Aristodemos Malakos

tyran de Cumes
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Aristodème de Cumes, surnommé Malakos (en grec ancien : Ἀριστόδημος ὁ Μαλακός), né vers 550 av. J.-C. et mort vers 490 av. J.-C., est un stratège puis tyran de la cité grecque de Cumes, en Grande-Grèce.

Aristodémos Malacos
Biographie
Naissance
Décès
Époque
Activité
Père
Aristocratès (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Xénocrite (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Général victorieux face aux coalitions étrusques (notamment lors de la bataille d'Aricie), il s'appuie sur les revendications populaires pour renverser l'oligarchie cumaine et instaurer une tyrannie. Son règne est marqué par des réformes sociales et par l'accueil accordé au dernier roi de Rome, Tarquin le Superbe.

Biographie

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Carrière militaire

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Né au sein d'une famille notable de Cumes, Aristodème est nommé stratège. En 524 av. J.-C., il s'illustre en repoussant une vaste coalition d'Étrusques, d'Umbriens et de Dauniens venue assiéger la cité[1].

Vers 506 av. J.-C., il est envoyé au secours de la cité latine d'Aricie, assiégée par l'armée étrusque sous le commandement d'Arruns, fils du roi Porsenna. Aristodème remporte la bataille d'Aricie, tue le général étrusque et met un terme à la poussée hégémonique des Étrusques dans le Latium[1]. Cette victoire lui confère un immense prestige auprès des soldats et des classes populaires de Cumes.

Prise de pouvoir et tyrannie

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S'appuyant sur la plèbe urbaine et les soldats, Aristodème s'oppose à l'oligarchie aristocratique qui gouverne la cité. Vers 504 av. J.-C., il s'empare du pouvoir à la suite d'un coup d'État et instaure la tyrannie[2].

Pour consolider son autorité et désarmer l'opposition aristocratique, il met en place des mesures à caractère populaire :

  • redistribution des terres confisquées aux aristocrates exilés ou exécutés ;
  • abolition ou remise des dettes pour les citoyens pauvres ;
  • affranchissement et armement de nombreux esclaves pour constituer sa garde personnelle.

Relations avec la République romaine

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Après la bataille du lac Régille (v. 499 ou 496 av. J.-C.), le dernier roi de Rome expulsé, Tarquin le Superbe, cherche refuge auprès d'Aristodème à Cumes, où il meurt en 495 av. J.-C.[3]. Aristodème se proclame alors l'héritier des biens du monarque déchu.

En 492 av. J.-C., lorsque des ambassadeurs romains se rendent à Cumes pour acheter du grain en période de famine, le tyran fait saisir leurs navires en représailles à la confiscation des biens de Tarquin par la République romaine au moment de son exil[4].

Chute et mort

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Vers 490 av. J.-C., les fils des aristocrates exécutés ou exilés, soutenus par des mercenaires et des alliés campaniens, organisent une conjuration. Ils s'introduisent de nuit dans le palais de Cumes et assassinent Aristodème ainsi que sa famille, rétablissant ainsi le régime oligarchique.

Tradition antique et lois vestimentaires

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Dans ses Antiquités romaines (Livre VII), l'historien Denys d'Halicarnasse rapporte qu'Aristodème, afin d'éteindre tout esprit républicain ou guerrier chez la jeunesse cumaine, aurait imposé des lois coercitives : obligation pour les jeunes garçons de porter les cheveux longs, d'arborer des vêtements brodés similaires à ceux des jeunes filles et de fréquenter les bains publics plutôt que les gymnases[5].

Plutarque évoque également ces récits, ajoutant qu'Aristodème imposait symétriquement aux jeunes filles de couper leurs cheveux et de porter des habits garçonnets[6].

Analyse historiographique et critique des sources

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La tradition antique transmise par Denys d'Halicarnasse et Plutarque est accueillie avec un grand scepticisme par la recherche moderne.

Les historiens, notamment David Asheri, Alfonso Mele et Stéphane Kefallonitis, analysent le récit des lois vestimentaires comme un cliché littéraire et idéologique (un topos) forgé par l'aristocratie cumaine après la chute du tyran[7]. Dans la pensée politique grecque classique, l'efféminement (malakia) est une métaphore récurrente utilisée pour illustrer la destruction des vertus citoyennes et guerrières (andreia) par un régime autoritaire[8].

De même, le surnom Malakos (« le Mou », « le Doux » ou « l'Efféminé ») dérive très probablement d'une insulte politique lancée par la faction aristocratique pour dénigrer ses origines sociales ou son comportement de jeunesse. Ce qualificatif a ensuite généré une tradition étiologique visant à expliquer rétrospectivement l'épithète en lui attribuant des décrets extravagants sur les mœurs[9].

Notes et références

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  1. 1 2 François Hinard (dir.), Histoire romaine. Tome I : Des origines à Auguste, Fayard, Paris, 2000, p. 140.
  2. ↑ Dion Cassius Hal. Ant. VII 5,1-2
  3. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, II, 21.
  4. ↑ Tite-Live, Histoire romaine, II, 34.
  5. ↑ Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, VII, 2-13.
  6. ↑ Plutarque, Euvres morales, Xénocrite (Vertus de femmes, 26).
  7. ↑ David Asheri, « Tyrannie et mariage forcé. Essai sur la politique sociale d'Aristodème de Cumes », Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 1977, p. 21-48.
  8. ↑ Stéphane Kefallonitis, « De l'Eubée à la Campanie, pédérastie héroïque et mollesse tyrannique », 2011, p. 51-59.
  9. ↑ Alfonso Mele, Aristodemo Malaco e la tirannide a Cuma, Salerno, 1986.

Annexes

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Bibliographie

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Sources antiques

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Sources modernes

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  • David Asheri, « Tyrannie et mariage forced. Essai sur la politique sociale d'Aristodème de Cumes », Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, vol. 32, no 1,‎ , p. 21-48 (lire en ligne).
  • Bernard Combet Farnoux, « Cumes, L’Étrurie et Rome à la fin du VIe et au début du Ve siècle. Un aspect des premiers contacts de Rome avec l’hellénisme », Mélanges de l'École française de Rome, vol. 69,‎ , p. 7-44 (lire en ligne).
  • Histoire romaine : Tome I : Des origines à Auguste, Paris, Fayard, , 1075 p. (ISBN 978-2213031941).
  • Stéphane Kefallonitis, « Unité du livre VII des Antiquités romaines de Denys d'Halicarnasse », Revue des études anciennes, vol. 110, no 1,‎ , p. 195-214.
  • Stéphane Kefallonitis (dir.), « De l'Eubée à la Campanie, pédérastie héroïque et mollesse tyrannique », dans Figures de l'identité. Naissance et destin des modèles communautaires dans le monde romain, Lyon, ENS Éditions, , 51-59 p..
  • Stéphane Kefallonitis (dir.), « Le tyran et les enfants de la cité », dans Mythes sacrificiels et ragoûts d'enfants, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise Pascal, , 329-343 p..
  • (it) Alfonso Mele, Aristodemo Malaco e la tirannide a Cuma, Salerne, Edizioni del Centro di Studi Magna Grecia, .
  • Claude Mossé, La Tyrannie dans la Grèce antique, Paris, PUF, coll. « Quadrige », .

Articles connexes

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