Association internationale du Congo

association créée le 17 novembre 1879 par Léopold II de Belgique pour explorer et exploiter le territoire du Congo

L'Association internationale du Congo, abrégée en AIC, est une association créée le à l'initiative de Léopold II, roi des Belges. Issue du Comité d'Études du Haut-Congo, elle est dissoute en 1885, lorsque ses structures sont reprises par l'État indépendant du Congo.

Association internationale du Congo
Situation
Création
Dissolution
Coordonnées 2° 52′ 48″ S, 23° 39′ 22″ E
Organisation
Personnes clés Henry Morton Stanley

Carte

Histoire

modifier

Origines

modifier

Au XIXe siècle, plusieurs puissances européennes développent des politiques d'expansion coloniale en Afrique, en Asie et dans l'océan Indien. Léopold II, alors duc de Brabant, s'intéresse à cette dynamique et défend l'idée d'une expansion belge hors d'Europe. En 1860, il remet au Premier ministre Walthère Frère-Orban une plaque de marbre portant l'inscription : « Il faut à la Belgique une colonie »[1].

Le , Léopold II convoque à Bruxelles une conférence géographique internationale, à laquelle participent notamment des représentants de l'Allemagne, de la France, de l'Autriche-Hongrie, de l'Italie, du Royaume-Uni, de la Russie et de la Belgique[2]. Dans son discours d'ouverture, le souverain présente l'entreprise comme scientifique et humanitaire, en mettant en avant l'exploration de l'Afrique centrale, l'ouverture de voies commerciales et la lutte contre l'esclavage[3].

Cette conférence conduit à la création de l'Association internationale africaine, également appelée Association internationale pour l'exploration et la civilisation de l'Afrique centrale. Celle-ci se dote d'une commission internationale, présidée par Léopold II, d'un comité exécutif et de comités nationaux[4].

Création

modifier

Léopold II souhaite ensuite établir une présence politique et économique dans le bassin du Congo. Il fait appel à l'explorateur Henry Morton Stanley, par l'intermédiaire du baron Jules Greindl et du général Henry Shelton Sanford. Stanley refuse d'abord, espérant agir pour le Royaume-Uni ou les États-Unis, puis accepte la proposition du roi. Les deux hommes se rencontrent en [5].

Le Comité d'Études du Haut-Congo est créé le . Ses objectifs sont d'abord commerciaux, mais il sert aussi de cadre à l'action de Léopold II dans le bassin du Congo. En 1882, l'Association internationale africaine et le Comité d'Études du Haut-Congo se fondent dans l'Association internationale du Congo, dont les objectifs combinent les dimensions philanthropique, scientifique, politique et commerciale[6].

L'association est présidée par le colonel Maximilien Strauch. Francis Walter de Winton en devient le premier administrateur général, du au [7].

Reconnaissance internationale

modifier

Sous le couvert de l'Association internationale du Congo, Léopold II acquiert une marge de manœuvre diplomatique importante. L'association conclut des traités avec des chefs locaux et établit des postes dans le bassin du Congo, notamment sous l'impulsion de Stanley et de ses collaborateurs[8].

En 1883, l'AIC dispose, selon ses défenseurs, des éléments nécessaires à une reconnaissance internationale : un territoire, une population et une administration. Elle demeure toutefois une association privée, sans patronage officiel direct d'un État[9].

Le , les États-Unis reconnaissent le drapeau de l'Association internationale du Congo comme celui d'un gouvernement ami[10]. Le , l'Allemagne reconnaît à son tour l'association, par une convention conclue entre Maximilien Strauch et le comte de Brandebourg. D'autres reconnaissances suivent, notamment celles du Royaume-Uni le , de l'Italie le et de l'Espagne le [11].

La France et le Portugal se montrent plus réticents, en raison de leurs propres revendications territoriales dans la région du Congo. Le traité avec le Portugal est finalement signé le , sous la pression diplomatique de la France, du Royaume-Uni et de l'Allemagne[12].

Conférence de Berlin

modifier

La conférence de Berlin, réunie de 1884 à 1885, fixe les principes internationaux relatifs à l'occupation européenne de territoires africains. Elle porte notamment sur la liberté du commerce dans le bassin du Congo, la liberté de navigation et les conditions d'une occupation effective[13].

L'Acte général est signé le . Il proclame la liberté commerciale dans le bassin du Congo et engage les puissances signataires à favoriser la suppression de la traite esclavagiste[14]. Le , Maximilien Strauch informe le congrès que les puissances présentes, à l'exception de la Turquie, reconnaissent l'Association internationale du Congo[14].

