Anne Serre

écrivaine française

Anne Serre est une romancière française, née le à Bordeaux. Elle est l’autrice de dix-huit ouvrages de fiction, qui comprennent des nouvelles, des romans, des textes plus difficiles à classer, et d'un volume de Carnets. Ses livres sont aujourd'hui traduits et en cours de traduction dans une quinzaine de langues. Elle a été finaliste de l' International Booker Prize en 2025 pour A Leopard Skin-Hat[1].

Anne Serre
Biographie
Naissance
Nationalité
Activité
Autres informations
Distinction
Œuvres principales
Les Gouvernantes, Champ Vallon, 1992
Un Chapeau léopard, Mercure de France, 2008.
Petite table, sois mise ! Verdier, 2012.
Grande tiqueté, Champ Vallon, 2020.
Au cœur d'un été tout en or, Mercure de France, 2020, prix Goncourt de la nouvelle.

Biographie

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Le début de l’adolescence est marqué par la mort de sa mère : « Ça a été un charivari tel que je n’ai plus aucun souvenir de ces dix premières années »[2]. C'est, du même coup, la découverte de la littérature et les premiers écrits de jeunesse. « Et en écrivant mes premières histoires à l’adolescence », explique-t-elle, « j’ai découvert qu’écrire produisait exactement le même plaisir que lire. J’ai peut-être tout simplement voulu vivre dans le plaisir. La littérature est le monde dans lequel je me sens bien »[3].

Elle s'installe à Paris en 1977, pour des études littéraires[4].

Carrière littéraire

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À vingt ans, elle publie ses premières nouvelles dans des revues littéraires. « Les revues étaient pour moi un lieu d’apprentissage, et je considérais ces nouvelles comme des exercices, des gammes. On m’a alors incitée à écrire un roman : j’ai choisi de poursuivre une de mes nouvelles qui venait de paraître », raconte-t-elle à Nina Leger[5]. La nouvelle ainsi poursuivie puis déployée, c'est «Les Gouvernantes » à l’origine de son premier roman, au titre éponyme, publié en 1992 aux éditions Champ Vallon[4],[2].

L’accueil fait à ses premiers livres des années 1990 souligne souvent le caractère « inclassable », « déroutant », et pourtant « envoûtant » de son registre. Ses œuvres ont recours à un ton distancié et ironique et jouent avec des structures de récit variées, et avec quelques thèmes récurrents sur les amours perdus, l'amitié, la solitude[4],[6]...

Ses œuvres durant la décennie suivante, publiées au Mercure de France, telles que Le Cheval blanc d’Uffington en 2002, Le Narrateur en 2004, ou encore Le.Mat en 2005, sont plus autobiographiques[4],[6]. C’est aussi l’époque où, sortant d’un certain retrait, elle accepte de parler publiquement de son travail lors de débats et autres manifestations littéraires[7].

Les deux romans qui suivent, Un chapeau léopard en 2008 puis Les Débutants en 2011, sont plus largement accueillis par la critique et les lecteurs[8],[9]. Ils apparaissent dans les sélections du Prix Femina et du Grand prix du roman de l'Académie française. Un chapeau léopard est couronné par un Prix de la Fondation Del Duca en 2008.

En 2012, l'audace et le mystère de Petite table, sois mise !, attire non seulement l'attention de la critique mais aussi celle d'éditeurs étrangers[10],[11]. Finaliste des prix Femina, Sade, Wepler, ce court texte « mettant en scène une orgie familiale sur un ton d’allégresse », surprend et bouscule. « Nous ne sommes pas là dans le fait divers, mais bien dans l'espace littéraire du conte où tous les excès sont permis, et même souhaitables, puisque le corps et l'esprit du lecteur s'y trouvent ainsi mis à l'épreuve et ébranlés », écrit Éric Chevillard[12]. Dans son portrait de l'autrice, Anne Diatkine précise : « Comme l’héroïne de son récit, Anne Serre vit dans une maison de fiction où la littérature est la seule réalité possible »[2].

Dans Dialogue d’été (2014), « conversation espiègle entre la romancière et son double, à propos de création littéraire »[13], puis, Voyage avec Vila-Matas, (2017), où elle transforme joyeusement le romancier espagnol en personnage - Anne Serre, comme elle l'avait déjà fait dans son roman Le Narrateur, traite de son travail d'écrivain à travers ses fictions.

A partir de 2018, elle est traduite en anglais par Mark Hutchinson et publiée aux États-Unis, puis en Angleterre. Chacune des parutions (à ce jour six volumes traduits) est saluée par la critique anglo-saxonne (The New York Times[14], The Paris Review[15], The TLS, The White Review, The London Review of Books…).

