Ariella Azoulay

artiste

Ariella Aïcha Azoulay, née le à Tel Aviv[1], est une théoricienne de la photographie, essayiste et cinéaste française et israélienne.

Ariella Azoulay
Biographie
Naissance
Nom dans la langue maternelle
אריאלה עאישה אזולאי‎Voir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activité
Professeure d'arts plastiquesVoir et modifier les données sur Wikidata
Fratrie
Orly Azoulay (en)
Ilana Bernstein (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Adi Ophir (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
A travaillé pour
Distinction
Igor Zabel Award for Culture and Theory (d) ()Voir et modifier les données sur Wikidata

Biographique

modifier

Milieu familial

modifier

Ariella Azoulay naît le à Tel Aviv d'un père originaire d'Algérie[2] et d'une mère née en Palestine, issue d'une famille juive séfarade venue de Bulgarie et de Grèce.

Son père, Roger Azoulay, né à Oran en Algérie en 1923, est interné sous le régime de Vichy dans le camp de Bedeau entre 1941 et 1943. Après le débarquement anglo-américain au Maroc et en Algérie le , il sert comme soldat et technicien de radio dans la Division d'infanterie algérienne qui contribue à la libération de la Tunisie et de l'Italie. Il y reçoit plusieurs décorations. Il émigre en Israël en 1949. D'après S. Slyomovics, Ariella Azoulay choisit d'assumer une identité juive orientale que son père, se revendiquant comme français d'Algérie, avait voulu occulter[3].

À la mort de son père, Ariella Azoulay apprend que sa grand-mère paternelle s'appelait Aïsha et décide d'adopter ce prénom[4].

Carrière universitaire

modifier

Ariella Azoulay enseigne la culture visuelle et la philosophie contemporaine à l'université Bar-Ilan en Israël[5], qui refuse de la titulariser, pour des raisons politiques selon Haaretz[6] et +972 Magazine[7]. Elle devient ensuite professeure titulaire d'une chaire à l'université Brown aux États-Unis[8].

Recherche

modifier

À travers ses recherches, Ariella Azoulay explore la « question des rapports de pouvoir en œuvre dans le choix, la fabrication et la circulation des images contemporaines »[9].

« Des photographies d'archives, captures d'événements concomitants de la création d'Israël, constituent la matrice de sa recherche. Ariella Azoulay construit une « Histoire potentielle » reliant Palestiniens et Israéliens, contestant l'historiographie officielle d'un conflit inévitable entre les deux peuples[9] ».

L. Silberstein situe la remise en question des postulats du sionisme opérée par Ariella Azoulay dans la lignée des travaux du sociologue Baruch Kimmerling notamment. Comme d'autres auteurs postsionistes, Azoulay met en lumière les effets d'exclusion produits par le discours sioniste[10].

À l'occasion d'une exposition de photos d'archives israéliennes, en 2013, Ariella Azoulay déclare : « Je veux contribuer à créer les conditions du pardon, je ne veux pas être dans le camp du bourreau »[11].

L'approche de la culture visuelle (visual culture) par Ariella Azoulay rejette le cloisonnement entre des disciplines comme l'histoire, l'histoire de l'art et la science politique[12]. Pour elle, l'image n'est pas un simple adjuvant du texte historique ; au contraire, l'image est un document historique en soi. L'image a cette capacité de révéler ce que les textes taisent[13]. Ainsi, Ariella Azoulay fait parler les images en les resituant dans leur contexte de production et de diffusion, pour éclairer les concepts de citoyenneté, de souveraineté ou encore de violence.

Prise de position

modifier

En 2021, elle critique le rapport de Benjamin Stora sur le colonialisme français en Algérie qui occulte selon elle les crimes coloniaux français ; elle considère comme criminelle en particulier la « destruction des cultures juives au Maghreb » qui a suivi le décret Crémieux, ce décret ayant eu pour effet de séparer les juifs algériens de leurs compatriotes non-juifs, en leur imposant la nationalité française[14]. De plus, elle reproche à Benjamin Stora une présentation simplificatrice des communautés juives du Maghreb, qui en efface la diversité[15],[16]. Ariella Azoulay affirme que son rapport perpétue un récit historique colonialiste ; elle remet en question le choix de Benjamin Stora, en tant que chercheur juif sélectionné par le gouvernement. Elle plaide en faveur d'un examen plus complet des crimes coloniaux et de leurs conséquences à long terme, contestant le récit présenté dans le rapport officiel[17],[source secondaire nécessaire].

