Au pilori

journal hebdomadaire d'extrême-droite fondé en 1938
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Au pilori est un journal hebdomadaire d'extrême droite fondé en 1938, qui devint en 1940 l'une des publications antisémites les plus virulentes de l'époque de l'Occupation.

Au pilori
Pays Drapeau de la France France
Langue Français
Périodicité Hebdomadaire
Genre Politique, antisémitisme
Date de fondation Occupation
Date du dernier numéro 1944
Ville d’édition Paris

Rédacteur en chef Jean Lestandi

Il paraît tout d'abord sous le titre Le Pilori, avant de changer de nom en à la faveur d'une évolution de l'équipe rédactionnelle. Son sous-titre était : « Hebdomadaire de combat pour la défense des intérêts français ».

Il était l'organe social de la Rénovation française et était dirigé par Jean Lestandi, son commanditaire puis directeur administratif, avec pour principaux rédacteurs : Lucien Pemjean, Urbain Gohier, Robert-Jullien Courtine, futur chroniqueur gastronomique du Monde, Paul Vigouroux, Jean Marquès-Rivière et Paul Riche. Trois directeurs politiques se succèdent: Robert Pierret jusqu'en , Maurice de Séré jusqu'au et enfin Jean Drault[1].

Histoire

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Sa publication était subventionnée par les services de propagande allemands.

Pendant toute la guerre, la rédaction du journal occupera l'hôtel particulier du 43 rue de Monceau, dans le 8e arrondissement de Paris, lequel appartenait et appartient toujours à la famille Kraemer, antiquaires d'origine alsacienne mondialement connus.

L'activité principale du groupuscule pronazi Jeune front, fondé par Robert Hersant, était de distribuer Au Pilori.

Le journal est aujourd'hui avant tout connu pour les textes que l'écrivain Louis-Ferdinand Céline y fit paraître sous l'Occupation[2]. C'est aussi avec les membres de l'équipe du Pilori que Céline organisa en une réunion publique avec 27 personnalités, invitées à discuter du problème juif et de la question du national-socialisme. Parmi les pressentis, ni Xavier Vallat, ni Ramon Fernandez, ni Drieu la Rochelle n'acceptèrent de venir à la réunion dont le compte rendu fut publié Au Pilori le [3],[4].

Lectorat

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En plus des antisémites convaincus, certains lecteurs étaient des acheteurs-observateurs (opposants à la collaboration ou Juifs voulant se préparer aux prochaines campagnes de haine)[Note 1][5].

Contenu

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Dénonciations

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Les membres de l'équipe n'hésitaient pas à dénoncer publiquement dans les colonnes de leur journal, et notamment dans les rubriques « Échos et Potins » puis « Micro et Confessions », « Les quatre vérités » ou « Tir de barrage », certaines personnalités soupçonnées à tort ou à raison d'être juives[5].

Dans certains cas, la cible consistait en telle profession pratiquée par des juifs: le journal mena ainsi une campagne contre des médecins et des dermatologues juifs avec la rubrique « Boycottons les salopards »[5][6].

Les premiers numéros comportaient des listes de "firmes juives" et de francs-maçons. La rubrique « On maquille ! On maquille… » était consacrée aux dénonciations de cessions de biens juifs à des non-juifs pour des buts de camouflage contre les mesures d'aryanisation[5].

Bien qu'officiellement, l'équipe refusait toute dénonciation anonyme, dans la pratique elles étaient quelques fois prises en compte[5].

