Athaulf

roi des Wisigoths (410-415)

Athaulf, né vers 370 et mort en 415 à Barcelone, est un roi des Wisigoths régnant de 410 à 415. Dans la littérature, il peut aussi être nommé « Athaulfe », « Ataulfe », « Athaulphe », « Ataulphe », « Athaulph » ou « Ataulph ».

Athaulf
Illustration.
Ataúlfo, par Raimundo de Madrazo y Garreta (1858, Musée du Prado).
Titre
Roi des Wisigoths
–
(5 ans)
Prédécesseur Alaric Ier
Successeur Sigéric
Biographie
Titre complet Roi des Wisigoths
Date de naissance vers 370
Date de décès
Lieu de décès Barcelone
Nature du décès Assassinat
Conjoint Galla Placidia
Enfants Théodose
Religion Arianisme

Il participe au sac de Rome en 410, au côté de son beau-frère Alaric Ier, roi des Wisigoths. À la mort de celui-ci quelques mois plus tard, il prend sa succession à la tête de leurs troupes, qu'il conduit dans le sud de la Gaule. C'est un chef ambitieux, qui fait assassiner l'un de ses adversaires, Sarus, et espère fonder un nouvel empire, Gothia.

Il épouse la princesse Galla Placidia, demi-soeur de l'empereur Honorius, qui a été prise en otage durant le sac de Rome. Le mariage est célébré à Narbonne, où Athaulf a installé sa cour, selon les rites romains. Le roi montre son attachement à la dynastie théodosienne, bien que sa romanité ait pu être exagérée par les chroniqueurs romains de l'époque, soucieux de présenter le roi barbare comme un soutien indéfectible de l'Empire.

Dès la fin de l'année 414, quelques mois seulement après son mariage, Athaulf part en campagne contre les Vandales en Gallécie, où il s'y associe aux Suèves.

Il est assassiné en 415 à Barcelone, probablement par un ancien sujet de Sarus qui souhaite venger son maître. Le frère de Sarus, Sigéric, lui succède quelques jours. Il fait tuer le fils d'Athaulf et rapporte Galla Placidia à Honorius. Le frère d'Athaulf, Wallia, succède au trône des Wisigoths de 415 à 418.

Biographie

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Origines

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Carte de l'Europe avec une flèche partant de l'est et suivant le littoral méditarranéen jusqu'à l'Espagne.
La migration des Wisigoths de 376 à 418.

Athaulf serait né vers 370[1]. Il est le beau-frère d'Alaric Ier, roi des Wisigoths[2], et il aurait eu plusieurs enfants d'un premier mariage avec l'une des soeurs du roi[réf. nécessaire]. Il appartient à la grande lignée des Balthes, qui donne plusieurs rois goths[3].

Il participe au sac de Rome en août 410. Cet événement intervient alors que l'empereur Honorius refuse de payer Alaric pour les services que son armée rend à l'Empire. Le roi entreprend alors de faire de pression sur Rome par plusieurs sièges, sans réussir à obtenir les sommes réclamées. Alors qu'Honorius rompt son alliance avec les Goths, Alaric fait entrer ses troupes dans Rome et mène un pillage durant lequel il prend notamment en otage Galla Placidia, demi-sœur d'Honorius[4],[2]. Les barbares sont en position de force, bien intégrés dans la hiérarchie militaire de l'Empire, qui se trouve affaibli par la pression qu'ils exercent sur les frontières du nord et de l'est. Leur intrusion dans Rome ébranle son image de ville invincible et éternelle[5],[6].

Alaric meurt de maladie deux mois après le sac[7], alors qu'il tente de mener ses troupes en Afrique par la Sicile, et laisse le commandement à Athaulf[2],[8]. La période qui suit est mal connue : les Goths restent un temps en Italie, puis Athaulf passe un accord avec Honorius pour mener ses troupes en Gaule en 412, car ils arrivent à cours de nourriture[8],[9]. Des historiens estiment que les troupes d'Athaulf ont pu compter 100 000 personnes à leur arrivée en Gaule[10]. Il enlève aux usurpateurs Jovin et Sébastien la Provence, puis l'Aquitaine. Selon la Chronique gauloise, dès son arrivée en Gaule, Athaulf aurait reçu de l'Empire une terre en Aquitanique et il est avéré qu'il prend rapidement possession de Bordeaux. En 412, les Goths sont bien installés à Bordeaux et à Bazas.[réf. nécessaire]. Athaulf installe sa cour à Narbonne[8].

