Atténuation acoustique
L'atténuation acoustique est la diminution de l'intensité d'un son qui se propage à travers un certain milieu. Cette diminution est due à plusieurs processus dissipatifs (qui convertissent l'énergie mécanique en chaleur), auxquels s'ajoute, pour une onde divergente (sphérique, par exemple), la dilution due à l'élargissement des surfaces d'onde (sans dissipation). L'atténuation d'un son est de même nature que celle d'une onde sismique de type P.
Mesure
modifierL'atténuation acoustique entre un endroit no 1 et un endroit no 2 en aval du précédent est caractérisée par le rapport des deux pressions acoustiques, mesurées par un sonomètre. C'est en général le logarithme de qu'on exprime, en décibels[a] :
- .
On appelle aussi atténuation le rapport et surtout son expression en décibels, A. L'atténuation A est nulle si , elle vaut 10 dB si , 20 dB si , etc.
Processus
modifierPlusieurs processus d'atténuation intervenant en parallèle, le rapport est le produit des rapports induits par chaque processus, et l'atténuation exprimée en décibels est la somme des atténuations dues aux différents processus[1] :
- de nombres sources sonores sont d'étendue faible en comparaison de la distance à laquelle on les entend, leur son peut être assimilé à une onde sphérique. La même énergie étant répartie sur des sphères d'aire croissant comme le carré de la distance, l'intensité sonore est inversement proportionnelle à ce carré de la distance : multiplier la distance par dix fait perdre 20 dB ;
- le passage d'une onde sonore implique des variations de pression qui induisent des variations de température et mettent l'air en mouvement : la conduction thermique tend à atténuer les différences de température et le frottement visqueux celles de vitesse. L'une comme l'autre dissipent de l'énergie mécanique en chaleur ;
- dans l'air au repos macroscopique, les molécules ont des mouvements de translation, de rotation et de vibration dont les énergies ont une répartition fixée par la température. Au passage d'une onde sonore l'énergie de translation augmente soudainement, la relaxation moléculaire tend à rééquilibrer les trois formes d'énergie microscopique, ce qui a pour effet de dissiper de l'énergie macroscopique (mécanique) en microscopique (chaleur). Ce troisième processus est surtout notable quand la fréquence sonore approche ou dépasse la fréquence de relaxation vibrationnelle (quelques dizaines de hertz pour un air sec à 20 °C, mais 460 Hz pour le diazote et 53 kHz pour le dioxygène dans un air à 70 % d'humidité relative à la même température).
L'atténuation géométrique due au premier processus est indépendante de la fréquence du son, celle due à la conduction et à la viscosité est proportionnelle au carré de cette fréquence[b], celle due à la relaxation moléculaire augmente puis reste stable pour les fréquences sonores très supérieures à la fréquence de relaxation[1].
Conséquences
modifier- Pour des sons audibles par l'Homme, l'atténuation dominante à courte distance (jusqu'à quelques kilomètres) est l'atténuation géométrique (de l'ordre de 3 dB/km, indépendamment de la fréquence du son). Au-delà ce sont les deux autres processus, dont l'atténuation augmente fortement avec la fréquence : on n'entend plus que les graves d'un concert public ou d'un orage lointains.
- Dans le domaine des ultrasons de quelques dizaines de kilohertz, employés par les chauves-souris qui doivent localiser des proies de taille centimétrique, l'atténuation dépasse 1 dB/m, ce qui limite leur capacité de détection à 5–15 m[1].
Atténuation dans les milieux condensés
modifierL'atténuation acoustique d'une large gamme de matériaux viscoélastiques (tissus mous, polymères, sol et roches poreuses, notamment) peut être exprimée comme une loi de puissance en fonction de la fréquence[2],[3],[4] :
avec :
où :
- désigne la pression,
- la position,
- la distance de propagation,
- le coefficient d'atténuation,
- la pulsation ( où est la fréquence),
- et des constantes caractéristiques du matériau.
L'exposant prend des valeurs comprises entre 0 (indépendance de la fréquence) et 2 : pour l'eau, pour de nombreux métaux et matériaux cristallins[5], pour les matériaux viscoélastiques (0−1 pour les sédiments, le sol et les roches ; 1−2 pour la plupart des tissus mous)[2],[3],[6],[7],[8].
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ En acoustique, le décibel est aussi utilisé pour exprimer la pression acoustique P, par référence à une certaine valeur constante : . On choisit généralement pour la valeur de 20 µPa, le seuil moyen de sensibilité d'une oreille humaine jeune[1].
- ↑ On parle ici de l'atténuation exprimée comme un rapport de pressions acoustiques.
Références
modifier- 1 2 3 4 Courty et Kierlik (2026).
- 1 2 (en) Thomas L. Szabo et Junru Wu, « A model for longitudinal and shear wave propagation in viscoelastic media », Journal of the Acoustical Society of America, vol. 107, no 5, , p. 2437-2446 (DOI 10.1121/1.428630).
- 1 2 (en) Thomas L. Szabo, « Time domain wave equations for lossy media obeying a frequency power law », Journal of the Acoustical Society of America, vol. 96, no 1, , p. 491-500 (DOI 10.1121/1.410434).
- ↑ (en) W. Chen et S. Holm, « Modified Szabo's wave equation models for lossy media obeying frequency power law », Journal of the Acoustical Society of America, vol. 114, no 5, , p. 2570–4 (DOI 10.1121/1.1621392, arXiv math-ph/0212076).
- ↑ (en) L Knopoff, « Q », Reviews of Geophysics, vol. 2, no 4, , p. 625-660 (DOI 10.1029/RG002i004p00625).
- ↑ (en) W. Chen et S. Holm, « Fractional Laplacian time-space models for linear and nonlinear lossy media exhibiting arbitrary frequency power-law dependency », Journal of the Acoustical Society of America, vol. 115, no 4, , p. 1424-1430 (DOI 10.1121/1.1646399).
- ↑ (en) J. M. Carcione, F. Cavallini, F. Mainardi et A. Hanyga, « Time-domain Modeling of Constant- Q Seismic Waves Using Fractional Derivatives », Pure and Applied Geophysics (en), vol. 159, nos 7-8, , p. 1719-1736 (DOI 10.1007/s00024-002-8705-z).
- ↑ (en) F.T. d'Astous et F.S. Foster, « Frequency dependence of ultrasound attenuation and backscatter in breast tissue », Ultrasound in Medicine & Biology (en), vol. 12, no 10, , p. 795-808 (DOI 10.1016/0301-5629(86)90077-3).
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- (en) David T. Blackstock, Fundamentals of Physical Acoustics, Wiley-Interscience, , 576 p. (ISBN 0471319791 et 978-0471319795)
- Jean-Michel Courty et Édouard Kierlik, « Et j'atténue le son ! », Pour la science, no 588, , p. 84-87.