Publications

modifier
  • (en) Death's Showcase: The Power of Image in Contemporary Democracy, Cambridge et Londres, MIT Press, (ISBN 978-0-262-51133-9, lire en ligne), gagnante du prix The Affinity Award, ICP.
  • (he) avec Adi Ophir, ימים רעים: בין אסון לאוטופיה Mauvais jours, entre désastre et utopie »], רסלינג (Resling), (ISBN 978-965-7252-02-4, lire en ligne).
  • (he) היה היה פעם: צילום בעקבות ולטר בנימין en anglais : Once Upon A Time: Photography following Walter Benjamin, en français : Il était une fois, la photographie selon Walter Benjamin »], הוצאת אוניברסיטת בר-אילן (Bar Ilan University Press), (ISBN 978-965-226-315-5, lire en ligne).
  • (en) avec Adi Ophir, The One-State Condition: Occupation and Democracy in Israel/Palestine, Stanford University Press, (ISBN 978-0-8047-8433-7, lire en ligne).
    • (fr) Ce régime qui n’en est pas un : occupation et démocratie entre la mer et le fleuve, Tel-Aviv, Resling, [18].
  • (he) האמנה האזרחית של הצילום, רסלינג, (lire en ligne).
    • (en) traduit de l'hébreu par Rela Mazali et Ruvik Danieli, The Civil Contract of Photography, Zone Books, .
  • (he) אלימות מכוננת, 1950-1947: גנאלוגיה חזותית של משטר והפיכת האסון ל"אסון מנקודת מבטם" en anglais : Constituting Violence 1947-1950, A visual genealogy of a regime, en français : La construction de la violence, 1947-1950 : une généalogie visuelle d'un régime »], רסלינג, (lire en ligne).
  • (en) From Palestine to Israel: A Photographic Record of Destruction and State Formation, 1947-1950, Pluto Press, (ISBN 978-0-7453-3169-0, lire en ligne)
  • avec Adi Ophir, « Le sionisme, l'État d'Israël et le régime israélien », Cités, vol. n° 47-48, no 3, , p. 67 à 82 (ISSN 1299-5495, DOI 10.3917/cite.047.0067, lire en ligne, consulté le )
  • (en) Civil Imagination: A Political Ontology of Photography, Londres, Verso Books, (ISBN 978-1-78478-303-7, lire en ligne)[19],[20], traduit de l'hébreu par Louise Bethlehem et traduit en italien par K. McManus en 2018, sous le titre : Civil imagination. Ontologia politica della fotografia.
  • (en) Aïm Deüelle Lüski and Horizontal Photography, Leuven University Press et Cornell University Press, (ISBN 978-90-5867-949-9, lire en ligne)[21]
  • La résistance des bijoux: contre les géographies coloniales, Sète, Rot-Bo-Krik, , 232 p. (ISBN 978-2-9580620-5-7, BNF 47253216, lire en ligne)
  • (en) The Jewelers of the Ummah: A Potential History of the Jewish Muslim World (trad. Jean Baptiste Naudy), Londres, Verso Books, , 656 p. (ISBN 978-1-80429-311-9, lire en ligne)
    • (fr) Les Bijoutier.es de la Oumma (trad. collective), Paris, Terrasses éditons, , 750 p..

Filmographie

modifier

Ariella Azoulay a réalisé plusieurs films documentaires :

  • Civil Alliances, Palestine, 47-48 Le pacte civil, Palestine, 47-48 »), 2012
  • I Also Dwell Among Your Own People: Conversations with Azmi Bishara, 2004
  • The Food Chain La chaîne alimentaire »), 2004
  • Sign from Heaven (« Un signe du ciel »), 1999. Ce film donne à voir trois épisodes récents de violence : l'assassinat de Yitzhak Rabin par Igal Amir, le meurtre de Yehuda par sa femme Carmela Bouhbout ; et l'élimination de Yahia Ayache dit « l'ingénieur » par les forces de sécurité israéliennes[22]

Expositions

modifier

Comme artiste

modifier
  • « Different Ways Not to Say Deportation: Unshowable Photographs », Palais de Tokyo, Triennale 2012[23].
  • « Potential History », [Histoire potentielle], installation, 2012[22].

Comme commissaire d'exposition

modifier

Ariella Azoulay a organisé comme curatrice plusieurs expositions centrées sur des images d'archives :

  • « Everything Could Be Seen » (Um El Fahem Gallery of Art, 2004)[24]
  • « Architecture of Destruction » (Zokhrot, Tel Aviv, 2008)
  • « Untaken Photographs » (The Moderna Galerija, Ljubljana ; Zokhrot, Tel Aviv, 2010)
  • « Potential History » (Stuk / Artefact, Louvain, 2012)
  • « When The Body Politic Ceases To Be An Idea » (MOBY, 2013)
  • « The Body Politic » (Reina Sofia, Madrid)
  • « The Natural History of Rape» (Pembroke Hall, université Brown)
  • « Enough! The Natural Violence of the New World Order » (F/Stop festival, Leipzig, 2016)
  • « Act of State 1967-2007 » (Centre Pompidou, 2016)

