Aurora Phelps

militante américaine

Aurora Phelps ( - ) est une ouvrière, syndicaliste et militante pour les droits des femmes née aux États-Unis. Elle fonde différents organismes pour lutter contre la misère des ouvrières.

Illustration représentant les infirmières de la Guerre de Sécession dans le magazine Harper's Weekly en 1862

Elle s'associe à l'État du Massachusetts pour permettre à mille ouvrières d'accéder à la propriété au sein d'une communauté qu'elle appelle Aurora, à quelques kilomètres de Boston. Aurora survit quelques années mais périclite après la mort de Phelps.

Biographie

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Aurora Phelps naît en à Cortland de l'union d'Aurilla et John Phelps. Elle grandit à Elmira, dans l'État de New York, où elle rejoint une congrégation baptiste. À 9 et 18 ans elle voyage en Angleterre avec sa famille. Lors du second séjour, elle se marie, a un enfant et devient veuve, bien qu'aucune trace de ce mari ou de son enfant ne subsistent[1].

En 1859, elle reprend son nom de jeune fille et retourne aux États-Unis. Elle commence ses études à l'Université Oberlin dans l'Ohio, puis à Galesburg avant de devenir domestique. Durant la guerre de Sécession, elle devient infirmière d'hôpital. En 1865, à la fin des hostilités, elle emménage à Boston, commence à travailler en usine et s'engage dans le syndicalisme[1],[2.1].

Vers 1873, Phelps commence à souffrir de la néphrite. Elle meurt dans la pauvreté au sein de la communauté d'Aurora le [1],[2.2]. La vente de ce qu'elle laisse derrière elle ne couvre pas les frais des funérailles, qui sont prises en charge par les habitants d'Aurora[2.2].

Utopie ouvrière

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En 1864, elle fonde la Women's Garden Homestead League, dans le but de faire subventionner des logements pour les mères de famille aux alentours de Boston. Avec Jennie Collins (en) et Elizabeth La Pierre Daniels, deux ouvrières du textile que Phelps rencontre à la New England Labor Reform League, elle fonde la Boston Working Women's League. La Boston Working Women's League devient une plateforme importante pour les ouvrières pauvres, dont la plupart ont perdu un père, époux ou fiancé pendant la guerre[1]. Les militantes de la ligue demandent de meilleurs salaires pour les métiers du textile, des logements dignes pour les ouvrières et l'établissement d'une agence d'emploi gratuite[2.3].

Phelps s'implique plus largement dans le mouvement syndical et devient journaliste pour la revue American Workman dans le but de défendre la cause des ouvrières[1].

La pétition de la Women's Garden Homestead League

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Timbre commémorant le Homestead Act de 1862 (1962)

En 1869, Phelps diffuse une pétition au nom de la Women's Garden Homestead League, en partie grâce au réseau de la Boston Working Women's League. La pétition appelle à une forme de réforme agraire. Le gouvernement du Massachusetts est invité à subventionner des terres pour l'établissement des femmes qui voudraient devenir maraichères. Le dispositif qu'elle propose s'inspire du Homestead Act de 1862 qui permet aux chefs de familles, femmes comprises, de s'établir dans l'Ouest des États-Unis. La Women's Garden Homestead League encourage les femmes à emménager autour de Boston pour bénéficier des infrastructures de la ville (marché pour vendre leur récolte, école pour les enfants), sans devoir subir les conséquences de la pauvreté urbaine, comme les logements insalubres[1]. Le projet prévoit de fournir aux femmes des outils, des graines et des logements dans lesquels elles pourraient vivre pendant trois ans sans loyer[3].

La proposition de Phelps s'inscrit dans la tradition syndicale britannique, américaine et irlandaise, qui conçoit la terre comme une nouvelle voie d'indépendance suite à l'industrialisation et l'introduction des machines dans le travail. La réforme agraire qu'elle défend permettrait aux femmes de vivre sur une parcelle dont elles seraient propriétaires tout en produisant à elles seules leurs propres revenus. Ainsi, elles atteindraient le rêve américain : une république dont les citoyens seraient des propriétaires indépendants[2.3].

Le succès de la pétition auprès des ouvrières s'explique par la proposition, novatrice pour l'époque, de rendre les femmes autonomes en tant que chef de famille[1]. Pour des raisons rhétoriques, la pétition donne une image soumise des signataires et théâtralise la détresse féminine. Cependant, le discours est teinté d'une conscience citoyenne éveillée par la guerre. Le but est de présenter la dotation de terres comme un remboursement des sacrifices des femmes pendant la guerre, lorsqu'elles sont devenues infirmières ou ont dû coudre jour et nuit pour produire les uniformes des soldats. Par ailleurs, la pétition revendique l'indépendance des femmes ouvrières qui, traditionnellement, se trouvent défendues par des femmes de classes supérieures. Elles demandent à pouvoir parler en leur nom propre. Ainsi, la pétition est une revendication d'indépendance économique, politique et morale[2.3].

