Assertivité

capacité à s'exprimer avec confiance en soi pour défendre un point de vue sans être agressif

L'assertivité, ou comportement assertif, est un concept de la première moitié du XXe siècle, présenté en 1949 par le psychologue new-yorkais Andrew Salter (en), défini comme la capacité à exprimer ses pensées, besoins et émotions de manière directe, ouverte, honnête et authentique, tout en maintenant le respect mutuel et la compréhension réciproque ; et aussi comme la capacité à s'exprimer et à défendre ses droits sans empiéter sur ceux d'autrui. Il a été développé à partir de 1958 par Joseph Wolpe[1], psychiatre et professeur de médecine américain, qui le décrivait comme une « expression libre de toutes émotions vis-à-vis d'un tiers, à l'exception de l'anxiété ». Dans la seconde moitié du XXe siècle, plusieurs ouvrages de vulgarisation ont promu l'assertivité, notamment dans le cadre du développement personnel où elle est présentée comme une compétence communicationnelle essentielle dans les interactions personnelles, professionnelles, sociales et sexuelles, car favorisant des échanges clairs, équilibrés et respectueux[N 1].

photographie couleur d'un tableau blanc représentant, sous forme de cercles légendés, une personne et ses frontières avec les autres
Université d'été BSEL 2013 – Affirmation de soi et types négatifs (Jour 3).

Origines et histoire du concept

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Le mot assertivité vient de l'anglais assertiveness, substantif formé à partir du verbe « to assert » : affirmer, assertion, s'affirmer, défendre ses droits, défendre son opinion. Assertiveness peut se traduire en français par affirmation de soi.

Le concept d'assertivité est souvent considérée comme dérivant d'une analogie proposée par le psychologue new‑yorkais Andrew Salter (1914-1996) à la fin des années 1940, selon laquelle le comportement humain oscille entre deux pôles : l'excitation et l'inhibition. Salter opposait la personnalité excitatrice, capable d'exprimer directement ses besoins et émotions, à la personnalité inhibitrice, dominée par la retenue, la peur du jugement et la passivité, faisant de l'assertivité une compétence située entre passivité et agressivité[2],[3],[4][réf. à confirmer]. L'assertivité était selon lui la réhabilitation du comportement excitateur normal, c'est‑à‑dire la capacité à répondre spontanément, clairement et sans agressivité — une posture intermédiaire entre la passivité inhibée et l'agressivité impulsive (sur ces bases, Salter a proposé des thérapies comportementales[5], avant que Joseph Wolpe n'en étende l'usage dans les années 1950[6].

L'entraînement à l'assertivité a été très utilisé en psychothérapie, en tant que traitement fondé sur des preuves, pour divers problèmes cliniques et divers types de patients, dans des contextes variés, en tant qu'intervention transdiagnostique. Puis l'intérêt pour le sujet semble avoir diminué au sein de la psychologie clinique[7].

Des années 1950 aux années 1970, ce concept s'est progressivement déplacé, du champ clinique et thérapeutique à celui des outil de communication et de développement personnel, où l'entraînement à l'assertivité, fondé sur un modèle de déficit comportemental, a accompagné une montée des injonctions à l'expression de soi et à la participation, contribuant à reconfigurer les relations interpersonnelles tant dans la sphère privée que professionnelle[8], avec en France un premier ouvrage sur l'assertivité, intitulé "Comment s'affirmer – l'assertivité au quotidien" d'Éric Schuler (édition d'Organisation, 1992).

Définition

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L'assertivité est considérée comme l'art de faire passer un message difficile sans passivité mais aussi sans agressivité.

Certaines écoles de pensée en proposent des variations, comme dans les principes de l'honnêteté radicale ou dans l'École de Palo Alto (qui prônent que l'on doit toujours dire ce que l'on pense).

Dans le cadre des relations humaines, l'assertivité est présentée comme un comportement qui s'appuie sur le refus d'avoir recours à trois comportements types à effets négatifs :

Le choix d'un comportement assertif suivra l'adoption de la « position de vie » correspondante.

L'assertivité est étudiée dans des domaines tels que la psychologie sociale ou le management.

Applications

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Considérée comme fondamentale pour la communication non violente, elle produirait un effet d'entraînement sur le ou les interlocuteurs et permettrait d'accroître la qualité de la relation et la compréhension mutuelle[9][source insuffisante], tout en enclenchant un cercle vertueux.

