ʿAql (en arabe : عقل, signifiant « intellect »), est un terme arabe utilisé dans la philosophie et la théologie islamique pour designer l'intellect ou la faculté rationnelle de l'âme ou de l'esprit.

Dans la jurisprudence, la raison et les facultés intellectuelles sont utilisées pour trouver des solutions juridiques et définir les « lois religieuses », la charia, dans les cas où on ne trouve pas la réponse explicitement dans le Coran, ni dans la sunna. Cet effort intellectuel a été traduit par « raisonnement dialectique ».

Le mot ʿaql est utilisé par les philosophes arabes hellénisants pour traduire le terme grec noûs employé par Aristote[1].

Historique

modifier

Dans l'Islam, le terme ʿaql a été fortement développé par les premiers penseurs liés à Ahl al-bayt ; il est venu remplacer et élargir le concept préislamique de ḥilm (en arabe : حلم) « justice sereine et maîtrise de soi, dignité » en opposition aux notions négatives d'ignorance (jahl) et de stupidité (safah)[réf. nécessaire].

Le Coran n'utilise pas explicitement le mot ʿaql, mais ses formes verbales, telles que yaʿqelūn, apparaissent quarante-neuf fois, par exemple dans la sourate 8, verset 22 : « Les pires des êtres, aux yeux d'Allah, sont les sourds et les muets qui ne raisonnent point [Yaʿqilūna] »[2].

Le « possesseur de ʿaql », al-ʿāqīl, réalise une connexion profonde avec Dieu. Jaʿfar aṣ-Ṣādiq a décrit cette connexion comme une prise de conscience de l'amour de Dieu, que Dieu est la vérité et que seuls le ʿilm « la connaissance sacrée », et son développement peuvent aider l'humanité à réaliser pleinement son potentiel. Son fils, Moussa al-Kazim, élargit cette interprétation en définissant le ʿaql comme « la faculté d'appréhender le divin, une faculté de perception métaphysique, une lumière dans le cœur, à travers laquelle on peut discerner et reconnaître les signes de Dieu ». Il a en outre noté que là où les imams sont la ḥujjatu ż-żāhira « preuve apparente de Dieu », ʿaql est la ḥujjatu l-Bāṭina « preuve secrète »[réf. nécessaire].

Alors qu'au début de l'islam, ʿaql s'opposait à jahl « l'ignorance », l'expansion du concept signifiait qu'il était désormais opposé à safah « la stupidité [délibérée] » et junūn « le manque de bon sens, d'indulgence ». Sous l'influence de la pensée mutazilite, ʿaql en vint à signifier « raisonnement dialectique ».

Les philosophes arabes ont employé le terme ʿaql dans leurs commentaires du De anima d'Aristote. Ainsi, Al-Kindi est l'auteur d'un traité Fî 'l-ʿaql, traduit en latin sous le titre De intellectu[3] et Al-Farabi d'une Risâla fī-l-ʿaql (« Lettre sur l'intellect »)[1]. Au XIIe siècle, Maïmonide, dans son Guide des égarés rédigé en judéo-arabe, reprend la théorie de l'intellect des falasifa. Il distingue l'intellect matériel (ʿaql al-hiulani) qui correspond au nous pathêtikos d'Aristote ; al-ʿaql bi al-fʿl (intellect en acte) ou nous poiêtikos ; al-ʿaql al-mustafâd (intellect acquis) et al-ʿaql al-fʿâl (intellect agent ou intellect actif universel)[4].

Notes et références

modifier
  1. 1 2 « ‘Aql - Encyclopédie de l'humanisme méditerranéen », sur www.encyclopedie-humanisme.com (ISSN 2608-2292, consulté le )
  2. ↑ Traduction Régis Blachère.
  3. ↑ Henry Corbin, Histoire de la philosophie islamique, [Paris] Gallimard, (lire en ligne), p. 221
  4. ↑ Maïmonide. Guide des égarés, ch. LXVIII, pages 307-308 : note du traducteur Salomon Munk.

Annexes

modifier