Art protocolaire
L'art protocolaire (ou art des protocoles) désigne une pratique de l'art contemporain s'inscrivant dans le prolongement de l'Instruction Art. Elle définit l'œuvre par un ensemble d'instructions, de règles ou de systèmes établis par l'artiste, l'exécution pouvant être déléguée à un tiers, réalisée par l'artiste lui-même selon une procédure fixe, ou laissée ouverte à l'interprétation.
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Évolution historique
modifierRacines : de la règle de vision à la partition
modifierL'usage de règles contraignantes pour générer une image remonte à l'invention de la perspective conique. Avec la musique expérimentale de John Cage et le mouvement Fluxus, le protocole devient une forme artistique autonome sous le nom d'« event score » (partition d'événement).
LeWitt et Weiner : de la machine à la dématérialisation (1960-1970)
modifierSol LeWitt est le pionnier de la séparation entre conception et exécution : « l'idée devient une machine qui fait l'art »[1]. Cette logique est poursuivie par Lawrence Weiner, pour qui l'énoncé linguistique suffit à l'existence de l'œuvre.
L'historien de l'art Benjamin Buchloh a qualifié cette évolution d'« esthétique de l'administration » (aesthetic of administration), l'artiste se déplaçant vers une gestion bureaucratique et structurelle du processus créatif[2].
Typologie
modifierOn distingue généralement plusieurs modes d'existence du protocole :
- Le protocole de délégation : l'artiste donne les instructions, un tiers exécute (Sol LeWitt).
- Le protocole de dispersion : l'œuvre est soumise à une règle de partage ou de don (Felix Gonzalez-Torres).
- Le protocole d'endurance : la règle sert à éprouver le corps de l'artiste sur la durée (Tehching Hsieh, Roman Opalka).
Artistes représentatifs
modifier- Sol LeWitt : pionnier de la séparation entre conception et exécution.
- Lawrence Weiner : théoricien de l'énoncé linguistique comme œuvre d'art autonome.
- Yoko Ono : pionnière des instructions poétiques et participatives.
- Roman Opalka : mise en œuvre d'un protocole de comptage temporel irréversible.
- Tehching Hsieh : application de protocoles d'endurance extrêmes.
- Stanley Brouwn : métrologie du déplacement par le pas et la mesure.
Notes et références
modifier- ↑ Sol LeWitt, « Paragraphs on Conceptual Art », Artforum, 1967.
- ↑ Benjamin Buchloh, « Conceptual Art 1962-1969: From the Aesthetic of Administration to the Critique of Institutions », October, vol. 55, 1990.
Bibliographie
modifier- Zygmunt Bauman, Modernité liquide, Paris, Fayard, 2013.
- Benjamin Buchloh, « L'esthétique de l'administration », 1990.
- Michel Crozier, Le Phénomène bureaucratique, Paris, Seuil, 1963.
- Lucy Lippard, Six Years: The Dematerialization of the Art Object, 1973.