Notes et références

modifier
  1. « centrepompidou.fr/cpv/resource… »(Archive.orgWikiwixGoogleQue faire ?).
  2. Susan Slyomovics, How to Accept German Reparations, p. 219-220, lire en ligne
  3. « Pour A. Azoulay, dans le contexte israélien de l'après-1948, caractérisé par la relégation sociale, économique et culturelle des juifs originaires des pays à majorité musulmane (juifs appelés mizrahi), relégation imposée par la minorité des Juifs d'Europe de l'Est, la réticence de son père à se définir comme algérien fut interprétée par elle comme un mensonge en vue d'effacer une identité maghrébine qu'il ne pouvait pas assumer, à la différence de sa fille » (« For Ariella Azoulay, in the post-1948 Israeli context characterized by social, economic and cultural erasures of the large Jewish community from Muslim-majority countries (known as Mizrahim), by the minority of Jews of Eastern European origin, her father's reticence was interpreted as a lie to efface a Maghrebi, hence a Mizrahi identity that her father could not and did not embrace as his daughter does »), Susan Slyomovics, How to Accept German Reparations, p. 222, lire en ligne
  4. Stijn De Cauwer (2021)« Ariella Aïsha Azoulay and Georges DidiHuberman: the persistence of lost worlds », Journal of Aesthetics & Culture, 13:1, 1994179, DOI: 10.1080/20004214.2021.1994179, [https://doi.org/10.1080/20004214.2021.1994179 lire en ligne]
  5. « Ariella Azoulay - Centre Photographie Genève », sur centrephotogeneve.ch (consulté le ).
  6. (en) Or Kashti, « Bar-Ilan lecturer reportedly denied tenure due to views », Haaretz.com, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  7. (en-US) Joseph Dana, « Occupation & Nakba: Interview with Ariella Azoulay & Adi Ophir », sur +972 Magazine, (consulté le )
  8. (en) « Azoulay, Ariella », sur brown.edu (consulté le ).
  9. 1 2 Cécile Poblon, Ariella Azoulay : Exposition du 26 février au 26 avril 2014, BBB Centre d'art (lire en ligne)
  10. Laurence Jay Silberstein, Postzionism: A Reader, Rutgers University Press, New Brunswick, New Jersey, London, p. 10, lire en ligne
  11. La dure naissance d'Israël avec Ariella Azoulay, ouest-france.fr, 20/12/2013
  12. Eliane de Larminat, « Azoulay, Ariella Aïsha. Potential History: Unlearning Imperialism », Photographica, no 3, , p. 191 (lire en ligne)
  13. (en) Darlene Trew Crist, « Ariella Azoulay », sur brown.edu via Internet Archive (consulté le ).
  14. Sonia Dayan-Herzbrun, « Azoulay, Thiong'o : Les langues, comme des bijoux », sur En attendant Nadeau, (consulté le ).
  15. Lior B. Sternfeld et Menashe Anzi, « Guerre des mémoires en Israël sur les juifs arabes et iraniens », sur Orient XXI, (consulté le )
  16. (en) Brigitte Stepanov, « The Implicated Subject: Colonial Atrocity, Harki Identity, and an Ontology of the In-Between », Violence: An International Journal, (ISSN 2633-0024 et 2633-0032, DOI 10.1177/26330024231215818, lire en ligne, consulté le )
  17. (en) Ariella Aïsha Azoulay, « Algerian Jews Have Not Forgotten France’s Colonial Crimes » [« Les Juifs algériens n’ont pas oublié les crimes coloniaux de la France »], sur Boston Review (consulté le )
  18. « compte-rendu en français de Ce régime qui n’en est pas un : occupation et démocratie entre la mer et le fleuve », sur Sociétés politiques comparées,
  19. Érika Wicky, « compte-rendu en français de Civil Imagination: A Political Ontology of Photography », sur Érudit, (consulté le )
  20. (en) Jeffrey John Barnes, « Review of The One-State Condition: Occupation and Democracy in Israel/Palestine », Arab Studies Quarterly, vol. 36, no 1, , p. 78–81 (ISSN 0271-3519, DOI 10.13169/arabstudquar.36.1.0078, lire en ligne, consulté le )
  21. Érika Wicky, « compte-rendu en français de Aïm Deüelle Lüski and Horizontal Photography », sur Université Rennes 2 (consulté le )
  22. 1 2 https://www.lebbb.org/website_datas/item267/pj/BBB_FEUILLE_DE_SALLE_ARIELLA_AZOULAY.pdf
  23. Élisabeth Lebovici, « Prendre la parole. De quelques femmes à la Triennale. », sur le-beau-vice.blogspot.com, (consulté le ).
  24. (en) Joshua Simon, « An Interview with Ariella Azoulay : On the exhibition "Everything Could Be Seen" at the Um El Fahem Art Gallery », Studio Art Magazine, no 154, (lire en ligne)

Voir aussi

modifier

Bibliographie

modifier
  • (en) Anna Gormley et Stuart Allan, « Re-imagining Human Rights Photography: Ariella Azoulay’s Intervention », dans Reporting Human Rights, Conflicts, and Peacebuilding, Springer International Publishing, , 203–220 p. (ISBN 978-3-030-10718-5, DOI 10.1007/978-3-030-10719-2_13, lire en ligne)
  • (en) Andrew Fisher et Daniel Rubenstein, « Out of photography … Interview with Ariella Azoulay », Philosophy of Photography, vol. 2, no 1, , p. 3–20 (lire en ligne, consulté le )
  • Elle Flanders, « The Right to Share the Public Archive: A Conversation about Ariella Azoulay's Different Ways to Say No to Deportation », www.academia.edu, (lire en ligne, consulté le )

Liens externes

modifier