L'assertivité est tantôt présentée comme une technique et tantôt comme une attitude ou les deux à la fois

Management

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Les compétences liées à l'assertivité sont[10][réf. non conforme] :

  • se respecter et se faire respecter ;
  • développer une bonne assurance personnelle ;
  • identifier ses attitudes les plus fréquentes ;
  • savoir faire face à des comportements passifs, agressifs et manipulateurs ;
  • communiquer efficacement.

Techniques considérées comme assertives

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La technique dite du fogging « accepter sans se soumettre », notamment théorisée par le psychologue comportemental américain Manuel J. Smith, consiste à commencer par trouver un terrain d'entente en isolant des points sur lesquels un accord est possible, avant de contredire la partie du discours à laquelle on s'oppose ; elle permet par exemple de désamorcer une attaque en reconnaissant d'abord calmement une part de vérité dans une critique, même minime, afin d'ensuite maintenir le contrôle de l'interaction[11].

La technique dite du « disque rayé » consiste simplement à répéter une requête à chaque fois que l'on est confronté à une résistance illégitime. Le terme évoque les disques microsillons dont la surface rayée reproduit en boucle la même séquence sonore indéfiniment. L'un des inconvénients de cette pratique est que la requête perd de sa force à mesure qu'elle est répétée, ce qui peut alors se retourner contre son utilisateur qui doit avoir à sa disposition des mesures répressives[réf. souhaitée]. Un autre inconvénient est que, à l'inverse de son objectif, cette pratique peut dans certains cas être considérée comme agressive ou bien interprétée comme une tentative de manipulation.

La technique de la « requête négative »[12] consiste à demander un surplus de critiques, plus spécifiques.

La technique de l'affirmation par le « Je » permettrait de formuler ses souhaits et ses opinions sans exprimer de jugement sur les autres points de vue.

Analyse transactionnelle

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Dans le point de vue de l'analyse transactionnelle, la position de vie de l'assertif correspond au « je suis OK, vous êtes OK » (relation idéale selon l'analyse transactionnelle). L'assertif postule le respect réciproque des opinions : ce n'est pas parce que moi j'aime telle chose que les autres ont tort de ne pas l'aimer.

Schéma ci-contre : Comportements humains et positions de vie

  • Je suis OK, vous êtes OK : Assertivité
  • Je suis OK, vous n'êtes pas OK : Agression (ou domination par la force) / Manipulation (ou domination par la ruse)
  • Je ne suis pas OK, vous êtes OK : Soumission
  • Je ne suis pas OK, vous n'êtes pas OK : Abandon

Critiques de ces techniques

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Selon certains auteurs, les techniques dites assertives sont parfois sujettes à caution si leur utilisation doit conduire à une forme de manipulation[13], ce qui serait en profonde contradiction avec le premier principe qui consiste justement à refuser ce comportement.

Si l'assertivité est l'art de la concession et du compromis, le fait de réduire l'assertivité à des « trucs et astuces » est parfois considéré comme une perversion du sens au risque de tomber dans la caricature. Créer des techniques ou méthodes à partir de l'assertivité présenterait donc le risque d'entrer en contradiction avec la définition même de l'assertivité.

Dans les années 1970 et 1980, alors que l'assertivité était populaire, certains participants de stages « devaient faire des choses révoltantes au nom de l'assertivité, comme répéter froidement à quelqu'un une demande jusqu'à ce qu'ils obtiennent ce qu'ils voulaient »[14].

Le philosophe Vincent Cespedes critique « l'assertivité érigée en dogme », « contrôle des effusions et bienséance des conflits : le nirvana managérial. Peu importe s'il fait les délices de chefs d'équipe pervers-manipulateurs, jusqu'à pousser des salariés au burn out, en toute courtoisie »[15].

Notes et références

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  1. Voir les ouvrages sur l'estime de soi de Christophe André, de Guy Corneau, sur la relation de couple de Serge Hefez.