Anti-sémitisme

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La ligne de l'hebdomadaire fut marquée par un fort antisémitisme au ton ordurier. En l'été 1940, le journal publie ses buts[5]:

  1. Dissolution de la franc-maçonnerie et de ses filiales ;
  2. Défense aux Juifs d’occuper un emploi quelconque dans la magistrature, la presse, la radio, les administrations publiques ; établissement du « numerus clausus » pour les médecins et les avocats ;
  3. Recensement des Juifs en vue du retrait de la nationalité française et du droit de citoyenneté ;
  4. Établissement d’un passeport spécial pour les israélites, comme pour tous les étrangers ;
  5. Concentration de tous les Juifs, facteurs de troubles, profiteurs exploiteurs et fraudeurs, dans des camps de travail pour être employés à la reconstruction des régions éprouvées par la guerre ;
  6. Recensement de la fortune juive, afin de prendre, au bénéfice des classes populaires françaises, toutes mesures utiles en vue de leur élimination progressive de l’économie nationale, détruite par le capital international juif (Le Pilori, 19 juillet 1940 et 9 août 1940)[5]

Cet anti-sémitisme tendit quelque fois aux appels au meurtre et à l'extermination de masse: dès l’été 1940, l’hebdomadaire titre « Les Juifs de France doivent payer ou mourir  ! » A la fin de l'année, un jeu concours, "Où les mettre", est remporté par une habitante de Clichy qui avait proposé de stériliser tous les juifs avant de les enfermer dans un ghetto[7]

Plusieurs articles du Pilori appellent à l'extermination, tel que l'article « Mort au Juif ! » par Paul Riche, publié le 14 mars 1941[Note 2]. Quelques mois plus tard, c'est au tour de Jean Méricourt d'en appeler au meurtre[Note 3][5][7],[8].

Maurice de Séré, quant à lui, publiera en juillet 1942 une série de trois articles décrivant la Solution finale, écrivant notamment que « les nations d’une partie du monde ont fini par comprendre la question juive à tel point que celle-ci ne se discute même plus chez elles, que les décisions prises envers la race maudite sont inéluctables, sans appel, et que des mesures garantissant l’avenir même le plus lointain sont parfaitement établies»[9].

Attaques contre le gouvernement de Vichy

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Le journal attaquait ce qu’il appelait la « tiédeur » de l’État français, demandant par exemple à ce que l'étoile jaune soit étendue en zone Sud et les mariages mixtes interdits. La définition de la judaïté donnée par les statuts des Juifs est aussi critiquée pour son présumé laxisme[Note 4]. Le 7 janvier 1943, un extrait de La France enchaînée (du 26 mars 1938) est ainsi publié : « Il y a une combine judéo-maçonnique autour de Pétain ». Xavier Vallat y était attaqué comme « l’ambassadeur des Juifs à Paris » tandis que Louis Darquier de Pellepoix y était loué comme « un antijuif d’avant-guerre et vrai combattant »[5].

La vigueur d'un de ces articles conduisit Laval à ordonner l’internement administratif de Jean Lestandi, de Maurice de Séré  et de Jean Azéma (rédacteur de l’article incriminé) à la fin de l'année 1942[5].

Anti-maçonnisme

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La Franc-maçonnerie y est souvent associée au judaïsme[5].

Certains articles demandaient la peine de mort pour les fonctionnaires qui n’ont pas déclaré leur appartenance à la franc-maçonnerie[5].

Le Pilori, journal suisse

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L'édition française ne doit pas être confondue avec la publication suisse d'extrême-droite créé par Georges Oltramare, appelée Le Pilori et dont la première parution remonte à 1923[10],[11].

Bibliographie

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  • Frédérique Devigny, Au Pilori, journal antisémite de la Collaboration 1940-1944 (1996), mémoire de maîtrise d'histoire contemporaine (Dir. Ralph Schor), Université de Nice-Sophia-Antipolis, Faculté des Lettres. http://catalogue.unice.fr/permalink/f/13cm8lt/sc_aleph_uns01000248689
  • Laurent Joly, « Au Pilori (1940-1944). « Journal de lutte contre le Juif » et officine de délation », Revue d'Histoire de la Shoah, Paris, Mémorial de la Shoah, no 198 « L'antisémitisme français sous l'Occupation », , p. 159-178 (ISBN 978-2-91696-607-6, lire en ligne).

