Anna B. Eckstein
Anna Bernhardine Eckstein née le à Cobourg dans la Confédération de l'Allemagne du Nord et morte le , dans la même ville, en zone d'occupation américaine en Allemagne, est une enseignante et pacifiste allemande. Sa pétition pour la prévention de la guerre recueille six millions de signatures dans le monde entier et ses actions pacifistes lui valent d'être proposée pour le prix Nobel de la paix en 1913.
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Biographie
modifierAnna Eckstein naît le 14 juin 1868 à Cobourg[1]. Son père, Johann Nikolaus Eckstein, est assistant télégraphiste employé par la compagnie ferroviaire de la Werra (de), et sa mère se prénomme Anna Barbara, née Götz[1]. Elle a deux frères et sœurs, un frère cadet Ernst et une sœur aînée Antonie née gravement handicapée à sa naissance[2].
Entre 1874 et 1882, elle fréquente l'école de filles de Cobourg. Pour des raisons financières, elle ne peut pas poursuivre d'études supérieures. Elle apprend cependant l'anglais et le français dans le but de devenir enseignante[3].
À seize ans, en septembre 1884, elle quitte l'Allemagne pour rendre visite à des proches à New York[2],[4]. Après plusieurs emplois comme nourrice et enseignante, elle est employée de décembre 1887 à octobre 1893 par l'homme d'affaires Godfrey Mannheimer, immigré d'Allemagne, comme tutrice privée pour sa fille Mamie. Durant cette période, elle revient trois fois en Allemagne avec la famille Mannheimer[2]. En 1894, elle s'installe à Boston et vit avec l'écrivaine Mattie Griffith Browne (en) qu'elle surnomme « sa petite maman »[5]. Elle enseigne les langues à l'École moderne de langues et de littérature, puis en devient directrice, et propriétaire en 1897[5].
Engagement pacifique
modifierEckstein entre en contact avec le mouvement pacifiste américain en 1898 et, déçue par les résultats de la première Conférence de la paix de La Haye en 1899, elle rejoint l'American Peace Society, dont elle est vice-présidente de 1905 à 1911[6].
Première pétition remise lors de la deuxième conférence de la paix de La Haye
modifierAfin de susciter l’intérêt pour la deuxième Conférence de la paix de La Haye convoquée en 1907, elle rédige un court texte appelant à une « procédure générale d’arbitrage » dans les conflits internationaux. Pour essayer de mobiliser le plus de personnes possible, elle organise des soirées de conférences. C'est ainsi que plus d'un million de citoyens américains signent son texte. Des dizaines de milliers d'Allemands et de Britanniques adhérent à ses idées. Le 4 juillet, jour de l'indépendance américaine, elle remet sa pétition au prince russe Alexandre Nelidov, président de la conférence.
Nomination au prix Nobel de la paix
modifierAvec le soutien de l’éditeur américain de manuels scolaires Edwin Ginn, elle se rend au Canada puis en Europe[7]. Elle réside à nouveau à Cobourg en 1909. Jusqu'au début de 1913, elle donne des conférences au Danemark, en Allemagne, en Suisse, en Autriche-Hongrie, en Suède, en Angleterre, en Écosse, au Pays de Galles, en Irlande, en Belgique, aux Pays-Bas et en France[8]. Elle porte habituellement une robe de paix blanche. Elle gagne des partisans en Italie, en Norvège, en Algérie, en Australie, en Nouvelle-Zélande, ainsi qu’au Japon et en Chine. Elle entretient une correspondance abondante et travaille entre autres avec Bertha von Suttner, Alfred Hermann Fried, Ludwig Quidde et Jean Jaurès. Mais elle a également rencontré une certaine opposition, notamment en France et en Allemagne. L'importance internationale d'Eckstein se reflète dans sa nomination au prix Nobel de la paix en 1913[9],[4]. Elle est la seule femme nommée parmi les 15 propositions de personnalités de l'Empire allemand entre 1901 et 1918.
Pendant la Première Guerre mondiale, Eckstein écrit pour la Revue de droit international de l’avocat international de Kiel, Theodor Niemeyer[10]. Sur sa suggestion, elle écrit le livre Le Traité sur la protection des États pour assurer la paix mondiale, en 1919.
L'après première guerre mondiale
modifierAprès la première guerre mondiale, Eckstein travaille au sein de la Ligue allemande pour la Société des Nations et fonde des associations de district de la Ligue à Cobourg, Lichtenfels et Hildburghausen. Elle s'engage en faveur de l'annexion de Cobourg à la Bavière et lutte contre le national-socialisme qui y émerge rapidement. Habitant dans cette ville, elle participe à la fondation de la branche locale du Parti démocrate allemand, du centre d'éducation des adultes, de la société d'histoire locale, de la société de littérature et de musique et est également active dans l'église protestante. Elle était membre synodale et déléguée de Cobourg au Congrès de l'Église évangélique allemande. Durant la période d’après-guerre et d’inflation, elle organise des livraisons d’aide en provenance des États-Unis et donne des cours d’anglais et de français. Elle s'occupe de sa sœur handicapée, qui décède en 1923, puis de sa mère qui meurt en 1926[5].
