Armorial au paillé
Par l’armorial au paillé, on désigne l'ensemble des armoiries comportant ce meuble héraldique rare, caractéristique de la Normandie. En héraldique, le paillé se compose d’anneaux d’or reliés entre eux par des arabesques, chaque anneau renfermant alternativement une aiglette ou un lionceau, eux aussi d’or[1]. À l'origine, ce motif serait une représentation stylisée d’une étoffe orientale précieuse. Son sens originel s'étant progressivement perdu, le paillé a parfois été assimilé à un simple élément décoratif, à l'instar du diapré. Cet armorial réunit les armoiries dans lesquelles apparaît ce motif particulier.

Origine
modifierLe mot paillé provient du latin palla au sens de tenture, tapisserie[2]. Il désigne au Moyen-Âge une étoffe précieuse de couleur verte, parfois bleue, brochée de motifs entourés d'anneaux[3], provenant d'orient[4],[5]
Les armoiries ont émergé entre la première et la deuxième croisade[6].
Le motif de cette étoffe précieuse et exotique a été adopté dans leurs armes par des familles normandes de retour des croisades. Ainsi, deux représentants de la famille Houdetot étaient à la première croisade (La Noblesse de France aux Croisades par P. Roger, 1845).
Évolution dans le blasonnement
modifierOn peut distinguer deux périodes dans la façon de blasonner le paillé.
Dans la première, le mot paillé se suffit à lui-même et n'a pas besoin d'être explicité. On trouve ainsi :
- De vair avec la fasce paillée : Philippe Marmion dans le Glover's Roll of the Reign of King Henry III,
- D'argent à une fasce paillée : le sire de Clères (Héraut Navarre[7])
- Fascé d'hermines et de paillé de six pièces : le sire de la Roche-Tesson (Héraut Navarre[8])
Dans un second temps, l'idée de paillé semble oubliée ou tombée en désuétude. Deux cas sont possibles, dans le premier la figure du paillé est restée, dans le second elle a évolué.
- Dans le cas où la figure est restée, le blasonnement a évolué ; le mot paillé ne se suffit plus à lui-même, la figure est donc décrite, expliquée. Par exemple, de Clères, qui était précédemment D'argent à la fasce paillée, devient dans l'Armorial Général de France en 1696 D'argent à une fasce d'azur diaprée d'un aigle et de deux lions d'or encerclés dans des cercles de même. La ville de Clères en Normandie mentionne aujourd'hui une bande d'azur diaprée d'or.
- Ensuite, la figure du paillé peut elle-même avoir évolué. Pour garder l'exemple de Clères, on retrouve chez La Chesnaye-Dubois, Robson et Rietstap, une fasce d'azur avec les lions et l'aigle d'or sans les cercles. De même les armes la famille Marmion où la fasce paillée devient frettée, puis une fasce simple sans motif. Dans ces deux cas la signification du paillé semble avoir été oubliée et son motif est donc remplacé par un autre plus canonique.
Familles et personnes
modifier| Figure | Blasonnement et commentaires |
|---|---|
Charles de Brisard Tiville
Le Nobiliaire de Picardie, en 1693, de Jean Haudicquer de Blancourt mentionne p. 74 les armoiries familiales : Fascé d'azur & d'argent de six pièces, l'azur diapré d'un Aigle & de deux Lions affrontés d'or, & l'argent chargé de neuf mouchetures d'hermines de sable 4.2.3.
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Jehan de Caleville, Seigneur de Douville
Individu n° 164 dans La cour amoureuse dite de Charles VI, Tome I, Étude et édition critique des sources manuscrites, armoiries et notices biographiques par Carla Bozzolo et Hélène Loyau, Éd. Le Léopard d'Or, Paris, 1982, (ISBN 2-86377-020-9). | |
Georges de Caleville
Frère du précédent, n° 165 dans La cour amoureuse dite de Charles VI, Tome I, Étude et édition critique des sources manuscrites, armoiries et notices biographiques par Carla Bozzolo et Hélène Loyau, Éd. Le Léopard d'Or, Paris, 1982, (ISBN 2-86377-020-9).
