies au Kenya, au Soudan, en Tanzanie et en Éthiopie.
| Langues | Alur |
|---|---|
| Religions | Christianisme et culte des ancêtres (lam the kwaru) |
| Ethnies liées | Ensemble tributaire luo (Luo Kenya, Luo Tanzanie, Acoli, Lang'o, Teso, Dama, Jurchol, Nuer) |
Selon les sources et le contexte, on observe différentes formes : Alour, Alulu, Alurs, Aluur, Joalur, Jonam, Jo Nam, Luri ou Lur[1].
Histoire
modifierLa chefferie des Mambisa est le fruit du flux migratoire du peuple Alur dans les plateaux de l'Afrique orientale depuis le XVIe siècle pour se cristalliser dans la région actuelle de Djugu au XIXe siècle[2]. Elle est une entité territoriale décentralisée dotée de la personnalité juridique. Depuis 1975, son chef-lieu est fixé à Nizi par l'arrêté du C.D.D.F. ABSIL signé le . Nizi est situé dans le groupement Taratibo, en territoire de Djugu, à 31 kilomètres au nord de la ville de Bunia, chef-lieu de la province de l'Ituri, en République démocratique du Congo.
Cette entité administrative et coutumière a existé avant l'arrivée des Belges : « en janvier et , les troupes de Dhanis en route pour le Nil passaient par Kilo où, par leurs bévues et exactions, ont semé la désolation dans la région à cause desquelles le chef Krilo et ses administrés durent fuir en brousse » ; « En 1891, l'expédition d'Emin Pacha, dont l'explorateur Stuhlmann faisait partie, sillonnait la contrée, elle s'est arrêtée pendant trois jours au mont Swanga, résidence de Krilo, chef de cette partie aux confins ouest du territoire Lendu touchant aux Banyali ».
Le mont Swanga prit le nom de Kilo, du nom du chef Krilo, et fut le poste où l'on installa et investit le lieutenant Sauvage par le lieutenant Josué Henry, de la Force Publique de l'EIC (État indépendant du Congo), en 1895.
En 1904, le poste fut déplacé vers le sud, à peu près sur le site actuel de Kilo, parce que l'exploitation des alluvions aurifères venait de commencer dans la rivière Sau, à la suite des trouvailles des deux prospecteurs australiens, Hannan et Obrien, en 1903.
En , le R.P. Lambert, français de la Congrégation du Sacré-Cœur, en provenance de Kisangani, avait judicieusement placé chez le chef Goli le catéchiste Léon Mangala, parce que ce fut un chef relativement riche et important, entretenant de bonnes relations amicales avec les chefs influents de la région.
Le chef Louis Goli et Maria Kyeusi furent baptisés avec ses six enfants le , dans le groupe de 40 premiers nouveaux baptisés de Kilo. Dès lors, « il fit figure de soutien privilégié des missionnaires et même apôtre » car il accompagnait le Père supérieur Van Den Eynde dans le contrôle de connaissance et de bonne conduite des catéchumènes, avec son frère Kitambala et le chef Risasi.
Le , Goli fut condamné à 10 ans de servitude pénale pour « soi-disant » meurtre sur « témoignages partisans » du Père Supérieur, puis destitué. Il était un chef têtu et coriace, mais il avait un grand sens politique, dit le Père Gérard Malherbe ; son comportement véreux est à l'origine de l'adage populaire célèbre : « ubishi inaua Goli » signifiant qu'il faut adopter une attitude souple si l'on veut être ménagé et compris par les autres, surtout ceux qui sont plus puissants que soi.
En 1908, les colons belges atteignaient le chef-lieu de l'entité lorsque le grand et premier chef Krilo régnait dans la région à Kilo dans la partie que l'on appelle Kilo Mission sur la colline Kama. « En , la chefferie des Mambisa, vu sa position (excentrique par rapport à Mahagi…), fut la première entité politico-administrative « lur » créée par le colonisateur belge. » Elle est constituée le en Centre indigène (C.I.) des Mambisa sous l'autorité de Goli, deuxième roi de l'entité. Si en 1947 l'administration coloniale avait procédé au glissement des Pamitu de Mahagi sur le territoire sous-peuplé de leurs frères Mambisa, en 1948, c'était le déferlement le plus important de la population actuelle de cette région de la chefferie des Mambisa. Elle est dotée de la personnalité juridique par l'arrêté n° 21/10/57 de Monsieur le Commissaire de District de Kibali-Ituri en 1957. Le code de l'administration publique qui lui a été attribué est composé de quatre chiffres : 5130.
Population
modifierLors du recensement de 2014 en Ouganda, on a dénombré 878 453 Alur[3].
