Antoine Ier de Lalaing
Antoine Ier de Lalaing, sire de Montigny, est né à Lalaing vers 1480 et mort à Gand en 1540.
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Bonne de la Viefville (d) |
| Conjoint |
Élisabeth de Culembourg (à partir de ) |
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Philippe de Lalaing (en) |
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| Distinction |
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Il était le second fils de Josse de Lalaing, seigneur de Montigny, Lalaing, etc., chevalier de la Toison d'or, conseiller et chambellan du duc Charles le Téméraire et de Maximilien d'Autriche, qu'il servit jusqu'à sa mort au siège d'Utrecht, le . Sa mère était Bonne de la Vieuville[1].
Tandis que son frère aîné, Charles, devenait seigneur de Lalaing, Antoine, qui est seigneur de Montigny et d'Estrée, devient le chambellan de Philippe le Beau, qu'il accompagne — avec son épouse Jeanne de Castille — lors de son premier voyage en Espagne (1501-1502) pour revendiquer la prise de possession du royaume d'Espagne[2]. Devenu châtelain d'Ath en 1503, il accompagne encore Philippe le Beau lors de son second voyage espagnol en 1506. Il épouse Elisabeth de Culemborg, veuve en premières noces de Jean de Luxembourg-Ville (mort en 1508) et qui lui laisse la terre de Hoogstraeten.
En , il devient chambellan de Charles de Habsbourg, futur Charles-Quint. En 1515, il devient membre du Conseil privé et secrétaire au trésor, l'un des deux principaux responsables des finances de l'empereur[3]. Il est fait chevalier de l'Ordre de la Toison d'or en 1516[4].
En 1518, il est choisi pour négocier un traité de confédération et d'alliance avec les États du pays de Liège, ce qui lui vaut d'être élevé au titre de comte de Hoogstraeten par lettres données à Saragosse au mois de , et qui furent solennellement remises à Antoine par l'archiduc Ferdinand, frère de Charles-Quint[5]. En 1520, il devient le chambellan de Marguerite d'Autriche.
En 1522, il devient surintendant en chef des finances et Stathouder ou gouverneur des Pays-Bas[6], fonctions qu'il conserva jusqu'à sa mort. En 1523, il est chevalier d'honneur et ministre de la régente Marguerite d'Autriche, dont il aurait été l'amant, selon Gasparo Contarini, l'envoyé de Venise auprès de Charles-Quint[7]. Au sommet de son pouvoir, il était détesté dans la population belge[8].
En 1529, il accompagne Marguerite d'Autriche à Cambrai, pour y négocier avec Louise de Savoie la Paix des Dames. À la mort de Marguerite en 1530, il est l'un des exécuteurs testamentaires. En 1534, Charles-Quint le nomme gouverneur de la province d'Utrecht[9].
Il meurt à Gand le et est enterré en l'église de Hoogstraeten. Toutefois, selon une source[10], l'église du château de la Motte-aux-Bois, en Flandre maritime, contenait une pierre tombale aux noms d'Antoine et de son épouse, pouvant laisser supposer leur présence[10].
Relations de voyages
modifierDans sa Relation du premier voyage de Philippe le Beau en Espagne en 1501, Antoine de Lalaing a tenu un journal détaillé et « très précis[11] », décrivant la réception que le roi et son importante compagnie ont reçue à chacune de leurs étapes — souvent de deux à cinq lieues par jour. Partie de Bruxelles le , la troupe traverse la France jusqu'à Saint-Jean-de-Luz puis longe le nord de l'Espagne jusqu'à Saint-Jacques de Compostelle où elle arrive le . Elle descend ensuite sur Valladolid, Tordesillas, Medina del Campo où le roi se déguise et se mêle à la foule. À Ségovie, l'aqueduc est décrit comme « un pont que le diable, nommé Hercules, fist en ung jour, sans chaux et sans sablon[12] ». Après avoir passé par Madrid, la troupe fait son entrée à Tolède où elle réside plusieurs semaines en compagnie du roi Ferdinand et du cardinal Cisneros.
L'auteur, qui « fait montre d'une grande curiosité[13], » décrit la cour de son maître, les deux entrevues avec Louis XII, les fêtes et événements auxquels ils assistent, ainsi que les messes, les tournois, les rixes, les tortures et les exécutions capitales. Il compare souvent la dimension des villes traversées à des villes de Belgique ou du Nord de la France, signale les particularités géographiques de l'endroit et les coutumes locales. Il décrit les vêtements d'apparat, la vaisselle, les châteaux, l'organisation des collèges, la richesse des églises ainsi que les légendes et reliques dont elles s'enorgueillissent[14].