Le 16 mars 1933, elle se rend en Suisse et y reste jusqu'au 29 septembre. Il n'existe guère d'informations sur la période qui suit. La publication de son pamphlet « La volonté de puissance harmonisante » est interdite par la censure du régime nazi en 1942[11]. Le 16 octobre 1947, elle meurt dans son appartement à Cobourg[4].
Postérité
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Ses documents sont donnés à la Swarthmore Peace Collection à Philadelphie, aux États-Unis[12]. En 1982, la travail d'Anna B. Eckstein est redécouvert par le Musée de la Paix de Meeder[13]. En 1987, la ville de Cobourg honore la mémoire d'Anna B. Eckstein, pionnière de la paix mondiale, en nommant un parc du centre-ville à son nom[14]. En 2013, l'école primaire de Meeder est rebaptisée Anna Eckstein[15]. En 2025, elle a est choisie par le ministère bavarois de la famille (de) pour un projet (de) qui célèbre 140 femmes bavaroises importantes du Moyen-Âge au XXIe siècle[16].
Ouvrage
modifier- (de) Anna Eckstein, Staatenschutzvertrag zur Sicherung des Weltfriedens, Duncker & Humblot, , 83 p. (ISBN 978-3-428-16274-1)
Notes et références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Anna B. Eckstein » (voir la liste des auteurs).
- 1 2 (de) « Herzogtum Coburg »
, sur daten.digitale-sammlungen.de (consulté le ) - 1 2 3 (de) Karl Eberhard Sperl, « Anna B. Eckstein & die kirchliche Bildungsarbeit » [archive du ] [Presentation at the Evangelisches Bildungswerk], sur Internet Archive, (consulté le )
- ↑ (de) Rainer Lutz, « Miss Eckstein aus Coburg und ihr Traum von Frieden », inFranken.de, (lire en ligne)
- 1 2 3 (de) Wolfgang Lammel, « Vision Weltfrieden: Die Pazifistin Anna B. Eckstein », Sonntagsblatt, (lire en ligne)
- 1 2 3 Sperl, p. 5.
- ↑ Ted Gottfried, The fight for peace: a history of antiwar movements in America, Twenty-First Century Books, coll. « People's history », (ISBN 978-0-7613-2932-9), p. 73
- ↑ (en) « Peace Conference Finds Progress Made is Rapid », The Evening Item. Richmond, Indiana, , p. 3 (lire en ligne)
- ↑ (en) Sandy E. Cooper, Patriotic Pacifism : Waging War on War in Europe, 1815-1914, Oxford University Press, , 352 p. (ISBN 978-0195057157), p. 69
- ↑ (en-US) Hans Mehlin, « Nomination%20Peace%201913%2016-1 », sur NobelPrize.org, (consulté le )
- ↑ (en) Jan Stöckmann, The Architects of International Relations Building a Discipline, Designing the World, 1914-1940, Cambridge University Press, , 336 p. (ISBN 9781316511619), p. 35
- ↑ Ulrike Leis: Befreiung von der „Tyrannenherrschaft des Kriegsmolochs“: Anna Bernhardine Eckstein (1868–1947)– „Vorkämpferin für den Weltfrieden“. dans „Seien Sie doch vernünftig“ Frauen der Coburger Geschichte, Gaby Franger, Edmund Frey und Brigitte Maisch, Initiative Stadtmuseum Coburg e.V. 2008, (ISBN 978-3-9808006-93), p. 163.
- ↑ (en) « Anna B. Eckstein Collected Papers », sur TriCollege Libraries
- ↑ (de) « Museum », sur Musée de la paix de Meeder
- ↑ Harald Sandner: Coburg im 20. Jahrhundert. Die Chronik über die Stadt Coburg und das Haus Sachsen-Coburg und Gotha vom 1. Januar 1900 bis zum 31. Dezember 1999 – von der „guten alten Zeit“ bis zur Schwelle des 21. Jahrhunderts. Gegen das Vergessen. Verlagsanstalt Neue Presse, Coburg 2000, (ISBN 3-00-006732-9), p. 323.
- ↑ (de) « Anna B. Eckstein Schule », sur Anna B. Eckstein Schule
- ↑ (de) « Anna Bernhardine Eckstein: Die Friedfertige », sur https://www.bayerns-frauen.de
Annexes
modifierBibliographie
modifier- (de) Thomas Sirges, Die deutschen Friedensnobelpreiskandidaten im Kaiserreich 1901–1918 (Norwegische Beiträge zur Germanistik, Band 1), Peter Lang GmbH, Internationaler Verlag der Wissenschaften, , 356 p. (ISBN 978-3631718520)
- (de) Karl Eberhard Sperl, Miss Eckstein und ihr Peace on Earth: Eine Coburgerin schreibt Weltgeschichte, Friedensmuseum Meeder, , 219 p. (ISBN 978-3000597398)
- (de) Christian Boseckert, Coburg. 55 Meilensteine der Geschichte Menschen, Orte und Ereignisse, die unsere Stadt bis heute prägen, Sutton Verlag, , 128 p. (ISBN 978-3-96303-556-2), p. 88-90
- (de) « Anna Bernhardine Eckstein », sur Stadt Coburg, Berühmte Coburger