En 2020, elle publie Grande tiqueté, écrit dans une langue inventée, reconstruite, dont elle s'explique dans la préface. Selon Camille Laurens : « Il y a plusieurs façons de lire Grande tiqueté, et toutes sont réjouissantes (…) Cette langue obscure nous dit des « chozezinconnues » dont la clarté nous éblouit »[16]. La même année, elle remporte le Prix Goncourt de la nouvelle pour son recueil Au cœur d'un été tout en or[17].

Suivront Notre si chère vieille dame auteur (2022), sélectionné pour le Prix Goncourt, puis Vertu et Rosalinde (2025), finaliste du prix Medicis[18], construction à base de saynètes qui se font écho, où une fois de plus « l'écriture dissonante d'Anne Serre joue de manière impertinente avec les codes des "écritures féminines" »[19]. Tiphaine Samoyault remarque alors dans Le Monde qu'« il est très rare que la légèreté soit une valeur littéraire, qu'elle ne rime pas avec superficialité ; mais [que] si l'on donne à ce dernier terme le sens que lui attribue Walter Benjamin lorsqu'il parle de la « superficialité aussi déchirante, inébranlable, inhumaine » des personnages de Robert Walser revenus de la folie, on rejoint peut-être un secret de l'écriture d'Anne Serre. »[20]

En 2026, elle publie un volume de ses carnets : Rêve cette nuit : Carnets (2002-2024)[21], qui condense en 250 pages vingt-deux ans de vie en littérature, multipliant les points du vue sur l'activité créatrice des autres et la sienne. Elle y éclaire notamment son projet d'écriture de la manière suivante : "Je dirais que chacun de mes livres est un peu de l'ordre de la performance telle qu'on l'entend dans l'art contemporain » (p.238)[22]. Pour Feya Dervitsiotis[23], "le temps qui se dépose [dans ces Carnets], élastique, circulaire, appartient à la littérature, aux rêves, aux réflexions et observations de celle qui se prépare, toujours, à écrire. Il y a bien là pourtant une chronologie, celle du passage de l’innocence à la maturité, de l’imaginaire à l’expérience, d’une conscience trouble de la qualité « un peu somnambulique » de ses écrits à la capacité – symbolisée par la publication de ces Carnets – d’embrasser du regard une œuvre désormais riche d’une vingtaine de livres."

  • Les Gouvernantes, Champ Vallon, 1992 (Réédition en 2021).
  • Eva Lone, Champ Vallon, 1993.
  • Un voyage en ballon, nouvelles, Champ Vallon, 1993.
  • La Petite Épée du cœur, Le Temps qu'il fait, 1995, repris sous le titre Sous les arbres, une prairie, Verdier, 2026.
  • Film, Le Temps qu'il fait, 1998.
  • Au Secours, Champ Vallon, 1998 (Réédition en 2025).
  • Le Cheval blanc d’Uffington, Le Mercure de France, 2002.
  • Le Narrateur, Le Mercure de France, 2004.
  • Le.Mat, Verdier, 2005.
  • Un chapeau léopard, Le Mercure de France, 2008.
  • Les Débutants, Le Mercure de France, 2011, (folio 5556).
  • Petite table, sois mise !, Verdier, 2012.
  • Dialogue d’été, Le Mercure de France, 2014.
  • Voyage avec Vila-Matas, Le Mercure de France, 2017.
  • Grande tiqueté, Champ Vallon, 2020.
  • Au cœur d’un été tout en or, Le Mercure de France, 2020 (folio 6967).
  • Petite table, sois mise ! : et autres contes, Verdier poche, 2022. Réunit : Petite table, sois mise !, Le mat, Le narrateur.
  • Notre si chère vieille dame auteur, Le Mercure de France, 2022 (folio 7407).
  • Vertu et Rosalinde, Le Mercure de France, 2025.
  • Rêve cette nuit : Carnets (2002-2024), Verdier, 2026.

Récompenses et distinctions

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  • 2003 : Prix Charles Oulmont pour Le Cheval blanc d’Uffington (Mercure de France)[24]
  • 2008 : Prix de La Fondation Del Duca pour Un chapeau léopard (Mercure de France)[25]
  • 2009 : Prix des Étudiants du Sud, à Aix en Provence, pour l’ensemble de son œuvre.[réf. nécessaire]
  • 2020 : Prix Goncourt de la nouvelle pour Au cœur d'un été tout en or (Mercure de France)[26]