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Famille de Clères en Normandie
Dans l’Armorial général de France (édit de novembre 1696) Généralité d'Alençon. par Gustave Prévost, Élection de Conches, suivant l'ordre du registre premier : 32. — Louis, chevalier, seigneur et marquis de Clerc [Clères] : D'argent à une fasce d'azur diaprée d'une aigle et de deux lions d'or enfermés dans des cercles de même[13]. Dans The British Herald, par Thomas Robson, 1830, Tome 1, p.406, le blason de la famille de Clere d'Ormsby dans le Norfolk est argent on a fess azur, three eagles displayed or. Ce même blason est représenté sur le portail du Birr Castle en Irlande[14].
Dans son dictionnaire de la Noblesse, tome 5, la Chesnaye-Desbois ne rapporte pas non plus plus les anneaux : D'argent, à une fasce d'azur, chargée de deux lions et d'une aigle à deux têtes, le tout d'or. Voir aussi Jean-baptiste Rietstap, Armorial général, Tome 1, éd. 1884, p.433. Clére — Nom. D'am. à la fasce d'azur,chargée d'une aigle d'or entre deux lions du même. | |
Famille de Houdetot
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Frédéric-Christophe d'Houdetot, baron de Houdetot et de l'Empire[16]
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Famille Marmion (en)
Dans l'armorial Glover's Roll of the Reign of King Henry III, au milieu du XIIIe siècle, les armes de Philippe Marmion sont blasonnées De vair à la fasce paillée. Dans les armoriaux ultérieurs, le paillé est interprété comme fretté ou complètement absent. Ainsi dans The British Herald, Tome II, en 1830 par Thomas Robson, on trouve p.431 : MARMION, [Leic] vair, a fesse .., fretty ... [..] Marmyon, or Marmion, [Fonteney, Normandy and Warw.] vair, a fesse gu. Marmyon, [Warw.] vair, a fesse gu. fretty or. | |
Jean Maskarel de Hermanville
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Jean, fils de Jean II, comte de Roucy (1260)
Les couleurs ont été reprises de la maison de Coucy, l'or du franc-quartier est arbitraire[20]. | |
Famille Tesson.
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| Yvain d’Ussenel, chevalier de la Table Ronde.
D’or aux deux fasces paillées de gueules.[22]. Variante : D'or paillé d'aiglettes et de lionceaux de gueules[23],[24],[25],[26]. |
Notes et références
modifierNotes
modifierRéférences
modifier- ↑ Michel Pastoureau dans Traité d'héraldique, Grands manuels Picard, éd. 2003, p.106-108.
- ↑ Le glossaire de du Cange, le décrit par le terme aulaeum, rideau, tenture.
- ↑ Armorial de France : composé à la fin du XVIIIe siècle ou au commencement du XIVe par Jules Chifflet, 1920, p. 37.
- ↑ Recherches sur le commerce, la fabrication et l'usage des étoffes de soie, d'or et d'argent de Francisque Michel, 1852, tome I, p. 275. (Lire en ligne)
- ↑ Une image de ce type d'étoffe illustre l'article Le tissu néogothique en Anjou, de Anna Leicher, paru dans le numéro 20 de Sociétés & Représentations en 2005. L'étoffe du chasuble MT 23475 du Musée des Tissus et des Arts décoratifs illustre aussi ce type d'étoffe. Fabriqué dans le deuxième quart du XIIIe pour Allah Eddin Keikobad, sultan Seldjoukides d'Anatolie, sa fiche d'inventaire le rapproche par son bâti (samit) et ses motifs de la tradition des textiles de l'orient byzantin.
- ↑ Michel Pastoureau, « L'apparition des armoiries en Occident. État du problème », Bibliothèque de l'école des chartes, no 134, , p. 281-300 (DOI 10.3406/bec.1976.450062, lire en ligne)
- ↑ Voir http://www.armorial.dk/french/NAV_blazons.pdf ou https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9063216f/f9.item
- ↑ http://www.armorial.dk/french/NAV_blazons.pdf ou https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9063216f/f9.item
- ↑ Armorial du Parlement de Paris - par M. Bonneserre de Saint-Denis (1862)
- ↑ Extrait du folio 68 verso du Recueil d'armoiries coloriées disposées selon un ordre méthodique, et généalogies diverses, BnF Gallica.
