Andemantunnum

nom gallo-romain de Langres

Andematunum (ou Andemantunnum) est le nom gallo-romain de la ville de Langres, la capitale des Lingons. Les mentions de ce nom se retrouvent sur les bornes milliaires (en abrégé AND), la Table de Peutinger et l'Itinéraire d'Antonin.

Andemantunnum
Lingonae
Image illustrative de l’article Andemantunnum
Vestige d'une porte romaine dite Porte du Marché
Localisation
Pays Drapeau de l'Empire romain Empire romain
Province romaine Gaule belgique
Région Grand Est
Département Haute-Marne
Commune Langres
Type Chef-lieu de Civitas
Coordonnées 47° 51′ 48″ nord, 5° 20′ 02″ est
Superficie 70 ha
Histoire
Époque Antiquité (Empire romain)
Géolocalisation sur la carte : Rome antique
(Voir situation sur carte : Rome antique)
Andemantunnum
Andemantunnum

Toponymie

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Andemantunnum est composé de la particule intensive ande et matu « ours », attesté en toponymie, par exemple Matauonium (Cabasse, Var) ou Matouium (Grande-Bretagne)[1], avec le suffixe -unnum, celui de Cernunnos ; le sens pourrait être : « grand oppidum des ours »[2]. Rebaptisée Langres sous le règne d'Auguste, lors de la réorganisation de la Gaule, en empruntant le nom du peuple gaulois Lingon dont elle était la capitale, Lingonae ou Civitas Lingonum.

Histoire

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On doit à plusieurs historiens romains les premières mentions de la cité lingonne.

Tacite raconte la non-intervention des Lingons lors du soulèvement de certains peuples contre le pouvoir autoritaire de Néron. L'empereur éliminé, son successeur, Galba, punit ceux qui n'avaient pas participé à la révolte, les Lingons entre autres[3].

L'échec de Julius Sabinus

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Après cet épisode, les Lingons s'allièrent à Vitellius dans sa lutte contre Othon, qui s'était proclamé empereur après avoir assassiné Galba. Profitant de ces troubles, Vespasien se fit proclamer empereur, mais cette situation plus que troublée poussa à des tentatives de prise de pouvoir individuelles. C'est ce moment que choisit le lingon Julius Sabinus pour tenter de s'imposer en se proclamant à son tour empereur.

En 70, cependant, le congrès des cités gauloises réuni à Durocortorum (Reims) demanda aux révoltés de cesser le soulèvement. Sabinus s'enfuit par un souterrain de sa villa qu'il avait préalablement incendiée pour faire croire à son décès. Il se réfugia pendant presque dix ans dans une grotte, traditionnellement située aux sources de la Marne, avec sa femme Éponine. Le calme revenu, Sabinus et Eponine se rendirent à Rome pour implorer le pardon de l'empereur Vespasien. Insensible à leur requête, il les fit exécuter tous les deux. Dion Cassius et Plutarque firent de cet épisode de l'histoire langroise une version romancée.

La pax romana s'installa à nouveau sur le territoire lingon. Jusque vers la seconde moitié du IIIe siècle où commencèrent les incursions des Francs vers Durocortorum (Reims) et les Alamans vers Lugdunum (Lyon). Leur jonction s'opéra au sud de Langres qu'ils détruisirent. Les empereurs tentèrent de contenir leurs poussées[3].

La victoire de Constance Chlore

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Dans les Chroniques de Jean Zonaras, c'est ainsi au pied de la citadelle lingonne que l'empereur Constance Chlore battit les Alamans, probablement vers 298 – 300. L'empereur, mis d'abord en fuite, voulut se réfugier dans la cité avec sa troupe. Selon la légende, les portes closes obligèrent celui-ci à se faire hisser au-dessus des murailles à l'aide de cordes. La troupe reformée ressortit ensuite de la cité et massacra, probablement vers Peigney, 60 000 ennemis.

Administrativement, Andematunum faisait partie de la Gaule celtique lors de la conquête romaine par Jules César. La Civitas Lingonum fut rattachée par la suite à la Gaule lyonnaise puis à la Gaule belgique. Sous Domitien, elle dépendit du territoire de la Germanie avant d'appartenir à nouveau à la Lyonnaise, au Bas-Empire[3].

Le site

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La ville est bâtie sur un éperon barré, entouré par la Marne et la Bonnelle. Elle occupe quasiment déjà, au début de l'Empire, la surface de la ville actuelle, soit presque soixante-dix hectares. Avec l'Empire, sa population croît encore et atteint probablement 8 000 habitants.