L'historien latin Jordanès décrit Athaulf comme un homme remarquable, autant par la supériorité de son esprit que par sa beauté[11]. Comme son prédécesseur Alaric, c'est un homme ambitieux, qui cherche à conquérir un territoire où il pourra imposer la présence et l'autorité des Goths. Son règne est marqué par les rivalités entre les chefs goths : il subit l'opposition du général Sarus, qu'il fait assassiner en 412[12],[13]. Athaulf aurait eu l'ambition de créer un nouvel empire, Gothia, dont il aurait eu le titre de Caesar Augustus[13],[14].

Mariage avec Galla Placidia

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Gravure représentant un homme et une femme richement vêtus, sur un trône, entourés d'une cour et de serviteurs leur apportant des mets sur des plateaux.
Mariage d'Athaulf et Placidia, illustration d'Oscar Pletsch (en), 1855.

En janvier 414, Athaulf épouse Galla Placidia, prise en otage lors du sac de Rome quelques années plus tôt[8],[15]. Leur mariage est rapporté par plusieurs chroniqueurs de l'époque, comme Paul Orose, Hydace de Chaves, Philostorge, Jordanès et Olympiodore de Thèbes. Ce dernier raconte le mariage en détail : une cérémonie élaborée selon les coutumes romaines, dans la maison d'un noble de Narbonne, Ingenuus. Athaulf y porte de riches vêtements romains, dont une toge de général[16],[8]. Il offre à sa nouvelle épouse de l'or et des pierres précieuses pillées pendant le sac de Rome, portées par cinquante jeunes hommes vêtus de soie. La fête se poursuit par des chants entonnés par des nobles barbares et par Priscus Attale, promu empereur par Athaulf[17]. Athaulf cherche, par ce mariage, à montrer son attachement à la dynastie théodosienne[9]. Le fils que lui donne Galla Placidia est nommé Théodose, mais il meurt en très bas âge[9],[7].

Les chroniqueurs de l'époque présentent unanimement le mariage comme un moment joyeux et positif, dans une vision partiale motivée par leur idéaux romains. Il est probable que la description du mariage par Olympiodore exagère la romanité du chef barbare, afin d'insister sur l'hégémonie culturelle romaine et présenter une situation idéale de paix avec les barbares[17]. Paul Orose présente ce mariage comme une volonté de Dieu et un grand bénéfice pour l'Etat, Galla Placidia étant mariée à un roi dont la puissance est reconnue[17]. Les chroniqueurs chrétiens en font une lecture biblique, comme Hydace et Philostorge, qui y voient un parallèle avec le livre de Daniel : Athaulf, roi du nord, épouse Placidia, princesse du sud[17].

Certains historiens modernes soulignent que le mariage d'Athaulf et Galla Placidia permet à celle-ci de renforcer les liens avec les barbares, dans une politique de rapprochement initiée par son père et par Stilichon[18],[19]. D'autres, au contraire, interprètent ce mariage comme un événement contraint et un obstacle à la paix entre Romains et Wisigoths[5]. Les efforts des chroniqueurs antiques pour entretenir leur légitimité ne peuvent effacer la réalité de l'échec romain que représente le sac de Rome, les pillages, et la prise d'otage de leur princesse qui aboutit au mariage avec un barbare vainqueur[5].

Soutien à l'Empire

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Paul Orose rapporte un discours qu'Athaulf aurait prononcé à Narbonne au cours de l'année 414, après son mariage. Dans ce discours, le roi des Goths aurait présenté son changement d'opinion vis-à-vis de l'Empire : alors qu'il souhaitait auparavant le détruire, il se présente désormais comme son soutien[13],[20]. Il met en valeur sa romanité et son aspiration à restaurer et protéger l'Empire[21]. Orose y voit l'influence vertueuse de Galla Placidia, qui aurait encouragé le roi barbare à s'associer aux dignitaires romains[22]. Etant donné les liens familiaux de Placidia avec la famille impériale, entretenir de bonnes relations avec l'aristocratie impériale aurait pu permettre à leur fils nouveau-né, prénommé Théodose en l'honneur de son grand-père, d'accéder plus tard au trône[21].