- ↑ Blason reproduit d'après la representation folio 65 recto du Recueil d'armoiries coloriées disposées selon un ordre méthodique, et généalogies diverses, BnF Gallica.
- ↑ Blason reproduit d'après la représentation folio 65 verso de l'Armorial de l'Europe et de la Toison d'Or, BnF Gallica et Folio 13 de l'Armorial Le Breton
- ↑ (en) « P. 178, lire en ligne », sur Internet Archive (consulté le ).
- ↑ voir notamment le rapport de visite sur le blog Irish Heraldry
- ↑ D'après le Dictionnaire de la noblesse, contenant les généalogies, l'histoire & la chronologie des familles nobles de France, l'explication de leur armes, & l'état des grandes terres du royaume par François Alexandre Aubert de La Chesnaye-Desbois, 1774, Tome VIII, page 131. Voir aussi Jean-baptiste Rietstap, Armorial général, Tome 1, éd. 1884, p.994.
- ↑ institution de majorat attaché au titre de baron de Houdetot au profit de Frédéric, Christophe d'Houdetot, accordée par lettres patentes du , signées à Schoenbrunn.
- ↑ « Armorial Noblesse Empire », sur heraldique-blasons-armoiries.com (consulté le ).
- ↑ Glover's Roll of the Reign of King Henry III (Marmion). See also "Textiles and texture in heraldry", Abridged from “Heraldry in practice” by T. R. Davies, Coat of Arms No.110, Summer 1979.
- ↑ Jean-baptiste Rietstap, Armorial général, Tome 2, éd. 1887, p.170.
- ↑ Photo du sceau D1023 des Archives Nationales par Michel Pastoureau ; illustration 106 du Traité d'héraldique de Michel Pastoureau, Grands Manuels Picard, 1979.
- ↑ Blason reproduit d'après la représentation folio 65 verso de l'Armorial de l'Europe et de la Toison d'Or, voir aussi Jean-baptiste Rietstap, Armorial général, Tome 2, éd. 1887, p.896.
- ↑ Ce sunt les noms, armes et blasons des chevaliers companions..., BnF MS 5024 folio 7 verso. Détail.
- ↑ Armorial de la Table Ronde, BnF MS 4976, folio 60 recto
- ↑ Armorial de la Table Ronde, Bibliothèque Municipale de Lille MS 329, page folio 37 recto
- ↑ La devise des armes des chevaliers de la Table ronde, Bibliothèque Municipale de Rennes, page 058
- ↑ Le blason des armoiries, BnF p.139.
Bibliographie et sitographie
modifier- Michel Pastoureau, Traité d'héraldique : grands manuels Picard, Paris, , 5e éd., 407 p. (ISBN 978-2-7084-0807-4)
- (en) Gerard J. Brault, Early Blazon : Heraldic terminology in the twelfth and thirteenth centuries, with special reference to arthurian literature, Oxford, Oxford University Press, , 1re éd., 300 p. (ISBN 978-0-1982-2337-5)
- D. L. Galbreath, Manuel du Blason, Lausanne,
- Louis Douët d'Arcq, Inventaire de la collection de sceaux, t. 1, Paris, Archives de l'Empire, 1863-1868 (lire en ligne)
- Jean-Baptiste Rietstap, Armorial général, précédé d'un dictionnaire des termes du blason, t. 1 & 2, Londres, G.B. van Goor zonen, 1864-1887 (lire en ligne)
- Armorial de l'Europe et de la Toison d'Or, Paris, 1401-1500, 167 p. (lire en ligne)
- (en) Thomas Robson, The British Herald, t. 1 & 2, Sunderland, (lire en ligne)
- Alfred de Tesson, « Le Paillé et le Diapré Héraldiques », Mémoires de la société d'archéologie, littérature, sciences et arts des arrondissements d'Avranches et de Mortain, vol. XII, , p. 5-28.
- (en) T. R. Davis, « As it was in the beginning », Coat of Arms, no 109, (lire en ligne, consulté le ).
- (en) T. R. Davis, « Textiles and texture in heraldry, abridged from “Heraldry in practice” », Coat of Arms, no 110, (lire en ligne, consulté le ).
- (en) T. R. Davis, « Diaper, paillé and papelonné », Coat of Arms, no 129, (lire en ligne, consulté le ).