La salle des couturières à la Maison de l'Industrie de Philadelphie (1898)

En , Phelps, Jennie Collins et Elizabeth La Pierre Daniels organisent un meeting pour présenter le projet et la pétition au grand public. Elles invitent des militants de la réforme agraire et d'autre activistes affluents. L'événement est couvert par les journalistes Parker Pillsbury, Elizabeth Cady Stanton et Susan B. Anthony. Le matin, le public compte une vingtaine de personnes, puis passe à 300 personnes dans l'après-midi, à la fin de journée de travail pour les ouvrières du textile. Dans un premier temps, les organisatrices passent en revue les conditions de travail et estimations chiffrées qui témoignent de la difficulté de la vie pour les femmes travailleuses, souvent responsables de jeunes enfants. Dans un second temps, deux causes de la misère sont énumérées : les grands écarts de salaire entre les couturières qualifiées dans les ateliers et les ouvrières d'usine, et l'abandon de l'artisanat au profit de la subdivision du travail. Bien que les couturières les mieux payées ne souhaitent pas déménager hors de la ville, elles soutiennent le mouvement pour permettre aux plus pauvres de vivre décemment hors de Boston[2.4],[3].

La communauté d'Aurora

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Le gouvernement du Massachusetts accepte une audition de Phelps à la suite des remous causés par la pétition et le meeting qui s'ensuit. Ses demandes n'aboutissent pas directement, mais en 1871, la Women's Garden Homestead League est incorporée au gouvernement sous la direction de Phelps. Elle bénéficie d'un budget de 5 000 dollars, provenant directement du soutien de mille citoyennes pour acheter des terres en vue d'en léguer la propriété à des mères de famille. Phelps fait l'achat de 24 hectares de forêt à Woburn, au nord de Boston, au bord d'un chemin de fer. Il s'y établit une communauté que Phelps nomme Aurora.

Phelps loge environ mille pères et mères de famille à Aurora, mais la propriété y est réservée aux femmes. La succession se fait de mère en fille, et le loyer est payé en vue de rembourser l'achat de Phelps. Chaque terrain est pensé pour accueillir un jardin maraicher. L'inversion des rôles de genre est remarquée et parfois moquée par les journalistes de son époque.

Pour diversifier l'économie d'Aurora, Phelps invite les syndicalistes et les résidents à établir une coopérative de blanchisserie en 1873. Le projet s'inspire probablement d'une blanchisserie de Troy fondée par des ouvrières syndiquées. Malgré l'enthousiasme, le projet ne voit jamais le jour et Aurora ne parvient pas à se développer, en partie à cause de l'impossibilité pour les femmes d'accumuler du capital ou de contracter un crédit[1],[2.2],[4].

Page de titre de la première édition de Work: A Story of Experience

Reconnaissance

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De son vivant, Phelps est moquée par les journaux locaux qui la surnomment the belligerent Queen of the Amazons (« la reine guerrière des Amazones »)[4]. Contrairement à Jennie Collins, Aurora Phelps ne suscite que peu d'intérêt après sa mort. Lorsqu'elle est mentionnée dans la presse, ses descriptions la font passer pour une idéaliste naïve[2.2].

Cependant, il est possible que Phelps ait inspiré le personnage de Christie Devon sous la plume de Louisa May Alcott dans son roman Work: A Story of Experience (en)[5].

La vie et les projets de Phelps sont redécouverts dans les années 1980 dans les sphères féministes et lesbiennes anglophones. Elle est présentée comme une pionnière courageuse oubliée par une histoire centrée autour des hommes[4].

Articles connexes

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Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 (en) Lara Vapnek, « Phelps, Aurora », dans American National Biography Online, Oxford University Press, (lire en ligne)
  2. (en) Lara Vapnek, Breadwinners: Working Women and Economic Independence, 1865-1920, University of Illinois Press, (ISBN 9780252047350)
    1. ↑ p.2
    2. 1 2 3 4 p.31-32
    3. 1 2 3 p.19-21
    4. ↑ p.22-23
  3. 1 2 (en) Nancy A. Hewitt, « Race, Class, Region, and Activism, 1820s–1870s », dans Nancy A. Hewitt, Anne M. Valk, A Companion to American Women's History, John Wiley & Sons Ltd., (ISBN 9781119522638 et 9781119522690, DOI 10.1002/9781119522690)
  4. 1 2 3 (en) « She was "Queen of the Massachusetts Amazons" », Up and Coming, vol. 5, no 9,‎ (lire en ligne)
  5. ↑ (en) David Gold, Women at Work: Rhetorics of Gender and Labor, University of Pittsburgh Press, , 303 p. (ISBN 9780822987185), p. 82

Liens externes

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