Notes et références

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  1. Selon le préfet régional de Rouen, de « nombreux libraires » signalent que l’achat d’un tel journal est souvent le fait de « personnes qui ont seulement pour but d’utiliser le papier pour l’emballage »
  2. « Mort au Juif ! Mort à la vilenie, à la duplicité, à la ruse juive ! Mort à l’argument juif ! Mort à l’usure juive ! Mort à la démagogie juive ! Mort à tout ce qui est faux, laid, sale, répugnant, négroïde, métissé, juif ! C’est le dernier recours des hommes blancs, traqués, volés, dépouillés, assassinés par les sémites, et qui retrouvent la force de se dégager de l’abominable étreinte. Mort au Juif ! C’est l’appel ultime d’un peuple d’aryens qui est tombé dans le piège gluant de la générosité et que les fauves judaïques ont assailli. […] Mort ! Mort au Juif ! Oui. Répétons-le ! Mort ! M.O.R.T AU JUIF ! Là ! Le Juif n’est pas un homme. C’est une bête puante. On se débarrasse des poux. On combat les épidémies. On lutte contre les parasites. On monte à l’assaut des invasions microbiennes. On se défend contre le mal, contre la mort — donc contre le Juif ! […] [les Juifs] veulent nous faire définitivement crever ! Eh bien ! Ils crèveront avant nous ! Mort au Juif ! […] Ecrasons les poux ! Mort au Juif ! Mort ! Mort à tout ce qui est juif ! »

     Paul Riche

  3. « Ils ont tous poussé à leur guerre, ils sont responsables de notre défaite et de notre avilissement, ils doivent tous payer. […] Mort aux Juifs! Les Juifs ont commencé à payer, ils doivent payer encore dans leurs intérêts et dans leur vie. […] Il est répugnant pour un aryen d’exécuter un Juif, mais il faudra pourtant en arriver là, si cela est indispensable […]. Assez de faiblesse, de tergiversations, de compromis, d’exceptions de bons Juifs […]. Il n’y a qu’une race. C’est la race juive, et si cette race doit disparaître pour que la France vive, alors: Mort aux Juifs et à leurs protecteurs. Et vive la France. »

     Jean Méricourt, «Les Juifs vont payer», Au Pilori (26 juin 1941)

  4. « Nous, disciples et continuateurs de Toussenel et de Drumont, nous estimons que […], pour être reconnu aryen, il faut au moins exciper de l’aryanité de son père, de sa mère et de ses quatre grands-parents. »

     Lucien Pemjean, « Ce qu’on aurait dû faire », Au Pilori (6 mai 1943)

Références

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  1. Dominique Venner, Histoire de la collaboration, Pygmalion/Gérard Watelet, 2000, p. 658
  2. « LES », sur lewebceline.free.fr (consulté le ).
  3. « Céline et la Collaboration », sur lewebceline.free.fr (consulté le ).
  4. Ramon, Dominique Fernandez (2006) page 646
  5. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 Joly 2013.
  6. Bruno Halioua, « L'exclusion des dermatologues juifs en France sous l'Occupation », sur SHFD, (consulté le )
  7. 1 2 Laurent Joly, Dénoncer les Juifs sous l'Occupation, CNRS editions, (ISBN 978-2-271-11472-3, lire en ligne), p. 140
  8. Pierre-André Taguieff, Grégoire Kauffmann et Michael Lenoire, L'antisémitisme de plume 1940-1944, UNIVERS POCHE, (ISBN 978-2-8238-1589-4, lire en ligne), p. 428-430
  9. Stéphane Courtois et Adam Rayski, Qui savait quoi? L’extermination des Juifs, 1941–1945, Paris, La Découverte, (présentation en ligne), p. 76-77
  10. Julien Fonjallaz, « Le premier Pilori, 26 mai 1923: “Genève aux mains des affairistes” » [archive du ], sur www.fonjallaz.net (consulté le )
  11. « Géo Oltramare, le collabo sans repentir - Le Temps », www.letemps.ch, (ISSN 1423-3967, lire en ligne, consulté le )