On ignore cependant si ce discours a réellement été prononcé : Orose n'y est pas présent, c'est un témoin qui le lui aurait répété[8]. Si ce discours a bien été prononcé, il aurait pu refléter une vraie volonté d'Athaulf de s'associer aux Romains, ou bien un renoncement résigné face à l'impossibilité de conquérir l'Empire[23].

Campagne ibérique contre les Vandales

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Moins d'un an après son mariage, Athaulf part en campagne dans la péninsule Ibérique et s'installe à Barcelone en décembre 414[7],[24]. Il tente de s'imposer face aux Vandales en Gallécie, mais on ignore aujourd'hui où et quand ont lieu les batailles qui les opposent[24]. Il s'associe aux Suèves, faisant probablement alliance avec Herméric dont les troupes peuvent assurer la protection du nord de la Gallécie en son absence[24].

Plusieurs toponymes actuels en Galice attestent de la présence d'Athaulf et ses troupes, comme Adaúlfe, Adaúfe ou Adoufe, principalement localisées dans le sud de la Gallécie, une région alors plus romanisée que le nord, occupé par les Vandales[24].

Assassinat

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Illustration ancienne représentant un homme venant d'êztre poignardé par un autre.
L'assassinat d'Athaulf, illustration d'un manuel d'histoire espagnol, vers 1870.

Au milieu des dissensions et des rivalités qui agitent les Goths, Athaulf est finalement assassiné à Barcelone en 415[4]. Paul Orose et Jordanès passe rapidement sur son assassinat, tandis qu'Olympiodore en donne un récit plus détaillé[12],[25]. Selon lui, alors qu'Athaulf inspecte ses chevaux dans leur écurie comme à son habitude, il est assassiné par Dubius, un de ses sujets qui souhaite venger son maître — il s'agit probablement de Sarus, tué trois ans plus tôt sur ordre d'Athaulf[12],[25].

Sa mort est fêtée à Constantinople par des jeux et des feux d'artifice, expression de l'hostilité qui règne entre Romains et Wisigoths[26]. Sigéric, le frère de Sarus, succède très brièvement à Athaulf. Il fait tuer le fils d'Athaulf et Placidia, et « rend » cette dernière à Honorius en la forçant à marcher devant son cheval, parmi d'autres prisonniers[26],[12].

Wallia, frère d'Athaulf, lui succède en tant que roi des Wisigoths de 415 à 418. Au début de son règne, Wallia ne cherche pas à poursuivre la politique de soutien à Rome de son prédécesseur, et tente de mener ses troupes en Afrique, mais la traversée échoue[12],[23]. Par la suite, il poursuit la campagne d'Athaulf contre les Vandales dans la péninsule ibérique, renforçant l'alliance avec les Suèves et les Romains[7],[24], notamment en passant un accord de paix avec Honorius et Constance III[27],[23].

Postérité

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Photographie de deux statues dans un parc.
Statues des rois Euric et Athaulf, Place de l'Orient, Madrid (XVIIIe siècle).

Au XVIIe siècle et XVIIIe siècle, Athaulf est le sujet de plusieurs oeuvres espagnoles. Felipe de Castro en fait une statue en 1750, parmi une série de statues de rois destinées à décorer l'extérieur du palais royal espagnol. Elle est aujourd'hui située place de l'Orient, à Madrid[28]. Le peintre Raimundo de Madrazo y Garreta peint une série de toiles représentant des rois de l'Espagne, dont Ataúlfo (1858), conservée au Musée du Prado[29].

Athaulf est également le protagoniste de plusieurs pièces de théâtre espagnoles. Dans Athaulpho d'Agustín de Montiano y Luyando (es) (1753), Ataulf est assassiné par un traître, dans une machination orchestrée par une femme fictive, Rosmunda. Ángel de Saavedra publie Ataúlfo (1814), où l'assassinat du roi est motivé par le mécontetentement du peuple, qui n'accepte pas son mariage avec une étrangère[30].