Notes et références

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  1. (en) « A Leopard-Skin Hat: Shortlisted for the International Booker Prize 2025 | The Booker Prizes », sur thebookerprizes.com, (consulté le )
  2. 1 2 3 Anne Diatkine, « Anne Serre. Ô joie, orgie! », Libération, (lire en ligne)
  3. Éric Dussert, « La femme et le narrateur », Le Matricule des anges, no 94, (lire en ligne)
  4. 1 2 3 4 Johan Faeber, « Serre, Anne [Bordeaux 1960 ] », dans Béatrice Didier, Antoinette Fouque et Mireille Calle-Gruber (dir.), Dictionnaire universel des créatrices, Éditions des femmes, , p. 3950
  5. « Anne Serre - Nina Leger, Incessante promenade (entretien) », La Nouvelle Revue française, no 644,
  6. 1 2 (en) John Taylor, Paths to Contemporary French Literature, vol. 3, Routledge, (lire en ligne), p. 55-58
  7. (en) « Fiction as Seduction: An Interview with Anne Serre », Asymptote Journal, (lire en ligne)
  8. Marc Fumaroli, « Le Figaro - Livres : Actualité de la littérature », sur Le Figaro, (consulté le )
  9. « Enquête sur l'amour fou », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  10. « Extrait du livre " ! Ponte Mesita ! " - Anne Serre, Anagrama, 2014 », sur Anne Serre (consulté le )
  11. « La perte d’un monde entier », sur Anne Serre (consulté le )
  12. Éric Chevillard, « Les goûters de la fille de l'ogre. "Petite table, sois mise !", d'Anne Serre », Le Monde, (lire en ligne)
  13. Jérôme Dupuis, « Anne Serre: la littérature, ce jardin », L'Express, (lire en ligne)
  14. (en-US) Parul Sehgal, « ‘The Governesses’ Offers Subtle Lessons in Shame, Constraint and Lust », The New York Times, (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le )
  15. (en) « Siding with Joy : A conversation with Anne Serre »
  16. « “Grande Tiqueté” , d’Anne Serre : le feuilleton littéraire de Camille Laurens », Le Monde, (lire en ligne)
  17. Thierry Clermont, « Anne Serre, écrire est sa demeure », Le Figaro, (lire en ligne)
  18. « Prix littéraires 2025 : les lauréats des Goncourt, Renaudot, Médicis… et toutes les sélections », sur www.telerama.fr, (consulté le )
  19. « Introduction », sur cahiersforell.edel.univ-poitiers.fr (consulté le )
  20. « « Vertu et Rosalinde », d’Anne Serre : le feuilleton littéraire de Tiphaine Samoyault », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
  21. « Editions Verdier | Collection jaune | Rêve cette nuit », sur editions-verdier.fr (consulté le )
  22. Anne Serre, Rêve cette nuit: carnets, 2002-2024, Verdier, (ISBN 978-2-37856-280-9)
  23. Feya Dervitsiotis, « Anne Serre : Ici, chez l’étrangère », sur En attendant Nadeau, (consulté le )
  24. « Littérature », sur Fondation Charles Oulmont (consulté le )
  25. « Prix et subventions – Fondation Simone et Cino Del Duca » (consulté le )
  26. « Anne Serre : autoportrait en trente-trois facettes - Nonfiction.fr le portail des livres et des idées », sur www.nonfiction.fr (consulté le )

Bibliographie critique

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Ouvrage collectif

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  • Anne Debrosse et Alix Tubman-Mary (dir.), Anne Serre auteur, autrice, autre, Cahier FoReLLIS, nov.2025. Actes des journées d'étude de l'Université de Poitiers, 4 et , en ligne.

Études

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  • 1999 : Jean-Pierre Richard (critique littéraire), Essais de critique buissonnière, Gallimard,
  • 2006 : Annie Oliver, Écritures autobiographiques au féminin, Aracné,
  • 2011 : John Taylor, Paths to Contemporary French Literature, vol. 3, Routledge, (lire en ligne), p. 55-58
  • 2021 : Alix Tubman-Mary, "Elles étaient trois garçons", revue Europe, n°1101-1102, janvier-, p. 375-377.
  • 2022 : Feya Dervitsiotis et Eric Dussert (dir.), Anne Serre, le jeu de la vie, dossier in Le Matricule des anges, no 237, . - p. 16-26.
    • Jeanne Bacharach, "Récits en cavale", En attendant Nadeau, , n°164.
  • 2023 : Sofia Samatar, "Island writing", The Baffle, 2023, en anglais.
  • 2024 : Meike Fessmann, "Die Aufwallungen. Eine große Entdeckung : Anne Serre Meistererzählung „Die Gouvernanten“.", Süddeutsche Zeitung, .
  • 2025 : Alix Tubman-Mary, "L'art poétique d'Anne Serre", En attendant Nadeau, n°228, .

Entretiens en accès libre

  • 2019 : Bomb Magazine, The Unnamable inspires me, Anne Serre interviewed by Mary South.
  • 2020 : The White review, Interview with Anne Serre by Nina Leger.
  • 2021 : Nouveau blog littéraire de Pierre Ahne, "Anne Serre, aimez-vous parler de vos livres ?".
  • 2022 : Zone critique, Anne Serre, "J'écris toujours dans une langue inventée", entretien avec Guillaume Narguet.

Liens externes

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