Année de confusion
L'année de confusion ou année de la confusion correspond à 708 A.U.C. (Ab Urbe condita) dans le calendrier romain (soit 46 av. J.-C.), qui précéda le début du calendrier julien de Jules César en 709 A.U.C.
Année calendaire de transition[1],[2] au calendrier julien, elle est réputée « la plus longue de l'Histoire »[1],[3] car elle compte 422 ou 445 jours[4].
Contexte
modifierÀ l'époque républicaine, l'année civile ordinaire compte 355 jours ; le calendrier n'est ni solaire ni lunaire ; et il manque 10,25 jours pour que l'année civile soit en accord avec l'année naturelle de 365,25 jours représentant l'année tropique[5]. Pour combler le déficit, le grand pontife (pontifex maximus) décide de l'intercalation de 22 ou 23 jours supplémentaires ; l'usage est qu'il les insère en février (februarius), après les Terminalies (Terminalia) du et avant le Régifuge (Regifugium) du ; et que les cinq derniers jours de février — du au inclus — de l'année civile ordinaire s'ajoutent aux jours ainsi intercalés pour former, l'année civile de leur intercalation, un mois complet[5]. Celui-ci, d'abord simplement dit intercalaire (intercalaris), reçoit le nom de mercedonius (‹ merkedonius ›) car il permet aux créanciers, l'année civile de son intercalation, de percevoir davantage d'intérêts[5]. Suivant leurs intérêts personnels, les grands pontifes successifs décident d'intercaler ou non un mois de 22 ou 23 jours[5]. Le caractère aléatoire des intercalations finit par produire un tel décalage entre le calendrier et l'année naturelle[5] que les fêtes des moissons ne tombent plus en été ni celles des vendanges, en automne[6]. En , Jules César devient grand pontife ce qui lui permet de réformer le calendrier.
Témoignage historique
modifierL'année de confusion est ainsi désignée[7],[8] d'après une citation [« annus confusionis » (« année de la confusion » en latin)] des Saturnales de Macrobe (c. – )[9]. La citation est doublement dénaturée : tronquée par l'omission d'un adjectif et décontextualisée par son extraction du reste de l'œuvre, elle produit un sens différent de celui qu'entend lui donner son auteur. En effet, la citation exacte est : « annus confusionis ultimus » (« ultime année de confusion »)[10] ; et il s'agit de l'année qui met fin à une confusion préexistante.
Nos quatre témoignages littéraires antiques sont : la Vie de César[N 1] de Suétone ; le Jour natal[N 2] de Censorin ; l'Histoire romaine[N 3] de Dion Cassius ; et les Saturnales[N 4] de Macrobe. Un cinquième témoignage, tel qu'il nous est parvenu, n'est pas exploitable[16],[12] : le Polyhistor[N 5] de Solin.
D'après Suétone, César insère deux mois supplémentaires, entre novembre et décembre, en sus, conformément à l'usage, du mois intercalaire inséré en février, de sorte que l'année compte 15 mois[14]. D'après Censorin, César insère deux mois supplémentaires, entre novembre et décembre, soit 67 jours, après avoir inséré 23 jours en février, de sorte que l'année compte 445 jours[14]. D'après Dion Cassius, César insère 67 jours intercalaires[14]. D'après Macrobe, l'année, telle que prolongée par César, compte 443 jours[14].
Selon Censorin, l'année 708 A.U.C. compta 445 jours répartis en quinze mois, soit 90 jours de plus qu'une année ordinaire de 355 jours (23 jours en février, Mercedonius, et 67 jours supplémentaires), cela afin de compenser le décalage pris au fil du temps entre le calendrier romain et l'année tropique[17],[18].
Interprétation
modifierLes travaux du XIXe siècle aboutissent à deux principaux systèmes interprétatifs cohérents et irréconciliables[19]. Le premier est celui d'Urbain Le Verrier (-), publié en par Napoléon III dans le tome II, sur la guerre des Gaules, Histoire de Jules César puis en par Eugène Stoffel (-) dans le tome III, sur la guerre civile, de l'œuvre précitée[19]. Le second système est celui que Ludwig Holzapfel (-) publie en dans sa Chronologie romaine (Römische Chronologie) et que Paul Groebe (-) présente en dans la seconde édition de l'Histoire de Rome dans sa transition de la constitution républicaine à la constitution monarchique (Geschichte Roms in seinem Übergang von der republikanischen zur monarchischen Verfassung) de Wilhelm Drumann (-)[19].
À la fin de l'an , sans les corrections apportées par César, l'avance du calendrier officiel sur le calendrier astronomique aurait atteint 67 jours pour Le Verrier contre 89 jours pour Groebe[20]. Les corrections apportées par César consistent en l'insertion de 67 jours pour Le Verrier contre 90 jours pour Groebe[20]. L'an , la première du calendrier julien, débute le et est bissextile pour Le Verrier ; il débute le et ordinaire pour Groebe[20].
