Antoine Dim Delobsom
Antoine Augustin Dim Delobsom (parfois orthographié Dimdolobsom ou Dim Delobson), né en 1897 à Sao en Haute-Volta (actuel Burkina Faso) et mort en 1940 au même endroit, est un commis de l'administration coloniale française en Afrique-Occidentale française (AOF), écrivain et le premier chercheur en sciences ethnographiques originaire de Haute-Volta.
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Chef de tribu (avril - |
Biographie
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Dim Delobson naît en 1897 à Sao de Gueta Wagdogo (fils du Naaba Yiougo) et de Datoumi Yaaré. Son nom Dim Delobsom signifie « le roi a rendu la faveur » en écho au récent soutien en 1896 du Mogho Naaba à l'égard de son père Gueta Wagdogo devenant chef local sous le nom de règne Naaba Piiga. Son père l'inscrit à l'école française : il fréquente d'abord l'école régionale de Ouagadougou, puis en 1905 l'école des fils de chefs à Kayes, et enfin le lycée Faidherbe à Saint-Louis, l'un des centres intellectuels et administratifs de l'Afrique-Occidentale française[1],[2],[3].
De retour en Haute-Volta en 1913[3], il devient commis des services administratifs, financiers et comptables de l'AOF et est affecté au cabinet du gouverneur à Ouagadougou[1]. Il s'élève au sommet de la hiérarchie locale réservée aux Africains, devenant l'un des fonctionnaires autochtones les plus hauts placés de la colonie. Encouragé par des administrateurs coloniaux français, comme Louis Fousset, secrétaire général puis gouverneur par intérim de la colonie, Dim Delobson entreprend de consigner les traditions orales, l'organisation politique et la religion des mossis. Il devient ainsi le premier intellectuel autochtone à publier des ouvrages ethnographiques sous son propre nom chez des éditeurs parisiens[2]. Il prend le nom christianisé d'Antoine Augustin pour publier ses ouvrages[3].
Au-delà de son rôle administratif et scientifique, Dim Delobsom s'insère dans les réseaux de pouvoir coloniaux. Il rejoint la franc-maçonnerie, intégrant des loges coloniales où se côtoient hauts fonctionnaires français, commerçants et une poignée d'Africains. Ce réseau renforce ses convictions laïques et anticléricales. Dans le contexte colonial des années 1920 et 1930 en Haute-Volta, une lutte d'influence majeure oppose la faction laïque et maçonnique de l'administration coloniale aux missionnaires catholiques de la Société des Pères Blancs, qui exercent une emprise considérable sur l'éducation et la société locale. Dim Delobsom devient une figure clé du camp anticlérical[2].
Son positionnement le place au cœur de deux scandales majeurs de la région en 1934 : l'affaire Carbou et la révolte Nana Vo. L'administrateur colonial Henri Carbou entre en conflit ouvert avec Joanny Thévenoud et les Pères Blancs, les accusant de créer un « État dans l'État » et d'interférer dans les affaires judiciaires et politiques locales. Dim Delobsom est accusé par la mission catholique d’être le cerveau africain en coulisses qui alimente les dossiers de Carbou contre l'Église. La révole Nana Vo est quant à elle un soulèvement paysan dans le cercle de Koudougou/Dedougou pour lequel Dim Delobsom est accusé d'avoir manipulé les enquêtes pour faire porter à tort la responsabilité de la révolte sur l'agitation prosélyte des missionnaires[2].
En 1933, son père, chef de Sao, meurt. Dim Delobsom attend 1940 pour revendiquer officiellement le trône traditionnel. Son objectif est inédit et ambitieux : cumuler le statut de chef coutumier et sa position de haut fonctionnaire colonial, incarnant une synthèse entre tradition et modernité bureaucratique. Cette ambition suscite l'opposition de l'église et de l'administration qui voient d'un mauvais oeil ce cumul des statuts. Malgré des tentatives de blocage, il est intronisé chef de Sao en 1940. C'est également durant cette période que la scission entre les partisans du régime de Vichy et de la France libre se joue au sein du territoire colonial; or, en tant que plus haut représentant autochtone, son rôle dans le contrôle local est également un risque pour les administrateurs. Son règne est extrêmement court : il meurt quelques mois seulement après son investiture dans des circonstances non éclaircies, la thèse d'un empoisonnement commandité par ses nombreux ennemis politiques ou religieux étant la plus largement admise[1],[2],[3].
Ces travaux renforcent la légitimité des Mogho Naaba et influence directement la politique du successeur de Naaba Kom II, Sagha II, menant à la voie des premières élections et des premiers partis politiques[4].