Tandis que Philippe reste à Tolède, Antoine de Lalaing part de son côté en compagnie d'Antoine de Quiévrain pour visiter le pays. Après un arrêt à Séville, dont il évoque l'Inquisition[15], il se rend à Grenade, dont il rappelle la prise, en 1492, par les troupes de Ferdinand le Catholique, oncle de Philippe le Beau. Lors de sa visite de l'Alhambra, il estime qu'« il n'y a roy chrestien, quel qui soit, qui soit si bien logé à son plaisir[16]. » Les deux gentilshommes se rendent ensuite à Jativa puis à Valence, où il décrit un asile d'aliénés et l'organisation du « lieu des filles publicques », qu'il juge admirable[17],[18] :
« grand comme une petite ville, et fermé à l'entour de murs et de une seule porte. Et devant la porte y est ordonné un gibet pour les malfaiteurs qui pourraient être dedans; à la porte, un homme à ce ordonné oste les bastons des veuillants entrer et leur dit s'ils lui veulent bailler leur argent et s'ils en ont, qu'il leur en rendra au vuider bon compte sans perdre ; et d'aventure, s'ils en ont et ne le baillent, si on leur vole la nuit, le portier n'en est répondant. En ce lieu sont trois ou quatre rues pleines de petites maisons où en chacune a filles bien gorgiases vestues de velours et de satin, et sont de deux à trois cens filles. Elles ont leurs maisonnettes tendues et acoustrées de bon linge. [...] Il y a deux médecins ordonnés et gagiés à la ville pour chacune semaine visiter les filles à savoir si elles ont aucune maladie propre[19]. »
Après quoi, les deux amis passent par Teruel et Saragosse, où ils se réunissent avec la troupe de Philippe. L'auteur évoque l'expulsion des maures du pays[20] tout en se montrant curieux de leurs pratiques religieuses[17]. Il loue la politique d'Isabelle à l'égard des nobles du pays et l'obligation qu'elle leur fait de monter des chevaux plutôt que des mules afin d'être mieux préparés à la guerre. Il célèbre aussi son entreprise coloniale[21]. Il énumère avec une précision de financier les avoirs de tous les évêques, ducs et comtes. Dans le livre second, il raconte l'arrivée de la troupe en Catalogne et comment, à Barcelone, Philippe se mêle incognito à la foule en liesse[17].
Selon l'éditeur du manuscrit Louis-Prosper Gachard, « il n'y a peut-être pas de livre qui fasse mieux connaître les coutumes et les usages de l'Espagne au commencement du XVIe siècle[22]. »
Il y eut un second voyage de Philippe le Beau en 1506, mais il n'est pas certain selon Gachard que la relation qu'on en a conservée soit d'Antoine de Lalaing.
Notes et références
modifier- ↑ Wouters, p. 80.
- ↑ Dumont, p. 842-843.
- ↑ Relations, p. VII.
- ↑ Wouters, p. 81-82.
- ↑ Wouters, p. 82.
- ↑ Léon De Herckenrode, Vie de la Comtesse Marie d'Oyenbrugge, dite de Duras, première supérieure du couvent de Berlaymont à Bruxelles: précédée d'une notice sur Marguerite Comtesse de Berlaymont, née comtesse de Lalaing, fondatrice dudit couvent, M. Vanderborght, (lire en ligne)
- ↑ Relations, p. XII.
- ↑ Wouters, p. 83.
- ↑ Relations, p. XIII.
- 1 2 Louis de Backer, Château de la Motte-au-Bois, Douai, 1843, in-4o ,71 p. avec 2 lith., p. 35, lire en ligne
- ↑ Dumont, p. 845.
- ↑ Relations, p. 168.
- ↑ Dumont, p. 852.
- ↑ Ainsi, l'église de Sethorgues, située à cinq lieues de Rabanal del Camino, sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, possédait « une dent et demi de saint Cristofle, qui pèsent onze livres moins un quart et y a une partie du pouce et du bras de saint Blaise. » (Relations, p. 161)
- ↑ Relations, p. 203.
- ↑ Relations, p. 206.
- 1 2 3 Dumont, p. 855.
- ↑ Simone de Beauvoir en a repris la description dans Le Deuxième Sexe, Paris, Gallimard, 1949, t. II, p. 135-136.
- ↑ Relations, p. 213-214.
- ↑ Relations, p. 225.
- ↑ Dumont, p. 865.
- ↑ Relations, p. V.
Bibliographie
modifier- Antoine de Lalaing, Collection des voyages des souverains des Pays-Bas, Bruxelles, Louis Gachard, coll. « Chroniques belges inédites »,
- Alphonse Wouters, « Antoine de Lalaing », dans Biographie nationale de Belgique, t. 11, col. 80-85, (lire en ligne)
- Jonathan Dumont, « Le lion enfin couronné. Pensée politique et imaginaire royal au cours des premiers voyages espagnols des princes de la Maison de Bourgogne-Habsbourg », Revue belge de philologie et d'histoire, t. 94-4, , p. 841-882 (lire en ligne)
- J. Lauwerys, Antoon van Lalaing, Nationaal Biografisch Woordenboek, 1964, Deel 1, col. 653
- J. A. van der Aa, Anthonis de Lalaing, Biographisch Woordenboek der Nerderlanden, 1865, Deel 11, p. 41