Antarctique brésilien
L'Antarctique brésilien (portugais : Antártida Brasileira ou Antártica Brasileira) est le territoire de l'Antarctique au sud du 60e parallèle sud et du 28e au 53e méridien ouest, proposé en 1986 comme « zone d'intérêt »[1] par la géographe Therezinha de Castro. Toutefois, le Brésil n'a jamais formellement revendiqué de territoire en Antarctique. Bien que la substance de cette désignation n'ait jamais été définie avec précision, elle ne contredit pas formellement les revendications argentine et britannique qui chevauchent géographiquement cette zone (la zone partage une frontière mais ne chevauche pas le territoire antarctique chilien à l'ouest).
En dehors de la zone d'intérêt, le Brésil dispose d'un programme antarctique (en portugais : PROANTAR) qui gère notamment un centre de recherche occupé de manière permanente, la base antarctique Comandante Ferraz (LOCODE ONU : AQ-CFZ), située dans la baie de l'Amirauté, sur l'île du Roi-George, près de la pointe de la péninsule Antarctique. Cette péninsule étant la partie la plus septentrionale, la plus accessible et la plus chaude du continent, plusieurs pays y ont logiquement positionné leurs bases.
Histoire
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Le Brésil n'est pas invité à participer aux négociations du traité sur l'Antarctique en 1958 à Washington, du fait de son refus de revendiquer formellement des territoires sur le continent, malgré les positions de certains géographes qui appellent le gouvernement brésilien à le faire[2].
Lorsqu'il adhère au Traité sur l'Antarctique le [2], le pays exprime formellement ses réserves quant à ses droits territoriaux en vertu de la théorie des frontières, qui affirme que la souveraineté sur chaque point de l'Antarctique appartient au premier pays dont on atteindra le territoire non antarctique en voyageant vers le nord en ligne droite à partir dudit point. La théorie de la façade (Teoria da Defrontação) est proposée par Therezinha de Castro et publiée dans son livre Antártica : Teoria da Defrontação.
La position du Brésil diffère de celle d'autres pays affichant des revendications en Antarctique : le pays est initialement opposé à l'ouverture du continent au tourisme, pour des raisons environnementales, et cède à la condition que ces activités soient strictement régulées. Le pays est l'un des premiers à soutenir la création de la première zone gérée spéciale[2].
En 1982, le gouvernement brésilien lance sa première expédition en Antarctique et, un an plus tard, construit sa première base, appelée « Comandante Ferraz », en hommage à un officier de marine décédé ayant servi en Antarctique. La base est depuis active toute l'année. Malgré le statut de nouveau venu du pays, les géopolitologues brésiliens ont une influence considérable sur la politique antarctique du pays (en particulier pendant la période de dictature militaire dirigée par une série de généraux/présidents non élus de 1964 à 1985), bien qu'il n'existe pas de conscience nationale antarctique au Brésil, contrairement à l'Argentine.
En 1983, le Brésil reçoit un statut consultatif après avoir rempli les conditions formelles prévues par le traité de 1975, à savoir l'établissement d'un programme antarctique, le PROANTAR. Par la suite, le pays ratifie l'ensemble des traités rédigés dans le cadre du Système du traité sur l'Antarctique (ATS) : la Convention sur la conservation des ressources marines vivantes en 1986, la Convention pour la protection des phoques de l'Antarctique en 1991 et le Protocole sur la protection environnementale en 1995[2].
En , le président Fernando Collor de Mello réaffirme l'intérêt du Brésil pour la région en visitant la base antarctique brésilienne, où il passe trois jours. Il est le premier président brésilien à mettre les pieds en Antarctique[3].
En , 13 membres du Congrès et membres de la commission parlementaire brésilienne sur l'Antarctique visitent la base antarctique brésilienne. Une autre visite a lieu en . Le , le président Luiz Inácio Lula da Silva et une délégation de vingt-trois personnes, dont la Première dame Marisa Letícia, visitent la base Comandante Ferraz. Le gouvernement brésilien définit le voyage présidentiel comme un « geste politique » en faveur du travail réalisé par les scientifiques et les militaires brésiliens[4].
