Bête des Vosges

animal mystérieux qui sévit entre 1977 et 1978 dans les Vosges
Image externe
Icône décorative. Photo de la Bête des Vosges du .

La bête des Vosges est le surnom donné à un animal mystérieux entre et , dans le massif des Vosges autour d'Épinal, de Rambervillers et de Gérardmer[1],[2]. Après une série d'attaques sur des animaux d'élevage, la psychose s'installe dans les Vosges et sa médiatisation devient un véritable fait de société[3],[4].

Malgré de nombreuses battues par les chasseurs locaux et la gendarmerie, la bête des Vosges n'a jamais été tuée ni capturée[5].

Attaques

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Un loup gris (canis lupus).

Officiellement, les derniers loups sont tués dans les Vosges entre et [6].

Dans la nuit du au , sept moutons sont égorgés dans un parc de Domèvre-sur-Durbion, arrondissement d'Épinal [7]. Le , dix bœufs sont attaqués. Dans la nuit du au , une biche est tuée à la lisière de la forêt de Romont. Dans la même nuit, douze moutons sont étranglés à Hadigny-les-Verrières. La peur, puis la colère, gagne les éleveurs[8].

Dans la nuit du au , toujours à Hadigny-les-Verrières, trente-quatre brebis sont tuées ou blessées. Les premières battues sont autorisées, sans succès. Le , dix brebis sont mises à mort à la ferme du Bouzillon, près de Rambervillers. Le , c'est un taureau qui est égorgé à Domèvre-sur-Durbion[9]. Le , une génisse est tuée à Girecourt-sur-Durbion[10].

Le , le préfet des Vosges écrit un rapport au ministre de l'Intérieur : « Depuis le début de ce mois, un animal, non identifié, qui pourrait être un chien rendu à l'état sauvage, commet des déprédations importantes au détriment du bétail et plus particulièrement du cheptel ovin, dans un secteur compris entre Châtel et Rambervillers. Les premiers méfaits de cet animal ont été signalés le dernier. Depuis lors, plus de soixante moutons et brebis ont été égorgés. À ma demande, deux battues ont été organisées, en liaison avec les maires concernés, par la Direction départementale de l'agriculture, sous la conduite du lieutenant de louveterie compétent, avec la participation de l'armée, de la gendarmerie et des gardes fédéraux. Ces battues ont permis de débusquer l'animal à trois reprises, sans toutefois parvenir à l'abattre […]. La population a été avisée des risques que pourrait encourir toute personne circulant isolément dans la zone forestière où semble se tenir l'animal. »[8]

C'est lors d'une battue à Domèvre-sur-Durbion, le , que le photographe Ernest Gless, en reportage pour La Liberté de l'Est, aperçoit et photographie l'animal. C'est ce cliché, flou et pris à distance, qui deviendra l'illustration emblématique de l'affaire. Il montre un gros canidé, chien ou loup[11],[1].

Le , un poulain à peine né est égorgé à Rehaincourt, dix sept brebis et quatre agneaux sont encore tués à la ferme de Bouzillon près de Rambervillers. Le , la Bête fuit un chien de la gendarmerie en sautant le grillage d'un parc à sangliers et continue ses ravages. Le , les battues s'enchaînent, mobilisant une centaine d'hommes : une à Rambervillers, deux à Girecourt-sur-Durbion, une à Deycimont, une à Prey, et une à Jussarupt. Toutes sans succès[12].

La presse locale, puis nationale, s'empare de l'affaire, créant un climat de tension, d'incertitude, ou de mépris[13]. Un article paru dans L'Express désigne les habitants de La Bresse comme « une communauté de 4 000 à 5 000 personnes repliées sur elles-mêmes, qui a longtemps vécu à l'écart, des marginaux, en somme […] ». Les habitants s'indignent[14].

Le , c'est huit moutons qui sont attaqués à Jussarupt[15]. Le , trois moutons à Prey, vingt-et-un à Rambervillers, six à Jussarupt. Le , neuf moutons[16]. Le , la bête fait un carnage à Gérardmer. Le , six moutons sont tués à La Bresse.