Transformation en État indépendant du Congo

modifier

Le , Léopold II demande au gouvernement belge l'autorisation de devenir souverain du Congo, tout en restant roi des Belges[15]. L'objectif est de transformer l'Association internationale du Congo en État reconnu internationalement. Léopold II agit alors surtout au moyen de ressources personnelles, l'opinion publique belge demeurant peu mobilisée en faveur de l'entreprise congolaise[16].

La création d'un gouvernement est présentée par les partisans du projet comme une condition nécessaire à l'organisation du commerce, des communications et des infrastructures, notamment ferroviaires. Le nouvel État n'a alors pas de lien institutionnel avec la Belgique, hormis la personne de Léopold II, qui se trouve à la tête des deux entités[17].

L'Association internationale du Congo est dissoute en 1885. Ses structures sont reprises par l'État indépendant du Congo, dont Léopold II devient le souverain[18].

Notes et références

modifier
  1. R. Leveque, Le Congo belge : son histoire, Bruxelles, Éditions du Marais, , p. 27
  2. R. Leveque, Le Congo belge : son histoire, Bruxelles, Éditions du Marais, , p. 28-29
  3. P. Daye, Le Congo belge, Bruges, Desclée de Brouwer, , p. 14-20
  4. Le Congo belge, vol. 1, Inforcongo, , p. 80-97
  5. R. Cornet, Maniema : le pays des mangeurs d'homme, Bruxelles, Éditions L. Cuypers, , p. 75-98
  6. R. Cornet, Katanga, Bruxelles, Éditions L. Cuypers, , p. 73-80
  7. L. Goffin, « Histoire du Congo », dans L. Goffin, M. Bequaert, G. Van der Kerken, M. Robert, P. J. Livens, J. Leonard, W. Robyns, J. E. Opsomer, L. Pynaert et J. Bonnet, Encyclopédie du Congo belge, Bruxelles, Bieleveld, , p. 22-30
  8. L. Goffin, « Histoire du Congo », dans L. Goffin, M. Bequaert, G. Van der Kerken, M. Robert, P. J. Livens, J. Leonard, W. Robyns, J. E. Opsomer, L. Pynaert et J. Bonnet, Encyclopédie du Congo belge, Bruxelles, Bieleveld, , p. 22-23
  9. C. De Lannoy, « Les États-Unis et l'Association internationale du Congo : à quel titre ils la reconnurent comme un État ami (1884) », Revue des sciences économiques, , p. 173-174
  10. L. Goffin, « Histoire du Congo », dans L. Goffin, M. Bequaert, G. Van der Kerken, M. Robert, P. J. Livens, J. Leonard, W. Robyns, J. E. Opsomer, L. Pynaert et J. Bonnet, Encyclopédie du Congo belge, Bruxelles, Bieleveld, , p. 26-27
  11. L. Goffin, « Histoire du Congo », dans L. Goffin, M. Bequaert, G. Van der Kerken, M. Robert, P. J. Livens, J. Leonard, W. Robyns, J. E. Opsomer, L. Pynaert et J. Bonnet, Encyclopédie du Congo belge, Bruxelles, Bieleveld, , p. 28
  12. L. Goffin, « Histoire du Congo », dans L. Goffin, M. Bequaert, G. Van der Kerken, M. Robert, P. J. Livens, J. Leonard, W. Robyns, J. E. Opsomer, L. Pynaert et J. Bonnet, Encyclopédie du Congo belge, Bruxelles, Bieleveld, , p. 28
  13. L. Goffin, « Histoire du Congo », dans L. Goffin, M. Bequaert, G. Van der Kerken, M. Robert, P. J. Livens, J. Leonard, W. Robyns, J. E. Opsomer, L. Pynaert et J. Bonnet, Encyclopédie du Congo belge, Bruxelles, Bieleveld, , p. 28
  14. 1 2 L. Goffin, « Histoire du Congo », dans L. Goffin, M. Bequaert, G. Van der Kerken, M. Robert, P. J. Livens, J. Leonard, W. Robyns, J. E. Opsomer, L. Pynaert et J. Bonnet, Encyclopédie du Congo belge, Bruxelles, Bieleveld, , p. 28-30
  15. L. Goffin, « Histoire du Congo », dans L. Goffin, M. Bequaert, G. Van der Kerken, M. Robert, P. J. Livens, J. Leonard, W. Robyns, J. E. Opsomer, L. Pynaert et J. Bonnet, Encyclopédie du Congo belge, Bruxelles, Bieleveld, , p. 30
  16. Émile Vandervelde, La Belgique et le Congo, Paris, Félix Alcan, , p. 20-25
  17. Guy Vanthemsche, La Belgique et le Congo : empreintes d'une colonie, 1885-1980, vol. 4, Bruxelles, Complexe, coll. « Nouvelle histoire de Belgique », , p. 37
  18. L. De Lichtervelde, Léopold II, Louvain, Rex, , p. 171-172

Voir aussi

modifier