En 2009, le Brésil réalise sa première expédition scientifique nationale sur la calotte glaciaire de l'Antarctique[5],[6]. Elle inclut des études atmosphériques, glaciologiques, géologiques et géophysiques le long de la région de Patriot Hills ainsi que le long de la région du lac subglaciaire Ellsworth[5]. Une deuxième expédition a lieu début pour installer une station de surveillance (poste avancé) à 500 kilomètres du pôle Sud géographique et à 2 600 kilomètres de la base antarctique brésilienne Comandante Ferraz (EACF)[7].
Au petit matin du , alors que 60 personnes sont présentes dans la base, un incendie se déclenche en raison d'une explosion inexpliquée sur la Praça das Máquinas, où se trouvent les générateurs électriques de la centrale. Comme ils sont liés au reste des installations, l'incendie se propage et détruit 70 % de la station[2]. Un maître d'équipage, Carlos Alberto Vieira Figueredo, et un premier sergent, Roberto Lopes dos Santos, meurent piégés dans la station. Un sergent est blessé mais emmené vivant au commissariat polonais où il reçoit des premiers soins, avant d'être transféré vers une base chilienne[8].
En 2020, le Brésil ouvre un nouveau centre de recherche, 8 ans après l'incendie qui a détruit le précédent[9].
Références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Brazilian Antarctica » (voir la liste des auteurs).
- ↑ (en) « Antarctica », sur Worldstatesmen.org (consulté le ).
- 1 2 3 4 5 (en) P. B. Casella, M. L. Lagutina et A. R. C. Giannattasio, « BRICS in polar regions: Brazil’s interests and prospects », Bulletin de l'université d'État de Saint-Pétersbourg. Relations internationales, vol. 13, no 3, (lire en ligne)
- ↑ (en) Jorge Mederos, « Brazil Warms to Job of Exploring the Frozen Continent Antarctica: President Collor pays a visit, pointing up the country's interest in the bottom of the world », Los Angeles Times, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (en) « President Lula da Silva visits Brazilian base in Antarctica », sur MercoPress (consulté le ).
- 1 2 (en) « Brazil: 2009/2010 Annual Information (Brazilian National Multidisciplinary Expedition to the Antarctic Ice Sheet: investigating the cryospheric response to global changes » [PDF], sur Traité sur l'Antarctique (consulté le ).
- ↑ (es) « Brasil instalará puesto avanzado en interior de la Antártida », sur Fundación Nuestro Mar (consulté le ).
- ↑ (en) « Brazil second scientific station in Antarctica, 500 km from the South Pole », sur MercoPress (consulté le )
- ↑ (pt-BR) « Incêndio destruiu 70% do centro de pesquisa, diz Marinha - Geral », Estadão (consulté le )
- ↑ (en) Herton Escobar, « Brazil opens spectacular new research base in Antarctica », sur Science Magazine, (consulté le ).
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (pt) Therezinha de Castro, « Antártica — O Assunto do Momento », Boletim Geográfico, vol. 16, no 142, , p. 42-49.
- (pt) Therezinha de Castro, Atlas-Texto de Geopolítica do Brasil, Rio de Janeiro, Capemi Editora, .
- (en) Jack Child, Antarctica and South American Geopolitics: Frozen Lebensraum, New York, Praeger, , chap. 6.
- (pt) Aristides Pinto Coelho, « Novas tendências », Boletim Antártico, no 4, .
- (en) Klaus Dodds, Geopolitics in Antarctica : views from the Southern Oceanic Rim, Wiley, , publié en association avec le Scott Polar Research Institute.
- (es) Carlos J. Moneta (dir.), La Antártida en el Sistema Internacional del Futuro, Buenos Aires, Grupo Editor Lationoamericano, .
- (es) Julie Schmied, La Política Antárctica de los Países Latinoamericanos, Madrid, Instituto de Cuestiones Internacionales, .
- (pt) Whitney Lacerda de Freitas, A Antártica no contexto do Sistema Interamericano e a paz nas Américas, Washington, D.C., Collège interaméricain de défense, (lire en ligne).