Le , la Bête passe dans le Haut-Rhin et tue trois moutons à Mittlach. Le , elle repasse dans les Vosges et attaque une brebis et trois agneaux à La Bresse. Le , deux brebis sont retrouvées mortes à Basse-sur-le-Rupt[17],[18],[19].

Le , en pleine tempête, la Bête attaque, près de la Vologne, au lieu-dit le Col de Grosse Pierre, le plus gros troupeau de moutons de la région (1 000 têtes). Dans la panique, une centaine de moutons se perd. On retrouvera leurs corps plusieurs mois plus tard, après le dégel. Le , on signale deux attaques quasi simultanées à deux endroits différents, séparés d'une dizaine de kilomètres, à Gerbamont et à Rochesson[20].

Une vallée des Vosges.

La Bête des Vosges disparaît mystérieusement début , comme elle est apparue. À ce jour, son identité zoologique reste inconnue.

Rumeurs et accusations

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À la fin des années 1970, le loup ayant disparu du territoire national, l'idée qu'il puisse revenir pour attaquer les éleveurs ravive les peurs anciennes héritées de siècles de contes, de récits et de conflits entre pastoralisme et prédateurs[21]. On compare la Bête des Vosges à l'affaire sanglante de la Bête du Gévaudan au XVIIIe siècle, bien qu'il n'y ait eu aucune attaque sur l'homme officiellement déclarée[22].

Le , un ouvrier agricole, sur le chemin de Moyemont à Rambervillers, décrit l'animal comme une « espèce de gros chien, ou plutôt ce loup […] plus clair sur le poitrail et sous le ventre […] Elle ne touchait pas le sol, très fournie et terminée par un toupet de poils noirs. » Les hypothèses se multiplient : certains évoquent un loup, d'autres un dingo, un lynx, un animal exotique échappé d'un zoo[23]. On parle aussi d'un chien de chasse abandonné et redevenu sauvage. On évoque également la possibilité d'un hybride chien‑loup, potentiellement dressé pour s'attaquer aux troupeaux. Selon certains témoignages recueillis à l'époque, un véhicule utilitaire aurait été aperçu à proximité des pâturages avant plusieurs attaques, alimentant l'idée qu'un individu aurait pu déposer l'animal sur les lieux. La gendarmerie prend note de ces rumeurs, sans toutefois pouvoir les confirmer[14],[24],[25].

La presse locale accuse bientôt un industriel allemand, Manfred « Peter » Reinartz, propriétaire du château d'Hadigny-les-Verrières, une vaste propriété de 1 185 hectares boisés répartis sur sept communes[25]. Celui qui est appelé « le Boche » est accusé d'avoir « perdu » un loup dans la nature sans en informer les autorités, ou de guider un chien de guerre dressé par ultrasons ou équipé d'un « collier radio »[26]. Le Nouvel Observateur écrira : « L'Allemand du grand domaine, dont le manoir est plein de trophées d'éléphants, de grizzlis, de buffles massacrés aux quatre coins du monde, monte chaque nuit la garde, avec son fusil à lunette, en haut des miradors qu'il a dressés dans la forêt. » Le château est comparé au camp de concentration d'Auschwitz, et son propriétaire à un soldat allemand du parti nazi[27]. Dans La Liberté de l'Est, on s'interroge sur son identité : « Peut-on croire l'avoir vu chez nous dans d'autres circonstances ? La chose est toujours possible. L'Association des anciens combattants a fait savoir qu'elle suivrait de près cette affaire. » Le journal L'Humanité titre, en référence au domaine entouré de clôtures : « Vosges : une zone interdite aux Français »[22],[28].

En , le parti communiste local lance une campagne contre la présence de Manfred Reinartz. Le député communiste Alain Bocquet écrit au Premier ministre pour lui demander « que toute la clarté soit faite sur cette affaire et sur les activités passées et présentes » de l'industriel allemand[29]. Indigné par cette campagne de dénigrement et par l'acharnement médiatique dont il est la cible, ce dernier saisit la justice. La polémique est relancée après un jugement rendu, au début de , par le tribunal de grande instance d'Épinal relaxant l'accusé d'une inculpation de coups et blessures volontaires avec arme contre des braconniers[30].

Le mystère de la Bête, quant à lui, n'a jamais été élucidé[31].