Distinctions
modifier- 1934 : Lauréat du prix institué par le Gouverneur général de l'AOF pour l'ensemble de ses travaux[1].
- 1937 :
Officier d'académie pour services rendus aux sciences ethnographiques[1].
Publications
modifierSes deux œuvres majeures, L'empire du Mogho-Naba (1932) et Les secrets des sorciers noirs (1934), préfacées par l'écrivain et administrateur Robert Randau, font sensation. Ses livres et articles deviennent rapidement des lectures de référence obligatoires pour les officiers et administrateurs coloniaux français en poste dans la région, qui citent abondamment ses travaux pour comprendre la société mossi[2].
Proche de Naaba Koom II, il entretien de bonnes relations avec Robert Arnaud, inspecteur des affaires administratives. Il est convaincu que l'amélioration de la politique mossi doit passer par une meilleure connaissance de son histoire. Cependant, Dim Delobsom est aussi animé d'un autre objectif, celui de démontrer que l'espace mossi est homogène et sous autorité incontesté du Mogho Naaba de Ouagadougou. Ces deux éléments influent directement sa rédaction quitte à produire des réécritures historiques[4].
Son premier ouvrage suggère que les chefs locaux résistent peu à la conquête française et que les l'organisation aristocratie des chefferies est restructurée par l'administration coloniale française, indiquant que le Mogho Naaba a traditionnellement la suzeraineté sur l'ensemble des autres rois mossis. Dans son second ouvrage, il présente les pratiques traditionnelles et les rituels mossis[3].
Ouvrages
modifier- Antoine Dim Delobson (préf. Robert Randau), L'empire du Mogho-Naba, coutumes des Mossi de Haute-Volta, Paris, Domat-Montchrestien, , 303 p.
- Antoine Dim Delobson (préf. Robert Randau), Les secrets des sorciers noirs, Paris, Librairie Émile Noury, coll. « Sciences et magie », , 298 p.
Articles
modifier- Antoine Dim Delobson, « Le Mogho-Naba et sa cour », Bulletin du Comité d'études historiques et scientifiques de l'AOF, vol. 11, no 3, , p. 386–421
- Antoine Dim Delobson, « Les Nionionsé de Goupana », Outre-Mers, no 1, , p. 419–446
- Antoine Dim Delobson, « Les Nionionsé de Goupana », Outre-Mers, no 4, , p. 4–21
- Antoine Dim Delobson, « Les danses mossi et leurs significations », Revue anthropologique, no 42, , p. 169-173
- Antoine Dim Delobson, « Les procédés divinatoires des Bagba (devins) au Mossi », Journal of the Royal Anthropological Institute, no 43, , p. 182-212
- Antoine Dim Delobson, « Notes sur les Yarcé du Mossi », Revue anthropologique, no 44 (10-12), , p. 326-333
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 Les hussards noirs des savoirs, « Antoine Dim Delobson (1897-1940) », sur bibcolaf.hypotheses.org (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 (en) Michael Kevane, « Dim Delobsom: French Colonialism and Local Response in Upper Volta », African Studies Quarterly, vol. 8, no 4, (lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 Kevane M., Dictionary of African Biography : Dim Delobsom, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-538207-5, lire en ligne)
- 1 2 Benoît Beucher, « 1. Le mythe de l’« Empire mossi »:L’affirmation des royautés comme force d’accompagnement ou de rejet des nouveaux pouvoirs centraux, 1897-1991 », dans Révoltes et oppositions dans un régime semi-autoritaire, Karthala, , 23–50 p. (ISBN 978-2-8111-0419-1, lire en ligne)
Annexes
modifierBibliographie
modifier- Titinga Frédéric Pacéré, Dim Dolobsom, l'homme et l'œuvre, Ouagadougou, texte multigraphié, , 174 p.
- Anne Piriou (dir.), « Antoine Dim Delobsom, la mémoire d'une identité voltaïque », dans La Haute-Volta coloniale : Témoignages, recherches, regards, Paris, Karthala, , 557-570 p.
- (en) Michael Kevane, « Dim Delobsom: French Colonialism and Local Response in Upper Volta », African Studies Quarterly, vol. 8, no 4,
- Christine Allot-Bouty, « Dimdolobsom Une mémoire éclipsée », Images et mémoires, no 66, , p. 13-15
Filmographie
modifier- Christine Allot-Bouty, Dimdolobsom. Une mémoire éclipsée, film documentaire (DVD), 2019, 50 min.