Au nombre des partisans du système de Le Verrier, figurent Camille Jullian (-), Jérôme Carcopino (-), André Piganiol (-), Jean Bayet (-), Pierre Fabre (-), Jean Andrieu (-), Alphonse Bouvet (-) et Pierre Grimal (-)[21]. Au nombre de ceux du système de Groebe, figurent T. Rice Holmes (-), Élias J. Bikerman (-) et Alan E. Samuel (-)[22].
Notes et références
modifierNotes
modifierRéférences
modifier- 1 2 Chiu 2016, p. 10.
- ↑ Rose 1944, p. 71.
- ↑ Boren 1992, p. 129.
- ↑ Philip 1921, p. 12-13.
- 1 2 3 4 5 Bakhouche 2016, sec. 1, § 2, p. 4.
- ↑ Bakhouche 2016, sec. 1, § 3, p. 7.
- ↑ D'Alembert 1752, p. 553.
- ↑ Littré 1873.
- ↑ Bouché-Leclercq 1896, p. 1005, col. 1.
- ↑ Bakhouche 2016, p. 3.
- 1 2 Beaujeu 1976, p. 22.
- 1 2 3 4 Bouché-Leclercq 1896, p. 1005, col. 1, n. 2.
- ↑ Beaujeu 1976, p. 22-23.
- 1 2 3 4 5 Beaujeu 1976, p. 23.
- ↑ Bouché-Leclercq 1896, p. 1005, col. 1, n. 1.
- 1 2 Beaujeu 1976, p. 23, n. 18.
- ↑ Censorin, Du jour natal, 20 : « C. César, souverain pontife, voulant, sous son troisième consulat et sous celui de M. Émilius Lepidus, revenir sur cette erreur et la réparer, dut placer entre le mois de novembre et celui de décembre deux autres mois intercalaires de soixante-sept jours, bien qu'il eût déjà intercalé vingt-trois jours en février ; ce qui fit que cette année fut de quatre cent quarante-cinq jours ».
- ↑ France, Collection complète des lois, décrets d'intérêe général, traités internationaux, arrêtés, circulaires, instructions, etc, volume 6, Recueil Sirey, 1834, p. 297 extrait (consulté le 28 mars 2014).
- 1 2 3 Beaujeu 1976, p. 13.
- 1 2 3 Beaujeu 1976, p. 16.
- ↑ Beaujeu 1976, p. 14.
- ↑ Beaujeu 1976, p. 13-14.
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
Sources littéraires antiques
modifier- [Censorin] Censorin, Jour natal (BNF 12372135, LCCN n85215660).
- [Dion Cassius] Dion Cassius, Histoire romaine (BNF 12240536, LCCN n86114124).
- [Macrobe] Macrobe, Saturnales (BNF 13181235, LCCN no2004102229).
- [Solin] Solin, Polyhistor (BNF 16590331, LCCN n86113764).
- [Suétone] Suétone, Vie des douze Césars (BNF 12008292, LCCN n82151707) : César (BNF 16224873).
Études
modifier- [Bakhouche 2016] Béatrice Bakhouche, « Calendrier et pouvoir à Rome : une double révolution », Giornale Italiano di Filologia, vol. 68, no 1, , Ire part. (« Articoli »), art. no 4, p. 89-11 (OCLC 7033889262, DOI 10.1484/J.GIF.5.112481
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- [Beaujeu 1976] Jean Beaujeu, « Les dernières années du calendrier pré-julien », dans Raymond Bloch (préf.), L'Italie préromaine et la Rome républicaine : mélanges offerts à Jacques Heurgon [« Mél. J. Hurgeon »], t. Ier, Rome, ÉFR (diff. Paris, de Boccard), coll. « CÉFR » (no 27 / 1), , 1re éd., XXVI-550 p., 17 × 24,5 cm (ISBN 2-7283-0438-6, EAN 9782728304387, OCLC 1572714866, BNF 34704648, S2CID 179478677, SUDOC 293687285, lire en ligne
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Dictionnaires et encyclopédies
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— 1o, « Année de confusion », p. 732, col. 3.
Articles connexes
modifierLiens externes
modifier- [Luminet 2018] Jean-Pierre Luminet, « L'année de la confusion »
, Luminesciences, Fréjus, Futura-Sciences, . - [Grout] (en) « Ultimus annus confusionis »
, dans James Grout (dir.), Encyclopædia romana, Chicago, université de Chicago, IIIe part. (« Notæ : essays on the history and culture of Rome »), chap. 6) (« The Roman calendar »), d'après :
- [Feeney 2007] (en) Denis C. Feeney, Caesar's calendar : ancient time and the beginnings of history, Berkeley, Los Angeles et Londres, University of Chicago Press, coll. « The Joan Palevsky imprint in classical literature / Sather classical lectures » (no 65), (réimpr. ), 1re éd., XIV-372 p., 16 × 23,5 (ISBN 978-0-520-25119-9 et 978-0-520-25801-3, EAN 9780520251199, OCLC 470708542, BNF 40945069, DOI 10.1525/9780520933767
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