Notes et références

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    Références

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    1. ↑ (en) Giselle Bader, « Sacred Space in Egeria's Fourth‐Century Pilgrimage Account », Journal of Religious History,‎ , p. 5 (DOI 10.1111/1467-9809.12634).
    2. 1 2 3 Joye 2019, p. 17.
    3. ↑ (en) William DeLoach, « The Ascent of the Balthi: The Emergence of Visigothic Kingship in Late AntiquityLate Antiquity », Tenor of our Times, vol. 14,‎ (lire en ligne).
    4. 1 2 Leonard 2019, p. 60-61.
    5. 1 2 3 Leonard 2019, p. 339.
    6. ↑ Székely 2020, p. 185.
    7. 1 2 3 4 Patrick Le Roux, La péninsule ibérique aux époques romaines, Paris, Armand Colin, , « La fin des provinces (409-507) », p. 269-292.
    8. 1 2 3 4 5 6 Székely 2020, p. 188.
    9. 1 2 3 Leonard 2019, p. 17.
    10. ↑ Wallace-Hadrill 1961, p. 218.
    11. ↑ Jordanès, Histoire des Goths, Chap. XXXI.
    12. 1 2 3 4 5 Székely 2020, p. 191.
    13. 1 2 3 Rousseau 1992, p. 357.
    14. ↑ Wallace-Hadrill 1961, p. 213.
    15. ↑ Jean-Paul Moreau, Disputes et conflits du christianisme : Dans l'Empire romain et l'Occident médiéval, Editions L'Harmattan, (lire en ligne), p. 39.
    16. ↑ Leonard 2019, p. 336.
    17. 1 2 3 4 Leonard 2019, p. 337.
    18. ↑ Leonard 2019, p. 343.
    19. ↑ Leonard 2019, p. 18.
    20. ↑ Jean-Luc Boudartchouk, « Processus politiques de déromanisation dans l’entité gothe des Gaules, le regnum tolosanum (413-508) », Archéopages, no hors-série 3,‎ , p. 158-165 (DOI 10.4000/archeopages.713).
    21. 1 2 Székely 2020, p. 189.
    22. ↑ Rousseau 1992, p. 358.
    23. 1 2 3 Wallace-Hadrill 1961, p. 214.
    24. 1 2 3 4 5 Rondu 2024.
    25. 1 2 Rousseau 1992, p. 360.
    26. 1 2 Leonard 2019, p. 345.
    27. ↑ Székely 2020, p. 192.
    28. ↑ (es) « Ataulfo », sur Patrimonio Cultural y Paisaje Urbano (consulté le ).
    29. ↑ (es) « Ataúlfo », sur Museo Nacional del Prado (consulté le ).
    30. ↑ (es) Rosalia Fernandez Cabezon, « Ataúlfo visto por dos trágicosDon Agustín de Montiano y el Duque de Rivas », Castilla: Estudios de literatura, no 8,‎ , p. 95-100 (lire en ligne).

    Voir aussi

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    Bibliographie

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    Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

    • M. A. Jones, J. Martingale et J. Morris, Prosopography of the Later Roman Empire, Oxford, 1971-1992.
    • Sylvie Joye, L'Europe barbare : 476-714, Paris, Armand Colin, , 3e éd., 251 p. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
    • (en) Victoria Leonard, « Galla Placidia as "Human Gold": Consent and Autonomy in the Sack of Rome, CE 410 », Gender & History, vol. 31, no 2,‎ , p. 334-352 (DOI 10.1111/1468-0424.12423). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
    • (en) Marc-Olivier Rondu, Athaulf and the Suevi (publication numérique), Paris, (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
    • (en) Philip Rousseau, « Visigothic Migration and Settlement, 376-418: Some Excluded Hypotheses », Historia: Zeitschrift Für Alte Geschichte, vol. 41, no 3,‎ , p. 345-361 (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
    • (en) Melinda Székely, « Visigoths and Romans after 410 », Acta Classica Universitatis Scientiarum Debreceniensis, vol. 50,‎ , p. 185-194 (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
    • (en) J. M. Wallace-Hadrill, « Gothia and Romania », Bulletin of the John Rylands Library, vol. 44, no 1,‎ (DOI 10.7227/BJRL.44.1.9). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
    • (en) Herwig Wolfram, History of the Goths, University of California Press, (ISBN 0-520-06983-8).

    Articles connexes

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    Liens externes

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