Langue
modifierIls parlent l'alur, une langue nilotique occidentale. Le nombre de locuteurs est estimé à 1 367 000, dont 750 000 pour la République démocratique du Congo (2001) et 617 000 pour l'Ouganda (2002)[4].
Culture
modifierCe peuple reste, jusqu'à ce jour, attaché à l'art. C'est pourquoi la plupart de ses outils restent des objets taillés, sculptés ou faits de terre : manche de houe, siège, potier... Et leurs richesses culturelles (chansons, légendes, historiettes, traditions, produits (plantes) thérapeutiques...), malgré la scribalité, se transmettent encore oralement et sont gardés dans les mémoires populaires. Il y a encore très peu d'écrit sur leur culture, sauf quelques efforts de rares intellectuels aujourd'hui.
- Habitation alur (Ouganda Museum).
- Cuisine alur (pain, poisson fumé et soupe).
- Anyoya : un plat très populaire en pays alur.
- Collier en fer forgé[5]
Succession des chefs coutumiers
modifierLe pouvoir coutumier en chefferie des Mambisa depuis son avènement a connu des temps forts à la succession au pouvoir depuis le règne du premier chef Krilo de la chefferie. En voici la succession :
- 1er chef Krilo coutumier, né vers 1840 : vers 1870, avant la conférence de Berlin, jusqu'à 1905.
- 2e chef coutumier Louis Goli Krilo : de 1905 à 1916.
- 3e chef coutumier Joseph Kitambala Krilo : de 1916 à 1933.
- 4e chef coutumier André Krilo : 1939–1943.
- 5e chef coutumier Louis Ndrudro Krilo : de 1991 à 2015.
- 6e chef coutumier Henry Juga Tchele Krilo : de 2015 à 2024.
- 7e chef coutumier Badinga Baudjo Krilo : installé chef le vendredi au chef-lieu de chefferie à Nizi.
Il faut noter que la chefferie a été dirigée successivement par Risasi sous le règne duquel la chefferie des Mambisa dans sa configuration actuelle fut formée (1933 à 1939), par Simon Minya, fils de Gokalu, catéchiste de son état qui fut promu par l'influence du colonisateur (1943 à 1975), et Jean-Marie Loda Minya, son fils, de 1975 à 1991.
Organisation administrative
modifierLa chefferie des Mambisa a son chef-lieu à Nizi ; elle est dirigée par Sa Majesté Jean-Baptiste Badinga. Elle compte 10 groupements comprenant 105 localités correspondant grosso modo aux sous-clans. Elle est composée de 10 groupements : Taratibo, Kekpa, Kpadinga, Mandje, Mayalibo, Londroma, Loda, Zengo, Abini, Ndikpa.
La chefferie des Mambisa est délimitée par les entités territoriales administratives suivantes : à l'est : par le secteur des Walendu Djatsi et la chefferie des Ndo Okebo, le groupement Dhego de la chefferie des ; à l'ouest : par les secteurs des Banyari Kilo et des Walendu Djatsi ; au nord : par la chefferie Bahema Badjere, le secteur des Banyali et la chefferie des Mabendi ; au sud : par le groupement Bendele de la chefferie des Bahema Baguru.
Notes et références
modifier- ↑ « Alur (peuple d'Afrique) », sur BnF (consulté le )
- ↑ « Alur Kingdom en Ouganda et en République Démocratique du Congo : vers la nostalgie de l'unité perdue » [PDF], sur IOSR Journals
- ↑ (en) National Population and Housing Census 2014. Main Report, Uganda Bureau of Statistics 2016, p. 71.
- ↑ (en) Fiche langue
[alz]dans la base de données linguistique Ethnologue. - ↑ Musée royal de l'Afrique centrale
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (en) Jalobo Jacan Ngomlokojo, Rituals of religious worship among the traditional Alur, Gulu, Ouganda, , 143 p.
- (en) Okete J.E. Shiroya, « Alur Culture and Society (c1650-1850) », Journal of Eastern African Research & Development, vol. 12, , p. 13-20 (lire en ligne)
- (en) Aidan W. Southall, Alur society : a study in processes and types of domination, Münster, LIT Verlag, International African Institute, , 397 p. (ISBN 3-8258-6119-8) (nouvelle édition)
- (nl) M. Vanneste, Legenden, geschiedenis en gebruiken van een Nilotischvolk. Alur teksten, Mahagi, Belgisch-Kongo, Bruxelles, Institut Royal Colonial Belge, , 201 p.
Discographie
modifier- (en) Forest music : northern Belgian Congo : 1952 (Hugh Tracey, collecteur), International Library of African Music, Grahamstown, 2000, CD (65 min 48 s) + brochure (16 p.). Les enregistrements concernent les peuples suivants : Mayogo, Meje, Azande, Bobwa, Alur, Balendu, Lokele.
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- (en) « Alur People and their Culture » (Uganda Tourism Center)
