Asocialité
L'asocialité est un manque de motivation à s'engager dans des interactions sociales, ou une préférence pour les activités solitaires. Elle peut être associée à l'avolition, mais elle peut également résulter d'un manque d'occasions d'établir des relations sociales[1]. Les psychologues du développement emploient aussi les termes non-socialité, absence d'intérêt social ou désintérêt pour les interactions sociales. L'asocialité est distincte du comportement antisocial, bien que les deux ne soient pas mutuellement exclusifs. Un certain degré d'asocialité est couramment observé chez les personnes introverties, tandis qu'une asocialité marquée peut être présente chez des personnes atteintes de diverses affections cliniques.
L'asocialité n'est pas nécessairement perçue par la société comme un trait entièrement négatif, car elle a parfois servi de moyen d'exprimer un désaccord ou une opposition à l'égard des idées dominantes. Elle est même considérée comme une qualité souhaitable dans plusieurs traditions mystiques et monastiques, notamment l'hindouisme, le jaïnisme, le catholicisme romain, l'orthodoxie orientale, le bouddhisme et le soufisme[2],[3],[4].
Dans l'évolution humaine et l'anthropologie
modifierLes recherches scientifiques suggèrent que certains traits asociaux du comportement, de la personnalité et de la cognition humaines ont pu présenter plusieurs avantages au cours de l'évolution. Les traits d'introversion et de détachement social peuvent protéger un individu contre les situations sociales impulsives ou dangereuses en réduisant l'impulsivité et la recherche de récompenses[5]. Par ailleurs, le fait de s'isoler volontairement de manière fréquente peut favoriser la créativité et offrir le temps nécessaire pour réfléchir, travailler, prendre du recul et repérer plus facilement des schémas ou des régularités utiles[6].
Les recherches indiquent également que les fonctions sociales et analytiques du cerveau tendent à fonctionner de manière mutuellement exclusive[7]. Dans cette perspective, certains chercheurs avancent que les individus consacrant moins de temps ou d'intérêt à la socialisation faisaient davantage appel aux capacités analytiques de leur cerveau. Ils auraient ainsi souvent été à l'origine de stratégies de chasse, de la fabrication d'outils ou de l'identification de régularités utiles dans leur environnement, contribuant ainsi à leur propre sécurité comme à celle de leur groupe[8],[9].
L'imitation et l'apprentissage social ont également été identifiés comme pouvant, dans certaines circonstances, limiter l'adaptation des populations animales et humaines. Lorsque l'apprentissage social prend le pas sur l'expérience personnelle (ou apprentissage asocial), des effets négatifs peuvent apparaître, tels qu'une moindre capacité à trouver la méthode la plus efficace pour accomplir une tâche ou une plus grande rigidité face aux changements de l'environnement[10]. Les individus moins réceptifs à la sociabilité, moins motivés par celle-ci ou moins intéressés par les interactions sociales sont probablement moins influencés par les informations acquises par imitation et plus rapides à remarquer et à prendre en compte les changements de leur environnement. Ils s'appuient davantage sur leurs propres observations et sont, par conséquent, moins enclins à reproduire des comportements inadaptés par apprentissage social[11]. Ces caractéristiques, notamment une moindre propension à l'imitation, ont été observées chez des personnes présentant un trouble du spectre de l'autisme ainsi que chez des personnes introverties. Elles ont également été mises en relation avec certains traits de personnalité, tels que le névrosisme et l'antagonisme (désagrément)[12].
Selon cette hypothèse, les avantages que ce type de comportement procurait à l'individu et à ses apparentés auraient favorisé son maintien dans une partie de la population humaine[13]. L'utilité de capacités sensorielles particulièrement développées, de la découverte de solutions nouvelles et d'une pensée analytique critique pourrait avoir contribué au maintien de certains facteurs génétiques supposément associés à l'autisme et à l'introversion, en raison d'une vigilance cognitive, sensorielle et analytique accrue[14],[15].
Psychopathologie
modifierL'asocialité est un symptôme ou une caractéristique pouvant être observé dans plusieurs troubles psychiatriques et neurodéveloppementaux, notamment la schizophrénie, certains troubles de la personnalité (évitante, schizoïde et schizotypique), les troubles du spectre de l'autisme, la dépression, le trouble d'anxiété sociale et les traumatismes crâniens[16],[17]. Selon les cas, elle peut résulter d'un désintérêt pour les relations sociales, d'une anxiété ou d'une peur du rejet, de difficultés de communication ou d'autres déficits cognitifs et émotionnels[18].
Notes et références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Asociality » (voir la liste des auteurs).
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