Les troubles du IIIe siècle et la pression des envahisseurs poussent alors l'administration à concentrer la ville derrière des remparts. La partie nord englobe le promontoire et la partie sud de la ceinture passe un peu plus au nord de l'axe des rues actuelles du Petit-Cloitre, de la Boucherie et Boulière. La superficie de la cité est alors réduite à 25 hectares et abrite entre 2 000 et 3 000 habitants.

Un important carrefour

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Andemantunnum et l'axe vers Reims à gauche, vers Tullum Leucorum pour Metz, en haut à droite.

La cité constitue, à partir du Ier siècle, un important nœud routier :

La Voie romaine Lugdunum (Lyon) - Augusta Treverorum (Trèves) du réseau Via Agrippa traverse la ville par son cardo. Cet axe est rejoint peu avant l'entrée sud de la cité par la voie qui la relie à Vesontio (Besançon). Il ressort au nord par la Longe Porte et se prolonge par la Voie romaine Langres-Metz.

Une voie se dirige vers le nord-ouest en direction de Durocortorum (Reims), sur l'axe Lugdunum-Gesoriacum (Boulogne-sur-Mer). Cette voie quitte la cité par un petit arc de triomphe intégré au rempart et encore en place de nos jours. Son parcours nord contourne la colline des Fourches et se dirige vers Humes-Jorquenay ; c'est l'actuelle R.N.-19.

Une autre grande voie reliant Autessiodurum (Auxerre) à Argentoratum (Strasbourg) passe par son decumanus et franchit la Marne vers Peigney.

Vers le sud une voie conduit à Besançon (Vesontio), D5 - traversant la Saône à Seveux (Segobodum).

Vers le sud-est une autre voie, dont une partie du tracé correspondrait à l'actuelle R.N.-19, conduit à Vesoul après franchissement de la Saône à Port-sur-Saône (Portus-Abucinus).

Les vestiges

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La cité gallo-romaine est bâtie selon le plan en damier, caractéristique des villes romaines antiques. Le cardo maximus, axe nord-sud, correspond approximativement aux actuelles rue Longue Porte – Rue Diderot et avenue Turenne. Le decumanus maximus, voie perpendiculaire au cardo maximus croise celui-ci sur l'actuelle place Jeanne Mance.

La porte romaine

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  • L'Arc du Marché ou Porte romaine, datant de l'époque augustéenne (vers 20 av. J.-C.), est toujours visible, insérée dans les remparts de la ville.

Des fouilles archéologiques ont mis au jour :

  • des tronçons de voies publiques et privées;
  • certains ensembles résidentiels de l'époque romaine, avec maisons particulières relativement confortables (comme les actuelles place Bel-Air et place du Musée);
  • certains vestiges de remparts, de systèmes hydrauliques (égouts, collecteurs, fontaines, sources), de lieux cultuels, de thermes.

Une vie artisanale existait dans les faubourgs de l'agglomération. Ateliers métallurgiques, taille de la pierre, travail de l'argile constituaient l'essentiel de leur activité.

Les nécropoles

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À l'extérieur de la ville, quatre nécropoles ont été mises au jour, aux quatre points cardinaux de la cité, classiquement situées le long des grandes voies de communication. La construction de la citadelle, au XIXe siècle, à l'emplacement de l' « ancien cimetière », a permis de mettre au jour une collection lapidaire très abondante.

Aujourd'hui, de nombreux objets déposés dans le musée d'Art et d'Histoire témoignent de l'importance de cette capitale antique.

Vestiges lapidaires

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Ils sont composés de plus de 500 blocs répertoriés : mosaïque de Bacchus, stèles funéraires, etc.

Notes et références

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  1. Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, Éditions Errance, , 3e éd., 440 p. (ISBN 978-2877726313)
  2. Ernest Nègre, Toponymie générale de la France, Genève, Droz, , p. 137.
  3. 1 2 3 Oxford University, Précis de l'histoire de Langres, Dejussieu, (lire en ligne)

Annexes

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Bibliographie

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  • Paul Maitrier, « Toponymie haut-marnaise, origine des noms Andematunnum et Lingones », Cahiers Haut-Marnais, no 21, , p. 26 sq
  • A. Journeaux (dir.), Histoire de Langres, la vie d'une cité, 3e édition, Guéniot, Langres, 2008.
  • Jean Baptiste Stanislas Martial Migneret, Précis de l'histoire de Langres, Langres, Dejussieu, 1835 (en ligne).
  • P.-Jacques Vignerio, Chronicon lingonense ex probationibus decadis historiae contextum uiriusque, Langres, 1665.

Articles connexes

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Liens externes

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