Autres attaques

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En , une louve est affublée du sobriquet de « Bête des Vosges ». Elle attaque des troupeaux pendant plusieurs mois, avant que sa dépouille ne soit retrouvée le .

En , un autre animal attaque des troupeaux dans le village de Ventron, 40 moutons sont retrouvés morts en moins d'un mois[32]. L'évènement marque par ailleurs le retour officiel du Loup dans le massif des Vosges, un siècle après sa disparition.

Médias

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Notes et références

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  1. 1 2 « Contes et légendes : il y a 45 ans, la Bête des Vosges défrayait la chronique », Les archives de la rédaction, Vosges Matin, .
  2. ↑ Simon Iung, « La Bête des Vosges, 48 ans d'une légende polymorphe qui ne cesse de faire parler » [archive du ] Accès payant, sur Vosges Matin via Internet Archive, Vosges Matin, .
  3. ↑ Gilles Vaubourg, « La bête des Vosges » [vidéo] (reportage de France Régions 3 Nancy, ), sur ina.fr, Institut national de l'audiovisuel.
  4. ↑ Atelier de création Sud-Ouest, « La France mystérieuse - La bête des Vosges », sur francebleu.fr, ici.fr, Ici, .
  5. ↑ Demange 2014.
  6. ↑ Thomas Pfeiffer, spécialiste du loup en Alsace (Association Avenir Loup Lynx Jura).
  7. ↑ « La Bête des Vosges, quand nos forêts regorgent de monstres », sur radiomelodie.com, .
  8. 1 2 La Revue lorraine populaire no 198.
  9. ↑ La Liberté de l'Est, .
  10. ↑ La Liberté de l'Est, .
  11. ↑ « La bête des Vosges, autopsie d'une rumeur », Vosges Matin, .
  12. ↑ La Liberté de l'Est, et .
  13. ↑ Huguenot 2018.
  14. 1 2 Picard 1989.
  15. ↑ La Liberté de l'Est, .
  16. ↑ La Liberté de l'Est, et .
  17. ↑ La Liberté de l'Est, .
  18. ↑ La Liberté de l'Est, , et .
  19. ↑ Pierre Champetier, « La bête des Vosges » [vidéo] (extrait du journal de 20 h d'Antenne 2, ), sur ina.fr, Institut national de l'audiovisuel.
  20. ↑ Jean-Yves Chauvet, « Chronique du loup en Lorraine » [PDF], sur geml.fr, Groupe d'étude des mammifères de Lorraine, mars 2018-juillet 2019.
  21. ↑ Emmanuel Viau, « Le Son d'Histoire #8 : la bête des Vosges, naissance d'une légende » [archive du ], sur Dernières Nouvelles d'Alsace via Internet Archive, Dernières Nouvelles d'Alsace, .
  22. 1 2 Hunzinger 2008.
  23. ↑ Anne Vallaeys, Le loup est revenu, Paris, Fayard, , 348 p. (ISBN 978-2-213-66870-3 et 978-2-213-66970-0, lire en ligne Accès limité).
  24. ↑ Fabrice Colin, Atlas de la France mystérieuse : 40 histoires vraies qui font vaciller la raison, Paris, Autrement, , 143 p. (ISBN 978-2-7467-4178-2 et 978-2-7467-4214-7, lire en ligne Accès limité).
  25. 1 2 Lahaye 2024.
  26. ↑ Florian Crouvezier, « La Bête des Vosges : retour sur une légende qui a bel et bien existé ! », sur Pokaa, , mise à jour .
  27. ↑ Jean-Loup Adénor, « "Nazi", écolos et troupeaux décimés : l'énigme de la bête des Vosges toujours pas résolue », Marianne, .
  28. ↑ Remy 1978.
  29. ↑ Palem 2019.
  30. ↑ Yvon Colin, « Le château de monsieur Peter » Accès payant, Le Monde, .
  31. ↑ Sophie Armbruster, « La mystérieuse Bête des Vosges », sur galeries.limedia.fr, Limédia galeries, .
  32. ↑ « Loup des Vosges : le retour ! »(Archive.org • Wikiwix • Que faire ?), L'Est républicain, .
  33. ↑ « Le youtubeur Le Grand JD revient sur l'affaire de la Bête des Vosges », sur Vosges info,

Voir aussi

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