Références

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  1. (en) Wolpe, J. (1958) Psychotherapy by Reciprocal Inhibition, California: Stanford University Press, 1958, 53-62.
  2. Éric F. Schuler, L'assertivité, FeniXX, (ISBN 978-2-307-18617-5, lire en ligne)
  3. Aurélie Van, Substrats cognitifs et comportementaux de l'assertivité et de ses troubles (thèse de doctorat) université Paris 8–Vincennes - Saint-Denis, 2019 [lire en ligne].
  4. Selon Thierry Tournebise : Assertivité : L'affirmation de soi dans le respect d'autrui, caractère dynamique et spontané sur maieusthesie.com.
  5. (en) Andrew Salter, Conditioned Reflex Therapy: How to be Assertive, Happy and Authentic and Overcome Anxiety and Depression, Watkins Media Limited, (ISBN 978-1-78678-343-1, lire en ligne)
  6. Wolpe, J. (1973). Supervision transcript: V—Mainly about assertive training. Journal of Behavior Therapy and Experimental Psychiatry, 4(2), 141-148.
  7. (en) Brittany C. Speed, Brandon L. Goldstein et Marvin R. Goldfried, « Assertiveness training: A forgotten evidence‐based treatment. », Clinical Psychology: Science and Practice,, vol. 25, no 1, (ISSN 1468-2850 et 0969-5893, DOI 10.1111/cpsp.12216).
  8. (en) Lucie Gerber, « From middle-class American women to French managers: The transatlantic trajectory of assertiveness training, c. 1950s–1980s. », History of Psychology, vol. 26, no 3, , p. 187–209 (ISSN 1939-0610 et 1093-4510, DOI 10.1037/hop0000237).
  9. David Servan-Schreiber sur Guerir.fr.
  10. Définition selon des centres privés de formation professionnelle (Métamorphose, Diamont Learning, Go4it, Danthros Formations).
  11. Smith, M. J. (1985). When I say no, I feel guilty. Bantam.
  12. (en) Smith, M.J. When I say no, I feel guilty 1975.
  13. (en) Sue Bishop, Develop Your Assertiveness (2006) p. 13.
  14. (en) Mark Mark Eisenstadt, Freedom from Agoraphobia (2003) p. 203.
  15. Vincent Cespedes,« L'assertivité, un procédé très puritain de robotisation des échanges », L'Obs, 2014.

Voir aussi

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Bibliographie francophone

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Ouvrages de vulgarisation

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  • Sylvie Grivel, Être soi dans ses relations – Développer son assertivité en entreprise, Eyrolles et Éditions d'Organisation, 2009.
  • Gilles Prod'homme, S'affirmer sans s'imposer – Techniques d'affirmation de soi pour gérer les conflits et établir des relations positives ( éd. Dunod, 2003).
  • Éric Schuler, Comment s'affirmer – l'assertivité au quotidien ( éd. d'Organisation, 1992) et Prenez votre vie en main – l'assertivité dans la vie personnelle ( éd. d'Organisation, Paris, 1993).
  • J.-P. Lourson et P. Zimmer, Comment survivre dans ce monde hypocrite – Guide pratique à l'usage des débutants ( éd. Hors-collection / Les presses de la Cité, Saint-Amand Montrond, 1993).
  • Ed.-M. Lipiansky & D. Picard, Relations et communication interpersonnelles ( éd. Dunod, 2000).
  • François Aélion, Manager en toutes lettres : Guide d'action et de culture autour de 150 situations professionnelles (préface d'Hervé Sérieyx, Éditions d'Organisation, 2005).
  • Dominique Chalvin, L'Affirmation de soi – Mieux gérer ses relations avec les autres (ESF éditeur, 2004).
  • Élisabeth Couzon et Agnès Nicoulaud, S'estimer pour réussir – Guide pratique de l'estime de soi (ESF éditeur, 2004).
  • Christine Rubaud et Jean-Dominique Chiffre, L'Affirmation de soi ( éd. Bernet Dalino, 1995).
  • René de Lassus, Oser être soi-même, Marabout.

Ouvrages scientifiques et universitaires

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Bibliographie anglophone

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  • (en) S. A. Bower et G. H. Bower, Asserting Yourself: A Practical Guide for Positive Change, Reading, MA, Addison Wesley, , 2e éd., 244 p..
  • (en) Robert E. Alberti et Michael L. Emmons, Your Perfect Right : A Guide to Assertive Living, San Luis Obispo, CA, Impact Publishers, , 6e éd..
  • (en) James Vargo et Peter H. Braun, « Two Concepts of Mental Health: Rationality versus Assertiveness », Canadian Journal of Counselling and Psychotherapy, vol. 9, no 1, (ISSN 1923-6182, lire en ligne, consulté le ).
  • (en) Brooks Peterson, Andre Phillips et Rita M. Rivera, « Assertiveness », dans Encyclopedia of Sexual Psychology and Behavior, Springer International Publishing, , 1-5 p. (présentation en ligne).

Articles connexes

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Liens externes

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